Films du mois

Sortie nationale

De Hirokazu Koreeda avec Lily Franky,Sakura Ando,Mayu Matsuoka,Kirin Kiki,Jyo Kairi,Miyu Sasaki,Sosuke Ikematsu,Chizuru Ikewaki,Akira Emoto,Kengo Kora,Yôko Moriguchi,Yuki Yamada,Moemi Katayama,Naoto Ogata
Comédie Dramatique - Japon - 2018 - VOST - 02h01

Une Affaire de famille

Au retour d’une nouvelle expédition de vol à l’étalage, Osamu et son fils recueillent dans la rue une petite fille qui semble livrée à elle-même. D’abord réticente à l’idée d’abriter l’enfant pour la nuit, la femme d’Osamu accepte de s’occuper d’elle lorsqu‘elle comprend que ses parents la maltraitent. En dépit de leur pauvreté, survivant de petites rapines qui complètent leurs maigres salaires, les membres de cette famille semblent vivre heureux – jusqu’à ce qu’un incident révèle brutalement leurs plus terribles secrets…

Palme d'or Cannes 2018

A lire : "Kirin Kiki, icône du cinéma japonais, est décédée", article des Inrockuptibles

Une Palme d’or à Cannes amplement méritée. « C’est pas un enlèvement, puisqu’on ne demande pas de rançon. » C’est ainsi, en une phrase et deux haussements d’épaules, que la question est réglée : la petite voisine, 5 ans et une belle collection de bleus et de brûlures sur la peau, vient de trouver un nouveau foyer. Cette mouflette, Osamu, maigrichon entre deux âges, vif et malin, l’a quasiment ramassée dans la rue. Il l’a croisée, livrée à elle-même, alors qu’il revenait d’un raid de ravitaillement au supermarché (sans passer à la caisse, et en oubliant de piquer le shampooing), avec son propre fils préadolescent. L’adorable Cosette japonaise ne perd pas au change : la famille dans laquelle elle est aussitôt absorbée, réchauffée et câlinée est un vrai cocon de tendresse, encore qu’elle ne corresponde pas (du tout) aux normes classiques en matière d’éducation… Papa vole à l’étalage, aidé par son gamin, lequel ne fréquente aucune école. Maman fait les poches des clients dans la blanchisserie industrielle où elle travaille, et la fille aînée s’exhibe dans un peep-show, déguisée en écolière. Tout ce petit monde attachant, tranquillement amoral, s’entasse au jour le jour chez Mamie, elle-même plutôt douée pour l’arnaque. En mai dernier, grâce à ce film tendre et singulier, Hirokazu Kore-eda (un habitué du Festival de Cannes depuis Distance, en 2001) a décroché sa première Palme d’or, amplement méritée, sur un thème qui le taraude depuis longtemps. Avec ce cinéaste discret, orfèvre délicat des rapports humains, on est en effet habitué à se retrouver en famille. Il ne cesse, depuis quelques années, de revenir ciseler les mêmes motifs : la filiation, les liens intimes que les usages et la biologie imposent, et ceux que l’on choisit. De Nobody knows (2004) à Après la tempête (2016), en passant par Still walking (2008), Tel père, tel fils (2013) et Notre petite sœur (2015), son œuvre est un vaste mais minutieux tableau de la cellule familiale. Une fresque de douleurs, d’expédients, d’amertume et d’abandon, mais aussi d’amour, souvent bancal, malaisé, complexe, et parfois vibrant de chaleur, comme dans ce portrait de groupe à la marge, réfugié pour un temps à l’abri dans ce qu’il est coutume d’appeler un angle mort de la société. La vie déborde de partout dans la baraque encombrée qui abrite la tribu. Ce décor étroit, surchargé de vieux tissus et de machins en plastique, ressemble à une dérisoire caverne aux trésors — le butin de la misère, à peine mieux que le contenu d’un chariot de clochard. Hirokazu Kore-eda lui donne un aspect presque organique, il le construit comme un nid d’oiseau fait de bribes et de brindilles chapardées, à la fois protecteur et fragile, inconfortable et douillet. Les délinquants lumineux qui habitent ce capharnaüm lui ressemblent : des vies émouvantes, cocasses, agglomérées, bricolées, mais étrangement solides. Comme toujours, le cinéaste accorde une attention particulière aux personnages (formidablement interprétés). Il se tient à la fois proche de leurs visages, attaché à la vivacité de leur débrouille quotidienne, mais aussi à distance pudique, en particulier lorsqu’ils sortent pour s’exposer au monde du dehors. Et, comme toujours, il filme les enfants comme personne, dans le sérieux d’une maturité trop précoce comme dans la douceur naïve de leurs peaux, de leurs regards neufs. Ceux d’Une affaire de famille, un grand garçon, une petite fille, en rappellent d’autres, les poignants gamins abandonnés de Nobody knows, dont la lente disparition, oubliés de tous, constitue presque le parfait négatif de cette histoire de sauvetage et d’adoption. On a beaucoup comparé Kore-eda à son compatriote Ozu, pour sa subtilité et son sens aigu des nuances psychologiques. Mais c’est à la dérision humaniste, à la pertinence sociale du grand cinéma italien, de Mario Monicelli à Vittorio De Sica, que l’on pense cette fois, face à cet hommage aux perdants magnifiques. Aux perdants tout court. C’est que, face à la norme, à l’ordre cruel des choses et au droit de la famille, les habitants de cet éden de fortune n’ont pas une chance. Le film se divise en deux parties, deux sensations antagonistes, le chaud et le froid. Recueillir une fillette maltraitée, sans rien demander à personne, c’est bien un enlèvement aux yeux de la société, au Japon comme ailleurs. Et puisqu’on en est à redéfinir les termes du film, une famille est-elle vraiment une famille, juste parce que l’on choisit de la nommer et de la vivre ainsi, ou n’est-elle légitime que lorsqu’elle s’inscrit quelque part, entre registres d’état civil et ADN ? A mesure que Kore-eda détricote les apparences qu’il nous a d’abord fait admettre et aimer, c’est l’aspect le plus douloureux, le plus poignant de son cinéma qui gagne la surface, achevant de faire de cette œuvre bouleversante l’un de ses meilleurs films. Télérama
Sortie nationale / Séance à la demande pour les scolaires

De Juan Antin avec Andrea Santamaria, India Coenen, Saïd Amadis, Marie-Christine Darah, Alex Harrouch
Animation - France - 2018 - VF - 01h12

Pachamama

Tepulpaï et Naïra, deux petits indiens de la Cordillère des Andes, partent à la poursuite de la Pachamama, totem protecteur de leur village, confisqué par les Incas. Leur quête les mènera jusqu’à Cuzco, capitale royale assiégée par les conquistadors.

