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Films du mois

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  • Légendes des pictos :
  • Séance suivie d'une rencontre |
  • Sous-titrage sourds et malentendants |
  • VF Version française |
  • Séance précédée ou suivie d'un repas
Sortie nationale

De Mohammad Rasoulof avec Mahtab Servati, Shaghayegh Shourian, Baran Rasoulof, Darya Moghbeli, Kaveh Ahangar
Drame - Iran / Tchéquie / Allemagne - 2020 - VOST - 2h32

Le Diable n'existe pas

Iran, de nos jours. Heshmat est un mari et un père exemplaire mais nul ne sait où il va tous les matins. Pouya, jeune conscrit, ne peut se résoudre à tuer un homme comme on lui ordonne de le faire. Javad, venu demander sa bien-aimée en mariage, est soudain prisonnier d’un dilemme cornélien. Bharam, médecin interdit d’exercer, a décidé d’enfin révéler à sa nièce le secret de toute une vie. Ces quatre récits sont inexorablement liés. Dans un régime despotique où la peine de mort existe encore, des hommes et des femmes se battent pour affirmer leur liberté.

Le film s’ouvre sur un homme, la quarantaine passée. On vient de déposer dans le coffre de sa voiture, un mystérieux sac blanc, semblable à un cadavre. Il quitte un parking bétonné et froid dans de longs couloirs enrubannés, comme finalement on sortirait un mort des entrailles de la terre. Il a un visage fermé, comme ailleurs, égaré dans des pensées qui semblent lui échapper. La douleur s’étale sur cette figure, malgré les embouteillages et le bruit de Téhéran, la force de vivre de son épouse et la tendresse de sa fille. Les moments de la journée se passent les uns après les autres, comme s’il s’était extrait du quotidien, de la vie vécue, pour se perdre à jamais dans une dépression qui ne dit pas son nom. Le nouveau film de Mohammad Rasoulof, le formidable auteur de L’homme intègre, primé à juste titre au dernier festival de Berlin, est tout entier construit sur la volonté de filmer des personnages au bord d’un abîme invisible et indicible. Le réalisateur ne force pas sur les larmes, comme souvent le cinéma iranien a tendance à à le faire. Il accompagne ces gens ordinaires, sensibles, dans la continuité du quotidien qui incarne la puissance de leur désarroi, des gens qui n’ont rien de diabolique, mais que leur place dans la société iranienne soumet à une épreuve intérieure. Le Diable n’existe pas est un chef-d’œuvre d’humanité, de poésie et de cinéma. Les quatre récits qui composent le long-métrage, sont intimement mêlés par la délicate question de la liberté de conscience et de la peine de mort en Iran. Ils semblent des apostrophes philosophiques et politiques, adressées à un pays qui ne se soucie plus depuis longtemps du droit de son peuple à penser le sens de la vie et la légitimité des lois. On tremble avec Rasoulof pendant tout le film, tant le courage de l’écriture prend toute la place sur l’écran. L’artiste raconte, dans une douceur troublante et un désir assumé de filmer, des écrins de vie, la privation de liberté qui étouffe la capacité des gens à réfléchir sur leurs actes et à se révolter contre l’inhumanité. Il y a certes beaucoup de personnages qui tentent de braver les interdits, mais il y a tous les autres, la majorité, qui subissent dans la douleur et la honte, le destin que les autorités leur assignent. Mohammad Rasoulof brosse avec beaucoup de prudence et de nuance les nombreux thèmes qui traversent la question contemporaine de l’Iran. Le cinéaste ne choisit pas la tempête ou les cris pour dénoncer les dysfonctionnements de la société perse. Les décors magnifiques, le soin particulier apporté à la photographie, la nature, accompagnent les personnages dans leur tragique destinée, comme si l’auteur avait préféré à la dénonciation colérique et anarchique, la splendeur des paysages. L’esthétique de l’œuvre fait figure ici de rébellion, rajoutant au pouvoir magique du septième art à travers le monde. Le cinéaste parle des femmes. Elles habitent les quatre récits avec une dignité absolue. Si elles continuent de porter la domesticité, elles permettent aux hommes qui les entourent d’exprimer leurs trahisons intérieures et de se sauver des tourments où le régime iranien les enferme. Elles sont partout dans le récit, fortes et fragiles, intègres et vulnérables. Elles font le ciment entre les paroles qui se délitent. Elles redonnent à la liberté le nom qu’elle mérite. Le Diable n’existe pas ne peut pas être considéré comme un film de plus sur nos écrans. C’est une œuvre immense qui doit nourrir nos réflexions sur l’état du monde, le sort réservé à la liberté de conscience, à commencer dans nos propres pays occidentaux où nombre d’électeurs voudraient céder à la facilité apparente du populisme. C’est une œuvre universelle écrite et filmée pour illustrer, à la surface du monde, le bien précieux que sont la vie, la liberté d’expression et de pensée, et le droit à l’intelligence. A voir à Lire
Sortie nationale

De Kirill Serebrennikov avec Semen Serzin, Chulpan Khamatova, Yulia Peresild, Yuri Kolokolnikov, Yuriy Borisov
Fantastique Drame - Russie / France / Allemagne / Suisse - 2020 - VOST - 2h25

La Fièvre de Petrov

Affaibli par une forte fièvre, Petrov est entraîné par son ami Igor dans une longue déambulation alcoolisée, à la lisière entre le rêve et la réalité. Progressivement, les souvenirs d’enfance de Petrov ressurgissent et se confondent avec le présent…

A noter : le spectacle Outside, mis en scène par Kirill Serebrennikov, sera donné les 17 et 18 mai à La Filature - Scène Nationale

