Films du mois

Sortie nationale / Rencontre

De Werner Boote avec Werner Boote, Kathrin Hartmann, Noam Chomsky, Raj Patel
Documentaire - Autriche - 2018 - VOST - 01h37

L'Illusion verte

0

Aujourd’hui, les industriels investissent beaucoup de temps et d’argent à «verdir» leur image : voitures électriques, huile de palme labellisée bio, ou encore produits issus du commerce équitable… tout est fait pour nous déculpabiliser et expliquer que nous pourrions sauver le monde en consommant ces produits. Une pratique dangereusement populaire nommée greenwashing ou éco-blanchiment. Mais si à défaut de sauver le monde, ces achats responsables ne faisaient qu’enrichir les multinationales ? Werner Boote et Kathrin Hartmann parcourent le monde pour révéler l’envers du décor.

Rencontre avec le collectif citoyen ANV-COP21 le mercredi 13 février à 20h et le vendredi 15 février à 20h

Un film dans l’air du temps. L’écologie est devenue une des préoccupations principales des humains. Mais allons-nous dans le bon sens ? La voiture électrique est-elle plus écolo que la voiture diesel ? Et une pate à tarte bio à l’huile de palme ? La réponse est non mais c’est ce qu’on essaie de nous faire croire. Les industriels se sont engoufrés dans cette filière, très rémunératrice. Le film se propose de nous montrer l’envers du décor, non sans humour.
Sortie nationale

De JUDITH DAVIS avec Judith Davis, Claire Dumas, Malik Zidi, Mireille Perrier, Mélanie Bestel, Nadir Legrand, Simon Bakhouche
Comédie - France - 2018 - 01h28

TOUT CE QU'IL ME RESTE DE LA REVOLUTION

Angèle avait 8 ans quand s’ouvrait le premier McDonald’s de Berlin-Est…Depuis, elle se bat contre la malédiction de sa génération : être né « trop tard », à l’heure de la déprime politique mondiale. Issue d’une famille de militants, sa sœur a choisi le monde de l’entreprise et sa mère a abandonné du jour au lendemain son combat politique, pour déménager, seule, à la campagne. Mais son père, ancien maoïste chez qui elle retourne vivre, lui, est resté debout. En colère, déterminée, Angèle s’applique autant à essayer de changer le monde qu’à fuir les rencontres amoureuses. Que lui reste-t-il de la révolution, de ses transmissions, de ses rendez-vous ratés et de ses espoirs à construire? Tantôt Don Quichotte, tantôt Bridget Jones, Angèle tente de trouver un équilibre

Comment parler des illusions marxistes qui se sont cassées la gueule ? En râlant ! Dans cette comédie romantico-politique rageuse et très drôle, la jeune réalisatrice incarne elle-même Angèle, une jeune architecte qui vitupère contre tout et tout le monde, tentant de compenser l’échec des idéologies de ses parents militants : papa qui n’a pas bougé d’un iota depuis qu’il distribuait l’Humanité, et maman qui a tout lâché pour s’installer à la campagne. Vouloir changer le monde : hériter de ce rêve est une malédiction, mais, aussi, une injonction à tracer sa propre voie citoyenne et sentimentale. Le film, adapté d’un spectacle du collectif L’Avantage du doute, fluide et énergique dans sa mise en scène, est un festival de dialogues, dont certains appelés à devenir culte – « Ce n’est pas un peu réducteur de se présenter par sa profession ? Je ne dis pas ça parce que je n’en ai pas… ». Ils fusent, échangés avec un plaisir communicatif par une troupe – pardon, ici, mieux vaut dire « collectif » - de comédiens épatants. Une comédie qui redonne la foi en tout. Télérama
Film précédé du court métrage : Un grand soir de Judith Davis (12’)
Sortie nationale

De Elsa Amiel avec Peter Mullan, Julia Föry, Arieh Worthalter, Vidal Arzoni, Agata Buzek
Drame - France - 2018 - - 01h20

Pearl

Eden Palace, compétition internationale de Bodybuilding féminin. Léa Pearl s’apprête à concourir  pour le prestigieux titre de Miss Heaven et consacrer ainsi quatre années de travail. Al, son mentor, lui-même ancienne star du bodybuilding, veille jalousement sur elle, espérant grâce à elle, revenir sur le devant de la scène. Rien ne saurait bouleverser cette mécanique parfaitement huilée… Mais à quelques heures de la finale, Léa voir revenir les ombres du passé. Ben, son ex-mari, débarque à l’Eden Palace. Et comme une bonne idée ne vient jamais seule, il vient accompagné de Joseph, leur enfant, que Léa n’a pas vu depuis 4 ans.

Une œuvre de l’étrange, sombre et fascinante, dont l’intensité psychologique dépasse largement l’exercice de style téméraire. Bouleversant. Pour son premier long métrage, Elsa Amiel ose filmer l’étrangeté des corps, dans ce qu’elle a de plus repoussant pour le commun des mortels, la disproportion des muscles qui atrophie l’enveloppe humaine et réduit l’être à un volume exponentiel de chair sèche. Mais, en perçant la carapace bodybuildée d’une femme au passé opaque qui resurgit, à la veille d’une compétition, la réalisatrice dévoile une féminité moins attaquée par les abus de fonte portés au corps que par les non-dits du passé. Le film n’est pas des plus prolixes. Entre anglais (le coach de l’héroïne est joué par l’impérial Peter Mullan, dans un rôle surprenant) et français (pour la résurgence du passé, le cadre d’un gigantesque hôtel aux couleurs nappés d’étrange), Pearl pourrait passer pour un exercice de style esthétique et brillant qui surjoue la composition des plans et nimbe son ambiance de la musique électronique austère - sublime composition d’Avril dont on n’a toujours pas oublié ses albums personnels des années 2000 et en particulier la beauté cristalline du morceau Eve. Le trip est effectivement réel. Le film est notamment hanté par des séquences hallucinantes (notamment l’une de voyeurisme de fenêtre et l’autre, réellement impressionnante, porté par un crescendo musical entre une composition de Rob, de Daft Punk sur Tron, et du groupe Justice, lors de la séquence de compétition finale, sorte de sublimation d’une manifestation infernale, où tout contribue à en faire un moment de cinéma unique : réalisation, mise en scène, photographie et lumières, mais surtout par l’interprétation. Pour camper l’héroïne aux muscles saillants, Elsa Amiel a eu recours aux talents d’une authentique sportive de compétition, Julia Föry. Physique asexué et spectaculaire, mais que. Elle est aussi capable d’habiter son rôle de souffrances morales et de forces de caractère qui forcent le respect, passant du spleen à la transe, devant des projecteurs qui semblent faits pour elle, et ce, en l’espace de quelques secondes. Alors que son personnage s’accepte en corps différent, comme pour se soustraire aux passés et à une vie normée qu’elle rejette, elle impose une volonté implacable de s’affranchir des diktats, qu’ils soient maternels, esthétiques, et patriarcaux, dans une démonstration du corps et de l’esprit en fusion. Dans cette œuvre diamantine, le freak show n’aura pas lieu tant ce chemin de croix regorge d’humain et de beauté dans ce qu’il affiche pourtant de froid et d’étrange. Du grand art pour un très grand premier film de l’audace et de l’irréel qui suscitera l’admiration des amateurs de cinématographie alternative exigeante. Avoir-alire
Film précédé du court métrage : Je suis la clé du problème de Gabin et Eden Ducourant (2')
Sortie nationale

De David Roux avec Jérémie Renier, Marthe Keller, Zita Hanrot, Maud Wyler, Alain Libolt
Drame - France - 2018 - - 01h33

L'Ordre des médecins

Simon, 37 ans, est un médecin aguerri. L’hôpital, c’est sa vie. Il côtoie la maladie et la mort tous les jours dans son service de pneumologie et a appris à s’en protéger. Mais quand sa mère est hospitalisée dans une unité voisine, la frontière entre l’intime et le professionnel se brouille. L’univers de Simon, ses certitudes et ses convictions vacillent...

Pour son premier film, David Roux a obtenu la participation de deux acteurs exceptionnels : Marthe Keller et Jérémie Renier “Tiré de faits réel" et situé dans un grand hôpital français, L’Ordre des médecins, pourrait légitimement être abordé avec suspicion. On pourrait craindre de se retrouver devant un énième film sur les gestes héroïques de médecins omnipotents. Cependant, étonnamment, rien de tout ceci n'arrive à entamer ce film, qui surprend par sa générosité et sa sincérité et qui nous parle des doutes, des espoirs et des souvenirs qui transpirent dans les regards et les petits gestes de personnages épouvantablement proches de chacun de nous. David Roux, fils de chefs de service hospitalier et frère d'un médecin qui ne s'appelle pas Simon par hasard, comme le héros de son film, merveilleusement interprété par Jérémie Renier, se sert du microcosme hospitalier comme prétexte pour nous parler de la vie, de la sienne comme de la nôtre. L'Ordre des médecins nous permet de réfléchir à la fragilité de nos sentiments, emprisonnés dans un corps qui confronté au pire, à la perte d'un être cher, explose en laissant transpirer toute la rage et la tristesse qu'il garde habituellement jalousement. Les médecins représentent souvent pour les patients le dernier espoir, une planche de salut qu'ils voudraient indestructible, à laquelle ils s'accrochent avec une force herculéenne. Et pourtant, comme le montre le film, ce sont des gens comme nous, avec leurs limites et leurs inquiétudes, des êtres humains conscients de porter un masque de Zorro indispensable pour faire aller de l'avant la comédie de la vie. Mais que se passe-t-il quand la mort frappe à leur porte, quand, comme dans le film, la douleur tente de faire glisser ce masque d'invincibilité de leur visage ? “Maintenir à distance mon histoire intime a demandé un plus grand effort que de me plonger dedans", dit David Roux en parlant du deuil qu'il a vécu après la mort de sa mère, qui accompagne tout son film. Un saut dans les abysses qui se révèle en même temps pudique et riche, sincère sans jamais tomber dans le mélodrame. La prouesse doit sa réussite à une actrice, Marthe Keller, qui brille par son incroyable force tranquille. Le réalisateur et son actrice avancent sur un fil très ténu, celui qui sépare sincérité et sensationnalisme, sans jamais tomber, parvenant au contraire à faire ressortir cette lumière et cette ironie qui brillent même dans les moments les plus sombres. Un film élégant et intime qui met à nu nos sentiments sans nous forcer la main, et auquel on est pour cela reconnaissant. CinEuropa
Sortie nationale / Les Petites Bobines

De Célia Rivière avec Alexia Chicot
Animation - France - 2018 - 00h45

La Cabane aux oiseaux

Quel plaisir de se laisser raconter des histoires ! Quelle joie de voir les illustrations des albums prendre vie au fur et à mesure de la lecture. Neuf histoires de la littérature pour la jeunesse sont rassemblées pour 45 minutes d'images animées, virevoltant à tire d'ailes, piaillant, roucoulant et même pigeonnant !

