Films du mois

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  • Légendes des pictos :
  • Séance suivie d'une rencontre |
  • Sous-titrage sourds et malentendants |
  • VF Version française |
  • Séance précédée ou suivie d'un repas
Sortie nationale

De Кантемир Балагов avec Talha Akdogan, Barry Keoghan, Riley Keough, Harry Melling, Jaliyah Richards, Monica Bellucci, Zaramok Bachok, Michael Kupisk, Princesstorm Woody, Chloe Leigh King, Barry Varoqua
Drame - France/Etats-unis - 2026 - VOST - 1h42

Butterfly Jam

Dans le New Jersey, un adolescent de 16 ans surnommé « Pyteh » partage son temps entre les tapis de lutte et le petit restaurant tcherkesse de sa famille, au bord de la faillite. Mais une décision impulsive de son père, éternel opportuniste, vient bouleverser sa trajectoire — façonnant peu à peu un récit de fierté, d’héritage et de masculinité.

Pour son troisième film, présenté en ouverture de la Quinzaine des cinéastes, le réalisateur russe Kantemir Balagov (« Tesnota », « Une grande fille ») s’installe aux Etats-Unis pour filmer sa propre communauté exilée. Et oscille brillamment entre le réalisme magique et le drame familial. En 2017, il avait 26 ans et pris tout le monde de court. Kantemir Balagov présentait Tesnota, son premier film, au Festival de Cannes, dans la sélection Un certain regard. Bilan : une révélation et un prix FIPRESCI. Après Une grande fille en 2019, voici ce natif de Naltchik, petite ville du Caucase qui abrite la communauté tcherkesse, de retour en ouverture de la Quinzaine des cinéastes. Entre les deux, Balagov, opposé à l’invasion de l’Ukraine, s’est réfugié aux États-Unis, et il raconte précisément cela, l’exil dans le New Jersey – difficile de ne pas penser aux débuts de James Gray et les Ukrainiens de Little Odessa. Un jeune lutteur, Temir, vit avec Azik et Zalya, qui tiennent un petit restaurant. Leurs liens exacts sont flous et il est beau de les découvrir pour relire alors leur tendresse ou leur rugosité à l’aune de ce que l’on ne soupçonnait pas. Le vol d’un pélican fait basculer l’équilibre fragile du groupe, comme un lutteur retournerait son adversaire. Butterfly Jam parle des dynamiques qui s’inversent subitement et des jeunes générations qui rompent avec la violence des précédentes. À la beauté des lumières et la virtuosité des cadrages s’ajoute un scénario d’une précision remarquable, dans lequel tout est rappelé pour de magnifiques pas de côté – une machine à barbe à papa, des alarmes de voiture. Et Kantemir Balagov de rappeler surtout que les légendes qu’on invente servent moins à célébrer les morts qu’à aider les vivants à survivre. Trois Couleurs
Sortie nationale

De Valentina Maurel avec Daniela Marín Navarro, Marina de Tavira, Mariangel Villegas, Reinaldo Amien Gutiérrez
Drame - Belgique/France/Mexique/Costa Rica - 2026 - VOST - 1h45

Ton animal maternel

De retour au Costa Rica après des études en Europe, Elsa retrouve sa petite sœur Amalia, seule dans la maison familiale. De plus en plus insaisissable, celle-ci semble enfermée dans des croyances ésotériques. Elsa essaie d’alerter leurs parents, mais ni le père, trop occupé par ses nouvelles conquêtes, ni la mère, absorbée par la réédition des poèmes érotiques de sa jeunesse, ne semblent prendre la mesure de la situation. Le retour d’Elsa engage les trois femmes à interroger leur lien indéfectible.