Trois après Leto, Grand prix à Cannes en 2018, Kirill Serebrennikov était attendu avec impatience pour son retour en compétition. Le génie affiché dans ce film, son originalité, avait participé à créer une grande attente autour du réalisateur russe. De nouveau empêché de venir défendre son film, La fièvre de Petrov, c’est en visio qu’il a pu un peu être avec son équipe pour la première mondiale d’une œuvre qui à n’en pas douter va marquer une nouvelle date majeure dans sa filmographie. Serebrennikov est un auteur au sens le plus noble du terme, mais aussi dans l’audace sans bornes qu’il injecte dans ses longs métrages. Leto comprenait déjà des scènes qui échappaient à une narration classique, moments d’évasion musicale qui donnaient une signature toute particulière à cette histoire de groupe de rock soviétique. La fièvre de Petrov va beaucoup, beaucoup plus loin en termes d’expérimentation, d’audace, de folie. Ce que dessine Serebrennikov peut être décrit comme un opéra punk rock, une descente aux enfers avec le personnage de Petrov, qu’on suit progressivement dans ses bouffées hallucinatoires, qu’on imagine générées par la fameuse fièvre qui donne son titre au film. Le cyclone narratif commence dès le premier instant, sans un répit ou une pause. Il va falloir suivre un rythme effréné, sans se préoccuper de tout comprendre, tout voir, il faut apprécier le voyage tout simplement dans sa générosité. Le premier temps est celui de la découverte d’un univers presque cartoonesque, rempli de personnages extravertis, excessifs, vulgaires, injurieux et très hauts en couleurs. Car de la couleur il en dégorge à chaque seconde dans ces premières scènes. Les filtres sont poisseux, presque fluos, livrant l’oeil à une inondation ininterrompue, sauf par un tour de passe-passe qui nous transporte au cœur des souvenirs même de Petrov. C’est son enfance qui débarque sans prévenir au beau milieu du plan, et par la même occasion c’est le noir et blanc qui fonctionnait si bien dans Leto qui fait son retour. On comprend assez facilement que cela coïncide avec une temporalité proche de l’ex-Union soviétique, ce qui requiert un ajustement important dans l’esthétique du film dès lors que le temps est appréhendé à rebours. Serebrennikov plonge avec un plaisir assez visible dans ces épisodes de souvenirs, créant une atmosphère presque subliminale, comme par le biais de la nudité qui revient à de nombreuses reprises. Si rien n’est évident dans La fièvre de Petrov, on perçoit que tout vient de l’enfance, des images des parents, dénudés devant leur petit garçon, cela ayant profondément imprimé la rétine du personnage. Ce subterfuge au milieu des scènes, crée à lui tout seul de l’humour et du décalage. Du burlesque, voire du grand guignol, Petrov’s flu en est submergé. S’il est noir et cynique, il est omniprésent, tout comme la musique qui, si cette fois n’est pas le sujet du film, est un élément prépondérant de l’intrigue. Des fulgurances tranchantes comme un riff de guitare surgissent toujours pour habiller des scènes déjà copieusement servies. La fièvre de Petrov est certes une épreuve pour le spectateur. Plus que jamais, il doit sortir de sa zone de sécurité pour profiter de ce qui constitue une véritable expérience de cinéma. Le sentiment d’avoir assister à un spectacle rare est bel et bien là, rendant ce moment encore plus particulier et singulier. La réussite formelle de cet ensemble hétéroclite qui remonte au sommet de sa folie dans le final, reconstituant son éventail de couleurs, est tout simplement inouïe. Si l’on n’a aucune certitude sur le sens de chaque scène, on a en revanche la conviction d’avoir vécu une des séances les plus folles et stimulantes de sa vie pour un film rempli à ras bord de cinéma. La fièvre de Petrov concentre tous les excès mais aussi tous les prodiges qu’on est en droit d’attendre d’une vraie belle proposition de mise en scène, rappelant si l’on avait oublié pourquoi on aime autant le septième art. Si le cinéma est une fête, Kirill Serebrennikov en est un bien beau maître de cérémonie. Le Bleu du miroir
CINÉ-MA Différence

De Jacques Tati avec Guy Decomble, Jacques Tati, Paul Frankeur, Santa Relli, Maine Vallée, Roger Rafal, Jacques Beauvais
Comédie - France - 1949 - VF - 1h27

Jour de fête

Un petit village de province prépare sa fête patronale. Les enfants se réjouissent et les adultes s'affairent, tandis que les forains installent leurs attractions. Gentil mais maladroit, François, le facteur, offre à tout le monde une aide embarrassante. Sa contribution à l'élévation du mât de cocagne l'emplit de fierté et de commentaires pour le reste de la journée. Le grand jour venu, François voit dans une baraque foraine un documentaire sur la poste aérienne aux Etats-Unis. Piqué au vif par les quolibets, il annonce son intention de faire une tournée «à l'américaine» et s'élance aussitôt sur son vélo. Le résultat tient plus de la comédie burlesque que de l'exploit technologique...

« Pour le plaisir d’aller enfin au cinéma dans sa ville en famille ou avec des amis sans craindre d’être rejetés », c’est ce que propose l’association Ciné-ma différence, parrainée par Sandrine Bonnaire. Des séances de cinéma tout public, aménagées pour les rendre accessibles à des personnes exclues des loisirs culturels à cause d’un comportement parfois inattendu. Chaque spectateur est accueilli de sorte qu’il se sente le bienvenu et respecté tel qu’il est.
A Mulhouse, ces séances, initiées par Les Papillons Blancs, peuvent exister grâce à la présence de bénévoles issus de L'Ecole Supérieure de Praxis Sociale de Mulhouse.
 