Sept épisodes d'une jolie ­série TV, où quatre enfants perchés dans une cabane ­lisent des albums pour la jeunesse... Les prises de vues réelles sont un peu ternes. La magie vient de l'animation — les livres prennent vie —, qui respecte le style graphique de chaque illustrateur. Mention spéciale à l'histoire d'une brebis intrépide et d'un mouton malchanceux, réjouissante initiation à l'humour noir. — Télérama
Les Petites Bobines

De divers
Animation - Royaume-Uni/Biélorussie - 2018 - VF - 00h45

LA CHASSE A L'OURS

Programme de 3 courts métrages d'animation. Chaussons nos bottes et partons à l’aventure ! Attraper des ours, parcourir des forêts, traverser des rivières… Même en hiver, tout est possible pour nos petits héros intrépides !

A voir aussi au Palace d'Altkirch le dimanche 17 février à 10h30

Les trois courts métrages qui composent ce recueil (qui emprunte son titre au dernier d’entre eux), mettent tous trois en avant des personnages d’enfants, courageux, près à braver le danger que représentent parfois des animaux, pour aider un frère, retrouver le printemps, ou prouver leur bravoure. Ils ont en commun aussi de faire la part belle aux saisons, magnifiant la sortie de l’hiver comme facteur de guérison, ou symbole de vie. "Un printemps en automne" ouvre la bal, avec un garçon malade, alité, dont la sœur tente de réveiller le soleil, en se faisant aider par des animaux, eux-mêmes en état de léthargie hivernale. Un film en forme de rêve, aux décors crayonnés et aux personnes de papiers articulés, qui rappelle qu’après la maladie revient l’envie de jouer. S’en suit "Le rêve de l’ours", aux décors simples peints et aux personnages de papiers articulés, met en scène des villageois tentant de réveiller un ours, blotti dans sa tanière, afin de faire revenir le printemps. Un film plein de malice et de poésie, avec quelques jolies idées tel le gâteau en forme de petit oiseau. "La chasse à l’ours" vient enfin clore le recueil, avec un dessin plus classique, aux décors mélangeant crayon et peinture, sur lesquels évoluent des personnages aux à plats de couleurs, sans ombrage, et aux pommettes bien roses. L’histoire de ces cinq enfants partis en douce à la chasse à l’ours, accompagnés par leur chien Rufus, n’est pas des plus passionnantes. Elle convoque cependant une ambiance bucolique, les personnages traversant divers paysages aux potentiels dangers : prairies emplies de bestioles, marécages, forêt inquiétante, prairie enneigée, plage ensoleillée ou grotte sombre. Un joli catalogue complété par des chansons enfantines aussi datées que le graphisme, entre ode à la « peur de rien » et refus de l’oublie. C’est sur le moins original des trois récits que se clôt donc ce recueil, qui a le mérite de dépayser et de donner aux plus petits l’envie de tenter l’aventure, tout en posant le rôle fondamental du printemps dans le rythme de vie des animaux, comme des humains. Abus de ciné
Les Petites Bobines, Avant-Première

De Hermína Týrlová
Animation - Tchécoslovaquie - 1966/1982 - VF - 00h45

Drôles de cigognes !

0

Potes en pelote : Une jeune femme en train de tisser ne remarque pas que les bouts de laine qu’elle met de côté s’animent et prennent vie. Il y a des pelotes fille et des pelotes garçons… Inévitablement, les histoires s’emmêlent et il est difficile de distinguer qui a raison de qui a tort…

Drôles de cigognes ! : Les cigognes sont chargées d’amener les petits bébés tout justes nés dans leur famille. Mais un de ces oiseaux a du mal à transporter ses deux bébés si bien qu’ils vont tomber dans la nature…

Le mirliton fripon : Dans le château du roi barbu, rien ne va plus : la princesse est inconsolable. Rien n’y fait… Alors on cherche de quoi la distraire, et on trouve une merveilleuse boule magique...

Le cavalier dézingué : Dans son atelier, un ébéniste sculpte de petits personnages, hommes et animaux, qui cohabitent en harmonie. Mais dès qu’il a le dos tourné, une branche s’improvise fronde malicieuse et met le bazar parmi tous ces petits habitants…

Panique à la basse-cour : Un enfant joue tranquillement au milieu de la basse-cour avec des balles de couleur. D’abord, ce sont les souris qui aimeraient bien jouer avec. Puis le chat qui veut s’amuser avec les souris, puis le chien avec le chat… Jusqu’à l’irruption d’un nouvel arrivant…

 

Découvrez le nouveau Hermína Týrlová : après Ferda la fourmi, 5 courts métrages inédits, magiques et facétieux, mélangeant des techniques d’animation originales pour les plus petits !
Les Petites Bobines, Hommage à Michel Ocelot

De MICHEL OCELOT avec Doudou Gueye Thiaw, Maimouna N'Diaye, Awa Sene Sarr, Robert Liensol, William Nadylam
Animation - France - 1998 - 01h10

KIRIKOU ET LA SORCIERE

La sorcière Karaba a jeté un terrible sort sur le village : la source est asséchée, les villageois rançonnés, les hommes disparaissent mystérieusement. Mais le minuscule Kirikou, sitôt sorti du ventre de sa mère, veut délivrer le village et découvrir le secret de sa méchanceté.

Un enchantement animé, d'une poésie visuelle rare. Assise dans sa case, une femme africaine entend une voix ferme et décidée sortir de son ventre rond : « Mère, enfante-moi ! – Un enfant qui parle dans le ventre de sa mère s’enfante tout seul », répond calmement la femme. D’entre ses jambes jaillit alors un minuscule bébé, agile et pressé de vivre, qui coupe lui même le cordon ombilical et l’assaille de questions. Où est son père ? « Il a disparu, comme tous les hommes du village », répond la femme. Pourquoi ? « Une sorcière nommée Karaba affame la région. Elle a fait main basse sur les richesses du pays. On dit aussi qu’elle a mangé ses captifs… » A naissance exceptionnelle, destin exceptionnel : ni une ni deux, Kirikou galope vers le domaine de la sorcière pour délivrer les siens… Michel Ocelot, qui s’est inspiré de contes africains, nous livre un dessin animé coloré, drôle et vif. Il donne à cette histoire des résonances intemporelles, en évitant pesanteur et didactisme. Son petit personnage n’a jamais peur, il réfléchit et agit avec plus de sagesse qu’un « grand ». Il incarne bien sûr le courage, la raison, la persévérance… Mais ce message n’est jamais appuyé. Au contraire : le ton est à la légèreté. L’image joue des contrastes, s’amuse à opposer la taille du gamin à celle de ses aînés, puis à l’immensité de la savane. De la même manière, c’est dans le balancement entre la fantaisie de l’aventure et la grandeur éternelle de l’Afrique que ce film trouve son originalité. Avec ses plages d’émotion : avant de retourner au combat, Kirikou se blottit sur les genoux de son grand père devin. C’est tout simple et très beau. Les décors semblent sortis de l’imagination d’un Douanier Rousseau africain. Parfois, le graphisme va jusqu’à la stylisation extrême : quand Kirikou entre dans le terrier d’une famille d’écureuils, l’écran est presque entièrement noir et l’enfant apparaît en ombre chinoise dans un boyau lumineux. Tant de jeux graphiques, de fraîcheur et de sensualité mêlés donnent à ce dessin animé un souffle magique. La sorcière vous ensorcellera ; Kirikou vous enchantera. Télérama
Les Petites Bobines

De LINDA HAMBACK avec Stellan Skarsgård, Melinda Kinnaman, Felix Herngren
Animation - Suède - 2017 - VF - 01h01

PADDY, LA PETITE SOURIS

Une belle histoire d'amitié et de tolérance au cœur de la forêt. Tous les animaux parlent du temps où la renarde rodait. Heureusement qu'elle n'a pas été vue depuis longtemps ! Mais lorsque l’écureuil se rend chez l’inspecteur Gordon au sujet d’un vol de noisettes, ce dernier suspecte à nouveau l’animal tant redouté. Pour démasquer le voleur, il aura bien besoin de Paddy la petite souris au flair particulièrement aiguisé…

A voir aussi salle Gérard Philipe à Wittenheim le dimanche 24 février à 15h

L’enquête d’un commissaire crapaud proche de la retraite et de son adjointe rongeuse. En adaptant les livres jeunesse d’Ulf Nilsson, Linda Hambäck signe une ravissante initiation au polar. Un vol de noisettes. La disparition d’un œuf de pie. L’enlèvement de bébés animaux. Adaptation des livres jeunesse d’Ulf Nilsson – auteur à succès en Suède –, ce remarquable film d’animation relate l’enquête forestière d’un commissaire crapaud proche de la retraite, flegmatique comme Colombo, et de son adjointe souris, débrouillarde comme la policière de Zootopie. Pour son premier long métrage, Linda Hambäck signe une version junior de polar, en reprenant certains codes du genre : le flic revenu de tout, qui rappelle les héros de « nordic noir » ; le tableau dans le QG de la police, agrégat absurde d’indices qui finit par désigner le suspect n°1 – une renarde. La grande douceur de Paddy, la petite souris découle d’un rythme apaisant, qui assume la lenteur, et d’une musique éthérée, qui fait la part belle aux métallophones. Mais aussi d’un graphisme délicat : des animaux à la ligne claire, aux couleurs pastels, qui se détachent sur fond de verdure foisonnante. Si la mise en scène est si chaleureuse, c’est qu’elle se focalise sur une multitude d’instants « cocooning » : un feu de bois dans un poêle, une boîte à gâteaux, une tasse de thé. A ce titre, la séquence de pêche à la ligne, avec cabane au bord de la mare, est sans doute la plus émouvante du film. Autre atout : la morale maline, loin du manichéisme de certaines productions pour enfants. Lors de la formation de sa collègue, le chef évoque une loi de la forêt, qui encourage à la bonté et réprouve la malveillance. Avant d’ajouter : « Mais ce n’est pas aussi simple qu’il y paraît ». Ayant retenu la leçon, la rongeuse déclare, à propos de la renarde : « J’imagine qu’elle est comme chacun d’entre nous, parfois méchante, parfois gentille ». William Friedkin, dont les polars sont peuplés de personnages tiraillés entre bien et mal, n’aurait pas dit mieux. Télérama
Les Petites Bobines

De Jeroen Jaspaert avec Rob Brydon, David Tennant, Nina Sosanya, Tom Hollander, Frances de la Tour, Husaam Kiani
Animation - Royaume-Uni/Suède/Nouvelle-Zélande - 2018 - VF - 00h42

Le Rat scélérat

“ Je suis le Rat scélérat et tout ce qui me convient me revient... Le Rat scélérat était un vilain. Le Rat scélérat était un gredin. Il ravissait ce qui lui chantait et mangeait ce qu'il ravissait. Sa vie se résumait à un long festin. Ses dents étaient jaunes, mais bien aiguisées... Ses manières étaient brusques et pas très distinguées. Ainsi voyageait le Rat scélérat... Galopant, chevauchant, filant comme le vent, Dérobant leurs victuailles aux voyageurs qu'il croisait sur sa route.”

