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  • Légendes des pictos :
  • Séance suivie d'une rencontre |
  • Sous-titrage sourds et malentendants |
  • VF Version française |
  • Séance précédée ou suivie d'un repas
Sortie nationale

De Karim Bensalah avec Hamza Meziani, Kader Affak, Souad Arsane, Mostefa Djadjam, Magdalena Laubisch, Abbes Zahmani, Karina Testa
Drame - France - 2023 - VF - 1h36

Six pieds sur Terre

Sofiane, fils d'un ex-diplomate algérien, a beaucoup voyagé. Installé à Lyon pour ses études, il est victime d'une décision administrative et vit sous la menace d'une expulsion. Dans l'espoir de régulariser sa situation, il accepte de travailler pour des pompes funèbres musulmanes. Entre les fêtes, les rencontres et son emploi, Sofiane va se découvrir dans un parcours initiatique qui le conduira à construire sa propre identité et passer peu à peu vers l'âge adulte.

A écouter : Karim Bensallah, la jolie histoire d'une réconciliation (Tous les cinémas du monde, RFI)

A travers ce film d’apprentissage, le réalisateur, qui signe ici son premier long, dresse le portrait d’un éternel ado désinvolte et incapable de s’investir. L’originalité du scénario, le rapport à la religion et l’incongruité des situations pallient le manque d’inventivité de la mise en scène. C’est par la mort que le jeune homme (Hamza Meziani, nouveau venu aux allures de funambule) découvre la vie au contact du sage El Haj (Kader Affak, impérial). L'Obs

De Paul B. Preciado avec Oscar-Roza Miller, Yanis Sahraoui, Liz Christin, Elios Lévy, Victor Marzouk
Documentaire - France - 2023 - VF - 1h38

Orlando, ma biographie politique

Un siècle après la publication de Orlando : une biographie de Virginia Woolf, Paul B. Preciado, philosophe et écrivain adresse une lettre à l’écrivaine anglaise pour lui dire que son personnage est devenu réalité : le monde est en train de devenir Orlandesque. Preciado appelle un casting dans l’espace public et sur les réseaux sociaux : « Qui sont les Orlandos contemporains ». A travers un voyage poétique, une traversée politique, le film brosse le portrait d’un monde en mutation.

Qui sont les nouveaux Orlando, près de cent ans après la parution du fascinant roman éponyme de Virginia Woolf ? C’est une question centrale parmi les nombreuses posées dans le passionnant documentaire Orlando, ma biographie politique de l’artiste et philosophe trans Paul B. Preciado. A travers les pages et les siècles racontés dans le roman Orlando, le personnage de Woolf transitionne. Preciado parle du livre comme d’un talisman : « Ma future existence est devenue possible non pas dans la réalité mais dans la fiction, et grâce à la fiction ». C’est le regard unique de l’autrice britannique, c’est l’histoire de Preciado mais c’est aussi une multitudes d’expériences : près de 30 « Orlando » d’aujourd’hui témoignent, des intervenant.e.s d’une ampleur d’âges aussi vaste qu’un lectorat de Tintin (entre 8 et 70 ans). On raconte ici pour survivre à la violence. On raconte la violence institutionnelle, l’effacement social, on s’adresse à la caméra. Les histoires intimes dans Orlando, ma biographie politique, sont collectives. Même texte, différentes voix – un parti-pris qui se prête d’ailleurs à merveille au sujet d’un récit sur la métamorphose et la subjectivité. Les confessions à la première personne et les citations du livre peuvent être dites sur un même ton, sans nette différenciation. On avance à la bougie et l’on découvre. A l’image du récit de Woolf qui a beau s’intituler Orlando : une biographie, et qui est bien davantage un roman qu’une bio, la vie dans le film de Preciado n’est pas vue comme « une biographie avec une série d’étapes, elle consiste en la métamorphose de soi ». C’est le passé et des pionnières comme l’Américaine Christine Jorgensen ou la Française Coccinelle, ce sont des enfants aujourd’hui. « Votre histoire vous appartient », entend-on dans ce documentaire où l’entourage pensera toujours mieux savoir que les premières et premiers concerné.e.es. « Cachez les biscuits, ne portez pas de bijoux », parmi les inepties conseillées. Le film n’est pas une demande d’autorisation, ce sont de nombreuses affirmations. Orlando avance inexorablement dans le temps et se métamorphose. Les Orlando d’aujourd’hui n’ont elles et eux plus la patience d’attendre l’autorisation des hétéroflics. Le cinéaste pose, mais aussi évacue assez rapidement, la question de classe. L’aristocratie d’Orlando est soulignée, de même que le milieu très populaire dont Preciado est issu. Qu’importe : la plupart des actrices et acteurs déclameront la fraise autour du cou. Ce n’est pas parce que le sujet est sérieux que le film doit être écrasé par une dimension sentencieuse. Il y a des respirations et du jeu dans Orlando, ma biographie politique – à l’image d’un choix de casting en fin de film qu’on ne dévoilera pas, mais qui tient du génie comique. Les décors artificiels, montrés dans leur artifice, constituent également un moyen ludique dans ce film qui parle lui-même de construction culturelle artificielle. Woolf l’écrivait elle-même dans son journal au sujet de l’écriture d’Orlando : « La vérité est que j’ai sans doute commencé par jeu et poursuivi sérieusement ». Preciado fait peut-être le chemin inverse mais le mélange est le même : le film est riche de ses tons et de ses registres, riche de ses dizaines d’expériences, riche d’une liberté galvanisante pour dessiner sans naïveté son utopie, et a ce talent particulier de savoir énoncer avec clarté et de manière accessible ses idées, des plus limpides aux plus complexes. Un brillant tour de force. Le Polyester
Sortie nationale

De Leos Carax avec Leos Carax, Denis Lavant, Ekaterina Yuspina, Loreta Juodkaite, Anna-Isabel Siefken, Nastya Golubeva Carax, Petr Anevskii, Bianca Maddaluno
Expérimental - France - 2024 - VF - 40min

C'est pas moi

Pour une exposition qui n’a finalement pas eu lieu, le musée Pompidou avait demandé au cinéaste de répondre en images à la question : Où en êtes vous, Leos Carax ? Il tente une réponse, pleine d’interrogations. Sur lui, "son" monde. Je sais pas. Mais si je savais, je répondrais que…

Trois ans après la présentation en Compétition et en ouverture du Festival de Cannes de son long métrage Annette (Prix de la Mise en scène), le cinéaste était de retour sur la Croisette pour un projet plus modeste mais tout aussi fascinant, projeté dans une autre section, Cannes Première (en raison de sa durée courte). Commande du Centre Pompidou pour une exposition « qui n’a jamais eu lieu » – le musée avait demandé au cinéaste de répondre en images à la question : « Où en êtes-vous, Leos Carax ? » – C’est pas moi prend la forme d’un essai introspectif d’une quarantaine de minutes. Brouillon, l’ensemble l’est assurément, sans que cela n’amenuise la qualité de l’objet. Lorgnant vers le Godard tardif (Adieu au langage ou Le Livre d’image), Leos Carax propose ainsi un patchwork d’images, provenant de sources diverses, et qu’il prend un malin plaisir à « malaxer ». La première phrase qui apparaît sur l’écran donne le ton : « Work in progress ». La comparaison avec le réalisateur de la Nouvelle Vague, décédé en 2022, ne se limite pas au travail de montage, mais se ressent au niveau de la voix off éraillée qui n’est autre que celle de Leos Carax. Des images, il y en a beaucoup. Le montage est parfois brut, quelquefois plus symbolique avec des raccords d’analogie, souvent poétique. Carax puise dans les œuvres qui l’inspirent tout en louant la magie du cinéma (voir la très belle scène de la pomme), évoque son enfance et la figure du père, pioche allègrement dans sa propre filmographie, avec de nombreux extraits ou célèbre la musique (on notera le très bel hommage rendu à Bowie) et les acteurs, au premier rang duquel figure Denis Lavant. Il se fait plus politique quand il montre la guerre, les images d’Isadore Greenbaum qui perturba en 1939 le rassemblement d’une organisation nazie américaine au Madison Square Garden (Carax est d’origine juive par sa mère), le combat des Femen, les photos de ceux qu’ils nomment « les salauds » (on y retrouve notamment Benyamin Netanyahou et Vladimir Poutine), celles de Nina Simone chantant « My skin is black », ainsi qu’un extrait de L’Émigrant de Chaplin (on en est tous un peu là, semble nous glisser le cinéaste). Carax nous convie dans son univers, et le voyage est passionnant (quoiqu’un peu déroutant, il faut bien l’avouer). C’est rythmé, joyeux et drôle (les jeux de mots fusent, « Tout est O.K. » devenant « Tout est K.O.) car le cinéaste, finalement, ne semble pas se prendre au sérieux, employant même le mot « imposture » pour se qualifier lui-même. Pour un bonheur total, il est conseillé de ne pas quitter la salle avant la fin du générique…Movierama
Film précédé du court métrage : Freiheit de Georges Lucas (2')
Sortie nationale

