Logo Cinéma Bel Air
Abonnement à la newsletter

Films du mois

  • Légendes des pictos :
  • Séance suivie d'une rencontre |
  • Sous-titrage sourds et malentendants |
  • VF Version française |
  • Séance précédée ou suivie d'un repas

de Frederick Wiseman
Documentaire - Etats-Unis - 1967 - VOST - 1h24

Titicut follies

Bridgewater (Massachusetts), 1967. Frederick Wiseman tourne Titicut Follies, son premier film, dans une prison d’État psychiatrique et atteste de la façon dont les détenus sont traités par les gardiens, les assistants sociaux et les médecins à l’époque. Ce qu’il révèle a valu au film d’être interdit de projections publiques aux États-Unis pendant plus de 20 ans. Témoin discret et vigilant des institutions, Frederick Wiseman pose, avec Titicut Follies, les bases de ce qui fait son cinéma depuis 50 ans.

 

Projection en e-cinema sur la plateforme La 25ème heure le dimanche 24 janvier à 14h.

En 1967, le documentariste américain choquait son pays en révélant les conditions de vie effroyables du pénitencier psychiatrique de Bridgewater. Censuré, menacé de destruction, ce grand film, disponible depuis 1991 seulement, ressort en salles (ici en e-cinema, ndlr). Trois raisons de s’y précipiter. Avant de devenir l’un des plus grands documentaristes américains, Frederick Wiseman était professeur de droit à l’université de Boston. Dans les années soixante, il emmenait chaque promotion d’étudiants au pénitencier psychiatrique située Titicut Avenue à Bridgewater, dans le Massachussets. Une sortie scolaire à ses yeux aussi formatrice qu’un cours magistral, comme il l’expliquera plus tard à la revue Positif : « Il me semblait important d’emmener les étudiants visiter un lieu où, en tant que procureurs, ils pourraient expédier des gens, ou en tant qu’avocats de la défense, leurs clients pourraient se retrouver ». Fasciné par le lieu et les relations entre les détenus-patients et le personnel pénitientiaire, Wiseman décide de consacrer son premier film à l’hôpital-prison de Bridgewater. Après un an et demi de négociations avec les autorités, il obtient en 1966 l’autorisation d’y tourner sans restrictions pendant un mois. Il filme dans un noir et blanc quasi-expressionniste le quotidien (sordide) des malades incarcérés, les mauvais traitements physiques et psychologiques dont ils sont victimes, mais, aussi, la fête annuelle de l’établissement, pendant laquelle détenus et gardiens montent sur scène, déguisés, pour chanter. Des dizaines d’heures de rushes obtenues, Wiseman tire un film implacable d’une heure vingt-quatre. Cinquante ans après sa présentation triomphale au festival de New York, Titicut Follies ressort en salles en version restaurée. Trois raisons de voir ou revoir ce témoignage-choc sur la folie. Titicut Follies est resté longtemps invisible. La faute à l’acharnement judiciaire de l’Etat du Massachussets, qui, dès 1967, demande l’interdiction du film. Raison officielle de la plainte : le film violerait l’intimité et la dignité des patients de Bridgewater. Raison officieuse et beaucoup moins avouable : les autorités de l’Etat n’apprécient pas l’image peu reluisante de leurs services sanitaires et sociaux véhiculée par le film… Un tribunal new-yorkais donne raison à Wiseman en première instance. Mais en 1968, la cour supérieure du Massachussets ordonne de retirer Titicut Follies de l’affiche et de rappeler toutes les copies pour les détruire ! Wiseman invoque une atteinte à la liberté d’expression garantie par le Premier amendement de la Constitution des Etats-Unis. Il fait appel devant la Cour suprême de l’Etat, qui, en 1969, rend un jugement de Salomon : les projections du film sont autorisées mais uniquement pour les médecins, les avocats, les juges, les professionnels de santé, les travailleurs sociaux et les étudiants. Il faudra attendre plus de vingt ans pour que, en 1991, un juge autorise à nouveau l’exploitation du film pour le grand public. Seule condition : il faut ajouter au montage un panneau indiquant que « des changements et des améliorations ont eu lieu depuis 1966 à Bridgewater ». On vous laisse découvrir comment Wiseman a respecté cette ordonnance de justice à la lettre tout en la ridiculisant – restez bien jusqu’au bout du générique final... Dès son premier film, Frederick Wiseman avait défini sa méthode. Cinquante ans et une quarantaine de longs métrages plus tard, elle n’a pas changé. Soit un tournage en équipe très réduite – seulement un cameraman, un technicien pour recharger les bobines de pellicule 16 mm et un preneur de son à la perche (Wiseman lui-même) pour Tititcut Follies. Pas de scénario, pas de commentaires en voix-off, pas de musique rajoutée. Et un énorme boulot de montage –Wiseman mettra un an pour trier et ordonner les rushes de Titicut Follies. Avec des raccords de plans aux effets ravageurs pour l’institution de Bridgewater et son personnel. Deux exemples : Titicut Follies, premier « scandale », montre en pleine lumière ce que l’ordre public dissimule habituellement aux regards : les fous. Mais les névroses des schizophrènes, paranoïaques et autres criminels sexuels filmés par Wiseman sont celles de la société américaine toute entière en cette fin des années soixante. Dans leur flot de paroles (pas forcément délirantes) où les pensionnaires de Bridgewater parodient (sans en avoir conscience) les leaders politiques, les prédicateurs religieux ou les officiers, il est question de l’assassinat du président Kennedy, de la guerre froide, de l’angoisse de la bombe et, surtout, de la guerre du Vietnam. Le documentaire fait ainsi écho à la fiction de Shock Corridor, le film de Samuel Fuller sur un hôpital psychiatrique dans lequel, pour reprendre les mots de Martin Scorsese, « l’Amérique est devenue un asile d’aliénés ». Entre les internés et leurs gardiens de Titicut Follies, on peut d’ailleurs se demander qui sont les plus fous. Entre ce psychiatre inquisiteur à l’accent étrange et ce patient qui chante devant la télévision, qui est le plus inquiétant ? Et entre le jeune Wladimir, parfaitement conscient que son séjour à Bridgewater ne fera qu’aggraver son mal-être, et ce médecin qui refuse d’entendre sa souffrance, qui est le plus dangereux ? Télérama
Rencontre