A voir aussi au Palace d'Altkirch le jeudi 21 février à 16h15

Un petit rat fait les poches à tous les animaux à la ronde. Pas de quoi angoisser les petits, les crimes de ce film d’animation se font tout en douceur. Un récit inspiré, accompagné de deux autres courts métrages tout aussi réussis. Voleur, gourmand, égoïste : le « rat scélérat », de Jeroen Jaspaert, mérite bien son nom, lui qui écume les campagnes pour piquer leurs maigres pitances à tous les animaux à la ronde. Lesquels seront bien les seuls à être terrifiés, tant ce court métrage d’animation n’est que douceur et reliefs douillets. À force de méfaits, le vilain rongeur est pris à son propre piège, et forcé d’envisager une reconversion… savoureuse. Suite de saynètes cocasses – de l’écureuil qui tente désespérément de sauver ses noisettes à l’oie futée qui, elle, fait de la résistance – ces aventures concoctées par le studio indépendant britannique Magic Light (Le Gruffalo, La sorcière dans les airs…) ressemblent à une fable de La Fontaine reconstituée dans un magasin de jouets. Elles sont complétées par deux autres petits films joliment inspirés : Une pêche fabuleuse (signé Uzi Geffenblad), étrange voyage sans paroles venu de Suède, vogue dans les eaux troubles du rêve, à bord du bateau de fortune d’un chaton aux grands yeux mélancoliques. Du chapeau troué à l’ampoule magique, c’est toute une poésie du recyclage et de la récup que déploie cette animation en collages aux teintes sourdes. Au moins aussi farfelu, mais beaucoup plus joyeux, Musique-Musique, du néo-Zélandais Ned Wenlock, nous présente une bande de cerfs fiérots. Des nuées d’oiseaux gazouillent dans leurs bois, ça swingue dans la forêt et à l’écran, grâce à une pimpante ligne claire, humour stylisé et couleurs printanières… En trois petits films, ce joli programme d’animation est un véritable zoo imaginaire, idéal pour les petits. Télérama
Les Petites Bobines

De Filip Diviak, Krishna Chandran A. Nair, Alexey Ale
Animation - France/Rép tchèque/Russie - 2018 - VF - 00h40

Petits contes sous la neige

L’entraide et la créativité sont au rendez-vous dans ce programme de sept courts métrages à destination des plus petits. D’une montagne enneigée en passant par une mer étoilée, d’une ville tranquille à un océan agité, les héros de ces films transportent le spectateur dans leurs histoires joyeuses et poétiques, pour la plupart empreintes d’une magie toute hivernale.

Si certains programmes de courts métrages destinés aux tout-petits s’avèrent inégaux, ce n’est pas le cas de celui-ci, composé par le distributeur Folimage, qui compile sept œuvres artistiquement accomplies. Parfaitement rythmé, Petits contes sous la neige alterne films-haïkus et histoires d’une vie. Les premiers, très brefs, reposent sur une pure idée poétique (Pêcheurs d’étoiles, de Han Zhang) ou sur un gag (Biquettes, d’Ekaterina Filippova). Dans ce registre, La Luge et le dragon (2017), d’Eugenia Zhirkova, où l’imaginaire d’une jeune fille métamorphose le paysage – une colline à gravir devient château fort à conquérir –, est sans doute le plus réussi. Les merveilleux La Famille Tramway (2016) et Le Réveilleur (2017) appartiennent, eux, à la deuxième catégorie. Dans le premier, Svetlana Andrianova raconte, tout en anthropomorphisme, l’apprentissage d’un jeune tram fougueux auprès de son papa, puis la déliquescence matérielle de ce dernier. L’animation en stop-motion, avec des humains de papier, y est remarquable. Dans le second, également très émouvant, Filip Diviak relate le vieillissement d’un homme dont la tâche quotidienne, qu’il pleuve, qu’il neige, qu’il vente, est de frapper aux portes des maisons de son village pour réveiller les habitants à l’heure. Enfin, à mi-chemin entre haïku et mini biopic, Krishna Chandran A. Nair retrace, dans Drôle de poisson (2017), l’itinéraire d’un ballon de baudruche échoué sur l’eau, qui intrigue la faune aquatique. Réalisés entre 2016 et 2017, ces courts permettent de constater la virtuosité technique inaltérée des créateurs issus de l’école russe, formés aux studios Pilot ou Shar. Auteurs de quatre films sur sept, ils sont aussi à l’aise en animation 2D par ordinateur (le très cartoon Sceptre du Père Noël, d’Alexey Alekseev) qu’en volume (La Famille Tramway) ou en papier découpé (Biquettes). Télérama
Les Petites Bobines

De Benjamin Botella, Emmanuelle Gorgiard, Pascale Hec avec Anaëlle Manquest, Maia Baran, Raphaelle Bruneau, Charlotte Campana
Animation - France/Belgique - 2018 - VF - 00h43

Le Quatuor à cornes

Trois courts métrages : La clef des champs, Dorothy la vagabonde & Aglaé la pipelette. La clef des champs - Au cours d’un pe´riple fantaisiste jusqu’au bord de la mer, quatre vaches vont de´couvrir la liberte´ dans le monde inconnu qui s’e´tend au-dela` de leur pre´. Dorothy la vagabonde - Rosine, Marguerite, Clarisse et Aglae´ de´couvrent avec surprise une cre´ature poilue dans leur prairie ! Aglaé la pipelette - Aglae´ est une pipelette qui aime par dessus-tout faire la conversation a` ses petites camarades. L’ennui, c’est qu’elle oublie de leur laisser la parole...

Meuh’king of ! Après chaque séance, découvre comment les 4 vaches sont passées du livre à l’écran. Qu’est-ce qu’une adaptation ? Quelles sont les différentes techniques d’animation utilisées ? Le Meuh’king of est là pour répondre à toutes les questions des jeunes spectateurs !

“Le Quatuor à cornes”, un film pour enfants qu’on aimeuh bien. Quatre vaches aux personnalités affirmées croisent des moutons rigolos, un taureau vantard, un chien borné… De l’animation bien ficelée, idéal pour les petits. Adaptée des albums jeunesse d’Yves Cotten, cette sympathique collection de trois courts métrages met en scène quatre vaches aux robes et aux personnalités bien distinctes : une bavarde, une coquette, une peureuse et une tête en l’air. Leurs explorations sont l’occasion, pour les jeunes spectateurs, de découvrir différentes techniques d’animation. Réalisé en 2D numérique par Arnaud Demuynck et Benjamin Botella, La Clef des champs raconte le périple du quatuor à la découverte de la mer. En chemin, elles croisent un troupeau de moutons rigolos, un taureau vantard, un chien borné. Les papotages incessants, le trait vif et le rythme soutenu évoquent, en plus modeste, Le Grand Méchant Renard (2017). Avec Dorothy la vagabonde (en stop-motion, par Emmanuelle Gorgiard), il s’agit également de « sortir du pré » – moins littéralement cette fois. Cantonnées dans leur enclos, les quatre vaches reçoivent la visite d’une consœur highland d’Ecosse. Elles commencent par se moquer de ses longs poils et de ses grandes cornes, avant de découvrir les joies de la tolérance. Dommage que l’animation soit ici un peu moins pêchue. Enfin, Aglaé la pipelette (en papier découpé numérique, par Pascale Hecquet) fait l’éloge de l’amitié, dans une forme qui épouse la volubilité de l’héroïne. Pour elle, parler de choses futiles est une manière d’exister. Les mots s’affichent à l’écran, se télescopant jusqu’au non-sens. Télérama
Les Petites Bobines

De Matthieu Auvray avec Sebastien Pierre (II), Sören Prévost, Laurent Morteau, Cindy Lemineur, Kim Schwark
Animation - France - 2018 - - 00h41

La Grande aventure de Non-Non

A Sous-Bois-Les-Bains, les jours s’écoulent dans la bonne humeur et ce n’est pas une histoire de glace à la carotte, un voyage (raté) sur la Lune ou une inondation qui changeront les choses ! Rien ne semble pouvoir arrêter cette drôle de bande de copains, tous si différents, mais toujours solidaires.

Goûter des p’tits aventuriers le mercredi 20 février après la séance de 15h sur la thématique de la carotte sur réservation au 03 89 60 48 99 / cinebelair@wanadoo.fr

Sorti de l’imaginaire de l’illustratrice Magali Le Huche, Non-Non l’ornithorynque est la vedette de ces trois courts métrages. Autour de lui gravitent un ours bricoleur, une grenouille artiste, une tortue casse-cou, un lapin maraîcher et un crabe hyperactif. Dans le biblique Déluge à Sous-Bois-les-Bains, morceau de bravoure, la troupe s’embarque sur un rafiot pour échapper à des inondations. Une aventure précédée par deux autres (Non-Non et la glace à la carotte, Grocroc mal luné), issues de la série diffusée à la télévision, où le héros se plie en quatre pour ses potes. La force du programme est une animation 3D par ordinateur aux couleurs pétillantes, qui reproduit numériquement les effets de la pâte à modeler animée image par image. Cette prouesse technique rend les personnages et les décors presque tangibles. Télérama
Les Petites Bobines

De Christian Ryltenius avec Peter Haber, Morgan Alling, Steve Kratz, Magnus Härenstam, Tomas Bolme, Tea Stjärne, Shebly Niavarani, Ia Langhammer, Leif Andrée, Maria Bolme
Animation - Suède - 2018 - VF - 00h59

Bamse au pays des voleurs

Bamse est l'ourson le plus fort du monde grâce au "miel du tonnerre" concocté par sa grand-mère. Il lui procure une force incroyable ! Il est aussi très gentil : il protège et aide tous ceux qui sont en danger ou malheureux, et tout le monde l'aime dans son village. Mais quelqu'un de mystérieux lui en veut et kidnappe sa grand-mère. 