De Rithy Panh avec Irène Jacob, Grégoire Colin, Cyril Gueï, Bun-Hok Lim, Somaline Mao
Historique Drame - Cambodge/France/Qatar/Taiwan/Turquie - 2024 - VOST - 1h52

Rendez-vous avec Pol Pot

1978. Depuis trois ans, le Cambodge, devenu Kampuchéa démocratique, est sous le joug de Pol Pot et ses Khmers rouges. Le pays est économiquement exsangue, et près de deux millions de Cambodgiens ont péri dans un génocide encore tu. Trois Français ont accepté l’invitation du régime et espèrent obtenir un entretien exclusif avec Pol Pot : une journaliste familière du pays, un reporter photographe et un intellectuel sympathisant de l’idéologie révolutionnaire. Mais la réalité qu’ils perçoivent sous la propagande et le traitement qu’on leur réserve va vont peu à peu faire basculer les certitudes de chacun.

Rithy Panh n’oublie pas qu’il s’est fait connaître au cinéma par ses activités de documentariste. D’ailleurs, la séquence d’ouverture de son long-métrage de fiction mêle des images d’archive qui montrent le Cambodge vu du ciel et la reconstitution des trois personnes venues faire un reportage sur le pays, à savoir une journaliste aguerrie à son métier, un photo reporter et un intellectuel de surcroît communiste. D’ailleurs, tout le récit n’aura de cesse d’alterner les images d’archive avec la mise en scène fictionnelle, déployant peu à peu l’envers d’un régime impitoyable, déterminé à faire disparaître toutes celles et tous ceux qui représentaient aux yeux de Pol Pot le monde d’avant le marxisme. Rendez-vous avec Pol Pot est un récit quasi initiatique qui cherche à révéler la mécanique diabolique du despotisme, sous couvert de discours de propagande ou de mises en scène savamment menées où les habitants doivent mimer une organisation idéale dans laquelle chacun mange à sa faim et produit de l’alimentation pour le seul intérêt général. On sait hélas depuis que les Khmers Rouges ont organisé l’un des pires génocides de l’histoire de l’humanité. Le réalisateur manie avec brio la fiction et l’enquête journalistique. Il connaît bien le Cambodge contemporain qu’il tente de mieux décrypter dans ses travaux cinématographiques. Il opte pour une mise en scène précise, qui prend le temps de la découverte d’un discours manipulatoire des autorités et de comportements de plus en plus violents. La narration s’appuie sur des maquettes dressées pour l’occasion, comme si la représentation artistique du périple journalistique engagé par les trois personnages ne pouvait trouver sa parfaite résonance que dans le pas de côté de la création. L’horreur qui va doucement se révéler aux personnages trouve ainsi un espace d’incarnation bien plus fort, tant la brutalité et l’absence totale d’empathie du régime sont immenses. Même les mots manquent pour caractériser la manière dont cet homme, Pol Pot, broie tout sens de l’altérité, au seul motif d’installer sa puissance et son modèle unique de gestion d’un pays. Irène Jacob, Grégoire Colin et Cyril Gueï incarnent avec beaucoup de retenue et de mesure les trois personnes invitées pour témoigner à l’Occident d’un modèle de gouvernance idéal. La première notamment interprète cette journaliste solide, très expérimentée, qui manie la langue avec la sagesse d’un Sioux, convaincue que le moindre faux pas peut leur coûter la vie. Le second joue le rôle d’un communiste qui lutte contre la vérité d’un régime qui a fait fi de ses valeurs pour mieux imposer sa domination. Et le troisième incarne le photo-reporter, un homme courageux, téméraire, qui au nom de son engagement, n’hésite pas braver les lignes. Tous les trois composent une équipe que l’on ressent en permanence sur le fil, sans pour autant que l’angoisse ne les gagne trop pour continuer leur mission. Leur présence sur l’écran laisse sans voix, comme si eux-mêmes avaient été absorbés par la barbarie de Pol Pot et qu’ils avaient été changés intérieurement. D’ailleurs, à la fin, le spectateur ne sait plus des images d’archive et de la fiction où se situe le réel de la reconstitution. Rendez-vous avec Pol Pot se regarde comme un documentaire qui éclaire le monde sur un drame qui a duré quatre ans et a éliminé près de 20 % de la population cambodgienne. Une nouvelle fois, le film revendique la nécessité pour pays comme la France de garantir le droit de la presse et la protection à toutes les personnes qui fuient la barbarie de leur pays. Plus qu’un film témoignage, Rithy Panh dresse un discours historique et politique d’envergure qui ne laissera personne indifférent. La mémoire est ravivée, comme celle pour toutes les nations du monde qui ont vu leurs populations décimées la brutalité du régime en place. Rendez-vous avec Pol Pot est un film d’où l’on sort à la fois épuisé par la perversité du régime communiste Khmer et revigoré par la nécessité de continuer à faire vivre la mémoire de ces millions de personnes qui ont été massacrées. Inspiré d’une enquête d’Elisabeth Becker Les larmes du Cambodge : l’histoire d’un auto-génocide, le long-métrage résonnera longtemps dans le cœur des spectateurs qui l’auront vu. à Voir à Lire
Sortie nationale

De Pawo Choyning Dorji avec Tandin Wangchuk, Tandin Sonam, Choeying Jatsho, Deki Lhamo, Pema Zangmo Sherpa, Harry Einhorn, Kelsang Choejay, Tandin Phubz, Yuphel Lhendup Selden
Comédie Dramatique - Bhoutan/France/Etats-Unis/Taiwan - 2023 - VOST - 1h47

Le Moine et le fusil

2006. Le Bhoutan s’ouvre à la modernisation et découvre Internet, la télévision... et la démocratie. Pour apprendre à son peuple à voter, le gouvernement organise des « élections blanches ». Mais dans le pays du Bonheur National Brut, où la religion et le Roi importent plus que la politique, les habitants semblent peu motivés. Cependant, dans une province montagneuse reculée, un moine décide d’organiser une mystérieuse cérémonie le jour du vote et charge l’un de ses disciples de trouver un fusil...