On se souvient que la couleur pénétrait Follainville avec l’arrivée des forains, son manège, ses chevaux de bois, ses baraques. Elle venait barioler les tons beiges de ce petit village du centre de la France le temps d’un Jour de fête. Quarante ans après la réalisation du premier long-métrage de Jacques Tati sortait une version artisanale restituant ses coloris perdus. Aujourd’hui, c’est la version originale en noir et blanc qui ressort sur nos écrans grâce à la restauration initiée par Les Films de Mon Oncle. Où l’on (re)découvre que les éclats comme la patine nostalgique sont d’abord l’œuvre du rythme aussi tendre que vivace de ce poème visuel. La petite histoire argentique du film raconte à elle seule, déjà, la confrontation de la tradition et de la modernité qui irriguera tout le cinéma de Tati, de ce premier Jour de fête (1949) à Parade (1974). Jour de fête devait être l’un des premiers films français d’après-guerre tourné en couleurs grâce au procédé Thomsoncolor, censé concurrencer le chatoiement spectaculaire du Technicolor américain. Mais la société Thomson-Houston n’eut pas la possibilité d’en tirer les copies, et le film aurait pu disparaître si le chef opérateur Jacques Mercanton n’avait eu l’intuition de doubler ces prises de vue de prises simultanées en noir et blanc. Bien que ce négatif original soit désormais détruit, une réédition en noir et blanc, numérisée en 2K à partir de positifs grâce au concours des laboratoires italiens L’Immagine Ritrovata (pour l’image) et de L.E. Diapason (pour le son), retrouve sa version d’origine. Belle ironie du sort, comme si Jour de fête résistait à travers son destin chaotique à la modernisation technologique initiée par les grands manitous d’outre-Atlantique, que le film égratigne avec cet humour élégant qui caractérise l’univers tatiesque. Parmi les baraques et roulottes des forains accueillis par Follainville, un cinéma ambulant projette un documentaire sur les incroyables prouesses de la distribution du courrier en Amérique. Grâce à son commentaire, cet hilarant petit film dans le film transforme les postmen en de véritables cascadeurs. Mots d’ordre : vitesse et efficacité, quitte à perdre au passage-éclair du facteur toute la dimension sociale et humaine de la profession. Il n’en faut pas plus au crédule François, personnage créé dans le court-métrage L’École des facteurs (1947), pour décider de révolutionner sa mission en se lançant, plein de bonne volonté, dans une tournée « à l’américaine ». Son grand corps maladroit injecte ainsi l’Amérique dans tout le village, dont la géographie rendue par un art savant du montage se voit bousculée par le périple de cet idiot magnifique. De ruelles en petites routes, l’agitation égare François (incarné par l’inimitable grâce empotée de Tati) au rythme d’une succession de gags qui instaure une subtile temporalité. Jour de fête manifeste en effet le clash entre modernité et tradition en avançant à deux vitesses. Entre éloge de la lenteur et frénésie du progrès, le plan d’ensemble restituant le petit monde sédentaire de la France rurale est toujours déchiré par la course burlesque du facteur. Emporté par la fièvre taylorienne de son propriétaire, le vélo poursuit même son chemin tout seul, traversant la tranquillité sinueuse de Follainville, tel un cheval de western lancé à la conquête de la campagne. L’absurdité de cette dislocation entre l’homme et son environnement ne se dit pas, elle s’éprouve. Même si Jour de fête est l’un des films les plus « bavards » de Tati, dont le joyeux bouleversement est commenté par la vieille commère, la parole est déjà reléguée au second plan. Le langage défaille dans le brouhaha fait de cris d’animaux, de la sonnette du vélo et des voix à peine audibles des villageois aux accents franchouillards. Il détruit la perspective sonore, amorçant le travail de mise à niveau insensée qu’exacerberont les films suivants. Entraîné dans une dépense physique qui rime avec une illusoire efficacité, le corps instable de François vacille dans une utopie intermédiaire sans parvenir à s’y faire une place. Le gag n’est donc jamais que la conséquence d’une sujétion aveugle et naïve aux rêves d’un autre territoire, d’une autre culture, laquelle gagne dangereusement du terrain. Aussi le burlesque de Tati n’est-il nullement un simple exercice de style en hommage aux maîtres Chaplin ou Keaton, mais bien l’expression d’une inquiétude visionnaire derrière le ton badin de sa légèreté comique. Aujourd’hui, plus encore qu’au lendemain de la guerre, Jour de fête prend une valeur archéologique, enregistrant avec nostalgie les vestiges d’une ruralité avalée peu à peu par la globalisation. CRITIKAT

De Christophe Honoré avec Claude Mathieu, Anne Kessler, Éric Génovèse, Florence Viala, Elsa Lepoivre
Comédie - France - 2021 - VF - 2h19

Guermantes

Paris, été 2020. Une troupe répète une pièce d’après Marcel Proust. Quand on lui annonce soudain que le spectacle est annulé, elle choisit de continuer à jouer malgré tout, pour la beauté, la douceur et le plaisir de rester ensemble.

Projection à l'occasion des représentations de la pièce de théâtre Le ciel de Nantes de Christophe Honoré à la Filature de Mulhouse les 8 et 9 décembre.