Les films qui traitent des relations maternelles sont nombreux. Or, Ton animal maternel prend le parti de dérouler le sujet dans un contexte des plus mystérieux. En effet, dans cette famille, la mère vit seule dans un appartement pour écrire, la fille ainée est à peine de retour de Belgique, le père est séparé, et la plus jeune sœur habite seule une maison qu’elle a condamnée pour empêcher la femme de ménage de rentrer. Bref, cette famille pour le moins particulière vit dans une sorte de bulle où elle cultive l’isolement, au point que la plus jeune des filles semble atteinte d’un mal qui ressemble à la schizophrénie. on animal maternel est un film costaricain. La réalisatrice assume un choix narratif qui va à l’encontre de ce qu’on imagine du cinéma latin. On échappe ainsi aux poncifs sur la nature ou la condition sociale pour aller à la rencontre d’une famille bourgeoise, recomposée, qui entretient entre ses membres des relations particulières. Le film s’attache surtout à décrire le comportement de mise en danger de la jeune sœur qui attire dans la maison où elle vit des SDF avec leur armée de chiens, et surtout est confrontée à des visions ésotériques de plus en plus inquiétantes. Elsa, qui revient d’Europe où elle fait ses études, ne parvient ni à la raisonner, ni à faire prendre conscience à ses parents de la gravité des choses. Ces derniers privilégient pour l’une son grand retour en littérature et pour l’autre ses conquêtes amoureuses. Valentina Maurel, la réalisatrice costaricaine cite jamais directement la question de la maladie psychiatrique, à l’exception d’un échange en voiture où la mère refuse catégoriquement de recourir à un psychiatre. Pourtant, c’est bien de cela dont le long-métrage parle. Le récit cultive l’ambiguïté d’un impensé social où l’on préfère admettre que les fantômes rentrent dans les maisons plutôt que d’enfermer les personnes dans un hôpital. Et c’est tout l’enjeu de cette exploration d’un univers familial en recomposition. On pressent l’implication émotionnelle très forte de la réalisatrice qui oblige à prendre son temps sur cette crise familiale permanente. Voici un long métrage où l’on ne pleure pas à longueur de temps et qui permet de regarder le Costa Rica autrement que dans ses acceptions normatives.

De Damien Hauser avec Shandra Apondi, IBRAHIM JOSEPH, Samson Waithaka, Michael Garama, Damien Hauser, Luisa Wolf, Newton Ronnoh
Science-Fiction Drame - Suisse/Kenya - 2025 - VOST - 1h19

Memory of Princess Mumbi

En 2094, l'aspirant réalisateur Kuve filme un documentaire sur la Grande Guerre des années 2070, qui a effacé les technologies modernes et fait renaître les royaumes. S'attendant au désespoir à Umata, il y trouve des villageois vivant en paix. Il y rencontre l'actrice Mumbi, qui révèle la beauté des moments quotidiens. Le film se déroule à travers d'anciennes séquences tournées par Kuve dans les coulisses, montrant comment les gens trouvent un sens à un monde tragique et comment même les plus petits moments peuvent être d'une profonde beauté.