En 2006, le Bhoutan, alors considéré comme l’un des pays les moins développés au monde, où la télévision vient à peine d’être autorisée, s’apprête à devenir une démocratie suite à l’abdication du Roi. La population rurale ne comprend pas cette décision et accueille, dubitative, des représentants du gouvernement venus leur expliquer à quoi sert une élection. Face à ce bouleversement, un lama ordonne à son disciple Tashi (Tandin Wangchuk) de lui rapporter un fusil. Il croisera alors la route d’un trafiquant d’arme américain (Harry Einhorn), en quête de ce même fusil. D’abord photographe puis producteur, Pawo Choyning Dorji a développé son deuxième long-métrage dans un pays où l’industrie du cinéma peine à se développer. Aussi, rien ne sert d’attendre de The Monk and The Gun qu’il s’appuie sur une mise en scène audacieuse pour illustrer son propos, puisque le réalisateur préfère exploiter les paysages idylliques du Bhoutan et les dialogues entre réalisme et provocation des personnages, tous très bien caractérisés. Ainsi, ce film choral prend même des accents comiques dans la course-poursuite entre l’étranger américain, son guide, et le moine, autour du fusil, ou dans la cérémonie finale. Aussi, l’intelligence du film réside dans sa confrontation, sans manichéisme, mais avec une certaine naïveté, entre les personnages citadins, qui cherchent à s’enrichir, et les paysans, humbles, davantage détachés des possessions matérielles, que l’arrivée de la démocratie risquerait de corrompre. Néanmoins, les thèmes de l’apaisement, familial comme communautaire, et du rejet des armes, présents dans la quasi-totalité des scènes, pourront lasser une partie du public par son matraquage. De même, le regard porté sur les moines, qui ne sont que sagesse et dénuement, demeure quelque peu essentialiste. En tant que plongée historique, politique et culturelle dans un pays encore méconnu, The Monk and The Gun transcende son apparence de carte postale pour proposer une réflexion nuancée sur le sens de ce qui fait la modernité d’un pays, grâce à des scènes simples, mais drôles et belles. Cinéman
Sortie nationale

De Jean-Christophe Meurisse avec Delphine Baril, Charlotte Laemmel, Laurent Stocker, Gaëtan Peau, Juana Acosta, Anthony Paliotti, Philippe Rebbot, Jonathan Cohen, Nora Hamzawi, Vincent Dedienne, Thomas VDB, Aymeric Lompret, Anne-Lise Heimburger
Comédie - France - 2024 - VF - 1h35

Les Pistolets en plastique

Léa et Christine sont obsédées par l'affaire Paul Bernardin, un homme soupçonné d'avoir tué toute sa famille et disparu mystérieusement. Alors qu'elles partent enquêter dans la maison où a eu lieu la tuerie, les médias annoncent que Paul Bernardin vient d'être arrêté dans le Nord de l'Europe…

Les RDV d'ATTAC et de la LDH

De Hervé Magnin
Documentaire - France - 2018 - VOST - 1h00

Un mur dans ma tête

"Il est plus difficile de désagréger un préjugé qu'un atome", disait Albert Einstein. En Palestine, les murs de séparation sont très concrets. Mais plus rigides que le béton, sont les murs abstraits des mentalités façonnées par les propagandes. En Palestine, la colonisation bat son plein. Mais décoloniser les esprits est un préalable pour mettre un terme au colonialisme que le gouvernement israélien fait régner dans les territoires occupés de Palestine. Du moins, c’est le postulat de ce film qui invite à explorer la complexité du conflit israélo-palestinien. Ce documentaire propose d’en comprendre mieux les enjeux, les obstacles, mais aussi les leviers et les étapes qui pourraient conduire à un partage équitable et pacifique de cette terre tant convoitée. Palestiniens et Juifs ont en commun un lourd passé traumatique. Pour autant sont-ils sur une voie de résilience ? C’est aussi la question à laquelle tente de répondre ce film.

Rencontre avec ATTAC & la Ligue des Droits de l'Homme et l'Association France-Palestine Solidarité 68 à l'issue de la projection.

Sortie nationale

De María Alché, Benjamín Naishtat avec Marcelo Subiotto, Leonardo Sbaraglia, Julieta Zylberberg, Alejandra Flechner, Mara Bestelli
Comédie Dramatique - Argentine - 2023 - VOST - 1h50

El Profesor

Professeur terne et introverti, Marcelo enseigne depuis des années la philosophie à l’Université de Buenos Aires. Un jour, se présente enfin l’occasion de briller : suite au décès de son mentor, il est pressenti pour reprendre sa chaire. Mais voilà que débarque d’Europe un autre candidat, séduisant et charismatique, bien décidé à lui-aussi briguer le poste.

El Profesor est une première fois à plusieurs titres pour Benjamin Naishtat, son réalisateur. C’est tout d’abord l’occasion pour lui de s’embarquer sur les sentiers d’une comédie, construite comme telle, lui qui s’était fait remarqué depuis 2014 avec deux drames, Historia del miedo puis Rojo (en 2018), avec un style assez violent. Ce nouveau film est aussi l’opportunité de partager la réalisation avec Maria Alché, sa compagne, qui co-signe cette histoire dont le titre original, Puan, met plus l’accent sur le lieu, l’université, que le personnage principal. En effet, si Marcelo Pena (joué par Marcelo Subiotto) est de tous les plans, tout le scénario tourne bien autour de cette faculté de philosophie nichée au cœur de Buenos Aires, la capitale argentine, dont la chaire du professeur Caselli vient de se libérer à la mort de celui-ci. Naishtat et Alché développent une narration tout d’abord très simple. Leur personnage principal est sympathique, mais un peu gauche, et les gags qui se succèdent sont très premier degré, dans un style très burlesque. On se moque gentiment de sa propension à se mettre dans des situations compliquées, et on aime également à tourner en ridicule son rival, le très médiatique et réputé Rafael Sujarchuk, revenu d’Allemagne où il est parti enseigner depuis vingt ans. Ce premier temps est d’abord très resserré sur ces deux personnages, dans un petit combat de vieux coqs qui se battent pour obtenir le même trophée, cette chaire qui signifie diriger toute une faculté et ses enseignements. L’un est le représentant de la stabilité et la perpétuation d’une ligne engagée depuis plusieurs décennies, quand l’autre se veut plus moderne et ouvert sur le contemporain avec son expérience à l’étranger. Passé cet humour très léger et situationnel, on découvre un autre aspect du film, plus politique, qui se nourrit à la fois de la situation compliquée en Argentine, une crise économique qui touche de plein fouet l’enseignement supérieur, avec également une réflexion plus profonde sur les choix faits pour influer sur le cours de son existence. En une fraction de seconde, il n’y a plus de Puan, de cours, de semestre à préparer, et une situation presque insurrectionnelle se retrouve dirigée en pleine rue par tout le corps enseignant et leurs étudiants, confrontés à la violence policière. Les deux rivaux Marcelo et Rafael sont de nouveaux côte à côte, se révélant dans un moment difficile, loin de leurs atermoiements passés. C’est pourtant bien un choix politique et personnel qui les rapproche alors qu’il les opposait quelques instants auparavant. Déjà dans le choix de l’orientation du département de philosophie politique, il y avait un questionnement fort sur l’orientation à donner entre conservatisme et réforme d’un enseignement qui pouvait avoir tendance à s’enliser dans une pratique peu remise en question. Marcelo est le plus touché par cet antagonisme, ce moment remettant en question les choix qu’il a pu faire ou oublier de faire, dans ces décennies où il a suivi aveuglement le sentier tracé par son mentor qui vient juste de décéder. Pour son épanouissement personnel, n’est ce pas le moment parfait pour décider ce qui pourrait lui permettre de renaître à un moment crucial de son existence ? C’est en cela que la comédie écrite par les deux auteurs est brillamment construite, le scénario ayant d’ailleurs reçu le prix du meilleur script au dernier festival de San Sebastian. Le burlesque n’empêche pas le film de devenir plus qu’une simple série de gags, allant jusqu’à l’élever dans une lecture critique de la société argentine et une radiographie de la vie d’un homme qui se révèle dans un moment de crise, enfin conscient de ses choix. Le Bleu du miroir
Rencontre

De Papu Curotto, Andi Nachon avec Carla Crespo, Antonella Saldicco, Lorenzo Crespo, Susana Pampín, Esteban Masturini, Ezequiel Tronconi, Agustín Rittano
Drame - Argentine - 2023 - VOST - 1h20

León

Julia vient de perdre sa compagne, Barby. Déchirée entre son chagrin et sa vie qui bascule, elle s’efforce de maintenir le restaurant qu’elles avaient fondé ensemble et le lien qui l’unit au fils de sa partenaire, León. Mais cette relation privilégiée est désormais menacée par une grand-mère obstinée et le retour inattendu d’un père absent.

Rencontre avec l'association L'HÊTRE, le vendredi 5 juillet.