L’été 2020, en pleine crise sanitaire, le spectacle que préparait Christophe Honoré, avec la troupe de la Comédie-Française (dont Dominique Blanc et Laurent Lafitte), autour de La Recherche de Marcel Proust a été déprogrammé jusqu’à nouvel ordre, faute d’horizon. Après un moment de découragement, de colère, et le refus compréhensible de certains comédiens de poursuivre les répétitions, tout le monde a mis un point d’honneur à reprendre le travail, pour la beauté du geste et l’amour de l’art. Comme un défi à l’ennui, à l’isolement et à la peur… Ce moment étrange, sinon unique, de sa vie de metteur en scène, Honoré s’en est emparé aussi en tant que cinéaste, en filmant les coulisses du Théâtre Marigny, où se déroulaient les répétitions. Plus exactement : en les filmant et en les fantasmant. Car, au cœur du chaos, chaque comédien de la troupe joue son propre rôle selon une partition qui tient largement à son imagination, à son sens de l’improvisation et, bien sûr, à ceux du réalisateur. La vie de la communauté, dans un subtil mélange de documentaire et de fiction, comporte ­ainsi des nuits partagées dans les loges, ou même entre les sièges, du théâtre ; de joyeux dîners dehors, dans les jardins du bâtiment ; des histoires d’attraction, de désir, d’ivresse. Comme Proust décryptait les codes du grand monde qu’il fréquentait assidûment et y projetait dans le même mouvement ses obsessions les plus secrètes, Christophe Honoré s’immerge dans une autre espèce d’aristocratie — les acteurs enviés du Français. Il réussit un portrait de groupe sans cesse surprenant, avec autant de profondeur que de fantaisie…Télérama
Sortie nationale

De Kiyoshi Kurosawa avec Yu Aoi, Issey Takahashi, Masahiro Higashide, Ryota Bando, Yuri Tsunematsu, Minosuke, Hyunri, Takashi Sasano, Sakichi Satō, Chuck Johnson, Maki Nishiyama
Historique Drame - Japon - 2020 - VOST - 1h55

Les Amants sacrifiés

A l'aube de la Seconde Guerre mondiale, Yūsaku Fukuhara, petit notable du port de Kobe décide de se rendre en Mandchourie. A son retour de Chine, il n'est plus le même, agit très étrangement. Sa femme s'interroge, la trompe-t-il ? Que s'est-il passé là-bas ?

Les amants sacrifiés de Kiyoshi Kurasawa est un film qui est sur les tablettes de nombreux cinéphiles depuis de nombreux mois. Il fut présenté à la Mostra de Venise en 2020, mais sa sortie en salles fut contrariée par la fermeture des salles pour raisons sanitaires, retardant d’autant le plaisir de découvrir ce nouveau projet du réalisateur de Vers l’autre rive. La présence de Ryusuke Hamaguchi, primé à Cannes cette année pour son très beau Drive my car, est une raison supplémentaire de s’intéresser à un film qui dénote dans la filmographie de Kurosawa. À 66 ans, il est connu pour son goût du cinéma fantastique, avec une filmographie remplie de films de genre, et ce depuis les années 1980. Seul Tokyo Sonata, réalisé en 2008, avait marqué une incursion dans un univers plus réaliste, un coup de maître qui soulignait les difficultés économiques pour une famille moyenne menacée par un déclassement lié au licenciement d’un père de famille. Ce nouveau film est d’une ambition comparable, la société japonaise étant auscultée par le prisme d’un couple aisé vivant de l’import export au cœur même de l’entrée en guerre du Japon dans la Seconde Guerre mondiale. Le premier point marquant de cette histoire est la grande modernité de ces deux personnages, Yusaku et Satoko. Alors qu’un édit oblige en théorie les adultes à porter le vêtement national, le kimono, tous deux continuent de porter des vêtements occidentaux, dans un style très moderne, jusqu’à consommer des mets importés d’Europe. Yusaku est un chef d’entreprise courageux et prospère qui fait vivre plusieurs dizaines d’employés, dans une ambiance bon enfant mais néanmoins paternaliste. L’épouse du patron distribue des denrées alimentaires en cadeau, le mari réalise avec elle un petit film pour les distraire lors d’un événement annuel, tout semble noué autour d’une entente cordiale indéfectible. Mais l’histoire se déroule en 1941, quelques mois seulement avant le bombardement surprise de Pearl Harbor par l’aviation nipponne. La pression s’intensifie dans le pays, les étrangers sont chassés ou suspectés d’espionnage contre l’empire qui a resserré ses liens avec l’Allemagne et l’Italie contre les Alliés. La science des dialogues d’Hamaguchi se fait très vite sentir, car si la caméra est celle de Kurosawa, les mots sont bien ceux du réalisateur d’Asako 1&2. Chaque situation, très écrite, creuse le portrait des personnages, notamment celui d’une Satoko qui est encore peu définie et chancelante quant à ses positions, là où son mari semble dès le début un homme moderne qui ne s’en laissera pas compter par l’Etat japonais. Cette qualité d’écriture est indéniablement la force des Amants sacrifiés, à tel point qu’on peine à reconnaître la patte de Kiyoshi Kurosawa. La seule scène qui rappelle le cinéma si particulier de l’auteur est celle d’un rêve où Satoko fantasme une relation adultérine de son époux avec une jeune infirmière qu’il ramène de Mandchourie. Ce songe tourmenté, aux filtres visuels sombres et criards à la fois, apporte une rupture de ton bienvenue et un brin de fantastique au film jusque là presque naturaliste. Dommage que ce ne soit qu’une exception, une alcôve de poésie tourmentée dans un texte très linéaire. Les amants sacrifiés n’est dès lors pas fondé sur le principe de la surprise, chaque fait est assez évident et prévisible, sans que cela ne gâche le tout néanmoins. Si l’on imagine que les plans du couple sont voués à l’échec, pour des raisons historiques évidentes, c’est la fatalité qui les accompagne qui fascine et captive. Le sacrifice de l’un pour sauver l’autre avive le fait que nous sommes en présence d’une histoire tragique et difficile. Des résistants au sein même d’une des nations de l’Axe, qui gardent la tête froide dans un moment où le nationalisme est devenu roi et a rendu les populations complètement folles. À ce titre, c’est encore une fois un dialogue qui tire le film vers le haut, niché au sein même d’une institution psychiatrique. Satoko, enfermée, rappelle à un ami médecin de son mari venu la visiter qu’elle demeurait saine d’esprit. Mais n’est-ce pas cela justement qui la désigne comme folle dans un pays où tous et toutes semblent avoir perdu la raison ? Cette alliance entre Kurosawa et Hamaguchi accouche d’un film étonnant qui sait être dur tout en gardant une image très belle et très digne, entre des séances de tortures insoutenables et des scènes en costumes magnifiques. Ce regard acéré sur le Japon impérialiste qui commit tant d’exactions dans toute l’Asie du Sud-est dans la première moitié du XXème siècle, est particulièrement précieux tant il est rare. Ce portrait sans complaisance du Japon impérial a un goût particulièrement amer dans son dénouement, rejoignant ces histoires de disparus qui ont tenté de résister sans qu’on sache vraiment quel fut leur destin. C’est aussi le témoin du crépuscule d’un monde disparu au milieu des années 1940, ne laissant qu’un champ de ruines et beaucoup de veuves, bien seules pour reconstruire leurs pays qui avaient alors tout perdu. Le Bleu du miroir
Rencontre