Le cinéma passionne les spectateurs, mais aussi ceux qui le fabriquent. Dans la suite de Bertrand Tavernier et bien d’autres cinéastes, Damien Hauser s’aventure, non sans audace, dans une fable futuriste sur son amour du septième art. Entre le documentaire, récit imaginaire et clip musical, Memory of Princess Mumbi déroule un projet de tournage de film, confronté aux aléas de l’amour, des tourments du monde et des imprévus liés à la production. On n’est pas loin de penser que ce premier long-métrage est pétri d’influences très personnelles, issues du parcours, sans doute laborieux, du cinéaste lui-même, avant qu’il ne puisse réaliser et diffuser propre son film. Si la question du cinéma traverse toute l’histoire, elle est nourrie par le portrait quasi transcendantal d’une actrice, cette fameuse Princesse Mumbi, qui, à elle seule, synthétise l’image de nombreuses comédiennes hollywoodiennes, les ravages du pouvoir en Afrique ainsi que le pouvoir de suggestion du désir et de la beauté. Memory of Princess Mumbi est peut-être l’un des films les plus originaux de la rentrée 2026. Le spectateur ressent l’influence de la Nouvelle Vague, agrémentée d’images générées par l’intelligence artificielle qui confèrent au récit une dimension supplémentaire. La poésie traverse toute la fable, avec une Afrique devenue légion, où la richesse des lieux de vie et des espaces côtoie les survivances de modes de vie traditionnels, ou du moins un retour aux traditions. En permanence, qu’il s’agisse de musique ou de cinéma, Damien Hauser renvoie à l’année 2020, signe peut-être que le continent africain, encore timide dans l’exportation de son cinéma, deviendra une terre majeure de création, dès lors qu’il se sera défait des scories de ses dictatures folles. Le style inqualifiable de ce film n’hésite pas à emprunter le trait critique, pour ne pas dire sarcastique, contre l’hégémonie des puissants, le patriarcat d’un autre temps, tout en se plaisant à dérouler une langue poétique, très féconde en recherches esthétiques. Les acteurs qui peuplent ce récit sont inconnus du grand public. Et pourtant, ils dégagent une lumière qui illumine l’écran et laisse présager une longue carrière. La Kényane Shandra Apondi, qui interprète la Princesse Mumbi, apporte au film une présence remarquable et donne corps à ce conte futuriste. Elle incarne avec une émotion très contenue la grâce d’une comédienne, hantée par le poids des traditions, et dont le cinéma semble la véritable issue pour donner un sens supérieur à son existence. Elle n’en rajoute jamais dans l’outrance sexuelle ou corporelle, face aux acteurs masculins qui, eux, caricaturent, non sans joie, la beauté au masculin. Le héros principal justifie, par exemple, le port d’une feuille sur sa joue par un accident qui l’aurait défiguré, avant de devenir une star mondiale adulée. L’ironie n’est jamais loin dans le discours de Damien Hauser. Le réalisateur suisse connaît bien l’univers audiovisuel de la publicité. Il s’en moque avec délectation dans des images grandiloquentes, excessives, où les couleurs, les effets visuels l’emportent sur le contenu. Dans certaines scènes, on pense à des péplums qui ont fait les grandes heures du cinéma hollywoodien. Et si, nous dit en substance le cinéaste, l’Afrique devenait, après une guerre mondiale tragique, le lieu du renouveau du cinéma, voire même le moteur de l’économie mondiale ? Il brouille les pistes et abandonne son spectateur qui trouvera dans cette suite d’images, toutes aussi belles les unes que les autres, des questionnements qui lui seront personnels. Car Memory of Princess Mumbi donne volontairement beaucoup d’espace à l’imagination des spectateurs. On se sent parfois emporté dans un tableau surréaliste de Dalí, où chacun peut trouver la signification qui lui convient. Mais en même temps, Damien Hauser pose une question grave : que va devenir le cinéma à l’heure où l’IA pourrait, sans complexe, détrôner la créativité des artistes, remplacer les comédiens par des figurines fictives et faire disparaître un grand nombre de métiers au service de la création cinématographique ? à Voir à Lire
Film précédé du court métrage : Une activité humaine de Quentin Montant (7')
Rencontre

De Anat Even
Documentaire - France - 2026 - VOST - 1h18

Collapse (Face à Gaza)

Peu après le 7 octobre 2023, Anat retourne dans ce qui était autrefois sa maison. Elle erre et filme pendant plus de deux ans dans ce kibboutz incendié et sur des terres agricoles transformées en machines de destruction. Au-delà de la clôture, Gaza est anéantie.

Rencontre avec Georges Yoram Federmann, psychiatre et Bassel Haidar de la Passerelle des Talents. En partenariat avec l'AFPS et la Ligue des Droits de l'Homme.