A voir aussi salle Gérard Philipe de Wittenheim le dimanche 17 février à 10h

Un film d’animation suédois coloré qui porte haut les valeurs humanistes, fraternelles et écologiques. Bamse est un ours dynamique et plein d’énergie, toujours prêt à rendre service à ses amis et à se lancer dans de nouvelles aventures. Né en 1966 sous la plume de Rune Andréasson, il est un personnage incontournable de la culture suédoise. A travers des bandes dessinées, des livres, des magazines et des séries télévisées mais aussi au cinéma où Bamse au pays des voleurs fut un grand succès en 2014, Bamse fait rêver les petits Suédois depuis plusieurs générations. Certes la fable est banale et sans surprise ! Mais les personnages à l’adorable minois qui l’anime sont tous plus malicieux les uns que les autres et le décor dans lequel ils évoluent aux mille couleurs éclatantes n’aura aucun mal à séduire les plus petits. Dans son village idéal aux allures de paradis bien léché, Bamse et ses amis ont banni tout désir de possession et de cupidité. Ils savent que la vraie richesse est celle qui vient du cœur. Seules la tolérance, la générosité et la bienveillance ont droit de cité. Pour l’ourson au grand cœur, l’amitié est l’unique arme contre le mal. Pour pimenter le récit et respecter l’équilibre de tout conte pour enfants, ce monde parfait se heurte finalement à quelques sujets peu recommandables dont le pire élément est bien le grand méchant renard. Sans foi, ni loi, fourbe, hypocrite, narcissique, il n’a de cesse de manipuler tout un chacun et d’entraîner sur la mauvaise voie les plus faibles et les plus naïfs, à l’image de Pillard et Filou, anciens bandits reconvertis en moniteurs d’auto-école maladroits grâce à la gentillesse de Bamse. Pas très futés, ils se laissent embobiner par les mensonges de Renard. Si les plus petits s’amuseront des péripéties des uns et des autres, les plus grands ne manqueront d’en faire une seconde lecture dans un monde où les pires instincts sont exploités par des personnages aux intentions douteuses. Mais l’une des valeurs essentielles transmise par le personnage de Bamse est le souci de l’écologie. Dans le village, les rues sont d’un vert éclatant, les voitures sont rares, les enfants vont à l’école en transport en commun et c’est autour d’un grand arbre que gravite la vie des habitants. Et quand son sens de l’entraide le contraint à déraciner un arbre pour sauver les passagers d’un car scolaire accidenté, il le remet en terre. On se laisse facilement entraîner dans ce film plein d’inventivités et de rebondissements en compagnie de cet ours à la bonté communicative et de ses amis Saut-de-Puce le lapin froussard, Carapace la tortue géniale, l’intrépide Marianne, sa fille chérie et de la courageuse grand-mère qui, toujours prête à défendre la recette tant convoitée de son miel du tonnerre, ne se laisse nullement impressionner par les brigands en tout genre qui croisent sa route. Avoir-alire
Sortie nationale / Les Petites Bobines, Rencontre

De ANAIS SORRENTINO, FRITS STANDAERT, JEREMIE MAZUREK
Animation - France - 2018 - 00h49

LES RITOURNELLES DE LA CHOUETTE

La Chouette du cinéma a rassemblé dans ce nouveau programme cinq histoires à ritournelles. La petite fourmi qui a plein d'amis, l'escargot farceur démasqué, la sage tortue d'or, l'humble tailleur de pierre et le candide Basile nous invitent à ne pas nous croire les plus forts ni les plus malins, et à rester modestes.

Rencontre avec Celia Tisserand et Celia Tocco, réalisatrices de La tortue d'or, le mardi 19 février à 10h et 14h

Au programme de ce quatrième opus présenté par la Chouette du cinéma, cinq fabuleux courts métrages, célébrant l’humilité ou la solidarité. A partir de 4 ans. Après trois programmes sortis entre 2016 et 2017, la Chouette du cinéma revient jouer les speakerines pour présenter, cette fois, cinq fabuleux courts métrages qui célèbrent l’humilité ou la solidarité. Avec l’édifiant Tortue d’or (2018), où un modeste couple de pêcheurs est atteint de folie des grandeurs, Célia Tisserant et Célia Tocco livrent leur version d’un célèbre conte populaire. Une histoire déjà portée à l’écran par Emanuele Luzzati et Giulio Gianini, maîtres italiens du papier découpé, dans le flamboyant Polichinelle et le poisson magique (1981). Eloge de l’entraide, Un travail de fourmis (Anaïs Sorrentino et Arnaud Demuynck, 2017) rappellerait plutôt Donald et les fourmis, génial cartoon de 1948 signé Jack Hannah. Le florilège tire sa force d’une grande cohérence visuelle (peps des couleurs, vitalité de l’animation 2D) et thématique. Tous les films reposent sur une narration en ritournelles – une souris demande l’aide d’un écureuil, puis d’un lapin, etc. –, où le comique de répétition tourne à plein, jusqu’à la morale, salutaire. Au-delà des mises en garde contre l’individualisme ou la consommation effrénée, les auteurs font découvrir aux plus petits les multiples formes des contes traditionnels : fables animalières (Un travail de fourmis, L’Arbre à grosse voix), apologues humains (La Tortue d’or, L’Humble tailleur de pierre) et chanson (Où vas-tu Basile ?). Télérama
Les Petites Bobines, Hommage à Michel Ocelot

De Michel Ocelot avec Arlette Mirapeu, Philippe Cheytion, Yves Barsacq, François Voisin
Animation - France - 1999 - 01h10

Princes et princesses

Suite de six contes en theatre d'ombre. Deux enfants curieux se retrouvent tous les soirs dans un cinema desaffecte et, avec l'aide d'un vieux technicien, ils inventent et se deguisent puis vivent des histoires dont ils sont les heros: "la Princesse des diamants"; "le Garcon des figues"; "la Sorciere"; "le Manteau de la vieille dame"; "la Reine cruelle"; "Princes et princesse".

D'emblée, c'est un enchantement : dans un cinéma à l'abandon, on voit deux enfants et un machino — de papier — inventer six contes éblouissants de délicatesse et de poésie. Des ciseaux virtuoses façonnent les tendres personnages et les décors en dentelle d'un théâtre d'ombres chinoises. D'une princesse aux larmes de diamant aux artifices émouvants d'une fausse méchante sorcière esseulée (qui annonce Karaba, celle de Kirikou), des doux baisers de deux amoureux frappés d'un cocasse sortilège à une vieille Asiatique rusée, Michel Ocelot et son équipe inventent une étrange féerie mélancolique. Ce film de lumière et de papier est plus qu'un spectacle doucement envoûtant qui joue de tous les univers graphiques, des estampes japonaises aux hiéroglyphes égyptiens. C'est un hommage à la créativité, à l'univers de l'enfance, un cercle enchanté où il suffit d'entrer pour devenir, à notre tour, princes et princesses. — Télérama
Sortie nationale / Les Petites Bobines

De Trevor Hardy
Animation - Royaume-Uni - 2018 - VF - 01h35

Mango

Mango, une jeune taupe, doit suivre la tradition familiale et aller travailler à la mine locale. Joueur de football doué, son rêve est de participer à la Coupe du Monde. Mais quand un gangster menace de s'accaparer la mine et ruiner la ville, Mango doit trouver un moyen de protéger sa famille et de réaliser son rêve.

Mango est un film d’animation en volume réussi, à quoi la laine apporte une jolie valeur ajoutée. C’est un secret de polichinelle, les Britanniques sont les champions de l’animation en volume. Le studio Aardman, notamment, a rendu très populaire cette technique artisanale vieille comme le cinématographe, depuis Chicken Run et Wallace et Gromit. Si la pâte à modeler, la silicone ou la plasticine sont les matériaux privilégiés, Mango innove en mettant en scène des personnages entièrement faits de laine. L’intrigue rappelle beaucoup Cro-Man de Nick Park, à ceci près que ce ne sont pas des hommes des cavernes mais des taupes qui sont les protagonistes de l’histoire. Le rythme effréné et l’humour décapant rendent le suivi de cette intrigue footballistico-marxiste très agréable à suivre. Dans le village de Diggington, après un acte de vandalisme qui a vu mourir son patron, le père de Mango, la mine est menacée de rachat par un homme d’affaires véreux : le Boss, un gros chat blanc aux yeux bleus. Pour tenter de sauver les emplois et l’indépendance de ses camarades mineurs, Mango, aidé de ses amis, décide de cultiver ses talents de footballeur et d’intégrer l’équipe nationale pour défier l’équipe supportée par le Boss. Que les spectateurs qui ne sont pas amateurs de football se rassurent, ils trouveront matière à rire et à se divertir. Si les décors sont très bien construits, avec nombre de détails iconographiques, les personnages ne sont pas en reste : une petite femelle blaireau bricoleuse à la répartie redoutable, une lapine au fort caractère et à l’accent québécois prononcé, ou encore une belette à la voix ridiculement sensuelle ; on a rarement vu une galerie aussi éclectique et originale, même si le jeu des accents, bien que très drôles, n’est pas forcément justifié. La voix off du héros, qui ne fait que raconter ce que nous voyons à l’écran, est inutile. Toutefois, plus l’intrigue progresse, plus le rythme de l’action et les gags vont crescendo : l’évasion de Mango et de ses amis du repaire du Boss à bord d’un engin de chantier, est surprenante, très bien réalisée, et surtout hilarante. On aurait donc tort de bouder son plaisir en découvrant le premier long-métrage de Trevor Hardy. Avoir-alire
Les Petites Bobines, Hommage à Michel Ocelot

De MICHEL OCELOT avec Sofia Boutella, Hiam Abbass, Patrick Timsit, Cyril Mourali, Karim M'Ribah
Animation - France - 2006 - 01h39

AZUR ET ASMAR

Il y a bien longtemps, deux enfants étaient bercés par la même femme. Azur, blond aux yeux bleus, fils du châtelain, et Asmar, brun aux yeux noirs, fils de la nourrice. Elevés comme deux frères, les enfants sont séparés brutalement.Mais Azur, marqué par la légende de la Fée des Djins que lui racontait sa nourrice, n'aura de cesse de la retrouver, au-delà des mers. Les deux frères de lait devenus grands partent chacun à la recherche de la Fée. Rivalisant d'audace, ils iront à la découverte de terres magiques, recelant autant de dangers que de merveilles...

A voir aussi au Palace d'Altkirch le samedi 16 février à 16h15

Intelligent, grandiose et foisonnant, l’art du sublime revu par Michel Ocelot, le papa de Kirikou. Si vous ne deviez voir qu’un film d’animation cette année, assurez-vous que cela soit Azur et Asmar. Cette ode à la réconciliation des peuples, généreuses dans ses propos, se veut contemporaine en ces temps de frictions exacerbés entre le Moyen-Orient et l’Occident, et ce malgré ses allures de conte ancestral féerique. Didactisme humaniste et merveilleux s’épousent dans un récit d’aventure riche en rebondissements et enchantements. Azur et Asmar réinvente la magie au cinéma. Celle-ci est de chaque plan, poétique, épique, majestueuse et divine. Elle imprègne chaque image du métrage dont la pureté esthétique et narrative nous renvoie aux aux plus grands conteurs de l’histoire (Walt Disney, l’homme, en étant le représentant le plus éminent au cinéma). Cet infini voyage dans le sublime exalte ses couleurs et la noblesse d’âme de ses deux protagonistes adolescents, puisant son inspiration dans le meilleur des contes des Mille et une nuits. Déployant une foison de décors grandioses et imposants à la texture et à la composition alambiquées, Michel Ocelot, à qui l’on doit les deux Kirikou, semble avoir dompté l’animation 3-D pour en faire un outil d’artisan, qui a su lui apporter minutie et pureté à une échelle encore inédite à l’écran. Cette grande fresque du désert, peuplée de princesses, de djinns, de fées, d’un lion flamboyant et d’un oiseau fabuleux, ne trahit donc en rien son œuvre et constitue même une étape logique dans la carrière d’un homme allant jusqu’au bout des techniques pour exprimer ses ambitions, aussi onéreuses soient-elles. En résumé, Ocelot nous convie au spectacle le plus inoubliable et le plus magique de l’année, et à une sérénité merveilleuse qui fera date dans l’histoire de l’art animé. Un succès royal à voir et revoir impérativement sur grand écran pour pouvoir profiter de son incroyable luxuriance et de ses exquises splendeurs. Avoir-alire
Les Petites Bobines

De Arne Sucksdorff avec Anders Nohrborg, Kjell Sucksdorff, Holger Stockman, Arne Sucksdorff, Amanda Haglund, Annika Ekedahl, Aina Fritzell
Aventure - Suède - 1953 - VF - 01h35