En plus de sortir des sentiers battus sur les plans esthétique et culturel, Pachamama délivre un message écologiste sincère et humaniste, sans prendre les enfants pour des crânes à bourrer, ni les adultes pour des pollueurs invétérés, mais en faisant au contraire appel à leur intelligence et à leur sensibilité. Remarquable. Les studios Folivari avaient déjà frappé fort en 2017 avec leur premier long-métrage, Le Grand Méchant Renard et autres contes, qui obtint le César du meilleur film d’animation l’année suivante. Ce qui fait toute l’originalité et toute la singularité des productions Folivari, c’est cette capacité à dépasser la nature, d’ordinaire très enfantine, des dessins animés destinés à divertir le jeune public, pour leur faire emprunter un chemin plus philosophique et moraliste, mais pas moralisateur. Pachamama s’inscrit dans ce même principe : ce conte initiatique raconte la persécution d’un petit village précolombien par l’Empire Inca. Les villageois, guidés par un chaman, vivent une vie d’agriculture, rendant une partie de leurs récoltes à Pachamama, leur divinité, priant leurs ancêtres qui veillent sur eux, tandis que les Incas, qui n’ont d’intérêt que pour l’or et les biens matériels, viennent piller leurs terres à la recherche de fortune, allant jusqu’à confisquer la Huaca, l’idole du village. N’écoutant que leur courage, Tepulpaï, un jeune garçon arrogant et égocentrique, et Naïra, une fille un peu trop sage, se lancent à sa recherche. La dualité spiritualisme/matérialisme est signifiée par l’intrigue et l’image : les villageois sont représentés tout en rondeur, parlent très calmement. À l’inverse, les visages et les habitations des Incas apparaissent triangulaires, carrés, rectangulaires, des formes géométriques plus rigides. Pachamama n’est pas qu’un film menant une réflexion sur le respect de la Nature et les excès du matérialisme et du productivisme. C’est aussi une œuvre en forme de quête de soi pour les deux héros qu’il met en scène : au contact du chaman, des Incas et de l’Observateur des ombres, Tepulpaï apprend la bravoure, la sagesse et l’humilité ; de son côté, Naïra apprend à désobéir et à penser et agir par elle-même. Dans Pachamama, les enfants grandissent et s’émancipent, comme seront amenés à le faire les jeunes spectateurs venus assister à leurs aventures. Difficile de déterminer, a priori, là où les techniques d’animation utilisées pour donner forme aux images. Est-ce de l’animation 2D traditionnelle ? De l’animation en volume ? De l’animation 3D ? De papier découpé ? Il s’agit en fait d’animation 3D à rendu 2D, pour conserver la rondeur et l’authenticité des poteries et statues précolombiennes, ainsi que la dimension artisanale du cinéma d’animation. Le réalisateur argentin Juan Antin alterne habilement séquences réalistes, tendres, sages, parfois dures, et d’autres oniriques, contemplatives, pour le plaisir des yeux… mais aussi des oreilles. La musique originale de Pierre Hamon, spécialiste des musiques anciennes, médiévales, baroques et de la Renaissance, est jouée directement avec des instruments de lère précolombienne : des flûtes de pan et des vases à eau en terre vieux de deux ou trois mille ans, rythment de mélodies chaudes et envoûtantes, aux accents latino-américains, les péripéties de ce film court et cependant très riche, fort d’un scénario simple et efficace, d’un discours pertinent, et d’une animation techniquement éclatante. Avoir-alire
Film précédé du court métrage : Le loup boule de Marion Jamault (3’46)
Sortie nationale

De Kirill Serebrennikov avec Teo Yoo, Irina Starshenbaum, Roman Bilyk, Aleksandr Gorchilin, Nikita Efremov
Comédie Dramatique Musical Romantique - Russie - 2018 - VOST - 02h06

LETO

Le film est présenté en compétition au Festival de Cannes 2018 Leningrad. Un été du début des années 80. En amont de la Perestroïka, les disques de Lou Reed et de David Bowie s'échangent en contrebande, et une scène rock émerge. Mike et sa femme la belle Natacha rencontrent le jeune Viktor Tsoï. Entourés d’une nouvelle génération de musiciens, ils vont changer le cours du rock’n’roll en Union Soviétique.

A écouter : On aura tout vu sur France Inter

A écouter : Pop & Co sur France Inter

Extase rock au pays des Soviets. Le film de Kirill Serebrennikov nous dévoile à travers le parcours de Viktor Tsoï, idole des jeunes dans la Russie de Brejnev, un pan méconnu de l’histoire du rock soviétique. Superbement baroque et inventif. En France, personne (ou presque) ne le connaît. En Russie, il a été une idole. Il s’appelle Viktor Tsoï. Un eurasien à la gueule d’ange ténébreux, sorte de Bruce Lee anguleux, le cheveu plus sauvage. C’était le chanteur d’un groupe new wave, Kino, dans les années 80, dont le tube, Changements !, a servi d’hymne au moment de la perestroïka. Tsoï est donc une légende, qui appelle le biopic, genre ô combien piégé, porte ouverte au confort. Kirill Serebrennikov (Le Disciple) est trop intelligent pour y céder. De Viktor Tsoï, il sera bien question mais c’est un autre chanteur encore plus méconnu, qui est au premier plan de Leto. Il s’appelle Mike Naumenko. Lui aussi a du charisme, avec ses Ray-Ban Aviator toujours sur le nez. Il est plus mûr que Viktor, il est le père d’un bébé, il a une muse ravissante, Natasha, en guise de compagne. Et il est le leader du groupe Zoopark, qui marche fort sur la scène underground de Léningrad. Leto nous fait découvrir tout un pan de l’histoire du rock russe, largement ignorée. Et avec elle un formidable courant d’énergie, d’ébullition créatrice, malgré la chape de plomb soviétique. Dès la première image de concert, on est dans l’ambiance : il est interdit au chanteur d’hurler, et le public est sommé de rester assis, sans bouger. Autant dire que les rockers de Leto sont bridés. Un narrateur sarcastique surgit parfois, tel un joker, au milieu des séquences, pour dire et montrer tout le désordre punk, en version anglo-saxonne, qu’aurait pu provoquer telle ou telle friction, dans le train ou dans la rue. Non, ce n’est pas l’Angleterre, mais la Russie de Brejnev. Ce qui rend encore plus vitale et précieuse cette passion du rock, vécue en loucedé, sans être non plus clandestine – le film est savoureux sur les pourparlers avec le comité de censure. La beauté du film tient beaucoup à la pureté, à la douceur prévenante des échanges. Une communauté joyeuse est regroupée autour de Mike. Lorsque Viktor y débarque, il est clair que ce type a la grâce, dès qu’il prend sa guitare pour chanter son folk. Mike le sent, il voit aussi l’effet qu’il produit aussitôt sur Natasha. Et plutôt que de le rejeter, il l’accepte, l’encourage et se démène pour qu’il enregistre un album au plus vite, mettant sa propre carrière entre parenthèses. La beauté du film tient beaucoup à la pureté, à la douceur prévenante des échanges, qui circule entre les deux rockers et Natasha, triangle amoureux à la Jules et Jim. Pas de « sex & drugs & rock’n’roll ici » mais du romantisme, de l’ivresse et de la musique bien sûr. Celle qui est jouée dans toutes sortes de sessions, sur la plage, dans la cuisine ou au fond d’appartements, chez des amis. Celle qui est écoutée, pieusement, avec un émerveillement d’enfant. Car les disques de Bowie, de T. Rex ou du Velvet Underground sont ici des trésors rares. Kirill Serebrennikov, toujours assigné à résidence, rappelons-le, s’autorise beaucoup de liberté, dans la conduite du récit et se montre très ludique, visuellement. Il recourt à de l’inscrustation argentée, fait chanter par des gens du peuple Psycho Killer (The Talking Heads), The Passenger (Iggy Pop) ou Perfect Day (Lou Reed). Servi par une mise en scène étourdissante, le film est baroque, généreux, riche en personnages truculents, tourné vers une lumière tout aussi gaie que mélancolique. Celle de la glasnost qui s’annonce, vers la fin du film. Mais qui a sacrifié nos deux rockers, plus saints que démons, fauchés en pleine jeunesse. Viktor est mort en 1990, Mike l’a suivi un an après. Télérama
Sortie nationale