Nir Oz fut l’un des territoires les plus touchés par les attaques terroristes du 7 octobre 2023. En cette journée tragique, le petit kibboutz situé à quelques mètres de la bande de Gaza a vu quarante et un des siens assassinés et quatre-vingt-deux autres enlevés (1) par les miliciens du Hamas. L’artiste et cinéaste Anat Even a vécu plusieurs années à Nir Oz et son retour sur les lieux suppliciés de sa jeunesse, quasi déserts à l’exception de quelques militaires, compose d’abord un tombeau poignant pour ses amis disparus. Mais, au-delà de l’effondrement exprimé par le titre anglais de son nouveau film, Collapse s’affirme, aussi, comme un documentaire de résistance à l’indifférence face à l’horreur et à la politique de vengeance sans merci du gouvernement israélien d’extrême droite. Autocritique La réalisatrice, qui parle d’« un désastre sans fin », donne ainsi lecture, en voix off, au témoignage glaçant d’un jeune médecin gazaoui sur le chaos orchestré par Tsahal. Elle s’approche aussi, avec courage, de la frontière gardée par des soldats israéliens souvent hostiles. Et intègre à son travail sa propre critique en ponctuant le récit par ses échanges épistolaires avec son ami Ariel Cypel, installé en France depuis quarante ans, un militant pro-Palestiniens, comme elle, mais plus radical dans sa dénonciation de l’État hébreu — il considère que les kibboutz, même dirigés par des progressistes comme l’était Nir Oz, sont l’emblème du colonialisme israélien. L’ancien directeur du théâtre parisien Confluences pointe notamment l’impasse de parler de Gaza sans y être présent. Anat Even répond en substance qu’elle fait de son mieux. Et c’est déjà beaucoup. De formidables moments de cinéma Collapse contient ainsi de grands moments de réel saisis sur le vif, comme ce meeting de colons qui affirment au grand jour leur volonté de « chasser les rats » pour « judaïser » Gaza. Ou cette visite au pas de charge du Premier ministre Benyamin Netanyahou à Nir Oz sous les huées d’un opposant qui l’accuse d’être un « destructeur d’Israël ». Ce documentaire, qui stimule la pensée, offre aussi de formidables moments de cinéma. Il y a ces vues saisissantes de véhicules agricoles qui récoltent des carottes alors que la fumée des bombardements israéliens se devine au loin ; ces plans très larges sur Gaza, par-delà les barbelés, où la guerre ne se voit pas mais s’entend, le bruit assourdi des explosions se mélangeant au chant paniqué des oiseaux. Il y a, enfin, cette image à peine croyable d’un paon qui chemine en majesté dans le kibboutz dévasté, comme un symbole du sentiment de toute-puissance d’Israël et de son armée…Télérama
Sortie nationale / Avant-Première , Rencontre

De Louis Clichy avec Gary Clichy, Rod Paradot, Dimitri Colas, Aurélie Vassort, Brune Moulin, Alexandre Astier, Jean-Pascal Zadi
Animation - France - 2026 - VF - 1h20

Le Corset

Dans une ferme au cœur de la Beauce, Christophe, 11 ans, règle ses pas sur ceux de son père. Mais à l’école, à la maison, sur le tracteur, Christophe penche... et tombe. Il est obligé de porter un corset pour filer droit. Tandis que la ferme traverse des moments difficiles, Christophe grandit comme il peut. Il découvre la musique et fait la rencontre de Clara, avec qui tout semble devenir possible.

Prix spécial du Jury Un certain regard Cannes 2026, Prix du Jury et Prix du Public Annecy 2026

Avant-première le 11 octobre à 17h15 en compagnie de Valentin Stoll et Polina Gladkova du studio Amopix. En partenariat avec le RECIT.

"Tu parles d’un attirail !". C’est un corset métallique Milwaukee, l’engonçant jusqu’à la mentonnière et lui valant moult sarcasmes à l’école ("Robocop") et un véritable isolement, que Christophe doit désormais porter 24 heures sur 24. Un vrai boulet que le garçon (enfant de choeur à ses heures) supporte très mal, physiquement et psychologiquement, mais qui lui ouvre néanmoins une issue de secours inattendue : devenir le tourneur de pages de Michel, le bienveillant organiste de l’église de Neuvy-en-Beauce. Une échappatoire lui apportant une nouvelle manière de voir le monde et qui se transforme au fil de temps en un apprentissage approfondi de la musique, alors que l’absence totale de communication avec son père (dont la ferme, très endettée, est sur le fil du rasoir, à la merci du résultat de la moisson) atteint des sommets. Et puis, dans le quotidien de Christophe, à l’aube de ses 13 ans, il y a maintenant une étoile filante, Clara, qui fait battre son cœur… Et secrètement, le garçon s’est aussi découvert une sorte de super-pouvoir… Mais dans la vie, a-t-on toujours le choix ? Maîtrisant magistralement le tempo de son récit (un scénario écrit avec Franck Salomé) qui file droit et à vitesse constante, bien concentré sur son protagoniste, Louis Clichy met en scène un film savoureux, émouvant comme Le Requiem de Gabriel Fauré qui jouera son rôle dans l’intrigue et drôle comme peut l’être parfois l’entrée maladroite dans l’adolescence. Mais Le Corset déploie surtout, grâce à la pureté très simple de son animation, une fantastique poésie céleste et terrienne du réel, ce qui ne l’empêche pas de traiter par petites touches de sérieux sujets (la vocation, l’épée de Damoclès de la rentabilité agricole, les expérimentations sur les semences, les manœuvres des coopératives agricoles, les liens paternels et filiaux, la vie rurale avec ses vélos et ses arrêts de bus, etc.). Un ensemble de thématiques propices à la tristesse, mais que le cinéaste aborde avec tant de douceur empathique qu’il ouvre un horizon de lévitation à toutes les avanies. CinEuropa
Ciné-relax