La Grande aventure

Dans la campagne suédoise, deux garçonnets, Anders et Kjell, recueillent et élèvent en secret une loutre, Utti. Mais il devient rapidement difficile pour eux de subvenir à ses besoins…

A mi-chemin entre film de fiction et documentaire animalier, ce premier long-métrage du grand cinéaste suédois Arne Sucksdorff séduit par la beauté de ses images et la puissance évocatrice de son ode à la vie. Très grand documentariste suédois, Arne Sucksdorff a débuté dans le court-métrage où il sublimait les paysages naturels de son pays avec une maestria visuelle qu’il doit à sa formation initiale de photographe. Toutefois, à partir de 1951, il tente pour la première fois l’aventure d’un long-métrage qui mêle à la fois une méthode documentaire et une histoire fictionnelle complètement scénarisée. En suivant l’exemple des magnifiques œuvres de Robert Flaherty dans les années 30, le réalisateur nous raconte ici l’amitié entre une loutre et un enfant qui tente de l’apprivoiser. Toutefois, conscient de la faiblesse de ce postulat de départ, le cinéaste se concentre en réalité sur le passage des saisons dans une campagne suédoise typique et se fait le témoin contemplatif du formidable cycle de la vie. Pour parvenir à filmer des animaux en pleine action, le cinéaste n’a pas eu recours à une lourde équipe de tournage comme le laisse penser la puissance des images tournées, mais est resté durant deux longues années dans l’entourage immédiat de ses acteurs afin de s’intégrer à leur environnement. Sa formation de photographe a permis à Sucksdorff de tirer de ses longues journées d’attente des images splendides, au noir et blanc divinement contrasté. Si le film pâtit parfois d’un montage un rien languissant et maladroit (le combat des coqs amoureux ne s’imposait pas à ce moment précis de l’intrigue), on ne peut qu’être admiratif devant la minutie avec laquelle le réalisateur a agencé ses séquences afin de raconter de la manière la plus naturelle possible une histoire simple. Son hymne à la beauté de la nature et de la vie touche d’autant plus qu’il a été créé à une époque où l’écologie n’était pas franchement à la mode. Loin de succomber aux sirènes de l’anthropomorphisme, l’auteur ne cherche jamais à apitoyer le spectateur sur le sort des animaux. Il montre simplement l’implacable loi de la sélection naturelle et de la chaîne alimentaire, sans discours pontifiant ou moralisateur. Brillant ancêtre du Renard et l’enfant et autre Mèche blanche, La grande aventure est donc un spectacle particulièrement recommandé pour nos chères têtes blondes qui y verront un moyen efficace de s’éveiller aux merveilles de la nature, sans qu’on leur impose le moindre discours bêtifiant. N’est-ce pas finalement le meilleur moyen d’en faire des citoyens respectueux de leur environnement ? Avoir-alire
Les Petites Bobines, Hommage à Michel Ocelot

De Michel Ocelot
Aventure Animation - France - 2018 - 01h30

DILILI A PARIS

Dans le Paris de la Belle Epoque, en compagnie d'un jeune livreur en triporteur, la petite kanake Dilili mène une enquête sur des enlèvements mystérieux de fillettes. Elle va d'aventure en aventure à travers la ville prestigieuse, rencontrant des hommes et des femmes extraordinaires, qui l'aident, et des méchants, qui sévissent dans l'ombre. Les deux amis feront triompher la lumière, la liberté et la joie de vivre ensemble.

Toujours en quête d’innovations visuelles et esthétiques, Michel Ocelot suit les aventures mouvementées d’une fillette Noire à la Belle Époque avec un travail pictural en hommage aux tableaux de maîtres. On le connaît bien, Michel Ocelot. C’est le septuagénaire qui nous a offert quelques-uns des plus beaux films d’animation français : Kirikou et la sorcière, Azur et Asmar, Princes et princesses… C’est celui qui n’a eu de cesse de renouveler en permanence son cinéma, explorant de nouveaux horizons esthétiques. Kirikou et la sorcière témoignait le premier de sa formidable capacité de jouer avec la géométrie des espaces et la profondeur des décors dans lesquels il fait évoluer ses personnages. Dans Azur et Asmar, Ocelot joue de textures et de couleurs dans une esthétique irréprochable. Dans Princes et princesses, c’est la beauté des profils et des ombres qu’il fait surgir aux yeux des spectateurs par l’utilisation du papier découpé. Dilili à Paris réserve aussi son lot d’autoréférences, de surprises et d’innovations. Nous sommes dans le Paris de la Belle Époque. Tout semble aller pour le mieux. Enfin pas tout à fait pour Michel Ocelot. Quelque chose le gêne dans cette « belle époque » : il n’y a que des Blancs et, comme en témoigne la séquence d’ouverture du film, le racisme est omniprésent puisque les Noirs sont exhibés au public dans le cadre de musées anthropologiques. Pourtant, lorsque Dilili ouvre la bouche, force est de reconnaître que certains parisiens identitaires et nationalistes peuvent aller se rhabiller, comme le découvre Orel, jeune conducteur de triporteur : « Toi comprendre moi ? » lui demande-t-il. Et Dilili de lui répondre par l’affirmative avec une syntaxe parfaite. Rien d’étonnant à cela puisqu’elle a eu Louise Michel comme professeure (sans blague). Mais sa condition de Noire ne lui a jamais permis de vivre en petite fille libre, aussi intelligente soit-elle. Dilili rêve de découvrir Paris, Orel décide donc de lui faire visiter la ville à l’aide de son triporteur. Une complicité joyeuse, pleine d’humour et de tendresse, va naître et grandir entre ces deux-là. En réunissant à l’écran un adolescent issu des classes populaires et une petite fille noire, Ocelot, comme à son habitude, transcende les tensions culturelles pour les réunir dans leur diversité et leur communauté. Les classes sociales se rencontrent et se mélangent : voir la complicité entre Dilili et la cantatrice Emma Calvé. Des hommes remplis de préjugés finissent par revoir leur jugement vis-à-vis des personnes de couleur, comme Lebœuf, le chauffeur d’Emma Calvé. Mais Dilili à Paris se veut également un film féministe, à l’heure où les débats s’enchaînent sur la cause des femmes, les questions de harcèlement sexuel et de violences conjugales. En effet, quelque part dans les égouts de Paris se trame un terrifiant complot : des petites filles sont enlevées pour servir le terrible dessein d’une bande de suprématistes masculins : les Mâles-Maîtres. N’écoutant que son courage, son audace et son culot, Dilili décide de mener l’enquête, aidée par Orel, Emma Calvé et bien d’autres. C’est que Michel Ocelot met en scène son film à une époque où le machisme et le patriarcat dominaient le paysage sociétal, renvoyant par là-même aux thèmes et à l’esthétique du cinéma classique français – celui de Jean Renoir et de Marcel Carné –, plantant une étoile au milieu d’un réel dont les violences et les inégalités se parent de beaux habits, de voitures confortables et de vastes appartements. En grand innovateur, Ocelot surprend une fois encore, les plans de Dilili à Paris étant composés à la fois de dessins originaux et de véritables photographies en prises de vues réelles, qui rappellent au spectateur que le cinéma est fondamentalement un art de lumières, d’images, de montage et de trucages. Il y a fort à parier que ce road trip policier, techniquement très maîtrisé et teinté de poésie et d’humanité, sera considéré, à juste titre, comme le film d’animation événement de ce début d’automne. Avoir-alire
Les Petites Bobines

De Lucrèce Andreae, Anne Huynh, Anne Baillod, Jean Fa
Animation - France/Suisse - 2018 - 00h54

Ta mort en short(s)

Après avoir soigneusement sélectionné des films évoquant la mort comme nous espérions l'aborder avec les plus grands, TA MORT EN SHORT(S) voit enfin le jour. Tout en évoquant la disparition, le deuil et la tristesse, l’ensemble du programme est un hymne à la transmission, aux souvenirs et à toutes les richesses que nous laissent ceux qui partent : beaucoup d’amour pour mieux croquer la vie ! Ce programme contient : "Pépé le morse" (15 min) / "Mon papi s’est caché" (7 min) / "La Petite Marchande d’allumettes" (10 min) / "Chroniques de la Poisse" (6 min) / "Mamie" (6 min) / "Los Dias de los muertos" (9 min)

Le titre est drôle et le projet couillu. Constituer un programme de courts-métrages d’animation autour de la mort, en vue de le sortir sur les écrans pour un public jeune, il fallait oser. Folimage l’a fait, en collaboration avec l’Agence du court-métrage et Bref. Trois institutions précieuses. Six récits s’enchaînent pour un peu moins d’une heure de projection. Les durées, tons et techniques varient et se complètent. Un mini festival en somme, et bonne pioche, il ravit l’œil et le cœur. Ces trouvailles visant une audience junior, mais pas que, touchent au tabou de chez tabou : le dernier souffle, la séparation ultime. Une constante dans quatre des petits joyaux : le lien à l’aïeul(le). La transmission déborde de tous les grains des images, entre les grands-pères (Pépé le morse – César du court métrage d’animation, Mon papi s’est caché), les grands-mères (La Petite Marchande d’allumettes, Mamie) et leurs descendants, qu’ils assument leur lien ou que celui-ci jaillisse subitement, comme le final lacrymal du Morse. Une évocation profonde et mélancolique du temps qui passe, du regret, du manque, comme du bonheur de sentir le lien vivace et indéfectible. Que ce soit par le glissement vers le surréalisme du pépé qui se mue en morse, ou la douceur de l’évocation du souvenir par la luxuriance d’un jardin, le ravivement de la rudesse d’une mamie, ou la chaleur de la présence aimante avec l’ascendante, la mort en marche ouvre les vannes de la vitalité sensible. Une vitalité qui explose carrément avec le bariolé Los Dias de Los Muertos, pendant court et savoureux du récent blockbuster Coco, où la connexion entre vivants et morts est totale et déjantée. Les macchabées ont grave la dalle ! Dans Chroniques de la poisse, le trash surréaliste abonde. Ce n’est plus l’émouvant pépé morse, mais un homme poisson qui refile au hasard le virus de la mort en marche et gratuite. Un imaginaire délirant et volontiers sanglant, qui éclabousse l’écran, en miroir avec les couleurs et mouvements impressionnistes des pastels gras sur cire de Mon papi s’est caché. C’est un vrai voyage au pays de l’émotion auquel convie ce manège animé. Inattendu et bienvenu. Bande à part
Les Petites Bobines, Avant-Première

De Mats Grorud
Animation Historique Drame - France/Suède/Norvège/Palestine - 2018 - 01h20

Wardi

0

Beyrouth, Liban, aujourd’hui. Wardi, une jeune palestinienne d’onze ans, vit avec toute sa famille dans le camp de réfugiés où elle est née. Sidi, son arrière-grand-père adoré était l’un des premiers à s’installer dans le camp après avoir été exproprié de son village en 1948. Le jour où Sidi lui donne la clé de sa vieille maison en Galilée, elle s’attriste à l’idée qu’il ait perdu l’espoir d’y retourner un jour. En partant à la quête de l’espoir perdu de Sidi à l’intérieur du camp, elle collectera les témoignages de sa famille, d’une génération à l’autre.