De NAOMI KAWASE avec Juliette Binoche,Masatoshi Nagase,Takanori Iwata,Minami,Mirai Moriyama,Mari Natsuki,Min Tanaka
Drame - Japon/France - 2018 - VOST - 01h50

VOYAGE A YOSHINO

Jeanne part pour le Japon, à la recherche d'une plante médicinale rare. Lors de ce voyage, elle fait la connaissance de Tomo, un garde forestier, qui l’accompagne dans sa quête et la guide sur les traces de son passé. Il y a 20 ans, dans la forêt de Yoshino, Jeanne a vécu son premier amour.

On ne peut pas ne pas se laisser transporter par le talent kawasien s’agissant de dépeindre ce décor naturel luxuriant dans toute sa grandeur. La réalisatrice est bel et bien une experte pour ce qui est de capturer avec sa caméra les détails et subtilités qui se cachent derrière des phénomènes qui, vus par un autre oeil, passeraient inaperçus. La forêt en devient un personnage à part entière, peut-être le plus important. C’est elle qui conditionne l’état mental et émotionnel des personnages et son esprit semble palpable à chaque instant, comme si c’était une créature étrange sortie d’un film de Hayao Miyazaki. CinEuropa
Rencontre

De VANESSA GAUTHIER
Documentaire - France - 2017 - 01h06

POUR QUELQUES BARRES DE CHOCOLAT

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Le temps d’une colonie de vacances, Vanessa Gauthier part avec des enfants atteints d’une drôle de maladie in­visible : le diabète. Quinze jours pour saisir le quotidien et les mots de ces enfants, pour cerner la dualité du «être» / «être diabétique». Elle-même avait 7 ans quand le diabète s’est invité dans sa vie. Lorsqu’on a tout à apprendre et comprendre. Ce documentaire raconte ce voyage initiatique.

Rencontre avec l’équipe du réseau ODE (Obésité et Diabète de l’Enfant) et le Dr Fatiha Guemazi, pédiatre au Centre Hospitalier de Mulhouse le dimanche 16 décembre à 14h

Séance à la demande pour les scolaires

De Katarína Kerekesová avec Jeanne Lichou, Eric Lichou, Eddy Frogeais, Anouck Montreuil, Geneviève Le Meur
Animation - Slovaquie - 2018 - VF - 00h45

Mimi & Lisa, les lumières de Noël

Timide et non-voyante, Mimi perçoit le monde différemment grâce à ses autres sens. Lisa, sa voisine délurée, est toujours prête à provoquer des situations amusantes. Les deux petites filles reviennent dans ce nouveau programme de 4 courts métrages afin de nous faire vivre la magie de Noël, avec l'imagination pour seule frontière.

Quatre courts-métrages pédagogiques à destination du jeune public. Deux ans après la sortie de leurs premières aventures au cinéma, la timide Mimi, non-voyante, et son extravagante amie Lisa sont de retour pour quatre nouvelles aventures. On y retrouve un univers visuel riche et très travaillé, où le mouvement du dessin animé en 2D est esthétiquement très proche du papier découpé. C’est épuré et coloré. À l’approche des fêtes de fin d’année, c’est principalement autour de la thématique de Noël que se structure principalement ce petit programme. Nos héroïnes fêtent la fin de l’automne avec une étrange course de vers de terre, s’exercent à la pâtisserie – peut-être pour faire une bûche – en mettant un peu trop de Monsieur Levure dans leur préparation, faisant gonfler leur gâteau jusqu’à ce qu’il remplisse toute la cuisine, et s’en vont au pays des jouets pour sauver un vieux chien abandonné, qui pourrait bien servir de guide à Mimi. Enfin, le dernier film, Les Lumières de Noël, donne à voir joliment et tendrement ce qu’est la fête de Noël, à travers l’odeur du pain d’épice, la décoration du sapin, la lumière des guirlandes électriques et les batailles de boules de neige. L’habile mélange entre le réalisme et l’imaginaire loufoque des deux petites filles embarquant dans de surprenantes péripéties permet d’apprendre la tolérance, le vivre ensemble et la solidarité tout en s’amusant. Tout en s’évadant. Avoir-alire
Séance à la demande pour les scolaires

De Michel Ocelot
Aventure Animation - France - 2018 - 01h30

DILILI A PARIS

Dans le Paris de la Belle Epoque, en compagnie d'un jeune livreur en triporteur, la petite kanake Dilili mène une enquête sur des enlèvements mystérieux de fillettes. Elle va d'aventure en aventure à travers la ville prestigieuse, rencontrant des hommes et des femmes extraordinaires, qui l'aident, et des méchants, qui sévissent dans l'ombre. Les deux amis feront triompher la lumière, la liberté et la joie de vivre ensemble.

A noter : hommage à Michel Ocelot pendant le festival Les petites bobines du 9 au 24 février. L'occasion de voir ou revoir Kirikou et la sorcière, Azur et Asmar, Dilili à Paris et quelques autres.