De Steven Spielberg avec Ansel Elgort, Rachel Zegler, Ariana DeBose, David Alvarez, Mike Faist
Comédie Musical - Etats-Unis - 2021 - VF - 2h36

West Side Story

Dans les années 1950, deux bandes de jeunes s'affrontent pour le contrôle d'un quartier défavorisé de l'Upper West Side en pleine gentrification. Il y d'un côté les immigrés portoricains des Sharks, dirigés par Bernardo et de l'autre les Américains des Jets, avec Riff à leur tête. Récemment sorti de prison, Tony, lié aux Jets, en a marre de cette violence quotidienne. Il préfère travailler dans la boutique de Valentina, veuve de Doc. Un jour, lors d'une soirée dansante au lycée, Tony tombe sous le charme de María, la sœur de Bernardo. Cependant, du fait de leur appartenance à ces bandes opposées, il s’agit d’un amour impossible.

Pour le plaisir d’aller enfin au cinéma sans craindre d’être rejetés », c’est ce que propose l’association Culture-relax, parrainée par Sandrine Bonnaire. Des séances de cinéma tout public, aménagées pour les rendre accessibles à des personnes exclues des loisirs culturels à cause d’un comportement parfois inattendu.

Entrée 5,50€.

Ce nouveau West Side Story est un pari fou, magnifiquement exécuté. Animé d'une passion et d'une excitation qui traversent l'écran, Steven Spielberg livre un de ses longs-métrages les plus sincères, qui n'aura aucun mal à s'imposer parmi les meilleurs films de sa carrière. Ecran large
Rencontre

De Nicolas Silhol avec Céline Sallette, Lambert Wilson, Stéphane De Groodt, Violaine Fumeau, Alice de Lencquesaing
Thriller Drame - France - 2016 - VF - 1h35

Corporate

Émilie Tesson-Hansen est une jeune et brillante responsable des Ressources Humaines, une « killeuse ». Suite à un drame dans son entreprise, une enquête est ouverte. Elle se retrouve en première ligne. Elle doit faire face à la pression de l’inspectrice du travail, mais aussi à sa hiérarchie qui menace de se retourner contre elle. Émilie est bien décidée à sauver sa peau. Jusqu’où restera-t-elle corporate ?

Rencontre avec Emilie Lelong et Aurélie Krieg, psychologues du travail de Santé au travail 68.