De Sabrina Van Tassel avec Melissa Lucio
Documentaire - France - 2021 - VOST - 1h37

L'Etat du Texas contre Melissa

Melissa Lucio est la première femme hispano-américaine condamnée à mort au Texas. Accusée d’avoir tué sa fille de deux ans, cette mère pauvre et droguée, coche toutes les cases de la coupable idéale. Pourtant, son histoire qui regorge de zones d'ombres, va se révéler bien plus complexe qu’elle n’y paraît...

Rencontre avec Amnesty International

Accusée d’avoir tué sa fille, Melissa Lucio est condamnée à mort. Ce film en dresse un portrait intense. Et éclaire les zones d’ombre de son procès. 3h15 du matin. Dans le bureau d’un commissariat texan, une femme anéantie tape, sans conviction, sur le dos d’une poupée. Ce petit mannequin représente sa fille Mariah, 2 ans, retrouvée morte couverte d’ecchymoses, quelques heures plus tôt. Dans L’État du Texas contre Melissa , Melissa Lucio, mère de quatorze enfants, est interrogée par des policiers qui lui « suggèrent » les coups qu’elle aurait portés. En état de choc, harcelée depuis sept heures, sans manger, ni aller aux toilettes, elle finit par lâcher ce qu’ils veulent entendre : oui, elle est « responsable ». Condamnée à la peine capitale, elle va se retrouver, à l’issue d’un procès bâclé en 2008, dans le couloir de la mort de la prison de Gatesville (Texas). Sabrina Van Tassel a rencontré Melissa Lucio lors du tournage d’un reportage. La réalisatrice franco-américaine décide de consacrer un film à cette femme hispanique, aujourd’hui âgée de 48 ans, dont le parcours tragique est marqué par les abus sexuels, la pauvreté et la drogue. Une tragédie, remplie aussi de moments heureux grâce à ses enfants que Melissa aime par-dessus tout. D’une rare intensité, le portrait retrace une vie compliquée, soulève les zones d’ombre du dossier, ouvre des voies nouvelles. Au fil des révélations, le spectre de l’erreur judiciaire s’impose. Récompensé dans sept festivals, ce film d’une tension continue, largement diffusé aux États-Unis et en Amérique du Sud, a eu un impact international. À l’isolement dans sa cellule, Melissa reçoit des milliers de lettres de ceux qui la pensent innocente. Le 12 août dernier, la Cornell Law School (université spécialisée dans les questions liées à la peine de mort), Innocence Project et d’anciens procureurs se sont mobilisés en sa faveur auprès de la Cour suprême des États-Unis pour tenter l’impossible… : sauver Melissa. Télérama
Séance à la demande pour les scolaires

De Florence Miailhe avec Maxime Gémin, Arthur Pereira, Serge Avedikian, Axel Auriant, Marc Brunet
Animation - France - 2021 - VF - 1h20

La Traversée

Quelque part en Europe. Un nouveau pouvoir émerge dont le bras droit "La fraternité Renaissance" tue et détruit tout sur son passage. Les différentes populations, contraintes à fuir à cause de la pauvreté, de la guerre ou du fanatisme se voient repoussées toujours plus loin ou se retrouvent piégées. La Traversée montre le destin de tous ces peuples de migrants à travers l’histoire de deux adolescents.

Il aura fallu treize ans à la réalisatrice pour venir à bout de ce projet magique, double hommage à la mémoire familiale et à sa mère peintre. Ses dessins reconstitués ici servent de fil narratif à une épopée initiatique pour ses deux jeunes héros fuyant leur village détruit par des miliciens. Le film s’approprie les codes des contes et des mythes pour écrire une histoire ô combien contemporaine des migrations et du déracinement, entre camps de rétention et périls de la rue. Accessible aux plus jeunes comme aux plus cyniques, ce long-métrage d’animation artisanal est une merveille d’humanité. Ne passez pas à côté. Paris Match
Sortie nationale

De Marie Amiguet avec Vincent Munier, Sylvain Tesson
Documentaire - France - 2021 - VF - 1h32

La Panthère des neiges

Au coeur des hauts plateaux tibétains, le photographe Vincent Munier entraîne l'écrivain Sylvain Tesson dans sa quête de la panthère des neiges. Il l'initie à l'art délicat de l'affût, à la lecture des traces et à la patience nécessaire pour entrevoir les bêtes.

Ida Lupino en 6 films

De Elmer Clifton, Ida Lupino avec Sally Forrest, Keefe Brasselle, Leo Penn, Dorothy Adams, Wheaton Chambers
Drame - Etats-unis - 1949 - VOST - 1h31

Avant de t'aimer

Une jeune fille est arrêtée suite à un vol de bébé. Dans sa cellule, elle évoque son passé...