Le premier long du Norvégien Mats Grorud retrace avec intelligence et tendresse l’histoire d’une famille d’un camp de réfugiés palestiniens au Liban. Al-Nakb", autrement dit "La catastrophe". Quand le 15 mai 1948 fut fondé l’État d’Israël, deux tiers de la population palestinienne se retrouva déplacée de ses foyers ancestraux, un événement encore d’actualité 70 plus tard puisque des camps de réfugiés nés à cette époque existent toujours, comme celui de Bourj el Barajneh, à Beyrouth, au Liban, qui a inspiré au Norvégien Mats Grorud la trame de Wardi [+], dévoilé en première mondiale hors compétition au 42e Festival International du Film d'Animation d'Annecy. Un contexte historique et géopolitique noué par le conflit empoisonnant depuis des décennies le quotidien au Proche-Orient, qui fait évidemment du premier long métrage du cinéaste une oeuvre à message, mais qu’il a su aborder avec suffisamment de délicatesse et d’humanité pour éviter les pesanteurs de la propagande guerrière, préférant tisser un fil émouvant reliant les générations et mettre en lumière la valeur de la transmission. A 11 ans, Wardi est une petite fille comme une autre, habituée à son environnement, un enchevêtrement de bâtiments délabrés au milieu desquels serpentent des ruelles parsemées de câbles électriques tirés dans tous les sens. Mais elle prend soudainement conscience de la précarité de l’existence car Sidi, son arrière-grand-père adoré, a un cœur de plus en plus fatigué et décide de lui donner une clé qu’il portait autour de son cou ("prends-en soin pour moi"). Un passage de témoin que certains voisins voient comme une perte d’espoir et qui pousse Wardi à poser des questions aux membres de sa famille. Une enquête à la fois naïve et insistante qui lui permettra de connaître le passé, de comprendre où et quelles sont ses racines, et de clarifier les comportements du présent qui oscillent entre la persistance du rêve de retour (par la force de l’esprit ou par le choix des armes) et le désespoir de condamnés à perpétuité à l’exil et la pauvreté. Autant de découvertes que Wardi effectue en grimpant les étages d’un immeuble en forme de tour construit chaotiquement par les quatre générations successives de réfugiés du camp. De la genèse de l’exode en 1948 en Galilée quand les opérations militaires israéliennes contraignent Sidi à fuir avec son père (qui conserve précieusement la clé de la petite maison familiale et des graines pour replanter des arbres), en passant par l’installation à Bourj el Barajneh dans un campement de tentes qui durera des années avant de se transformer en une sorte de bidonville, puis en quartier bâti dans l’anarchie, jusqu’aux tentatives de révoltes armées qui seront finalement écrasées en 1982 et 1986, Wardi est une passionnante leçon d’histoire, à sens unique certes, mais qui pose avec une grande acuité la question du statut cruel de ces éternels réfugiés. Un sujet que le film décortique avec une belle adresse à coup de flashbacks et avec quelques images d’archives (un scénario du réalisateur avec Trygve Allister Diesen et Ståle Stein Berg), tout en tenant intelligemment son cap axé sur la relation affective de Wardi et de Sidi. Une approche emballée dans une animation maîtrisée et expressive associant marionnettes et 2D qui permet d’ouvrir une thématique à priori très adulte sur le papier à un public d’enfants (de l’âge de l’héroïne), ce qui est en soi une prouesse assez remarquable, et qui véhicule, au-delà des parti-pris politiques, de solides valeurs humanistes ("quelle que soit la profondeur de l’obscurité, essaye toujours de trouver le plus petit rayon de lumière"). CinEuropa
Les Petites Bobines, Rencontre

De JEANNE MASCOLO DE FILIPPIS, BRUNO VIENNE avec Kalou Rinpoché
Documentaire - France - 2018 - VOST - 01h30

L'ENFANCE D'UN MAITRE

L’extraordinaire destin d’un jeune maître tibétain d’aujourd’hui, Kalou Rinpoché. Né en 1990 à Darjeeling en Inde, il est ce qu’on appelle un Tukou, la jeune réincarnation reconnue par le Dalaï-Lama d’un grand maître tibétain décédé en 1989 et dont il porte désormais le nom. Filmé dès l’âge de ses 18 mois, voici le parcours inédit d’un futur maître spirituel, un témoignage des 25 premières années de sa vie, avec ses questions, ses doutes et son cheminement; entre tradition et modernité.

Rencontre avec Bruno Vienne, réalisateur, le dimanche 17 février à 16h30

Ce documentaire exceptionnel montre le cheminement intérieur, année après année, grâce à de nombreux films d’archive, d’un jeune homme désigné pour devenir un « tulku », un grand maître du bouddhisme tibétain. La Croix Kalou Rinpoché fut un Little Buddha ou, selon la sémantique bouddhique, un tul­kou : la réincarnation d’un grand maître tibétain. A ce titre, il a grandi observé de tous, et souvent filmé. Il est rare et précieux de pouvoir regarder défiler une vraie vie au cinéma. Mais ce film vaut également pour la personnalité attachante de ce jeune homme triste à l’enfance volée, qui n’a cessé de résister, de toute son humanité, à la ­fatalité de son destin, fût-il spirituel et glorieux. Télérama
Sortie nationale

De Denys Arcand avec Alexandre Landry, Maripier Morin, Rémy Girard, Louis Morissette, Maxim Roy
Comédie - Québec - 2018 - - 02h02

La Chute de l’Empire américain

Pierre-Paul Dubé, 35 ans, possède un doctorat en philosophie de McGill. Il est célibataire et solitaire. Il travaille comme coursier pour les Services de livraison Can-Am, puisque le salaire de ceux-ci est plus élevé que celui d'un chargé de cours de philo. Il vit à Rosemont, dans un deuxième étage, débordant de livres. En allant livrer un colis dans une pseudo-boutique de vêtements pour femmes, il tombe sur une scène de vol à main armée qui a mal tourné : deux morts. Il se retrouve devant deux sacs de sport remplis de billets de banque. Plusieurs millions. Pierre-Paul est ainsi confronté à un dilemme : partir avec les sacs d'argent ou pas ?

Rencontre

De Véronique Mériadec avec Clémentine Célarié, Serge Riaboukine, Lilly Mériadec, Jean-Baptiste Marchais, Juan Carlos Ruiz
Drame - France - 2018 - - 01h22

En mille morceaux

1977, Eric Gaubert assassine Olivier, l’enfant de Nicole Parmentier. Vingt-cinq ans plus tard, cette mère à la vie brisée donne rendez-vous au meurtrier de son fils qui vient de sortir de prison. Quel est le but de cette rencontre ? Une simple vengeance ou la volonté de comprendre ce qui a poussé cet homme à commettre l’irréparable ?

Rencontre avec Isabelle Depommier, directrice du Pôle aide aux victimes de l’association APPUIS, et Déborah Blanchard, juriste spécialisée en victimologie et criminologie le vendredi 22 février à 20h 

Pour son premier long-métrage, la réalisatrice Véronique Mériadec aborde sans fard le thème peu développé de la justice restaurative. Globe-trotteuse intrépide et sportive accomplie, Véronique Mériadec ramène de ses voyages un regard acéré sur le monde. A partir de 1998, ils lui servent de trame pour réaliser une trentaine de documentaires et quelques courts et moyens- métrages. Un jour, elle visionne un documentaire sur un serial-killer américain placé face aux familles de ses victimes. De manière totalement inattendue, l’une d’elles pardonne l’assassinat de sa fille. Cette situation définitivement inenvisageable pour elle la pousse à rendre hommage à celles et ceux qui sont capables d’accorder leur pardon à l’impardonnable. La confrontation de la victime et de son bourreau ne fait pas partie des habitudes françaises, contrairement au Canada où la justice restaurative se pratique depuis les années 70 et a fait baisser le taux de récidive de 30%. C’est bien ce qui l’incite à en faire le cheval de bataille de son premier film. Elle va devoir ferrailler durant trois ans pour donner naissance à cette œuvre dont le thème reste tabou mais qu’elle tient à révéler au public. C’est dans l’arrière-boutique d’une miroiterie jonchée de glaces et de miroirs cassés, reflet de ces deux personnes brisées par le destin et le passé que la réalisatrice installe son décor. Le choix du huis-clos emprisonne les personnages dans cet endroit sombre et étroit, décuple les tensions de vie et de mort et les contraint à s’approcher de leurs vérités. L’originalité et l’engagement du projet incitent deux grands noms du cinéma français à prêter main forte à cette aventure qui ne reçoit aucune aide. Clémentine Célarié peu maquillée, les traits tirés, le visage lourd de peine et de larmes prête sans compter sa générosité à cette femme qui n’est là ni pour juger, ni pour condamner cet assassin qu’elle ne peut s’empêcher de considérer, malgré son inexcusable forfait, comme un être humain. Alors entre silences, invectives, éclats de voix et supplications, elle n’a de cesse de vouloir comprendre qui est celui qui lui a volé sa vie dans l’espoir d’apaiser en partie son deuil. A coups de flash-back, l’accusé sous les traits d’un Serge Riaboukine à la silhouette massivement tassée, la tête rentrée dans les épaules et le regard peu assuré, fait défiler ce que fut sa vie de misère et d’errance. Il cherche juste à expliquer et n’attend aucune compassion. Le ton monocorde de Riaboukine parvient très justement à restituer l’humilité presque touchante de ce criminel lui aussi condamné à l’enfer. Petit à petit, la force de leur duo à la sincérité incontestable dessine l’ombre sinon d’une complicité, au moins le début d’une compréhension entre ces deux êtres que seules la haine et la méfiance devraient animer. On regrettera pourtant qu’une mise en scène trop contenue aux allures de documentaire ne procure jamais l’explosion d’émotion que l’on pouvait attendre d’un sujet aussi intensément humain. L’option d’un dénouement ouvert qui laisse à chacun le soin de se confronter à cette réalité en son âme et conscience plaide sans l’imposer en faveur d’une ouverture vers la résilience et le pardon. On ne peut que saluer cette initiative courageuse et humble de cinéma citoyen. Il est à noter que la justice restaurative a été introduite en France dans la loi Taubira du 15 août 2014. Avoir-alire
Sortie nationale

De Jia Zhangke avec Liao Fan, Zhao Tao, Feng Xiaogang, Xu Zheng, Zhang Yibai, Yi'nan Diao, Zhang Yi, Dong Zijian, Ding Jiali
Drame - Chine - 2018 - VOST - 02h15

Les éternels

En 2001, la jeune Qiao est amoureuse de Bin, petit chef de la pègre locale de Datong. Alors que Bin est attaqué par une bande rivale, Qiao prend sa défense et tire plusieurs coups de feu. Elle est condamnée à cinq ans de prison. A sa sortie, Qiao part à la recherche de Bin et tente de renouer avec lui. Mais il refuse de la suivre. Dix ans plus tard, à Datong, Qiao est célibataire, elle a réussi sa vie en restant fidèle aux valeurs de la pègre. Bin, usé par les épreuves, revient pour retrouver Qiao, la seule personne qu’il ait jamais aimée…