Avec León, leur premier long métrage, le duo argentin Andi Nachón & Papu Curotto tissent un drame de reconstruction bouleversant. Confrontée à la mort de sa compagne, Julia doit non seulement faire son deuil mais aussi lutter au quotidien pour récupérer son fils et garder le cadre précieux qu’elles avaient construit ensemble. Les cinéastes montrent avec finesse comment la perte d’un être cher affecte non seulement sa propre vie, mais aussi celle que l’on partage en tant que famille. León parle ainsi des relations et des affections qui nous constituent et à quel point cela peut être une tâche ardue de les entretenir ou les recomposer. Une magnifique ode à l’acceptation et la compréhension de l’autre. Chéries-Chéris
Rencontre

De Zacharias Mavroeidis avec Yorgos Tsiantoulas, Andreas Lampropoulos, Roubini Vasilakopoulou, Nikolas Mihas, Vasilis Tsigristaris
Comédie - Grèce - 2023 - VOST - 1h46

The Summer With Carmen

Fraîchement célibataire, Demos passe son été à Athènes avec son ami de longue date, Nikitas. Sur une plage gay entre deux baignades, Demos aide son ami à écrire son premier scénario. Les deux compères se replongent alors dans la rupture de Démos, son incapacité à vivre seul, ses rencontres amoureuses, la maladie de son père et l’adoption de Carmen, le petit chien de son ex…

Rencontre avec l'association L’Hêtre, le vendredi 12 juillet à 20h30.

Avec The summer with Carmen, applaudi à la Mostra de Venise 2023, Zacharias Mavroeidis livre une jubilatoire comédie queer, solaire et ludique. À travers la relation amicale de deux apprentis scénaristes, le film explore avec humour des thèmes variés comme le monde du cinéma, les problèmes familiaux, l’amitié entre hommes gays, l’amour sous toutes ses formes, mais aussi le sexe compulsif, la durabilité d’une relation sans sexe, les compromis à faire pour que le couple traverse les vagues de l’usure… Dans une mise en scène aussi colorée que sensuelle, le cinéaste grec filme les corps au plus près, comme celui de l’irrésistible Démosthène (Yorgos Tsiantoulas), véritable Dieu grec avec ses épaules larges, ses muscles développés et son épaisse barbe noire. Chéris Chéris
Sortie nationale

De Sandhya Suri avec Shahana Goswami, Sanjay Bishnoi, Sunita Rajwar
Thriller - Inde - 2024 - VOST - 2h00

Santosh

Santosh a 28 ans lorsque son mari policier meurt tragiquement. Elle hérite de son poste et devient à son tour agent de police…

Santosh vient de perdre son mari, un policier, et la tradition administrative veut que les veuves héritent du poste de leur mari décédé avec en sus le versement d’une pension de veuvage. C’est donc sans formation, ni expérience, que la jeune femme entre dans le corps de la police. Elle y découvre des pratiques pour le moins contestables avec des fonctionnaires plus occupés à déjeuner généreusement qu’à résoudre les affaires. La haine contre les policiers est d’ailleurs vivace de la part du peuple qui crie sa colère dans la rue. Mais Santosh ne se décourage pas, persévère au contraire et se retrouve très vite engagée dans une enquête sur le décès et le viol d’une très jeune femme, aux côtés de sa nouvelle cheffe, une femme déterminée, engagée dans la cause féminine, mais aux méthodes absolument pas vertueuses. Santosh est le premier film de fiction au cinéma de Sandhya Suri. Elle vient de la télévision et a derrière elle deux documentaires. On ressent vraiment cette approche du docu-fiction dans la manière qu’elle a d’embarquer sa caméra au cœur même des villes, dans des quartiers populaires qu’elle semble connaître sur les doigts de la main. La réalisatrice n’a pas froid aux yeux, filme une réalité brutale, sans concession, prenant le risque de la critique des autorités indiennes. Elle fustige une société qui entretient des clivages entre certaines castes qui continuent d’avoir quasiment le droit de vie et de mort sur les individus et particulièrement les filles, et d’autres qui ne comprennent que des pions au milieu de l’immense population indienne. On ressent un film très écrit, très documenté, et les comédiens eux-mêmes prennent le risque d’incarner des fonctionnaires de police qui, pour une grande part, ne se questionnent pas sur les méthodes d’investigation et, pour une minime partie, tentent de s’arranger avec l’horreur. La corruption, le désintérêt de la police pour son peuple, et le mépris des classes dominantes pour les pauvres constituent le deuxième pilier de dénonciation dans le film. Santosh est un film âpre, violent et ne cherche pas à protéger son spectateur. Tous les dysfonctionnements de la société indienne sont étalés devant l’écran, avec leurs conséquences lourdes en matière d’exclusion et de non-partage des richesses. En ce sens, ce cinéma indien éclaire le paradoxe économique des pays émergents où demeure une misère endémique et un rapport à la démocratie plus que douteux. On pense aux évènements récents de l’actualité qui faisaient montre d’un ensemble de viols commis sur des femmes, sans que les autorités ne prennent la mesure de ces faits graves. Ici, les femmes policières, faute d’une justice ordonnée, exercent leurs propres condamnations des garçons ou des hommes accusés d’attouchements en les humiliant en pleine place publique ou en encourageant les victimes à frapper leurs harceleurs. En même temps, Sandhya Suri laisse planer le doute avec une très grande lucidité sur une société moralisatrice qui voit dans chacune des tentatives de séduction d’une femme, des accusations de harcèlement. Sandhya Suri a le mérite d’être une femme, ce qui lui confère l’autorisation de dénoncer d’un côté les comportements plus que machistes d’une certaine catégorie d’hommes, et de l’autre côté de mettre en avant les excès de moralisation de la société indienne. Elle semble mettre en lumière l’exclusion qui pèse particulièrement sur les populations musulmanes, a fortiori dans le contexte actuel mondial de polarisation du fait religieux. Mais sur ces aspects, elle reste nuancée et prudente, là où elle se lâche complètement sur la brutalité de la police de son pays. On se demande toutefois pendant une grande partie l’intérêt de filmer un pays aussi noir, aussi bruyant. Il faut saluer l’interprétation de l’actrice principale, Shanana Goswami, qui assume d’un bout à l’autre la figure contrastée d’une jeune policière pétrie de questionnements éthiques. Santosh mérite véritablement d’être vu par le plus grand nombre. C’est aussi l’occasion de découvrir un cinéma d’auteur indien, peu ou mal connu en Europe, et de réfléchir aux enjeux de progrès social qui continuent de peser sur une majorité des pays dits émergents. à Voir à Lire
Sortie nationale

De Wei Shujun avec 朱一龍, Zeng Meihuizi, Hou Tianlai, Tong Linkai, Zeng Qi, Wang Jianyu, Liu Baisha, 周遊, 楚布花羯, Chunlin Mo
Policier Thriller Drame - Chine - 2023 - VOST - 1h42

Only the River Flows

En Chine, dans les années 1990, trois meurtres sont commis dans la petite ville de Banpo. Ma Zhe, le chef de la police criminelle, est chargé d'élucider l'affaire. Un sac à main abandonné au bord de la rivière et des témoignages de passants désignent plusieurs suspects. Alors que l'affaire piétine, l'inspecteur Ma est confronté à la noirceur de l'âme humaine et s'enfonce dans le doute...