De septembre à mars, le Cinéma Bel Air propose, en partenariat avec l’ADRC (Agence pour le développement régional du cinéma), un cycle sur la réalisatrice et actrice Ida Lupino (1918-1995). Né en 1918 à Londres, Ida Lupino fait ses débuts d’actrice au cinéma dans de petites productions britanniques avant de partir pour Hollywood où elle rencontre le succès. Elle incarna souvent des femmes fatales ou malheureuses. Raoul Walsh, Nicholas Ray, Fritz Lang, Robert Aldrich lui offrirent ses plus beaux rôles. Au milieu des années 1940, Lupino est attirée par la réalisation. Avec son mari, le producteur et scénariste Collier Young, elle monte une société de production indépendante, The Filmmakers, et devient productrice, réalisatrice et scénariste de films à petit budget, abordant souvent des questions de société. Parmi ses films, Outrage, en 1950, sur le viol, ou encore, Le Voyage de la peur en 1953, faisant d’elle la première femme à diriger un film noir. Lupino a souvent plaisanté en disant que si elle avait été, en tant qu’actrice, la « Bette Davis du pauvre », elle était devenue comme réalisatrice le « Don Siegel du pauvre ». Ida Lupino actrice : Le Vaisseau Fantôme  (1941) de Michael Curtiz Ida Lupino réalisatrice : Avant de t’aimer (1949), Faire face (1949), Outrage (1950), Bigamie (1953), Le Voyage de la peur (1953)
Rencontre

De Xavier de Lauzanne avec Leila Mustapha, Marine de Tilly, Gulistan Sido
Documentaire - France / Syrie - 2020 - VOST - 1h30

9 jours à Raqqa

Le film fait partie de la Sélection Officielle Cannes 2020. Leïla Mustapha est à 30 ans la nouvelle maire Kurde de Raqqa en Syrie. Ingénieure en génie civil et chargée de la reconstruction de l'ancienne capitale de Daech, elle doit réconcilier la population et arriver à faire vivre la démocratie.

Rencontre avec Sobhi Dassouki, écrivain et journaliste originaire de Raqqa, Nsreen Hussen, étudiante et Bassel Haidar, ancien chercheur à l'UHA.
En partenariat avec La Passerelle Des Talents et Logosphere

Leïla Mustapha, maire de Raqqa, est déterminée à reconstruire sa ville martyre. Un documentaire fort, sur une personnalité exceptionnelle. Capitale officielle de l’État islamique en juin 2014, la ville syrienne de Raqqa (trois cent mille habitants) s’était transformée en cité de l’horreur avec l’arrivée des djihadistes et l’application de la charia. C’est aussi depuis ce « califat » autoproclamé que les attentats du 13 novembre 2015 à Paris avaient été organisés. Trois ans plus tard, la ville ayant été totalement libérée le 17 octobre 2017 après des mois de combats, les citoyens ont désigné une jeune femme, Leïla Mustapha, comme maire de la ville, dont le documentaire 9 jours à Raqqa retrace le parcours. Kurde et musulmane sunnite, ingénieure en génie civil, elle est aussi l’unique femme au sein du Conseil civil de Raqqa qui représente toutes les communautés locales – kurde arabe, turkmène, arménienne, chrétienne. La journaliste française Marine de Tilly , venue rencontrer Leïla Mustapha, colle à son planning surchargé. Cheveux longs, jean slim et talons compensés, la trentenaire raconte, d’une voix douce, la guerre, les morts, les enfants orphelins… Mais la cheffe déterminée, qui dédie sa vie au travail et à la renaissance de sa ville, est bien là. Jour après jour, la combattante de la liberté part à la rencontre de la population, pilote, avec différents comités, la reconstruction de sa ville (canalisations, ponts, déminage…), dirige des assemblées, seule femme dans un aréopage masculin. « Avec des moyens modestes, nous avons déjà fait beaucoup », explique-t-elle, fière que Raqqa ait retrouvé son effervescence, et que des populations déplacées choisissent de revenir y vivre. Ses équipes ont effacé les pires symboles (comme « le rond-point de l’Enfer el-Naim » où Daech accrochait, trophées sanglants, le fruit de ses décapitations), rebâtissent un centre culturel… De grands films (Pour Sama , The Cave) ont documenté la guerre en Syrie. 9 Jours à Raqqa célèbre, lui, le retour à la vie à travers le portrait d’une femme au destin hors du commun. Télérama
Rencontre

De Gianfranco Rosi
Documentaire - Italie / France / Allemagne - 2020 - VOST - 1h40

Notturno

De combien de douleurs, de combien de vies se compose l'existence au Moyen-Orient ? Notturno a été tourné au cours des trois dernières années le long des frontières de l'Irak, du Kurdistan, de la Syrie et du Liban ; tout autour, des signes de violence et de destruction, et au premier plan l'humanité qui se réveille chaque jour d'une nuit qui paraît infinie.