Toujours en quête d’innovations visuelles et esthétiques, Michel Ocelot suit les aventures mouvementées d’une fillette Noire à la Belle Époque avec un travail pictural en hommage aux tableaux de maîtres. On le connaît bien, Michel Ocelot. C’est le septuagénaire qui nous a offert quelques-uns des plus beaux films d’animation français : Kirikou et la sorcière, Azur et Asmar, Princes et princesses… C’est celui qui n’a eu de cesse de renouveler en permanence son cinéma, explorant de nouveaux horizons esthétiques. Kirikou et la sorcière témoignait le premier de sa formidable capacité de jouer avec la géométrie des espaces et la profondeur des décors dans lesquels il fait évoluer ses personnages. Dans Azur et Asmar, Ocelot joue de textures et de couleurs dans une esthétique irréprochable. Dans Princes et princesses, c’est la beauté des profils et des ombres qu’il fait surgir aux yeux des spectateurs par l’utilisation du papier découpé. Dilili à Paris réserve aussi son lot d’autoréférences, de surprises et d’innovations. Nous sommes dans le Paris de la Belle Époque. Tout semble aller pour le mieux. Enfin pas tout à fait pour Michel Ocelot. Quelque chose le gêne dans cette « belle époque » : il n’y a que des Blancs et, comme en témoigne la séquence d’ouverture du film, le racisme est omniprésent puisque les Noirs sont exhibés au public dans le cadre de musées anthropologiques. Pourtant, lorsque Dilili ouvre la bouche, force est de reconnaître que certains parisiens identitaires et nationalistes peuvent aller se rhabiller, comme le découvre Orel, jeune conducteur de triporteur : « Toi comprendre moi ? » lui demande-t-il. Et Dilili de lui répondre par l’affirmative avec une syntaxe parfaite. Rien d’étonnant à cela puisqu’elle a eu Louise Michel comme professeure (sans blague). Mais sa condition de Noire ne lui a jamais permis de vivre en petite fille libre, aussi intelligente soit-elle. Dilili rêve de découvrir Paris, Orel décide donc de lui faire visiter la ville à l’aide de son triporteur. Une complicité joyeuse, pleine d’humour et de tendresse, va naître et grandir entre ces deux-là. En réunissant à l’écran un adolescent issu des classes populaires et une petite fille noire, Ocelot, comme à son habitude, transcende les tensions culturelles pour les réunir dans leur diversité et leur communauté. Les classes sociales se rencontrent et se mélangent : voir la complicité entre Dilili et la cantatrice Emma Calvé. Des hommes remplis de préjugés finissent par revoir leur jugement vis-à-vis des personnes de couleur, comme Lebœuf, le chauffeur d’Emma Calvé. Mais Dilili à Paris se veut également un film féministe, à l’heure où les débats s’enchaînent sur la cause des femmes, les questions de harcèlement sexuel et de violences conjugales. En effet, quelque part dans les égouts de Paris se trame un terrifiant complot : des petites filles sont enlevées pour servir le terrible dessein d’une bande de suprématistes masculins : les Mâles-Maîtres. N’écoutant que son courage, son audace et son culot, Dilili décide de mener l’enquête, aidée par Orel, Emma Calvé et bien d’autres. C’est que Michel Ocelot met en scène son film à une époque où le machisme et le patriarcat dominaient le paysage sociétal, renvoyant par là-même aux thèmes et à l’esthétique du cinéma classique français – celui de Jean Renoir et de Marcel Carné –, plantant une étoile au milieu d’un réel dont les violences et les inégalités se parent de beaux habits, de voitures confortables et de vastes appartements. En grand innovateur, Ocelot surprend une fois encore, les plans de Dilili à Paris étant composés à la fois de dessins originaux et de véritables photographies en prises de vues réelles, qui rappellent au spectateur que le cinéma est fondamentalement un art de lumières, d’images, de montage et de trucages. Il y a fort à parier que ce road trip policier, techniquement très maîtrisé et teinté de poésie et d’humanité, sera considéré, à juste titre, comme le film d’animation événement de ce début d’automne. Avoir-alire

De Pierre Salvadori avec Adèle Haenel, Pio Marmai, Audrey Tautou, Vincent Elbaz, Damien Bonnard
Comédie - France - 2018 - - 01h50

EN LIBERTE !

Yvonne jeune inspectrice de police, découvre que son mari, le capitaine Santi, héros local tombé au combat, n’était pas le flic courageux et intègre qu’elle croyait mais un véritable ripou. Déterminée à réparer les torts commis par ce dernier, elle va croiser le chemin d’Antoine injustement incarcéré par Santi pendant huit longues années. Une rencontre inattendue et folle qui va dynamiter leurs vies à tous les deux.

Allez, monsieur Salvadori, encore une ! Le spectateur est comme le petit garçon d’Yvonne, jeune inspectrice de police impétueuse : il aime qu’on lui raconte des histoires. Et plus elles sont à dormir debout, mieux c’est. Celle que raconte Yvonne est toujours focalisée sur le défunt papa (Vincent Elbaz), un flic héroïque. Les images de son récit défilent à l’écran. On voit le père qui explose la porte d’un appartement, s’engouffre à l’intérieur le magnum au poing, neutralise un à un les méchants avec une dextérité et une force digne de Mel Gibson ou de Belmondo. Un ­polar standard ? Plutôt une caricature volontaire de film d’action musclé, rehaussée d’humour. Dans la vraie vie, c’est moins drôle : le père est mort en grand professionnel. On a érigé une statue (d’un mauvais goût irrésistible) à sa mémoire, face au port. Sa veuve l’a mauvaise. Mais le pire l’attend : elle apprend accidentellement que son mari était en fait un ripou doublé d’un salaud, qui s’est débrouillé pour qu’Antoine, un joaillier (Pio Marmaï, déchaîné), porte le chapeau dans l’une de ses combines et aille en prison. L’idée forte, c’est qu’Yvonne, abasourdie d’avoir été dupée et rongée par la culpabilité, se met en tête de retrouver le bel innocent, qui sort tout juste de prison. Celui-ci parle tout seul et semble bien dérangé. En le prenant en filature, la flic découvre qu’il peut vite dérailler et se transformer en bête enragée. Comme une sorte d’ange gardien, elle fait tout pour l’aider, mais rien ne se passe comme prévu. Leur rencontre provoque une cascade d’épisodes aussi farfelus que rocambolesques, dans un grand cafouillis maison entre vérité et mensonge. Le chassé-croisé, ébouriffant, concerne quatre personnages, qui ne savent plus qui ils sont, qui ils aiment. A côté de l’inspectrice, feu follet très burlesque (Adèle Haenel, lumineuse comme jamais, même quand elle pleure), et du repris de ­justice, il faut aussi compter avec un autre flic, distrait et affectueux ­(Damien Bonnard), et une bien-aimée, fébrile et lucide, profondément altruiste (Audrey Tautou). Comment être une mère à la hauteur ? Comment dépasser le stade de victime ? Comment réenchanter le couple ? Les enjeux sont multiples, mais la pagaille est telle qu’elle mène à des échanges aberrants. Quand, par exemple, Antoine confesse à Yvonne : « Je voulais me tuer. » Elle, du tac au tac : « C’est vrai ? Vous ne dites pas ça pour me faire plaisir ? » Riche de situations délicieusement absurdes, le film se distingue surtout par la haute qualité de ses dialogues poétiques, qui fusent. Pierre Salvadori met en scène la quête de l’instant parfait — magnifique séquence que celle des retrouvailles dans le jardin, où la compagne d’Antoine, déstabilisée parce qu’il est sorti de prison plus tôt que prévu, lui demande de revenir en arrière et de refaire le trajet. Tout le film prône un art d’aimer, qui passe par l’artifice, le travestissement, le plaisir de la déclaration étoffée. En ce sens, c’est une comédie romantique par excellence. Nul miel pour autant. C’est même amusant de constater à quel point le film est masochiste et sadique. Entre les corps menottés, les gifles et l’oreille arrachée, l’épaule démise qui fait horriblement mal, le tueur en série tout penaud qui trimballe avec lui les têtes de ses victimes dans des sacs plastique, Salvadori nous gâte. On a d’ailleurs droit à une séquence de braquage anthologique dans une bijouterie, avec tenue SM et vocodeur déformant les voix… Mené tambour battant, En liberté ! nous fouette comme un alcool fort, en ayant une vertu magique que ne recèlent ni le cognac ni la vodka. Celle de nous tendre un miroir sur ce que nous sommes : des spectateurs toujours assoiffés d’émotions. Télérama
Les Vagamondes, Rencontre

De Mani Haghighi avec Hasan Ma'juni, Leila Hatami, Leili Rashidi, Parinaz Izadyar, Ali Bagheri, Mina Jafarzade, Siyamak Ansari, Ali Mosaffa, Aynaz Azarhoosh
Comédie - Iran - 2018 - VOST - 01h47

Pig

Un mystérieux serial killer s'attaque aux cinéastes les plus adulés de Téhéran. Hasan Kasmai, un réalisateur iranien, est étrangement épargné. Censuré depuis des mois, lâché par son actrice fétiche, il est aussi la cible des réseaux sociaux. Vexé, au bord de la crise de nerfs, il veut comprendre à tout prix pourquoi le tueur ne s'en prend pas à lui.. et cherche, par tous les moyens, à attirer son attention.