Curieuse idée que celle du ministre de la Culture d’installer le nouveau commissariat de police dans un cinéma qui n’est plus fréquenté. Mais le symbole est de taille, le gouvernement préférant les enquêtes policières à l’ouverture par la culture et l’art. C’est dans ce contexte particulier que le chef de police criminelle est confronté à un curieuse affaire où les assassinats s’accumulent au bord d’une rivière, mettant en cause une série de personnes qui vivent au cœur d’une campagne austère et délaissée par les pouvoirs publics. Shujun Wei situe l’action de son long-métrage en 1995, quelque part dans une province chinoise du Sud. L’occasion est trop belle pour décrire un état du pays où les services publics comme l’hôpital et la police sont en véritable désuétude et les populations vivent au fil des jours, sans la certitude qu’ils seront protégés par leurs gouvernants. Only the River Flows n’est a priori pas un film ouvertement pamphlétaire. Le cinéaste s’intéresse d’abord à son protagoniste, Ma Zhe, qui sombre peu à peu, au fur et à mesure de l’enquête, dans une série de doutes et de tourments autant professionnels que personnels. Sa jeune épouse est enceinte et la découverte d’un monde sordide, très pauvre, ne peut qu’interroger le père qu’il sera, d’autant plus que le bébé risque de naître handicapé. Le grain de la photographie est à l’image de ces mondes désolés qu’il traverse pour son enquête ; il pleut beaucoup, et les visages sont enfermés dans une tristesse profonde. Shujun Wei réalise une œuvre forte et sensible, mais résolument pessimiste. Il n’y a aucun espoir dans cette contrée, et peut-être plus généralement en Chine où les habitants n’ont aucune raison d’espérer des lendemains plus heureux. Le cinéaste déroule des thèmes très nombreux dans son film, lesquels thèmes touchent notamment à la question du handicap, de la maladie mentale, du déni de l’identité personnelle au profit du poids collectif et de la norme administrative. Il n’y a plus de cinéma pour illuminer l’existence des populations de Banpo. En ce sens, le spectateur s’interroge pendant tout le long-métrage de quelle Chine le réalisateur parle. Adapté d’une nouvelle de Yu Hua, le film est un hommage au cinéma, le réalisateur jouant avec plaisir avec la métaphore et la mise en perspective du réel à travers les pellicules qui s’empilent dans l’ancien théâtre de projection. Désormais, les sièges qui s’étendent devant la scène ont perdu leurs spectateurs pour des réunions d’officiers ou de représentants de l’État. Les trois longs-métrages de Shujun Wei ont tous été sélectionnés à Cannes. Cela témoigne d’une maîtrise totale de l’art cinématographique de ce jeune réalisateur. Voilà un cinéaste qui sait jouer avec les couleurs, les lumières, qui n’abuse jamais des mouvements de la caméra mais centre son récit sur l’intensité des dialogues. Le film parvient à rendre visible la psychologie sombre du héros, mais aussi celle de tous ces êtres perdus qui peuplent les rues de Banpo. Only the River Flows est un film brillant, sensible, qui échappe avec brio à l’excès de longueurs dont peut souffrir un certain cinéma chinois. C’est une œuvre passionnante, qui joue avec la mélancolie, le rire et le sarcasme. à Voir à Lire
Rencontre

De Nicolas Ubelmann
Documentaire - France - 2019 - VF - 1h20

Barrages - L'Eau Sous Haute Tension

Qui peut se passer d’électricité dans le monde d’aujourd’hui ? Qui peut vivre, travailler et se nourrir sans brancher une prise ou appuyer sur un bouton ? A chaque seconde, des milliards d’électrons circulent entre nous. Ils transportent nos voix, nos corps, nos données. Ils nous réchauffent, nous protègent et nous soignent. Mais alors que l’électricité est devenue une énergie vitale très peu savent vraiment d’où vient ce courant et pourquoi un jour... il se pourrait que la lumière s’éteigne. La Commission Européenne a mis en demeure la France pour qu'elle ouvre à la concurrence un tiers de ses grands barrages hydrauliques, gérés jusque là par EDF. Dénoncée par un grand nombre de députés, d'ingénieurs, d'économistes et de syndicats, et des habitants, cette décision pourrait entrainer de nombreux problèmes économiques, écologiques et sécuritaires. Alors quels sont les enjeux de cette ouverture à la concurrence ? Qu'avons nous à y gagner et qu'avons nous à y perdre ?

Rencontre avec ATTAC & la Ligue des Droits del'Homme.

De Pete Docter avec Ed Asner, Christopher Plummer, Jordan Nagai, Bob Peterson, Delroy Lindo
Aventure Animation - Etats-unis - 2009 - VF - 1h35

Là-haut

À 78 ans, Carl n'envisage plus qu'une chose : finir tranquillement sa vie dans la petite maison où il a passé toute une existence paisible auprès de son épouse Ellie. Veuf désormais, il reste, en effet, attaché à son passé en refusant les propositions mirobolantes d'un promoteur pour racheter son bien. Quand des circonstances exceptionnelles le contraignent d'intégrer une maison de retraite, il prend une ultime fois les choses en mains et, transformant sa demeure en dirigeable, s'envole pour l'aventure, vers la partie du monde où sa femme et lui s'étaient promis un jour de s'installer. Il ne se doute pas alors qu'il a emporté avec lui un jeune passager clandestin, Russell et que le voyage sera loin d'être de tout repos…

Là-Haut reste avant tout un film d'aventure pour les petits et les grands, bourré d'humour (ravageur), de personnages excellents et même de scènes d'action d'une efficacité dévastatrices. Films Actu
Sortie nationale

De Johanna Pyykkö avec Camilla Godø Krohn, Radoslav Vladimirov, Laila Goody, Christian Skolmen, Maya Amina Moustache Thuv
Drame - France/Norvège - 2023 - VOST - 1h47

Mon parfait inconnu

Ebba, jeune femme solitaire de 18 ans, travaille dans le port d’Oslo. Un soir, elle découvre à terre un homme d’une grande beauté, blessé à la tête. Se rendant compte qu’il est atteint d’amnésie, elle lui fait croire qu’ils sont amants et leur construit un univers bâti sur le mensonge. Mais progressivement, Ebba comprend que les pires tromperies ne viennent peut-être pas d’elle...

Présenté en compétition et en première mondiale au Festival Premiers Plans d’Angers, le premier long-métrage de Johanna Pyykkö fait suite au début de carrière déjà riche de la cinéaste finno-suédoise. Assistante réalisatrice de Joachim Trier sur le tournage de Thelma, elle a également présenté son court-métrage The Manila Lover à la 58e Semaine de la Critique. C’est d’ailleurs à l’atelier Next Step de la Semaine de la Critique qu’elle a développé Mon parfait inconnu. Dans ce long-métrage, la cinéaste explore la psyché d’une jeune fille prête à s’emmurer dans des mensonges pour quitter sa solitude. Incarnée par Camilla Godø Krohn, dont c’est le tout premier rôle, Ebba est un personnage complexe, tant par essence que par la manière dont la cinéaste nous la présente. À plusieurs reprises, Mon parfait inconnu donne à voir des scènes issues directement des fantasmes ou des angoisses de la jeune fille. Nous apprenons donc à connaître Ebba à travers des éléments de son quotidien, son emploi alimentaire, son entourage, mais en découvrant la manière dont elle raisonne. Rythmé par les illusions et les mensonges de son héroïne, Mon parfait inconnu a quelque chose du conte. Lorsqu’elle se voit offrir l’opportunité de garder une luxueuse demeure, pendant que les propriétaires sont en vacances, un nouveau monde s’ouvre à Ebba. Celui où, à ses yeux, la richesse va de paire avec la réussite sociale. Peu de temps après, une nuit, elle rencontre le prince charmant dont elle a tant rêvé, en la personne d’un inconnu blessé à la tête dans une rue déserte. Elle ne réfléchit pas longtemps avant de décider de construire de toutes pièces le mensonge d’une vie parfaite. Ebba profite de la perte de mémoire du jeune homme pour lui faire croire qu’ils sont en couple et ils s’installent ensemble dans la maison qu’elle garde. Mais dans Mon parfait inconnu, un mensonge peut en cacher mille autres et Ebba va bientôt se retrouver prise à son propre piège. Alors que nous sommes entrés dans le film par le biais de sa psyché, nous finissons peu à peu, comme elle, par nous perdre, à ne plus vraiment savoir ce qu’il faut craindre, ce qui relève du fantasme ou de la paranoïa. Johanna Pyykkö livre ainsi un drame psychologique porté par un duo d’acteurs captivant. Le long-métrage propose un univers sombre et singulier, mis en musique par la talentueuse Delphine Malaussena (Chien de la casse).