Repas chinois le samedi 2 mars à 19h30 avant la séance de 20h30 = 8 euros sur réservation au 03 89 60 48 99 / cinebelair@wanadoo.fr avant le 28 février

A ceux qui avaient reproché à ses précédents films de privilégier le formalisme tape-à-l’œil à l’émotion, Jia Zhangke offre là une belle réponse. Sa muse Zhao Tao livre une prestation impressionnante, véritable bouée de sauvetage au cœur d’une violence masculine oppressante. Jia Zhang-ke a su ausculter en vingt ans de nombreux aspects de la Chine contemporaine. Avec le farouchement violent A Touch of Sin, il a élargi son public avec une réflexion puissante sur la violence urbaine. Les premières minutes des Eternels semblent apporter une nouvelle pierre à son édifice de réalisateur implacable. On y retrouve la représentation d’une vie citadine phagocytée par une pègre omniprésente, et l’imagerie jouant sur les effets de lumières –à commencer par l’opposition entre violence (en rouge) et innocence (en vert). Tout est fait pour nous replonger dans cet univers sanglant et déshumanisé. Et pourtant, contre toute attente, le cinéaste va brutalement, après une scène dont la violence est plus déchaînée encore que dans les deux films susnommés, nous extirper dès la fin du premier tiers de son long-métrage. Ou, plus précisément, en extirper son héroïne, incarnée par son épouse dans la vie, Zhao Tao. Elle y incarne Qiao, une ancienne danseuse, venue de la campagne, et tombée sous le charme de Bin, un caïd local. L’ingéniosité de Jia Zhang-ke est de ne pas s’être fourvoyé dans une exposition didactique des coulisses du système criminel qui lui sert de contexte, le rendant plus nébuleux et ainsi plus angoissant. Vues par les yeux de sa femme, les activités de cet homme d’affaires aux méthodes expéditives restent floues, se limitant finalement à la gestion d’une salle de jeux où elle assure le service à des clients peu recommandables. Mais Qiao l’aime et son influence néfaste sur elle est telle qu’elle est prête à se sacrifier pour lui. Ne nous permettant pas de mesurer à quel point cet amour est réciproque, le film nous met dans un état de malaise émotionnel dont on ne sortira jamais vraiment. Le schéma scénaristique que prend ensuite le long-métrage semble pourtant tout tracé : mis à l’écart, le couple va se retrouver, se reformer et opérer une vendetta qui les ramènera aux commandes de leur réseau mafieux. Tout paraît écrit d’avance, et c’est assurément pour cela que voir le réalisateur prendre à revers nos attentes apparaît, de sa part, comme un pari audacieux. Et réussi. S’aventurant alors dans un univers cinématographique loin du sien, plus rural et léger, Jia Zhang-ke trace le parcours de son héroïne en prenant le temps de lui autoriser quelques rencontres impromptues. Elles seront surtout l’occasion pour lui de faire d’elle une femme redoutable, pleine de malice, ce qui était loin d’être flagrant sous l’escarcelle de son homme. Mais elle n’en reste pas moins un être fragile, qui a besoin de se raccrocher à un idéal, qu’il s’agisse de celui que lui offrait Bin ou, par défaut, de celui du premier beau-parleur venu, quitte à se permettre de se plonger dans son imaginaire fantasque. Il s’offre alors au passage une scène ouvertement improbable, une incursion du fantastique que l’on n’attendait pas dans son oeuvre bressionienne. Et le retour du couple en ville n’offrira aucunement aux spectateurs l’explosion de violence qu’ils pouvaient en attendre. Ce chapitre final les emmène vers un retournement des rapports de force que l’on peut qualifier de féministe et une conclusion émouvante. Celle-ci répond à la question que l’on pouvait se poser à la vue des précédents films du réalisateur, de savoir si le microcosme ultra-violent qu’il y dépeignait est malgré tout propice à une histoire d’amour. Il n’en reste pas moins sévère sur l’état de son pays -son sujet de prédilection- puisqu’on peut voir la désillusion de son héroïne comme celle d’une nation entière dont la volonté obsessionnelle de changement ne mène à rien de joyeux. Les longueurs qui auront précédé ce final poignant, mais surtout l’usage maladroit de certaines ellipses, font de Les Eternels un film dans lequel il est aisé de se perdre. Pourtant, l’intensité du jeu de Zhao Tao est telle que l’on se plaît à rester auprès d’elle pendant plus de deux heures, partageant pleinement les espoirs et les désillusions de son personnage. Le jury du Festival de Cannes y verra assurément la première prétendante sérieuse au Prix d’Interprétation Féminine. Avoir-alire (critique cannoise)
Rencontre

De Jean-Bernard Marlin avec Dylan Robert, Kenza Fortas, Idir Azougli, Lisa Amedjout, Sofia Bent, Nabila Bounab, Kader Benchoudar, Nabila Ait Amer
Drame - France - 2018 - - 01h52

Shéhérazade

Zachary, 17 ans, sort de prison. Rejeté par sa mère, il traine dans les quartiers populaires de Marseille. C’est là qu’il rencontre Shéhérazade…

Rencontre avec le Mouvement du Nid le jeudi 28 février à 20h

Exposition de photographies dans le hall du cinéma

«Shéhérazade», parfum de flamme. Relatant l’amour d’un ado délinquant pour une prostituée mineure dont il devient le mac, le premier film de Jean-Bernard Marlin s’immerge avec acuité dans la violence sociale de quartiers marseillais. Et offre à ses acteurs débutants une épiphanie incandescente. Au milieu de ce qu’on nomme aujourd’hui un peu trop facilement, pour qualifier les excès, facilités et paresses d’un certain réalisme, le cinéma «naturaliste» (mot galvaudé jusqu’à être devenu péjoratif), Shéhérazade (lauréat du prix Jean-Vigo 2018) fait figure de beau contre-exemple, tant il est tenu de bout en bout avec une justesse et une honnêteté admirables. Zachary (Dylan Robert), petit délinquant de 17 ans, s’amourache d’une prostituée de son âge, Shéhérazade (Kenza Fortas). Très naturellement, sans le moindre scrupule et tout en l’aimant de plus en plus, il devient son proxénète, jusqu’à ce que la violence des autres lui fasse ouvrir les yeux sur la sienne. Ces deux ados ont tellement traîné dans les rues et baigné dans la misère qu’il leur semble normal d’être pute ou maquereau, d’être violents ou violentés. Au cours du film, ils apprendront à espérer et exprimer autre chose. Cette histoire de proxénète amoureux n’a rien d’extraordinairement original, elle pourrait être celle d’un film français des années 30. Le cinéaste Jean-Bernard Marlin, qui a grandi dans les quartiers Nord de Marseille, affirme même qu’elle est le reflet d’une triste banalité là-bas (lire ci-contre). Or, c’est justement cette quotidienneté qui lui permet de traiter son récit simplement, comme un fait divers révélant une réalité sociale, morale et sentimentale précise, plutôt que de gonfler son réalisme au cinéma de genre, comme le font tant d’autres. Ici, le romanesque se tient rigoureusement à hauteur des faits et des personnages, loin de toute frime cinéphilique. La plus grande limite du cinéma dit «naturaliste» est de confondre réalisme et absence de recul, en collant aux nuques et aux talons des acteurs, comme si c’était la seule manière de se trouver proche d’eux. Au contraire, Marlin joue de la distance, en sachant éloigner et poser sa caméra, parfois même en filmant l’action à travers un reflet ou une embrasure. Il compose ses plans, mais, là encore, sans ostentation, toujours au service des personnages, pour les laisser respirer dans le cadre, en marge des événements du récit, et sans les soumettre à un point de vue unique qui les exposerait comme des animaux de foire. Il en va de même pour la lumière, qui joue parfois magnifiquement avec les rayons solaires, jusqu’à les laisser envahir le plan : elle est belle au-delà du simple plaisir esthétique, pour l’espace de grâce et de sensualité qu’elle ouvre à Zachary et Shéhérazade. Tout cela serait encore peu sans les acteurs, la matière même de ce cinéma qui cherche à rendre compte de la réalité la plus écorchée et incandescente. Trouvés lors d’un casting sauvage de huit mois, qui s’étendit dans tous les quartiers de Marseille, jusqu’aux sorties de prison, ils sont tous formidables. Mais on se doute qu’il ne suffit pas pour cela de jouer plus ou moins son propre rôle, ni de simplement venir avec ce que son corps et son langage concentrent de vérité sociale ; peut-être faut-il soi-même épouser le parcours des personnages. C’est en tout cas l’impression qui se dégage du bouleversant Dylan Robert : au-delà de ce que nous dit ou montre la fiction (au déroulement parfois un peu démonstratif), on le sent profondément traversé par la joie, la rage ou l’inquiétude de Zachary, comme si, sous nos yeux, lui aussi était en train de s’éveiller peu à peu, de se transformer intérieurement. Il semble alors qu’on assiste à l’épanouissement d’un être plus qu’à la naissance d’un acteur, ce qui est encore plus rare et beau. Libération
A votre santé !, Rencontre

De Benoît Laborde avec Vincent Londez
Documentaire - France - 2017 - VOST - 00h50

Les étonnantes vertus de la méditation

Comment la méditation impacte-t-elle notre cerveau et l’ensemble de notre organisme ? Cette pratique aurait-elle-même des vertus thérapeutiques ? Découvrez l’émergence de nouvelles voies médicales, à la croisée entre des traditions orientales et des savoirs occidentaux.

Rencontre le lundi 4 mars à 20h avec Ie Pr Jean-Gérard Bloch, rhumatologue et responsable du DU «Médecine, méditation et neurosciences» à l’Université de Strasbourg.

Ce ciné-débat est proposé dans le cadre de la «Semaine du cerveau» par la Nef des sciences/Inserm/Neurex. 

Prochains RDV  : Demain tous myopes ? le 11 mars et Sur les traces de la mémoire le 25 mars.