Rencontre avec Leili Rashidi, actrice, le lundi 14 janvier à 20h30, en partenariat avec le festival Les Vagamondes, proposé par La Filature - Scène nationale

Comédie grinçante sur le milieu du cinéma iranien, le film de Mani Haghighi met l’accent sur la paranoïa qui règne dans une société étouffante. Après l’inégal mais original Valley of Stars (2016), Mani Haghighi confirme avec Pig son statut d’agitateur au sein du cinéma iranien. Ses films sont marqués par une fantaisie, un humour noir et une dimension onirique assez éloignés de la veine néoréaliste dont Abbas Kiarostami fut le maître. Il fut d’ailleurs proche de ce dernier, auteur du scénario de son second long métrage (Men at Work, 2006), avant que les deux hommes ne se fâchent définitivement après Modest Reception (2012), film vaguement inspiré du tournage de Et la vie continue, qui avait fortement déplu au mentor. Cette querelle en dit beaucoup sur le caractère iconoclaste des mises en abymes et références ironiques qui constituent une grande part du cinéma de Haghighi. Serial killer. De ce point de vue, il est dans Pig plus direct et trublion que jamais. Son protagoniste est un cinéaste censuré depuis des mois, jaloux de son actrice fétiche, cible des réseaux sociaux, se sentant méprisé et délaissé de toutes parts. Lorsqu’un serial killer se met à décapiter un à un ses collègues réalisateurs, il en vient à considérer le fait d’être épargné comme une preuve de son manque de reconnaissance, jusqu’à envier le prestige des victimes. La satire du petit monde du cinéma, centrée sur un alter ego bourru (l’excellent Hasan Ma’juni) peut d’abord faire songer au Nanni Moretti de Sogni d’Oro. L’insolence est d’autant plus grande que les cinéastes assassinés - Ebrahim Hatamikia, Hamid Nematollah, Rakhshan Bani-Etemad - existent réellement et représentent des courants politiques et esthétiques très différents en Iran. Ayant l’honnêteté d’aller jusqu’à l’auto-ironie, Haghighi imagine même son propre meurtre et son enterrement dans une scène qui ne l’épargne pas. Immaturité. Mais au-delà du milieu du cinéma, Haghighi dépeint surtout, en creux et avec une noirceur de plus en plus grande, jusqu’à une dernière partie cauchemardesque, une société étouffant dans la paranoïa généralisée. Les réseaux sociaux érigés en tribunaux populaires, le pouvoir de la police secrète et la radicalité d’un tueur sentencieux et coupeur de têtes - où l’on peut aisément reconnaître le visage masqué de tous les fondamentalismes -, sont mis sur un même plan : celui d’une violence anonyme, désincarnée, niant la liberté individuelle au nom de valeurs supérieures. Sous son humour acerbe, Pig est donc chargé d’une angoisse profonde quant à la possibilité de créer dans un monde qui surveille et condamne toute insoumission aux esthétiques et morales imposées. Que le titre même de son film - «porc», en français - ait été perçu comme une provocation par la censure de son pays résume assez la gravité sur laquelle s’élève cette fantaisie. Le film est parfois surchargé, imparfait, mais si Haghighi semble se lâcher un peu trop, jusqu’au mauvais goût, c’est précisément pour jouer avec ce qui lui semble le plus menacé. Non pas l’esprit de sérieux, la pose artiste, le détachement du poète (tout ce qu’incarne un cinéaste que le protagoniste considère comme son ennemi intime), récupérables par tout régime politique, mais bien le lâcher-prise, la provocation punk, l’immaturité assumée. Tant que l’on pourra jouer à fond de la guitare électrique au milieu de lumières fluos en arborant un tee-shirt de Black Sabbath, tout n’est peut-être pas perdu. Libération
Les Vagamondes

De Soheil Beiraghi avec Baran Kosari, Amir Jadidi, Sahar Dolatshahi, Leili Rashidi, Hoda Zeinolabedin
Drame - Iran - 2018 - VOST - 01h28

La Permission

D’après une histoire vraie. Afrooz est la capitaine de l’équipe féminine de futsal en Iran. Après 11 ans de travail acharné, son rêve devient réalité : l’Iran est en finale de la Coupe d’Asie des nations. Mais au moment d’embarquer pour la Malaisie, elle apprend que son mari lui interdit de sortir du territoire. En Iran, une femme doit obtenir l’autorisation de son mari pour pouvoir voyager. Afrooz doit alors réussir à convaincre son mari de la laisser partir, par tous les moyens…

Brunch iranien le dimanche 13 janvier après la séance de 11h = 8 euros sur réservation au 03 89 60 48 99 / cinebelair@wanadoo.fr avant le 11 janvier