De Kelsey Mann avec Amy Poehler, Maya Hawke, Kensington Tallman, Liza Lapira, Phyllis Smith
Aventure Animation - Etats-unis - 2024 - VF - 1h36

Vice-Versa 2

Fraichement diplômée, Riley est désormais une adolescente, ce qui n'est pas sans déclencher un chamboulement majeur au sein du quartier général qui doit faire face à quelque chose d'inattendu : l'arrivée de nouvelles émotions ! Joie, Tristesse, Colère, Peur et Dégoût - qui ont longtemps fonctionné avec succès - ne savent pas trop comment réagir lorsqu'Anxiété débarque. Et il semble qu'elle ne soit pas la seule…

En 2015, le premier Vice-versa, pur produit des studios Pixar, avait fait chavirer nos cœurs d’enfants. On y suivait le quotidien de Riley, 11 ans et mal dans sa peau. Dans son cerveau, plusieurs émotions tentaient de négocier le passage de l’enfance à l’adolescence : Joie, Colère, Peur et Dégoût, qui prenaient la forme de petits personnages colorés et amusants. Ce deuxième volet s’inscrit dans la continuité. Riley, 13 ans, vit désormais sa crise d’adolescence. Pour ses parents, c’est une véritable catastrophe, le signe que leur enfant ne sera plus jamais comme avant. Pour congédier le sort, la jeune fille part en voyage avec deux amies, afin de participer aux sélections d’une équipe de hockey sur glace. Mais l’innocence s’est envolée. Les amitiés deviennent toxiques, les passions d’autrefois sont devenues ringardes. Les souvenirs se consument, et de nouvelles émotions apparaissent : Anxiété, une créature orange aux intentions troubles, Embarras, un bonhomme costaud caché sous une capuche, Ennui, une jeune femme renfrognée à l’accent français (doublée en version originale par Adèle Exarchopoulos !), et Envie, une petite bestiole mignonne mais sournoise. Difficile de ne pas verser une larme face à ce beau récit d’apprentissage : le studio n’a rien perdu de sa maestria pour créer des œuvres universelles. Plus lucide sur le monde qui nous entoure, cette suite évoque en filigrane l’angoisse existentielle des ados de notre époque, chamboulés lorsqu’on on leur demande de laisser leur téléphone dans une boîte, ou bien lorsqu’ils décident de modifier leur physique pour s’intégrer socialement. Le travail sur l’animation, impeccable, dépasse les frontières du style Pixar pour aller vers une esthétique plus composite, avec des incursions inattendues de personnages de jeux vidéo des années 1990, mais aussi de programmes en 2D qui rappellent Dora l’exploratrice… Ces symboles nostalgique suggèrent aux enfants d’hier qu’ils sont désormais les modèles de leur descendance. Télérama
Sortie nationale

De Philippe Lesage avec Noah Parker, Aurélia Arandi-Longpré, Arieh Worthalter, Paul Ahmarani, Sophie Desmarais, Irène Jacob, Antoine Marchand-Gagnon, Laurent Lucas, Guillaume Laurin
Drame - Canada/France - 2024 - VF - 2h41

Comme le feu

Jeff, 17 ans, est secrètement amoureux d’Aliocha. Tous deux admirent le mystérieux Blake, un vieil ami du père de la jeune fille, qui les invite à passer quelques jours dans son chalet de chasse au cœur du grand nord canadien. Là, en pleine nature, les deux adolescents se confrontent à un monde d’adultes puérils, prêt à s’embraser.

Plein Air au Bel Air, Avant-Première

De Laetitia Dosch avec Laetitia Dosch, Jean-Pascal Zadi, François Damiens, Anne Dorval, Pierre Deladonchamps, Anabela Moreira, Mathieu Demy
Comédie - France/Suisse - 2024 - VF - 1h20

Le procès du chien

Avril, jeune avocate spécialisée dans la défense de animaux est prête à tout pour sauver de la peine capitale son client, un chien récidiviste. Entre croyance en la justice et difficultés grandissantes à supporter le mépris des humains pour les animaux, c’est ce chien qui va aider Avril à accepter sa complexité humaine.

Avant-première

Concert: Simon and the Tasty Shades (pop). Simon Burkhalter est un auteur-compositeur-interprète suisse vivant à Mulhouse en France. Il écrit et se produit seul et en collaboration avec différents groupes et artistes en Suisse et en France. Dans son œuvre musicale, il a exploré une variété de styles.

Repas : Rösti et sa garniture. Réservation à partir du 20 juillet sur Helloasso (lien à venir)

Infos/accès sur https://www.calameo.com/read/00561869821093a5ccd96

Un chien est-il un justiciable comme un autre ? Une société se juge-t-elle à la place qu’elle accorde à ses amis les bêtes ? Un canidé peut-il être misogyne ? Mord-il par légitime défense ? La peine de mort pour un animal domestique est-elle plus douce que pour un humain ? Vie sauvage et vie en société peuvent-elles cohabiter ? L’antispécisme est-il soluble dans le féminisme ? L’homme est-il un loup pour le chien ? Autant de questions philosophico-comiques posées par Laetitia Dosch dans son premier film derrière la caméra. La rousse quadragénaire s’est aussi réservé le rôle principal, celui de l’avocate de Cosmos, le criminel. Doit-on écrire « criminel », d’ailleurs ? Le mot est impropre pour désigner ce brave toutou dont le « crime » est d’avoir mordu au visage Lorene, femme de ménage portugaise et compagne de Dariuch, le maître malvoyant de Cosmos. Dans la vraie vie, puisque cette histoire un peu folle a de sérieux ferments, le clébard a été piqué sans sommation et sans émotion, malgré une pétition réclamant la clémence. Pour faire déraper son film vers la farce surréaliste, la réalisatrice choisit donc d’assimiler le cabot non plus à une chose, comme c’est toujours le cas dans le Code civil, mais à une personne en pleine possession de ses moyens et, comme le titre transparent l’annonce, de faire le procès du chien. Accusé, couchez-vous ! Le rapport ambigu entre l’homme et l’animal était déjà le ressort d’un formidable spectacle de Laetitia Dosch, Hate (2018), dérangeant duo femme-cheval dans lequel l’actrice chevauchait Corazon dans le plus simple appareil – comme Lady Godiva –, dialoguait avec ce compagnon de substitution, dont elle s’éprenait, jusqu’à simuler une saillie dans l’intimité d’une tente Quechua. « Qu’est-ce que c’est qu’aimer ? Qu’est-ce que c’est que détester ?, nous confiait-elle alors. La limite est ténue entre les deux sentiments. On aime la nature mais on la détruit. On risque même d’en mourir. On veut vivre avec un chat mais on lui coupe les couilles pour qu’il ne fasse pas pipi partout. On mange les animaux qu’on trouve trop beaux. Drôles de façons d’aimer. » L’actrice-réalisatrice franco-suisse en connaît un rayon en faune sauvage et domestique. Elle a passé son enfance entourée d’animaux morts : des chiens, des chinchillas, des pies, un fennec, tous empaillés par son oncle taxidermiste, propriétaire de la célèbre boutique Claude Nature, boulevard Saint-Germain. Le grand-père, quant à lui, était ornithologue. Il a ramené de ses voyages pas moins de dix mille nids et autant d’œufs, vidés et conservés dans des boîtes et alignés sur un mur du grand appartement parisien où cohabitaient trois générations. Un casting d’impayables comiques Si Le Procès du chien fait un peu le procès du spécisme, cette vision du monde postulant la supériorité de l’être humain sur les animaux, il le fait avec une énergie démentielle et très peu conventionnelle, pas docte pour un clou. « La Dosch », comme à son habitude, donne de sa personne pour camper cette walkyrie du barreau et pour maintenir un rythme effréné (quatre-vingts minutes chrono) qui nous épargne, avec de belles ellipses, la lenteur de la justice et de certains films de procès. Elle est bien aidée par son casting d’impayables comiques : à l’autre bout de la laisse, François Damiens est désopilant de bêtise et de premier degré, comme l’est Jean-Pascal Zadi, en dresseur certifié par le gouvernement que l’avocate glissera fortuitement dans son lit. Sorte d’Éric Zemmour en jupe, le personnage d’Anne Dorval est une caricature de populiste bas du front (national) à faire frémir de rire. Télérama
Plein Air au Bel Air

De Wim Wenders avec Koji Yakusho, 柄本 時生, Arisa Nakano, 山田 葵, 麻生祐未
Comédie Dramatique - Allemagne/Japon - 2023 - VOST - 2h03

Perfect Days

Hirayama travaille à l'entretien des toilettes publiques de Tokyo et semble se satisfaire d'une vie simple. En dehors de sa routine quotidienne très structurée, il s'adonne à sa passion pour la musique et les livres. Il aime les arbres, et les prend en photo. Une série de rencontres inattendues révèlent peu à peu son passé. Une réflexion profondément émouvante et poétique sur la recherche de la beauté dans le monde quotidien qui nous entoure.