Emilie Tesson-Hansen (Céline Sallette) est une « tueuse », elle en est fière, c’est même pour cela qu’elle a été embauchée comme responsable des ressources humaines par le fringant PDG Stéphane Froncart (Lambert Wilson). S’il l’a recrutée, c’est pour se débarrasser de certains cadres de l’entreprise, trop vieux, pas assez performants, en les poussant à la dépression, donc à la démission. Jusqu’au jour où l’un des cadres qu’elle a mis sur la touche se suicide sur son lieu de travail. La veille, il avait, une fois de plus, désespérément cherché à lui parler, mais elle avait fait la sourde oreille. Lorsqu’une enquête est ouverte par une inspectrice du travail zélée, Émilie est prévenue par sa hiérarchie : dans l’intérêt de la boîte, elle doit faire bonne figure, rester « corporate ». De toute manière, elle n’a rien à se reprocher… Voilà un premier film qui tombe à pic. Alors que les thèmes du burn-out et du stress au travail s’invitent dans la campagne présidentielle, ce thriller psychologique, précis, tendu, décortique les mécanismes du « management par la terreur », de plus en plus en vigueur. Dans un décor sans âme où le stress et l’intimidation sont palpables, Nicolas Silhol privilégie le facteur humain en la (belle) personne de l’inspectrice du travail (Violaine Fumeau), sorte de cow-boy moderne, en lutte contre une rentabilité inhumaine. Héroïne de Hitchcock contemporaine Mais le personnage pivot est bien sûr Émilie : au-delà du film dossier à la Yves Boisset, Corporate est un magnifique portrait de femme, actrice consentante, et même active d’un système qui lui promet une carrière toujours plus brillante. Constamment dans le contrôle avec son chemisier de rechange et son déodorant pour rester impeccable, elle paraît aussi inébranlable que les baies vitrées des bureaux où se reflète son profil parfait. C’est cette carapace en train de se fendre que filme le réalisateur. Et cette question qui affleure dans les yeux de glace d’Émilie : moi qui suis forte, à quel moment suis-je devenue un monstre ? En creux, il en pose une autre, plus générale : jusqu’à quelles extrémités une femme doit-elle aller pour s’imposer dans un monde d’hommes ? Dans ce rôle, Céline Sallette est remarquable. Dans le contrôle, elle aussi, loin de sa fougue habituelle, elle évoque une héroïne de Hitchcock contemporaine : le feu sous la glace néolibérale. Et chacun de ses regards, de plus en plus apeurés, est un indice de son réveil progressif. Une nuit, alors qu’elle mime un entretien d’embauche avec son mari, la « tueuse » se lance soudain dans un monologue qui trahit son effarement devant ce qu’elle est, ce qu’on la force à être. Particulièrement dans cette séquence, Corporate est un film important. Marquant. Télérama
Lancement projet Cinéma Bel Air

Cinéma Bel Air, Conseil d'administration, Bénévoles, spectateurs...
Aventure - France - 2026 -

UN NOUVEAU CINÉMA ART ET ESSAI À VENIR. ET SI C’ÉTAIT VRAI ?

Nous, l’Association du Cinéma Bel Air, vous invitons à une soirée de lancement autour d’un projet qui nous tient à cœur : la création d’un cinéma art et essai de 3 salles, pensé comme un véritable lieu culturel, ouvert à tous et dédié à la découverte, au partage et à la rencontre. Ce moment sera l’occasion de rendre public notre projet, d’en présenter les grandes lignes, les ambitions et le sens de la démarche. Mais surtout, il marquera l’entame d’une nouvelle étape, celle du lancement d’une campagne de financement participatif (en VOST : Crowdfunding).

Cette soirée sera un premier rendez-vous pour informer, échanger, recueillir vos idées et fédérer celles et ceux qui souhaitent voir émerger ce projet.

Présentation du projet, projection suivie d'un moment partagé autour d'un verre.

Le mercredi 14 octobre à 20h. ENTRÉE LIBRE

Lancement projet Cinéma Bel Air

De Bertrand Usclat, Martin Darondeau avec Pauline Clément, Julien Frison, Laurent Stocker
Comédie - France - 2026 - VF - 1h15

De la Comédie-Française

Dans 3 heures, Nina dévoile sa première mise en scène à la Comédie-Française. Mais dans l’agitation des dernières répétitions, rien ne se passe comme prévu : retards, coups de stress, problèmes techniques et problèmes d’égo secouent la troupe. Pourtant, Nina n’a pas d’autre choix que d’aller jusqu’au bout car s’il y a bien une règle d’or à la Comédie-Française, c’est qu’on n’annule pas. Commence alors une course contre la montre pour sauver la représentation.