Les limites des droits des femmes s’exposent dans un film poignant, magnifiquement réalisé, qui rappelle qu’il y a encore beaucoup à faire pour l’égalité homme-femme Quel merveilleux pays que la France, et quel modèle d’égalité homme-femme ! Le droit de vote en 1944, celui de travailler et d’avoir un compte bancaire personnel sans l’autorisation du mari en 1965, le principe du "à travail égal, salaire égal en 1972, loi sur la parité en 2000… Que d’avancées qui datent finalement d’hier, ce qu’il faudra se rabâcher comme un mantra au cas où des jugements faciles viendraient ternir la découverte d’un des rares films iraniens proposés sur nos écrans. Car l’une des premières choses que nous apprend La Permission, c’est précisément que nous ne savons rien de l’Iran, et encore moins du Proche-Orient ! Alors que nos rares connaissances sur ces pays nous sont dictées par les médias, et donc par ce qu’ils veulent bien nous raconter, nos regards d’Occidentaux s’apercevront tout de suite qu’à force de ne rien savoir, on finit par tout mélanger. L’on pourra donc s’étonner que les femmes aient toujours eu le droit de conduire en Iran (et pas en Arabie-Saoudite comme on en a tant parlé), que le divorce y est autorisé et que les femmes peuvent pratiquer un sport et même être appelées en équipe nationale (mais pas accéder aux stades lors des matchs de leurs homologues masculins). Une fois ces moments d’étonnement malvenus mais révélateurs sur notre ignorance de cette culture passé, on pourra enfin s’intéresser au scénario, tiré d’une histoire vraie qui a fait grand bruit, au point de dépasser les frontières iraniennes. En 2015, l’équipe nationale féminine iranienne de futsal devait participer au premier championnat de la Confédération asiatique en Malaisie. L’une des stars de l’équipe, la milieu de terrain Niloufar Ardalani, n’a pas pu participer à la compétition car son mari, Mehdi Toutounchi, par ailleurs présentateur connu de la chaîne iranienne des sports, ne lui a pas donnée l’autorisation de quitter le pays. En effet, en République islamique d’Iran, les femmes mariées ne peuvent voyager qu’avec la permission écrite de leurs maris. Bien décidée à se défendre et prenant les réseaux sociaux et tout son pays à témoin, Niloufar Ardalani a alors tout tenté pour le faire changer d’avis, traînant l’affaire en justice et révélant par la même occasion, que ce soit aux médias iraniens comme à ceux du monde entier, les limites des droits des femmes dans une société où la loi est du côté des hommes. La Permission, titre révélateur car il évoque l’infantilisation des femmes qui ne peuvent décider par elles-mêmes, révèle le contraste d’un pays moderne, ultra-connecté et tourné vers l’avenir, mais qui repose malgré tout sur des lois inégalitaires. Portrait d’une femme forte et volontaire qui a décidé de se battre pour défendre ses droits, le film se fait le témoin des vents contraires qui agitent l’Iran, entre la modernité en marche et des traditions qui tirent la société toujours plus en arrière. Récit d’une confrontation entre un époux et sa femme, entre la sacro-sainte loi et la très différente vie quotidienne, ce second film du réalisateur Soheil Beiraghi fait partie de ces productions intelligentes car impartiales, qui cherchent à montrer, à expliquer plutôt qu’à orienter. Sa caméra suit les personnages dans leur intimité, révélant la différence entre cette liberté que nous avons tous dans notre petit intérieur et le masque que nous devons porter à l’extérieur ; cet environnement hostile où il faut faire bonne figure, respecter des lois qui ne nous protègent pas, en cherchant toujours un moyen ingénieux d’être libre autrement. Présenté à l’heure des mouvements #MeToo et #Time’s Up, le film prend des accents universels lorsque le personnage interprété par Baran Kosari se heurte à un ennemi inattendu : l’habitude. Et un profond sentiment de résignation. Confrontée à la justice, au manque de solidarité entre femmes et finalement à des mécanismes mentaux datant de plusieurs millénaires, elle personnifie les perdantes des sociétés patriarcales, là où le personnage du mari incarne le grand gagnant. Personnage ambivalent, coupable de savoir la loi de son côté et d’en profiter, l’époux est insupportable dans cela qu’il est sûr de son bon droit. Sachant dès sa naissance qu’il peut limiter le droit des femmes (pire, de sa femme) en lui donnant ou pas la permission de voyager et de demander le divorce, pour ne citer que ces droits-là, c’est sa tranquillité qui tranche avec l’angoisse de sa partenaire. Ce décalage de ton apporte un côté thriller à un film qui a eu le mérite de relancer le débat sur les limites des droits des femmes en Iran, et les abus qui en découlent. En 2018, des députés ont ainsi proposé d’assouplir la loi pour les femmes ayant une carrière sportive, artistique ou politique. La vraie Niloufar Ardalani a peut-être perdu une bataille, mais elle a lancé ses compatriotes sur le chemin de la guerre. C’est aussi ça le cinéma. Avoir-alire
Les Vagamondes, Avant-Première

De Cagla Zencirci, Guillaume Giovanetti avec Damla Sönmez, Erkan Kolçak Köstendil, Emin Gürsoy, Elit Iscan, Gülcin Kultur, Sevval Tezcan, Meral Çetinkaya
Drame - Turquie/Allemagne/France/Luxembourg - 2018 - VOST - 01h35

Sibel

Sibel, 25 ans, vit avec son père et sa sœur dans un village isolé des montagnes de la mer noire en Turquie. Elle est muette, mais peut communiquer grâce à la langue sifflée ancestrale de la région. Rejetée par les autres habitants, Sibel traque sans relâche un loup censé rôder dans la forêt voisine et qui est l’objet de fantasmes et de craintes chez les femmes du village. C’est lors d’une de ses traques que sa route croise celle d’un fugitif. Blessé, menaçant et vulnérable, il pose, pour la première fois, un regard neuf sur elle.

Portrait touchant d'une femme libre qui ne cède pas aux compromis. Le duo Çağla Zencirci-Guillaume Giovanetti est cette année en compétition à Locarno avec Sibel [+], un film puissant aux atmosphères mystérieuses, quasiment mystiques. Comme les réalisateurs le disent eux-mêmes, c'est la première fois qu'ils abordent la narration en la faisant porter par une actrice professionnelle (la bouleversante Damla Sönmez). Le résultat est touchant et lumineux, comme Sibel elle-même. L'héroïne de Sibel est une jeune femme muette qui habite avec son père et sa sœur dans un village de montagne isolé qui domine la Mer Noire. Elle réussit à s'exprimer grâce au langage sifflé, un moyen de communication ancestral qui retranscrit à travers les sons toutes les syllabes de la langue turque. Tenue à l'écart par les habitants du village, qui la considèrent comme une citoyenne de seconde classe, elle décide de chasser un loup mystérieux qui rôde dans la forêt avoisinante et qui est devenu le cauchemard des femmes du coin, qui n'osent plus aventurer en dehors de la commune. Tandis qu'elle inspecte les bois, à la recherche de la créature, elle rencontre un fugitif. Blessé, sans forces, vulnérable, ce personnage mystérieux représente pour elle quelque chose de différent qu'elle recherchait depuis longtemps, un souffle d'air frais qui la transporte loin des règles suffocantes imposées par la société patriarcale dans laquelle elle vit. Dans la lignée de leurs films précédents, Noor (2014) et Ningen (2015), Çağla Zencirci et Guillaume Giovanetti continuent dans ce film d'explorer l'âme humaine en plaçant au centre de leur récit un personnage intense qui les a marqués. Dans le cas de Sibel, l'inspiration vient d'une femme rencontrée par hasard à Kusköy, un village du nord de la Turquie avant tout connu surtout pour utiliser encore le langage sifflé. Cette femme est devenue pour eux une sorte de guide vers un monde secret et ancestral dominé par ses règles propres. Comme l'a dit l'actrice principale, dans le village où vit Sibel, les femmes ne peuvent pas avoir leurs propres rêves. Les hommes les ont pour elles, et décident de leur destin comme l'existence des femmes leur appartenait. Sibel est la seule qui, aux yeux de cette société patriarcale, ne se rapporte à aucun stéréotype "féminin". Ce n'est pas quelqu'un qui récite une vie qu'on lui a dictée : elle vit vraiment, point. Cette rebellion aux apparences silencieuses devient, grâce à sa rencontre avec le fugitif, un cri primordial. L'histoire de cette jeune Jeanne d'Arc contemporaine est universelle, de même que le message qui accompagne les images majestueuses de la nature qui entoure le village. Lutter pour une vie digne d'être vécue, une vie libre, sans se préoccuper du jugement des autres : voilà ce que veut notre héroïne. Çağla Zencirci et Guillaume Giovanetti nous font réfléchir ici à qui est vraiment l'outsider, l'étranger dans une société où tout est contrôlé dans le moindre détail, une société lisse comme une pierre qu'on aurait trop polie. Et si la révolution naissait justement des cendres d'un feu qu'on croyait avoir dompté ? Sibel en est la preuve. CinEuropa
Les Vagamondes, Rencontre

De Stéphane Breton
Documentaire - France - 2017 - VOST - 01h20

Filles du feu

Elles ont à peine 20 ans et affrontent l'État Islamique au Kurdistan syrien. Dans cette région du monde où l'homme marche devant et la femme derrière, le fait qu'elles aient pris les armes au côtés de leurs frères revêt une signification extraordinaire. Leurs foulards de couleurs, leur calme et leur courage ont fait le tour du monde. À contrepied des flux catodiques d'images de guerres, Stéphane Breton filme leur quotidien dans un monde en ruine, l'attente et les veillées d'armes autour du souvenirs des disparus. Ce sont les combattantes kurdes, les Filles du feu.