Rencontre avec la Ligue des Droits de l'Homme

Après les migrants de Lampedusa dans Fuocoammare, le cinéaste italien explore leurs pays en guerre. Tourné aux confins de l’Irak, du Kurdistan, de la Syrie et du Liban, Notturno est comme le contrechamp de Fuocoammare , précédent film de Gianfranco Rosi , qui s’ancrait dans la petite île sicilienne de Lampedusa pour pointer les manquements de l’Europe à l’égard des migrants débarquant sur ses côtes ou mourant dans ses eaux. Le cinéaste italien a traversé la Méditerranée à rebours de ce flux migratoire, pour réaliser au Moyen-Orient son œuvre la plus abrupte et la plus magistrale, fruit de trois ans d’explorations souvent dangereuses dans l’ancien Empire ottoman dévasté par des guerres dont le film évoque les séquelles sur les populations civiles. Une vingtaine de scènes semblables à des tableaux y forment un territoire aux contours indistincts, sans repères ni perspectives, privé de ciel comme d’horizon. Mais au gré des rencontres, la vie se révèle malgré tout dans ce monde ravagé. Les enfants d’une école témoignent à travers leurs mots et leurs dessins des violences qu’ils ont subies. Une mère réécoute sur WhatsApp les appels effrayés de sa fille kidnappée. Un chasseur de canards se livre à une attente silencieuse sur un plan d’eau que la vie a quitté. Chacun d’eux, jusqu’au jeune Ali, cousin désenchanté du Samuele de Fuocoammare , dont le regard désabusé ne nous quittera pas, éclaire de quelques lueurs cette nuit profonde qu’il change en crépuscule. La beauté lumineuse de ce film déchirant opposant, elle aussi, son poids d’humanité à une pulsion de mort qui ne vise rien d’autre que l’anéantissement. Télérama
Rencontre

De Rana Kazkaz, Anas Khalaf avec Ziad Bakri, Yumna Marwan, David Field, Ramzi Maqdisi, Miranda Tapsell, Maria Zreik, Zayd Khalaf, Reem Ali
Thriller Drame - Syrie / France / Suisse / Belgique / Qatar - 2020 - VOST - 1h45

Le Traducteur

En 2000, Sami était le traducteur de l’équipe olympique syrienne à Sydney. Un lapsus lors d’une traduction le contraint à rester en Australie, où il obtient le statut de réfugié politique. En 2011, la révolution syrienne éclate et le frère de Sami est arrêté pendant une manifestation pacifique. Malgré les dangers il décide de tout risquer et de retourner en Syrie pour aller le libérer.

Rencontre avec Samir Aita, Président du " Cercle des Economistes Arabes " et l' association des Syriens d' Alsace

En faisant le lien entre deux langues, il leur arrive d’être pris entre deux feux : les traducteurs courent le risque de devenir des cibles en temps de guerre — l’actualité récente en Afghanistan l’a rappelé. Une situation douloureuse dont cette fiction ne parvient pas à montrer toute la complexité en imaginant le sort d’un Syrien contraint de fuir son pays après avoir fait une gaffe de traduction au moment de l’arrivée au pouvoir de Bachar el-Assad. L’intérêt se déplace vers une reconstitution des faits qui ont marqué, en 2011, le début de la guerre civile en Syrie. Tourné en Jordanie, ce premier film raconte alors de façon convaincante la folie d’un pays qui se retourne contre son peuple. Télérama

De Uberto Pasolini avec James Norton, Daniel Lamont, Eileen O'Higgins, Valerie O'Connor, Stella McCusker
Drame - Royaume-uni / Italie / Pologne - 2020 - VOST - 1h36

Un endroit comme un autre

Lorsque John découvre qu'il ne lui reste que quelques mois à vivre, il décide de partir, en compagnie de son fils de trois ans, à la recherche d'une nouvelle famille pour prendre soin de lui.

De Jean-Christophe Meurisse avec Christophe Paou, Guilaine Londez, Denis Podalydès, Vincent Dedienne, Blanche Gardin
Comédie Dramatique - France - 2021 - VF - 1h42

Oranges sanguines

Au même moment en France, un couple de retraités surendettés tente de remporter un concours de rock, un ministre est soupçonné de fraude fiscale, une jeune adolescente rencontre un détraqué sexuel. Une longue nuit va commencer. Les chiens sont lâchés.

« Face au pire, le rire », préconisait Beckett. Jean-Christophe Meurisse, chef de meute des Chiens de Navarre, a toujours misé sur les bienfaits de la catharsis. Au théâtre comme au cinéma. Dans ce nouveau film choral trempé dans la misanthropie, un ministre de l’Économie corrompu croise la route d’un détraqué sexuel, un couple de retraités surendettés participe à un concours de rock (présenté par Patrice Laffont !), une adolescente perd sa virginité avant de croiser, elle aussi, la route du maniaque. Tous les personnages sont liés, en une ronde infernale de la perversion à l’ignominie, crescendo. En grande partie inspirées par d’authentiques faits divers, ces tranches de vie déglinguées brossent un portrait au noir de la société française et des monstres qu’elle engendre. Des monstres qui doivent autant à Dino Risi qu’aux psychopathes du cinéma américain des années 1970, ceux qu’on croise dans les premiers films de Wes Craven, violeurs ou cannibales. Le constat d’une irrémédiable perte des valeurs humanistes se double d’une manipulation sadique des émotions du spectateur. Les victimes deviennent bourreaux, comme chez Tarantino, inversant la morale du film. « Il faut toujours être au bord de l’indécence », dit le conseiller politique joué avec délice par Denis Podalydès… Télérama
Sortie nationale

De Juho Kuosmanen avec Seidi Haarla, Yuriy Borisov, Dinara Drukarova
Comédie Dramatique - Finlande/Russie/Estonie/Allemagne - 2021 - VOST - 1h47

Compartiment N°6

Une jeune finlandaise prend un train à Moscou pour se rendre sur un site archéologique en mer arctique. Elle est contrainte de partager son compartiment avec un inconnu. Cette cohabitation et d'improbables rencontres vont peu à peu rapprocher ces deux êtres que tout oppose.