Le mercredi 14 octobre à 20h. ENTRÉE LIBRE

Tous les acteurs font partie de la Comédie Française. Cela tombe plutôt bien car cette comédie très originale se passe exactement dans le mythique théâtre de la place Colette à Paris. On est à quelques heures de la première d’une représentation de Shakespeare, un peu en miroir à l’unité de temps et de lieu si chère au théâtre classique. La metteuse en scène est sous pression car les contretemps et les épreuves s’accumulent, au risque de l’empêcher de jouer la pièce. De la Comédie-Française est moins un exercice comique qu’une véritable immersion dans l’univers très fermé de l’institution. Les comédiens se prêtent avec beaucoup de joie à cette farce pleine d’ironie qui égratigne avec tendresse les professionnels du célèbre théâtre, il est vrai bien protégés par leur statut. Chacun en rajoute dans les traits de son personnage, avec un goût certain de l’emphase, pour ne pas dire de l’hystérie. On est certes au cinéma, mais au cœur même de la Maison de Molière : il ne faut pas s’étonner que les acteurs jouent avec une théâtralité assumée. Même Molière fait son apparition, pour le plaisir des spectateurs, rappelant au passage que le mythique théâtre a été le siège de la contestation politique sous Louis XIV, le dramaturge se jouant des codes sociaux de l’époque. La comédienne principale, Pauline Clément, a contribué à l’écriture du film. Cela se ressent : elle connaît tous les recoins de l’institution et tous les ressorts propices aux quiproquos comme au rire. Les deux cinéastes, Martin Darondeau et Bertrand Usclat, précisent dans le générique, non sans une pointe de sarcasme, qu’ils ne sont pas issus du sérail de la Comédie-Française, là où tous les acteurs, sans exception, en font partie. On découvre combien le jeu entre les planches et le devant d’une caméra obéit à des règles très particulières. À ce titre, les comédiens font la démonstration de leur talent en s’adaptant avec une remarquable aisance à toutes les formes de mise en scène. D’une certaine manière, Martin Darondeau et Bertrand Usclat dénoncent en filigrane les conditions actuelles de la création en France. Une ministre de la Culture, qui n’est pas sans rappeler une récente femme politique, apparaît en véritable oiseau de mauvais augure pour annoncer la baisse des subventions. Alors, que dire des nombreuses petites troupes qui, partout en France, survivent déjà difficilement de leurs créations si la Comédie-Française elle-même voit ses subsides diminuer ? Le poids des normes est également critiqué par les cinéastes à travers le personnage du régisseur en chef, sans cesse contraint dans ses initiatives par des réglementations en tout genre. De la Comédie-Française met en valeur le patrimoine français. Le théâtre est extrêmement bien filmé et bien cadré, permettant aux spectateurs qui n’ont jamais eu la chance d’y entrer de découvrir la beauté et la noblesse du lieu. Les appareils mis à disposition sur chaque scène pourraient faire pâlir de jalousie la plupart des théâtres français. En tout cas, le film rappelle le rôle essentiel de la Comédie-Française dans la transmission et la défense de la tradition théâtrale française depuis des décennies. À l’heure où la judiciarisation semble l’emporter sur le débat raisonné, De la Comédie-Française prend le risque de montrer une grande dame du théâtre français fumant du shit et jubilant à se perdre dans les lieux, sous l’influence du produit illicite. Quoi de mieux qu’une comédie pour célébrer ce lieu mythique où Molière, jusqu’à son dernier souffle, ne manqua jamais une seule représentation ? à Voir à Lire
De l'Art à l'Écran

De Gilles Bourdos avec Michel Bouquet, Christa Théret, Vincent Rottiers, Thomas Doret, Romane Bohringer
Drame - France - 2012 - VF - 1h51

Renoir

1915. Sur la Côte d’Azur. Au crépuscule de sa vie, Auguste Renoir est éprouvé par la perte de son épouse, les douleurs du grand âge, et les mauvaises nouvelles venues du front : son fils Jean est blessé… Mais une jeune fille, Andrée, apparue dans sa vie comme un miracle, va insuffler au vieil homme une énergie qu’il n’attendait plus. Éclatante de vitalité, rayonnante de beauté, Andrée sera le dernier modèle du peintre, sa source de jouvence. Lorsque Jean, revenu blessé de la guerre, vient passer sa convalescence dans la maison familiale, il découvre à son tour, fasciné, celle qui est devenue l’astre roux de la galaxie Renoir. Et dans cet éden Méditerranéen, Jean, malgré l’opposition ronchonne du vieux peintre, va aimer celle qui, animée par une volonté désordonnée, insaisissable, fera de lui, jeune officier velléitaire et bancal, un apprenti cinéaste…

Catherine Koenig, historienne de l’art, présente, avec érudition et gourmandise, l’artiste, et contextualise son oeuvre en introduction à la projection. 