Concert : Speakrine (Chic devant, Punk derrière). C’est le son d’un jukebox cybernétique qui avale et recrache tout ce qui, un jour, nous a fait danser, sourire ou pleurer.
Si tu aimes Devo, Bowie, Henge,Talking Heads, B 52's, Prince, Stinky Toys, La Poison, Taxi Girl, l'impératrice, Rita Mitsouko.

Repas: Assiette japonaise. Réservation à partir du 20 juillet sur Helloasso (lien à venir)

Infos/accès sur https://www.calameo.com/read/00561869821093a5ccd96

L’homme est nettoyeur de toilettes publiques. Tous les jours, à l’aube, après s’est commandé un café dans une machine contingente à son domicile, il fait le tour des WC publics, prenant le temps entre deux lieux de regarder les gens, humer la nature et éventuellement ramasser une pousse d’arbre pour la transformer en bonzaï chez lui. Perfect Days s’inscrit en écho avec l’immense Paris, Texas qui avait émerveillé Cannes en son temps. Le rythme est délibérément lent, contemplatif, dans une répétition des mouvements et des lieux où peu à peu l’existence de Hiramaya entreprend de s’approcher du bonheur. En quelque sorte, Wim Wenders renoue avec une forme de poésie de la vie quotidienne. Il ne faut pas attendre d’évènements dramatiques, le film se résumant à une juxtaposition de rencontres qui, à chaque fois, amènent le protagoniste à engager une mue intérieure. Le long métrage est immensément beau. Tout fait cinéma : la musique, les plans sur la ville de Tokyo, les regards portés par le héros sur le monde qui l’entoure et les personnages qui peuplent son existence solitaire et paisible. Il s’en dégage une grande sérénité. Le spectateur réapprend à regarder des images sans chercher la fulgurance des évènements ou le rythme à tout prix. La répétition des jours qui s’écoulent résonne comme des pages de littérature, à l’instar des ouvrages qu’Hirayama achète régulièrement pour les lire. Le titre est donné par la chanson célèbre de Lou Reed. En réalité, tout le film est traversé de tubes des années 60-70 qui font la marque de fabrique du récit. D’autres titres auraient pu ainsi donner le nom au long-métrage mais force est de constater que chaque jour doit être pour le protagoniste une quintessence de la perfection. On redécouvre le charme de la cassette audio et Wim Wenders s’amuse du contraste entre la génération des années 60 et celle d’aujourd’hui qui ne peut plus percevoir le monde en dehors de l’Internet et des plateformes de musique. Hirayama erre dans une dimension quasi atemporelle où la vie s’écrit au rythme des répétitions, dans la continuité de ce qui a fait la musique d’hier et sera celle de demain, et en accord avec la nature. Perfect Days apparaît comme une balade poétique et spirituelle dans une ville japonaise qui pourrait être américaine ou européenne. L’enjeu essentiel de la fiction est de montrer que le bonheur se trouve dans le goût des choses simples et que la consommation produit du manque et donc du désarroi. Le cinéaste invite presque le spectateur à se servir de la lenteur du film pour penser et expérimenter l’essentiel de lui-même. Les personnages qui peuplent le récit aux côtés d’Hirayama deviennent alors des contrepoints métaphoriques aux silences du héros, l’inverse peut-être de ce qui, selon Wenders, pourrait ressembler au bonheur. A voir à Lire
Plein Air au Bel Air

De Shane Atkinson avec John Magaro, Steve Zahn, Galadriel Stineman, Matthew Del Negro, Bob Clendenin
Comédie Policier Thriller - Etats-unis/France - 2023 - VOST - 1h52

LaRoy

Quand Ray découvre que sa femme le trompe, il décide de mettre fin à ses jours. Il se gare sur le parking d’un motel. Mais au moment de passer à l’acte, un inconnu fait irruption dans sa voiture, pensant avoir affaire au tueur qu’il a engagé.

Concert: FAT JEFF( Ol’Dirty Fuckin’ Blues). On ne peut pas faire plus authentique que le Ol’Dirty Fuckin’ Blues de Fat Jeff : un seul homme, des guitares, et du groove. Avec sa transmission d’énergie redoutable, le Fat vous emmènera très vite avec lui dans son univers poussiéreux et teinté de rouille, où sa vision moderne bouscule les profondes racines du Blues.

Repas: Koshani (Assiette égyptienne végétarienne) réservation à partir du 20 juillet sur Helloasso.(lien à venir)

Infos/accès sur https://www.calameo.com/read/00561869821093a5ccd96

Le préambule étrange, d’un humour noir réjouissant, va donner le ton à ce thriller original, qui rappelle dans l’esprit certains films des frères Coen ou encore l’univers de 3 Billboards, les panneaux de la vengeance de Martin MacDonagh (2017). Le récit présente une galerie de losers malchanceux ou maladroits, et parfois les deux, et comprend deux histoires bien distinctes assorties d’un quiproquo. Elles vont se rejoindre et créer une belle pagaille dans la petite ville de LaRoy au Texas. Ray (John Magaro), le personnage principal, doté d’une silhouette à la Droopy, est aussi malchanceux que naïf. Son destin va basculer quand Skip (Steve Zahn) une ancienne connaissance, au look de cow-boy, devenu détective privé, va lui révéler, photos à l’appui, que sa femme le trompe dans un motel miteux de la ville. Tant bien que mal, les deux hommes vont être obligés de faire équipe, surtout quand Ray, décidé à en finir, va être pris pour un tueur à gages attendu par un petit malfrat. L’histoire, qui ne manque pas de rebondissements, va dépasser le pauvre Ray, qui va voir les morts se multiplier autour de lui. Sur un scénario extrêmement malin et des dialogues ciselés et drôles, le film est un modèle d’équilibre entre thriller classique et comédie maniant le second degré avec délectation. La distribution, John Magaro et Steve Zahn en tête, est absolument éblouissante. À noter que la musique est signée par un trio français : Delphine Malausséna, Rim Laurens et Clément Peiffer. Le film a raflé pas moins de trois prix au Festival de Deauville 2023 : Grand Prix, Prix du Public de la ville de Deauville, et Prix de la Critique. à Voir à Lire
Plein Air au Bel Air

De Yolande Moreau avec Yolande Moreau, Grégory Gadebois, Sergi López, Estéban, Thomas Guy, William Sheller, Anne Benoît, François Morel, Philippe Duquesne, Aissatou Diallo Sagna, Jana Bittnerová, Thomas Scimeca
Comédie Dramatique - France - 2023 - VF - 1h43

La Fiancée du poète

Mireille Stockaert est une femme solitaire et brisée. Amoureuse de peinture et de poésie, elle s’accommode de son travail à la cafétéria des Beaux-Arts de Namur. Sa vie bascule quand elle choisit d’habiter la grande maison familiale dont elle hérite. N’ayant pas les moyens de l’entretenir, elle décide de prendre trois locataires. Trois hommes qui vont bouleverser sa routine.

Concert: AD EL MARIACHI(hip hop latino). Un cocktail de salsa dopé aux sonorités très actuelles du hip hop !
Fruit de la réunion de AD, chanteur-rappeur et Paul « Paolito », percussionniste, le projet AD EL Mariachi est une invitation à traverser les frontières.
AD est un artiste de la scène hip-hop mulhousienne.