Grand Prix Cannes 2021

Un train file à travers la Russie post-soviétique. Dans un compartiment naît une improbable idylle. Grand Prix à Cannes, un irrésistible éloge de l’inconnu. Un film d’époque, un beau, un vrai. Sans costumes empesés ni décors vitrifiés. Nous voici en 1996, en un temps à la fois lointain et proche où Internet n’existait pas et où les téléphones portables restaient une rareté. Presque une autre civilisation. Et dans cette Russie-là, postsoviétique depuis seulement cinq ans, des étudiants étrangers enthousiastes, attirés par des expériences tout sauf virtuelles, s’aventuraient volontiers parmi les vestiges encore bien visibles d’un monde entièrement administré depuis le Kremlin. Il en va ainsi de la jeune Finlandaise, archéologue en devenir, que l’on suit d’emblée. À Moscou, elle est la colocataire et l’amante d’une fille très entourée. Mais elle entreprend seule, comme on tourne la page, bon gré mal gré, un long voyage en train vers l’autre bout du pays, pour découvrir les pétroglyphes (des gravures rupestres sur les rochers) de Mourmansk. Elle a tout d’une vraie routarde, n’a peur de rien ni de personne, pas même de ce garçon fruste, sinon rustre (et russe, par ailleurs), alcoolisé la plupart du temps, qui partage par hasard son compartiment de jour comme de nuit, en route, lui, vers un complexe minier où il gagnera sa vie pour la première fois. Le deuxième long métrage du Finlandais Juho Kuosmanen (Olli Mäki, 2016), Grand Prix du dernier Festival de Cannes, exerce, contre toutes les apparences, le charme des plus beaux films romantiques : il restitue une attirance imprévue, informulée, entre deux êtres qui se croient confusément, l’un et l’autre, voués à la solitude. Les échanges sont d’abord difficiles, rudimentaires, au bord de l’hostilité. Le rapprochement est fragile, les inhibitions s’en mêlent, quelque chose résiste… Au fil du voyage, et des escales sur ce territoire enneigé, qui dégèle lentement, l’attraction devient aussi une peur de la séparation, de la disparition : une adresse écrite sur un bout de papier suffit-elle pour ne pas se perdre à jamais, avant même d’avoir pu se connaître vraiment ? Bientôt, le compartiment no 6, qui abrite la naissance des sentiments, ce miracle, sera vide, puis occupé par d’autres gens… Voilà un irrésistible éloge de l’éphémère, de l’inconnu et du mouvement. Car si l’on voit finalement peu les gravures rupestres espérées, le chemin qui y mène est une récompense en soi, pour les personnages comme pour les spectateurs. L’héroïne, qui aime une fille au début, est donc troublée par un garçon, sans qu’aucune explication, aucun historique de ses préférences ne soient nécessaires. Aujourd’hui, on appelle cela la fluidité. Là réside la touche la plus contemporaine de cette ode à toutes les traversées, rythmée par le tube délicieusement anachronique (il date de 1987), et inattendu lui aussi, de la chanteuse française Desireless, Voyage, voyage…Télérama
Sortie nationale

De Daniel Brühl avec Daniel Brühl, Peter Kurth, Aenne Schwarz, Rike Eckermann, Vicky Krieps, Mex Schlüpfer, Stefan Scheumann, Arne Duppler, Nils Doergelo
Comédie Dramatique - Allemagne - 2021 - VOST - 1h32

Next Door

A Berlin, Daniel est un acteur célèbre qui vit dans un bel appartement avec sa charmante compagne, leurs deux enfants et la nounou. Il s’apprête à décoller pour Londres où l’attend le casting d’un film de superhéros. En attendant son chauffeur, Daniel se rend au bar du coin sans savoir qu’il est suivi par son mystérieux voisin, Bruno. Cette rencontre préméditée va emmener Daniel vers les recoins sombres de son intimité. Bruno est bien décidé à lui faire vivre un enfer.

Prix du public Augenblick 2021

Sortie nationale

De Majid Majidi avec Ali Nasirian, Javad Ezzati, Tannaz Tabatabaei, Roohollah Zamani, Mahdi Mousavi, Shamila Shirzad, Abolfazl Shirzad, Mani Ghafouri, Safar Mohammadi, Ali Ghabeshi, Babak Lotfi Khajepasha
Drame - Iran - 2020 - VOST - 1h39

Les Enfants du soleil

L'histoire d'un enfant de 12 ans en Iran qui, en compagnie de trois de ses amis, travaille au quotidien pour nourrir leurs familles. Un jour, ils entendent parler d'un trésor mais doivent, avant de partir à sa recherche, intégrer une école qui alerte sur le travail des enfants.

Rencontre

De Tomer Heymann avec Ohad Naharin, Avi Belleli, Olivia Ancona, Naomi Bloch Fortis, Gina Buntz
Documentaire - Israel / Suède / Allemagne / Pays-Bas - 2015 - VOST - 1h40

Mr Gaga, sur les pas d'Ohad Naharin

L’histoire fascinante d'Ohad Naharin, célèbre chorégraphe de la Batsheva Dance Company, dont les performances dégagent une puissance et une beauté inégalées. Le film nous dévoile le processus créatif d'un chef de file incontesté de la danse contemporaine, l’invention d’un langage chorégraphique unique et d’une technique de danse hors-norme appelée "Gaga".

Rencontre avec Bruno Bouché, directeur artistique du Ballet du Rhin et Benoît André , directeur de La Filature, dans le cadre de la présentation du spectacle KAMUYOT, du 27/11 au 2/12, à La Filature de Mulhouse et au gymnase Schoenacker, à la Caserne Drouot et au complexe de la Doller du 11 au 18 janvier. www.lafilature.org

C’est par le lâcher-prise que l’on arrive, dans Mr. Gaga, à la danse. En ouvrant le beau documentaire qu’il consacre au danseur et chorégraphe Ohad Naharin, Tomer Heymann illustre d’emblée sa conviction de présenter un être hors normes, et sa vocation à le faire d’une manière qui ne rentrera pas dans les clous du genre. Le Monde
  • Légendes des pictos :
  • Séance suivie d'une rencontre |
  • Sous-titrage sourds et malentendants |
  • VF Version française |
  • Séance précédée ou suivie d'un repas

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