Un documentaire scientifique, mais accessible, s’intéresse aux usages thérapeutiques de ces techniques. Si les multiples bienfaits de la méditation ne font plus de doute, il est tout de même déconseillé de laisser son cerveau vagabonder en regardant ce documentaire scientifique. Bien construit, riche d’interventions de médecins et chercheurs de haut niveau, rendu plus accessible par des images de synthèse animées, ce programme demande une attention soutenue. Des hôpitaux parisiens aux universités américaines, des paroles de soignants à celles de patients, les bienfaits de la méditation sur le fonctionnement de notre cerveau et de notre organisme sont méticuleusement analysés. Ce qui concerne l’esprit concerne le corps. Et ce qui était considéré il y a quelques décennies comme une médecine alternative devient médecine à part entière. Il y a près de quarante ans, les premières recherches poussées sur la méditation n’intéressaient que les psychiatres et les psychologues. Au fil du temps, cardiologues, neuroscientifiques, immunologues et endocrinologues se sont intéressés aux bienfaits de la méditation sur leurs patients. Freiner le vieillissement cérébral. Les résultats d’études cliniques menées depuis 2004 à l’hôpital Sainte-Anne, à Paris, par le psychiatre Christophe André prouvent que la méditation soigne avec une certaine efficacité les dépressifs chroniques. On apprend que la méditation a également un effet bénéfique sur les maladies inflammatoires car elle réduit le stress, ce terrible facteur de morbidité. Plus étonnant, on apprend que méditer peut, dans certains cas, soulager la douleur corporelle. Des études ont prouvé que l’anticipation de la douleur à venir augmente la sensation douloureuse. En agissant sur les phénomènes d’anticipation anxieuse, la méditation atténue le mal. Les techniques de méditation sont désormais utilisées en accompagnement thérapeutique dans de nombreux hôpitaux américains et européens. En Californie, des recherches sur le vieillissement cellulaire ont montré que la longévité physique peut aussi être liée à l’état psychologique de manière mécanique. D’où l’intérêt de séances de méditation pour freiner le vieillissement cérébral. Prendre le temps de méditer ferait donc gagner du temps sur le temps qui passe. De quoi donner envie de fermer les yeux… Le Monde
Sortie nationale

De Denis Do avec Bérénice Bejo, Louis Garrel
Animation Drame - Cambodge/France/Luxembourg/Belgique - 2016 - VF / VOST - 01h22

Funan

La survie et le combat d'une jeune mère, durant la révolution khmère rouge, pour retrouver son fils de 4 ans, arraché aux siens par le régime.

Reoncontre avec l'association Camborea le vendredi 15 mars à 20h

Denis Do, réalisateur d’origine cambodienne, raconte la survie et le combat d’une jeune mère, durant la révolution khmère rouge, pour retrouver son fils de 4 ans, arraché aux siens par le régime. Ce premier film d’animation, délicat et poétique, s’est fortement appuyé sur les récits que lui faisait sa propre mère. Présenté ces jours-ci en compétition au Festival international du film d’animation d’Annecy, Funan est le premier long métrage d’un jeune cinéaste nommé Denis Do. Il y retrace avec délicatesse et beaucoup d’émotion contenue le combat vital d’une Cambodgienne et de son époux, séparés de leur fils de 4 ans au début de la révolution khmère rouge de 1975. Cette femme, qui survivra avec son enfant à la déportation et aux travaux forcés, et qui s’exilera en France comme tant de ses compatriotes, n’est autre que la mère du réalisateur, né à Paris en 1985. “J’ai eu de cette période tragique une vision fantasmatique du Cambodge qui tenait du cauchemar.” « Contrairement à beaucoup de Cambodgiens, pour qui évoquer le passé est si douloureux qu’ils en viennent à garder le silence, ma mère m’a raconté très tôt ce qu’elle a vécu, explique-t-il. Elle y revenait sans cesse, en faisant preuve d’un sens quasi graphique de la description ; de sorte qu’avant d’être en mesure de comprendre les réalités historiques, avant même d’être capable de situer le Cambodge sur une carte, j’ai eu de cette période tragique une vision fantasmatique qui tenait du cauchemar. J’imaginais des silhouettes fantomatiques à l’évocation des Khmers rouges, qu’elle appelait “les hommes en noir”. Si je n’ai parlé que très récemment de cette histoire avec mon grand frère qui, lui aussi, a survécu, elle est le point Godwin auquel mènent immanquablement les conversations que j’ai avec notre mère. » Aussi est-il logique que Denis Do en ait fait son premier long métrage, dont le projet remonte à ses années de formation et aurait pu prendre la forme d’un roman ou d’une bande dessinée. Sa découverte des techniques d’animation à l’école des Gobelins l’a convaincu d’opter pour le dessin animé, conforté par le fait qu’il n’en existait pas sur l’histoire cambodgienne. Dédié à sa mère et à son frère aîné, Funan, qui sortira au cinéma en mars 2019, se présente comme une fiction. Denis Do, aidé par sa coscénariste Magali Pouzol, y prend d’ailleurs de grandes libertés avec les faits dont il a connaissance, mais s’appuie néanmoins sur une solide base documentaire et un rapport intime à son sujet tissé depuis l’enfance. Les Khmers rouges, une réalité tangible. « J’avais dix ans en 1995, lorsque mon père m’a emmené au Cambodge pour la première fois, se souvient-il. Mais je n’avais pas la maturité nécessaire pour appréhender ce pays qui m’effrayait un peu ; et puis j’avais du mal à accepter cette origine, qui renvoyait à des images misérabilistes. Avec ma mère et mes frères, on a refait le voyage en 1997. On a alors rencontré des membres de notre famille et, cette fois, ç’a été plus profitable. Au cours de mon adolescence, je me suis intéressé à l’histoire cambodgienne ; j’ai vu les films de Rithy Panh qui m’ont évidemment beaucoup marqué ; j’ai découvert des photos et toutes sortes de documents qui ont chassé les représentations fantasmatiques qu’avaient produites en moi les récits de ma mère. L’histoire du régime khmer rouge est devenue pour moi une réalité tangible, renforcée depuis par notre travail sur Funan. » Etrange travail, consistant notamment à donner un visage à des individus juste croisés au détour des souvenirs de sa mère. « Nous disposions de photos d’elle, de son mari et de mon frère. Pour les autres, il a fallu imaginer… Il nous a également fallu nous documenter pour savoir comment on s’habillait avant l’arrivée des Khmers rouges. Après, tout le monde est en noir, ce qui pose un problème pour distinguer les personnages à l’image. » Pour les caractériser un tant soit peu, Denis Do et l’auteur graphique Michaël Crouzat ont ainsi joué de certains artifices : coupe de cheveux, grains de beauté, tâches de rousseur… Mais c’est surtout en passant deux mois dans le pays, que les auteurs de Funan ont amassé des éléments documentaires qu’ils ont mis à profit. Une œuvre cathartique. « Ne serait-ce que la façon dont les gens se tiennent, leur nonchalance que nous voulions reproduire au début du film, dans le Cambodge en paix. Là-bas, la dimension du ciel est très impressionnante, vu que la terre y est très plate. Il faut y être pour en prendre la mesure. Au fil de ce voyage, nous avons rencontré des paysans qui nous ont expliqué la culture du riz. Une femme, qui avait fait partie d’une troupe de danse de propagande, nous a mimé ce qu’elle faisait. En évoquant auprès des uns et des autres l’histoire de ma mère, je les ai amenés à me raconter leur propre histoire. Des souvenirs ont surgi, et ça nous a bouleversés. " Traversé par cette émotion de part en part, Funan s’avère aussi une œuvre cathartique, par laquelle Denis Do a renoué avec une partie de lui-même qu’il tenait à distance, possiblement travaillé par « la culpabilité de n’avoir pas vécu ce que des gens qui lui sont chers ont enduré ». En accordant une place de choix à la poésie propre au dessin animé dans l’évocation d’une histoire cambodgienne qu’il a désormais intégrée, il renoue avec l’imaginaire qui imprégnait les récits de son enfance. Ceux de sa mère, à qui il a évidemment montré le film. « Elle réagissait vivement chaque fois qu’elle reconnaissait un personnage et s’emportait quand un Khmer rouge apparaissait à l’image, explique-t-il. Mais elle ne parle pas français. » Aussi Denis Do attend-t-il avec impatience une version cambodgienne, pour pouvoir boucler la boucle, en lui restituant pleinement l’histoire qu’elle lui a transmise. Télérama
Le cinéma regarde la psychanalyse, Rencontre

De Carlos Saura avec Geraldine Chaplin, José María Prada, José Vivó, Rafaela Aparicio, Fernando Fernán Gómez, Charo Soriano , Marisa Porcel, Nuria Lage, Anny Quinas, María José Puerta, Sara Gil
Drame - Espagne - 1973 - VOST - 01h36

Anna et les loups

L'arrivée de la belle Anna bouleverse la vie d'une famille bourgeoise espagnole. Les névroses, peurs et désirs des quatre membres de la famille s'exacerbent à son contact.

Rencontre avec Marie Pesenti Irrmann, psychanalyste, le 8 mars à 20h

Un jeu de massacre adouci par le regard porté sur Geraldine Chaplin. Sans dévoiler la fin, on est surpris si l’on a déjà vu Maman a 100 ans, de comprendre que cette « suite » d’Anna et les loups est diégétiquement impossible, sauf à considérer cette fin comme un fantasme, ou qu’il ne s’agit pas d’une suite, mais d’une alternative, ou que, comme d’habitude, Saura joue avec le réel, se moquant de notre propension à chercher du « vraisemblable » à tout prix. Car du jeu, derrière une histoire tragique et métaphorique, il y en a partout, et surtout, un jeu de massacre dans lequel le cinéaste espagnol règle ses comptes avec la société franquiste, mettant au jour les frustrations et les contradictions d’un monde gangrené par une hypocrisie formidable. Anna arrive dans une grande maison bourgeoise pour y être gouvernante. Moins innocente qu’il n’y paraît (Saura adore cadrer sa compagne dans des positions semi-provocantes), elle déchaîne les passions de trois frères, Fernando, qui rêve d’être ermite mais se goinfre en cachette, Juan, mari et père de famille qui couche avec la bonne et écrit des lettres érotiques en secret, et José, fasciné par les uniformes et la musique militaire, « pater familias » autoritaire mais qui pleure dans les jupes de sa mère. Or ces personnages, névrosés, pervers, vivent en autarcie et représentent chacun une institution (l’armée, la famille et l’église) chère à l’extrême-droite. C’est là que Saura retrouve sa verve satirique, dévoilant l’hypocrisie d’un monde fondé sur des apparences respectables : et c’est un régal ! Anna sert de révélateur, ridiculisant José qui tire sur un oiseau mécanique ou Fernando qui coupe les cheveux des poupées. Évidemment, elle ne peut que payer ses audaces et la tension qui monte tout au long du film éclate en une séquence brève et violente, conclusion abrupte autant que surprenante. Mais si Saura fait montre d’une force dénonciatrice, il n’en reste pas à cette dimension volontiers caricaturale : ainsi flirte-t-il avec le fantastique dans deux séquences liées à Fernando. L’une, évidente, le montre en train de léviter (y a-t-il là une moquerie, ou une admiration secrète pour les ermites ?) ; l’autre est une « vision » de la famille révélée, saisie en plan général percutant. Mais la force du film réside aussi dans la description d’un monde (le sien, le nôtre) qui repose sur les bas instincts (tout le monde s’épie, se dénonce) et dans lequel la pureté n’existe pas : même les fillettes, présentées comme des petits anges, se régalent de détails sordides et assistent comme au spectacle aux crises de leur grand-mère. Malgré ses outrances, Saura analyse en finesse l’humanité, mais une humanité noire, toujours capable du pire. Enfin, et peut-être surtout, le film est une déclaration d’amour à Geraldine Chaplin, omniprésente, qui n’a jamais été aussi belle, avec ses mines faussement naïves, son mélange d’ingénuité et de perversité, ses tenues sensuelles (même la robe de bure prend une dimension érotique) ; à travers elle, Saura célèbre la Femme, en des plans d’une délicatesse inattendue qui sont comme un contrepoint au jeu de massacre violent et jouissif. Avoir-alire

Prochainement