Repas: Frikeh poulet. Réservation à partir du 20 juillet sur Helloasso(lien à venir)

Infos/accès sur https://www.calameo.com/read/00561869821093a5ccd96

Actrice prolifique, réalisatrice discrète (trois fictions en vingt ans), l’ex-Deschiens serait désormais septuagénaire. Il est toutefois permis d’en douter. Avec son visage poupin éclairé de son sourire béat de communiante, Yolande Moreau semble éternellement figée dans l’enfance. La métamorphose physique s’accompagnant le plus souvent d’une attirance pour des personnages immatures ou inadaptés au monde des adultes, qui ne s’épanouissent que dans leur bulle, abandonnés aux puissances de l’imaginaire. Ainsi va Mireille, fiancée à un poète dans une autre vie, et de retour dans ses Ardennes natales, dans la grande maison délabrée de ses parents décédés, au bord de la Meuse. Sa paie de cantinière ne pesant pas bézef, cette drôle de sorcière en robe à fleurs recueille chez elle trois locataires, aimantés par son charme érotico-maternel digne d’un sortilège. Débarquent tour à tour dans le manoir phalanstère un étudiant aux beaux-arts de Charleville (Thomas Guy, prometteur) rapidement surnommé Picasso pour ses talents de copiste, un ouvrier communal heureux de pouvoir enfin s’assumer en travesti (Grégory Gadebois, dans un beau contre-emploi), et un Turc sans papiers qui se fait passer pour un musicien américain afin d’éviter les problèmes – Estéban, toujours génialement lunaire… Plus balèze en plomberie qu’en poésie Trois joyeux faussaires, auxquels il faut ajouter l’amant (Sergi López, sobre) qui a volé les vers d’un autre pour séduire sa Roxane, car il est plus balèze en plomberie qu’en poésie. Sans oublier le curé à foulard et à caniches qui réconcilie avec la religion – William Sheller, acteur né. Faux mariage, fausses identités, faux tableaux et majestueux faux cerf en ciment dans le jardin alimentent un conte où tout le monde s’arrange avec la vérité et la légalité pour résister à la morosité. Peintres, poètes, musiciens, cinéastes, les artistes inventent une utopie, hors du temps et des normes, qui sublime la réalité en l’accordant à leurs désirs. L’important est de ne pas se mentir à soi-même. Yolande Moreau signe ici son meilleur film, d’une grande douceur et d’une grande liberté, y compris formelle, puisqu’elle mélange comédie sociale, réalisme poétique et même un bout de film muet, comme Agnès Varda l’avait fait dans Cléo de 5 à 7. Hommage d’une glaneuse à une autre. Télérama
Plein Air au Bel Air

De Matt Winn avec Alan Tudyk, Olivia Williams, Shirley Henderson, Amber Rose Revah, Rufus Sewell, Indira Varma, Anne Reid, Alice Henley, Sylvester Groth, David Schaal, Jonathan Livingstone
Comédie - Royaume-Uni - 2023 - VOST - 1h30

Dîner à l'anglaise

Sarah et Tom sont en proie à de graves difficultés financières : leur seule solution est de vendre leur maison londonienne. Lorsque leurs amis débarquent pour un dernier dîner, Jessica, une vieille amie, s’invite et se joint à eux. Après une dispute à première vue sans importance, Jessica se pend dans le jardin. Tom s’apprête à appeler la police lorsque Sarah réalise que si l’acheteur l’apprend, la vente tombera à l’eau, ruinant ainsi leur couple. La seule façon de s’en sortir est de ramener le corps de Jessica dans son propre appartement. Après tout, qu’est-ce qui pourrait mal tourner ?

Concert: THE RUMBLE(rockabilly). Le groupe est largement influencé par le rockabilly « originel » à la Sun Records - Elvis Presley, Johnny Burnette, Charlie Feathers… - mais puise également son inspiration dans d’autres courants musicaux, de la country de Hank Williams aux instrumentaux garage de Link Wray. Rumble s’est nourri de toutes ces influences pour proposer une musique personnelle, dépassant les clichés du genre.

Repas: Fish&Chips. Réservation à partir du 20 juillet sur Helloasso (lien à venir)

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Plein Air au Bel Air

De Payal Kapadia avec Kani Kusruti, Divya Prabha, Chhaya Kadam, Hridhu Haroon, Azees Nedumangad, Tintumol Joseph
Drame - Inde/France/Luxembourg/Pays-Bas - 2024 - VOST - 1h54

All We Imagine as Light

Infirmière à Mumbai, Prabha voit son quotidien bouleversé lorsqu’elle reçoit un cadeau de la part de son mari qu’elle n’a pas vu depuis des années. De son côté, Anu, sa jeune colocataire, cherche en vain un endroit dans la ville pour partager un peu d’intimité avec son fiancé. A l'occasion d’un séjour dans une station balnéaire, pourront-elles enfin laisser leurs désirs s’exprimer ?

Avant-première. Grand Prix Festival de Cannes 2024.

Concert: Jan Vanek ( jazz world). Nous le connaissons bien, ce guitariste virtuose aux solos dignes d’Hendrix ou de Santana. Voyageur sur les ailes de la musique, il rapporte de ses errances autour du globe un carnet de notes... de musiques. Pour lui, les gens et les lieux sont des sons et son inspiration s’en enrichit.
Le jazz, et la liberté de jeu et d’inspiration qu’il implique, lui convient à merveille.

Repas: Curry de légumes et poulet. Réservation à partir du 20 juillet sur Helloasso (lien à venir).

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Il s’agit du premier long métrage de fiction de la réalisatrice indienne Payal Kapadia, qui a été formée à la Cinef et au Film and Television Institute of India. Lauréate de l’Œil d’or du documentaire pour A Night of Knowing Nothing (Quinzaine des Réalisateurs 2021), elle est également l’auteure de courts métrages poétiques et ésotériques qui dévoilent l’influence d’Apichatpong Weerasethakul. Présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2024, All We Imagine as Light est en apparence plus linéaire, tout en mettant en avant des intentions féministes plus ou moins explicites. À Mumbai, dans le sud de l’Inde, deux jeune femmes colocataires mènent une existence rangée. Toutes deux infirmières, elle semblent dévouées à leur métier et nouent des relations en apparence sereines avec leur entourage. Mais elle partagent un certain désenchantement, lié à leurs frustrations affectives et leur condition de femme ne disposant pas d’un réel libre arbitre dans une société patriarcale attachée au poids des traditions et de la religion. Prabha s’est laissée faire par sa famille qui lui a proposé un mariage arrangé, mais l’époux a émigré, ayant trouvé un emploi à l’étranger ; Anu quant à elle vit mal la difficulté à trouver un lieu d’intimité avec son amoureux. Cette trame minimaliste constitue la première partie du récit et privilégie l’équilibre entre des dialogues explicatifs et le non-dit, dans des plans sans esbroufe se déroulant essentiellement dans des intérieurs. Le long métrage prend ensuite une autre tournure, aux confins du fantastique, lorsque les deux jeunes femmes décident d’entreprendre un voyage au cours duquel elles vont tenter de s’affirmer dans leurs choix et revendications. On se doute que ce long métrage arty n’empruntera pas la voie de Thelma Louise, ni même de L’une chante, l’autre pas mais la rupture de ton de cette seconde partie est d’une indéniable élégance visuelle, ne serait-ce que par le décor naturel d’une forêt proche de la mer et du village côtier de Ratnagiri. On songe à d’autres œuvres asiatiques ayant cerné les tourments humains au sein d’une nature à la fois protectrice et hostile, des longs métrages de Naomi Kawase au récent Mal n’existe pas de Hamaguchi, en passant par L’arbre aux papillons d’or de Pham Thiên Ân (Caméra d’or 2023). Payal Kapadia dispose d’un réel talent et sort des sentiers balisés, tant de la narration traditionnelle que du film à thèse verrouillé. All We Imagine as Light, cohérent avec les intentions de la réalisatrice, est hautement recommandable. à Voir à Lire
  • Légendes des pictos :
  • Séance suivie d'une rencontre |
  • Sous-titrage sourds et malentendants |
  • VF Version française |
  • Séance précédée ou suivie d'un repas

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