Rencontre avec Hülya Turan sur la place des femmes dans la société kurde le dimanche 20 janvier à 17h

Il devient commun de dire que l’on ne sort pas indemne de certains films, et pourtant il arrive parfois que cela ne soit pas un vague sentiment mais une traînée de poudre qui nous ravage. Stéphane Breton filme les pas et les regards de combattantes kurdes devenues « un peuple en armes » et nous oblige à transformer notre rapport au temps et à l’histoire. L’information a bombardé le regard. Elle l’a épuisé. On a lyophilisé les discours, comme on a banni la profondeur de champ. Entre les mains, un écran au format imposé proche du « carnet de chèques », comme l’évoque Jean-Luc Godard, encellule le monde et on croit le voir. On absorbe de la donnée. Sans arrêt. Le temps se globalise. Et on pense pouvoir regarder Méduse en face ? Et tiens, la guerre. Pourtant, si le reflet est trop fort, on ne s’insurge qu’en émoticônes. On expulse ainsi la pulsion de mort et nos dégoûts. L’ailleurs s’est rétréci à vue d’œil. Sa promesse s’assombrit et pour l’instant nous en sommes orphelins. Des films-poèmes Dans ce trouble de l’imaginaire, ces immersions sans chair, cette temporalité sans écart, les films de Stéphane Breton brutalisent l’effort d’une société à se rêver unidimensionnelle. Ces « films-poèmes » écrivent les cieux et les paysages de ceux qui trop souvent ne restent que des ombres dans un temps qui n’est pas à l’exploitation. Il n’investit pas un sujet mais un temps « autre », où l’homme vit dans une intermittence hors des « temps modernes ». Il filme un « là-bas » oublié puisque sans rendements, où la mélancolie n’est pas un état dépressif mais le chant de ceux qui ne se résignent pas. Le cinéaste échappe à une névrose propre aux documentaires, où une absence d’intrigue permet de capter le monde sans contrainte et où dans le même temps elle fragilise et interdit presque la possibilité de « faire une place à l’être » autre que celle du symptôme. Victime de préférence. Il tente au contraire un geste inversé ou, pour reprendre la remarque de José Ortega y Gasset, les préférences affectives, les sentiments, les nécessités deviennent les instruments inévitables de la contemplation de ce monde. Les souvenirs fracassent le présent Filles du feu n’est pas la chronique d’une guerre. C’est sa « poétique ». Tout est aride. Tout est en larmes. Pendant les premières minutes, on marche sur un pays de cendres derrière une de ces héroïnes kurdes. Elle est de dos, son arme en bandoulière, elle ne se retourne pas, le cinéaste se transforme en un miroir qui ne choisit pas ce qu’il reflète, qui observe et témoigne en voyageur d’une traversée que rien n’altère. Il reste à distance, et cette distance n’est cruelle que par la vérité qu’elle permet de voir. Sur cette terre de combat, on meurt. On suit ces jeunes femmes devenues soldats dans les vestiges d’un immeuble, le squelette de leur enfance perdue, elles se souviennent, devant les cicatrices des murs, de leurs amis tombés, de ce que fut leur vie. Les souvenirs fracassent le présent l’espace d’une minute. Dans l’encadrement d’une fenêtre fantôme, le visage et la voix prononcent d’un même rythme ce que l’on pourrait appeler un « chant des morts ». Le cœur des ruines bat aussi. La dernière scène suggère une danse. Les armes se distribuent, personne ne tremble, on comprend qu’une bataille se prépare, une confiance commune entoure une jeune combattante, elle dirige cette opération en une chorégraphie d’où semblent s’échapper les mots de Reverdy : « L’amour la liberté dans le ciel trop vide/Sur la terre gercée de douleurs/Un visage éclaire et réchauffe les choses dures. » L'Humanité
Film précédé du court métrage : Une longue nuit de Kamiran Betasi (14’)
Rencontre

De Erich von Stroheim avec Rudolph Christians, Miss DuPont, Maude George, Erich von Stroheim, Mae Busch
Drame - Etats-Unis - 1922 - MUET - 02h10

Folies de femmes

Le faux comte Karamzin est un Don Juan qui vit d'escroqueries avec deux fausses princesses à Monte-Carlo où il a dû s'exiler. Cet homme et ses deux complices sont recherchés par la police. Le faux comte va prendre dans un milieu noble qui n'est pas le sien tout ce qu'il peut : la femme de l'ambassadeur américain, la femme de chambre et la fille du faux monnayeur. Mais la chance va tourner....

Rencontre avec Daniel Lemler, psychanalyste, le vendredi 11 janvier à 19h30

Daniel Lemler est psychiatre et psychanalyste, praticien attaché aux hôpitaux universitaires de Strasbourg, chargé d’enseignement à l’université de Strasbourg. Il est aussi président du Groupement des études psychanalytiques de la Fedepsy. Il intervient régulièrement dans le champ médical, entre autre comme consultant dans un service d’aide médicale à la procréation et leader d’un groupe Balint. Il est également président de l’association «Les mémoires vivantes de la Shoah». Il a publié l’ouvrage «Répondre de sa parole, l’engagement du psychanalyste» en 2011 aux éditions Ères.

Rencontre

De Bruno Sauvard avec Laurence Manya Krief, Stéphane Morin, Jean-François Nicq, Jean Sébastien Gioan, Michaël Georget, Olivier Cros, Sylvain Respaut, Alain Castex
Documentaire - France - 2018 - - 01h30

Wine Calling

Un peu partout en France et plus particulièrement en Occitanie, de joyeux rebelles ont investi nos terroirs pour inventer le vin qu'ils aiment : naturel et sans artifice. Bien plus qu'un vin bio, c'est un vin d'émotion et de réaction, un vin qu'aucun label ne régit, un vin libre. Wine Calling part à la rencontre de ces nouveaux vignerons qui réinventent notre rapport au vivant.

Rencontre avec Bruno Sauvard, réalisateur, le samedi 12 janvier à 20h en partenariat avec le RECIT