de Frederick Wiseman
Documentaire - Etats-Unis - 2020 - VOST - 4h32

City Hall

Frederick Wiseman investit la municipalité de Boston, où le Maire démocrate Martin Walsh et ses équipes travaillent dans un esprit participatif et collaboratif avec les citoyens, à la mise en place d'une politique ambitieuse en matière de justice sociale, d'accès au logement, de lutte contre l’exclusion et d'action pour le climat.

 

Projection en e-cinema sur la plateforme La 25ème heure + Rencontre avec Frederick Wiseman, réalisateur, et Charlotte Garson, critique aux Cahiers du Cinéma, le dimanche 24 janvier à 16h.

Tarif : 7 euros

Le plus passionnant observateur des institutions est de retour. Il a filmé le fonctionnement d’une fameuse université (At Berkeley, 2013), d’un jardin public (Central Park, 1989) ou d’un hôpital (Hospital, 1970). À 90 ans, Frederick Wiseman suit ici, et pour la première fois, les actions et prérogatives d’une mairie. Avec City Hall, Wiseman propose un film à voir comme en miroir de son documentaire précédent, Monrovia, Indiana. Dans cet opus, le cinéaste nous emmenait dans une petite ville du Midwest, Monrovia, réputée pour avoir majoritairement voté Trump aux dernières présidentielles. Dans City Hall, c’est à une grande ville démocrate de Nouvelle-Angleterre, Boston, que s’intéresse le réalisateur. En nous promenant à l’intérieur de l’impressionnant bâtiment brutaliste qui accueille la mairie, et à travers les rues des quartiers chics et arrondissements pauvres de la ville, Wiseman, fidèle à son habitude, propose une réponse par l’exemple à de grandes questions de démocratie. Qu’est ce qu’une municipalité ? À quoi sert-elle ? Quel est le périmètre de son action ? Le temps d’une après-midi que dure le film, le réalisateur nous emmène à une réunion de quartier où est posée la question de l’installation d’un magasin de vente légale de cannabis ; nous invite à une soirée d’hommage aux anciens combattants ou à un repas pour les aînés ; nous fait assister à une contestation de contravention, au ramassage des ordures, à l’inspection d’un immeuble en construction. Et quatre heures trente plus tard, on aura l’impression d’avoir fait un stage prolongé avec les services municipaux de Boston, et on aura des éléments de réponse à nos grandes questions. Qu’est-ce qu’une mairie ? C’est ce qui régit la vie d’une cité. Et regardez comme elle vit, cette ville. Wiseman n’a certainement pas choisi Boston par hasard. Ville natale du cinéaste, et capitale d’État de tradition démocrate, bien sûr. Mais au-delà de ces évidences, c’est la personnalité du maire de la ville qui a dû particulièrement intéresser le documentariste. Marty Walsh apparaît dans City Hall (qui aurait presque pu s’appeler Mayor) comme un maire omniprésent, sympathique et charismatique. On sent le réalisateur séduit. Mais, dans ses discours, dans ses prises de position, apparaît inlassablement l’ombre d’un autre homme politique : Donald Trump. Walsh est l’anti-Trump, comme Boston est l’anti-Monrovia. Et c’est là que Wiseman fait du cinéma politique sans en avoir l’air, et en étant bien plus pertinent que
 nombre de réalisateurs qui se sont risqués à l’exercice. Plutôt que de se lancer dans une énième critique de la politique du président américain et sans non plus tenter un vain catalogue de solutions, Wiseman nous montre une Amérique qui fonctionne, malgré tout, et pas trop mal – même si tout n’est pas parfait. La pauvreté reste bien présente dans cette grande ville de la côte est, les discriminations aussi. Mais la municipalité, ses agents, ses élus et ses habitants sont mobilisés pour changer les choses. Voilà un film qui donne envie de s’engager. Pas de faire la révolution, mais au contraire de croire dans le système démocratique. Une leçon précieuse.
 Bande à part
  • Légendes des pictos :
  • Séance suivie d'une rencontre |
  • Sous-titrage sourds et malentendants |
  • VF Version française |
  • Séance précédée ou suivie d'un repas

Prochainement