Un documentaire de bon cru auprès des pionniers du vin nature en Occitanie, accompagné de la musique des vignes. En exergue, une citation riche de sens : « Les globules rouges transportent l’oxygène, les globules blancs protègent l’organisme. Les globules rosés, je ne sais pas. » L’aphorisme un peu vacillant est signé Jean Carmet. Formule liquide qui se jette cul sec au fond du gosier. Le trait d’humour est lancé et le documentaire de Bruno Sauvard ne manquera pas ­d’humeurs qui se hument. Le propos s’en allège, mais sur fond de choses aussi ­sérieuses que les utopies concrètes, manières de vivre et façons de faire. Les producteurs de vins nature qu’il a visités en terres et terroirs d’Occitanie nous sont présentés au travail. Action, expérimentation, et la dialectique qui casse les barriques des jus plus ou moins frelatés du marché. Ceux qui ont vu le reportage de Jonathan Nossiter Mondovino ­savent ce qu’il en est de la manipulation des goûts et des couleurs. Dans les vastes paysages des Albères, depuis une quinzaine d’années, des femmes et des hommes ont décidé de se placer en rupture et pratiquent une contre-agriculture qui puise ses forces dans la terre. Ce qu’elle donne volontiers. Ce qu’il faut d’amour et de peine pour en faire œuvre de création. Pas de filtres ni de sulfites, des levures indigènes présentes naturellement dans le sol, et si possible la grâce pour obtenir des vins à surprises dont nulle maîtrise appliquée ne bride les effervescences. Les défauts s’expriment, les joies aussi. Un impératif, la transparence. D’une parcelle à l’autre, d’un viticulteur à ses voisins comparses et commensaux, la solidarité, l’entraide active dessinent une géographie d’énergies. Selon le réalisateur, c’est le terreau d’une contre-culture équivalant à celle qui vit le punk culbuter le rock. En préservant les plus puissants de ses arômes. La bande-son s’accorde. Les mets aussi dans quelques établissements choisis sur harmoniques. Des riffs de guitare trinquent, coudes levés. Laurence, Olivier, Jean-Sébastien, Stéphane, Jean-François, Céline et Michaël, Loïc… autant d’origines et de variétés de variables. L’une a été cadre d’entreprise, un autre photographe ou encore sommelier, ouvrier. Le vin nature leur a changé la vie. « Domaine du possible », du « Temps retrouvé », cuvée « Octobre rouge » ou « Rock Deluxe », ils s’efforcent de former une chaîne éthique qui puisse rejoindre amateurs et cavistes entrepreneurs de bonnes causes, restaurateurs soucieux de restaurer la confiance. À l’aube encore mêlée de lune, le pas d’un cheval de labour réveille le temps. L'Humanité
Rencontre

De Florent Vassault
Documentaire - France - 2017 - VOST - 01h24

Lindy Lou, jurée n°2

Il y a plus de 20 ans, Lindy Lou a été appelée pour faire partie d’un jury. Depuis, la culpabilité la ronge. Sa rédemption passera-t-elle par ce voyage qu’elle entame aujourd’hui à travers le Mississippi, dans le but de confronter son expérience à celle des 11 autres jurés avec lesquels elle a condamné un homme à mort ?

 Rencontre le vendredi 18 janvier à 20h avec Amnesty International et Ensemble contre la peine de mort

Aux États-Unis, le cinéaste Florent Vassault donne jour à la parole d’une femme hantée par la culpabilité de s’être prononcée pour la peine capitale lors d’un procès il y a plus de vingt ans. Une femme et une adolescente échangent au bord d’un lac. La proximité, l’aisance des postures annoncent un duo mère-fille. L’air est paisible. Le dialogue chargé d’ombres. La mère, Lindy Lou Isonhood, faisait partie, en 1994, des jurés qui condamnèrent à mort un meurtrier, Bobby Wilcher. À la jeune fille qui affirme que « la peine était méritée », la mère rétorque « qu’une fois décédé, on ne ressent plus grand-chose ». Le propos n’a rien de banal si on l’arrime au véritable traumatisme vécu par Lindy Lou. À l’issue du procès, une première phase d’incapacité à reprendre pied dans l’existence ordinaire sans comprendre les causes de son profond malaise. Un silence imposé. Dans cet État du Mississippi, blanc, conservateur, religieux au point d’inscrire sa géographie dans celle que l’on nomme la « Bible Belt » (ceinture de la Bible). Lindy Lou, très croyante, électrice républicaine, a élaboré ses croyances depuis ce terreau. La peine de mort comme acte de justice y figure sans le moindre doute. Lors de la sélection des jurés, on lui avait demandé si elle se sentait capable de prononcer une telle sentence. Elle avait retourné une acceptation sans ambages. Puis il a fallu juger un homme, condamner un homme. En conscience. Elle se remémore l’horreur qui la tenaillait au moment du verdict Depuis sa véranda, Lindy Lou prend contact avec les autres membres du jury. Le sujet est ainsi posé. L’histoire, pour elle, ne s’est pas close. Partir à la rencontre de femmes et d’hommes confrontés à la même décision lui permettra, espère-t-elle, « d’éroder le rocher » qui pèse sur sa vie depuis si longtemps. Le sens profond ne lui apparaîtra vraiment qu’en fin de parcours, en fin de film. Le cinéaste Florent Vassault s’est attaché au plus près de la trajectoire géographique et réflexive de Lindy Lou. Entre deux étapes dans l’habitacle de sa voiture, dans une chambre d’hôtel, elle confie ses sentiments en une boucle évolutive qui ressuscite un passé tourmenté. Bobby Wilcher a été exécuté en 2006. Lindy Lou, qui n’avait pu s’empêcher de lui rendre visite, s’était liée avec lui d’une forte amitié. L’homme y lisait un amour que par compassion elle n’a pas voulu dénier. Famille et entourage de Lindy Lou la submergent d’incompréhension. Bobby Wilcher avait tué deux femmes. Les lois du Mississippi n’autorisent pas la perpétuité réelle. La peine de mort s’est alors imposée. Pour certains. Lindy Lou avait rencontré les avocats, le directeur de la prison. Aussi terribles soient ses crimes, elle avait considéré la défense de l’accusé lamentable. On la retrouve à l’époque actuelle dans le tribunal de Jackson, on ne peut plus vide et calme au regard des moments d’immense terreur intérieure qu’elle y a vécus. Entre les boiseries luisantes, elle peine visiblement à indiquer les places des différents protagonistes. Elle se remémore l’horreur qui la tenaillait lorsque alignés debout devant le juge, les membres du jury doivent un à un confirmer le verdict. Ce oui d’il y a plusieurs décennies n’a cessé de résonner dans son cœur. Et l’envie de fuir en courant. Le souvenir vient collisionner le courage dont elle fait preuve sous nos yeux. Lindy Lou, d’une rencontre à l’autre, ne se sent plus « seule sur sa branche ». D’autres jurés ont souffert. L’un s’est replié sur une dépression. Une autre, en sursis d’un cancer, confère maintenant à la vie un prix qui lui interdirait son vote passé. Pete évoque des souvenirs flous, amorphe devant les questions cruciales qui lui sont posées. En aparté Lindy Lou s’indigne de « ces Américains égocentriques, superficiels et autocentrés ». On apprendra qu’elle a servi dans l’armée, dans les forces de police. Le port d’armes lui est familier. Mais après sa visite des locaux où se tiennent les exécutions capitales, la table, les sangles, les entraves aux chevilles du prisonnier, elle ne possède qu’un mot, « inhumain ». L’expérimentation est pudique et bouleversante. Florent Vassault lui ménage de parlants plans fixes, des silences habités. Quand dans l’une des familles retrouvées, une adolescente affirme que jamais elle ne se prononcerait pour la peine de mort, le sourire de Lindy Lou s’étire d’une fine victoire. La traversée est accomplie. L'Humanité
Les Jeudis de l'Architecture, Rencontre

De Zouhair Chebbale
Documentaire - France - 2007 - - 01h00

BZ 420 DETRUIRE DISENT-ILS

Rencontre avec Zouhair Chebbale, réalisateur, le 10 janvier à 20h suivie d’un verre offert par la Maison Européenne d’architecture

Film précédé du court métrage : Brabcock, une histoire ouvrière de Sami Lorentz et Audrey Espinasse (11’)

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