En cette année 1915, la propriété d’Auguste Renoir, cloué sur sa chaise roulante, ressemble à un huis clos à ciel ouvert, destiné à repousser deux dangers : la mort et cette guerre qui, déjà, a éloigné de lui deux de ses fils. Un jour, une jeune femme y pénètre, qui séduit le vieux peintre par « le velouté de sa peau de jeune fille », sa rousseur, ses seins. Il ne peut plus se passer d’elle… Le cinéaste multiplie les mouvements de caméra, que leur élégance et leur fluidité rendent presque invisibles. Le jour, il filme un gynécée lumineux où des femmes de tous âges se dévouent pour permettre à l’artiste de poursuivre son œuvre. La nuit, un lieu de cauchemar où un vieil homme hurle de douleur… On suit, aussi, les efforts d’Andrée (Christa Théret, érotique, splendide) pour convaincre le fils du peintre, venu soigner une blessure de guerre, de devenir réalisateur. Après la guerre, sous le nom de Catherine Hessling, elle sera l’interprète des premiers films de Jean, d’Une vie sans joie à La Petite Marchande d’allumettes…Télérama

Divers

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Nous te donnons rendez-vous, le jeudi 15 octobre de 18h à 19h30, dans ton Cinéma.

Préservons le vivant !, Rencontre

De Éliane de Latour
Documentaire - France - 2025 - VF - 1h42

Animus Femina

Ours, loups, bouquetins, bisons…sous un soleil d'hiver. Un rêve ancien reprend souffle avec 4 femmes qui tentent de réparer les liens rompus entre humains, animaux et territoires.

Rencontre avec notre partenaire, Le Moulin Nature de Lutterbach.

Des quatre personnages qu'Eliane de Latour nous donne à voir dans son documentaire "Animus Femina", trois font l’objet d’une attention particulière, partageant toutes le même constat : l’être humain n’est souvent plus capable que de déranger les espèces animales, et non plus de vivre en harmonie ou bonne entente avec elles. Placé de manière théorique par lui-même au sommet d’une hiérarchie supposée du vivant, il suffira de quelques séquences pour illustrer les conséquences néfastes de certains de ses comportements : chasse (le passage saisissant où Marie-Pierre Puech montre une succession de radiographies mettant en évidence la présence de multiples plombs...), loisirs (les photos des quads venant envahir une forêt jusque là tranquille des Asturies…), rénovation du bâti (le constat de la désertion des nids de martinets ou hirondelles dans un village…) ou encore tourisme indécent (le dessin animé illustrant le coup de fil de Sara Labrousse au Monde, pour dénoncer le parcours d’un brise glace à 38 000 euros la cabine, et les sorties en zodiac pour s’approcher des manchots et phoques…). Mais au lieu de s'étendre sur le négatif, c'est avant tout sur la réparation d'un lien qui était autrefois plus évident, que s'attarde ce passionnant documentaire. Dans une alternance non systématique entre les travaux ou modes de vie des quatre femmes, sont mis en avant les efforts surhumains de France Génieux pour ramener de la nourriture à certains animaux (sa jument, de nombreux chats...) comme sa révolte connectée face à des atteintes à l'environnement, les dons d'observatrices de Sara Labrousse en Antarctique ou dans la Vallée des merveilles comme sa capacité à sensibiliser des enfants, ou encore les diagnostics et manipulations respectueuses de Marie-Pierre Puech comme son investissement dans le retour de la nature sur certains terrains. Quant aux dessins et objets d'Isis Olivier, ils viennent saisir la beauté d'espèces que l'on sait menacées. En forme de message visant à retrouver un contact avec une nature qui ne demande qu'à coexister, "Animus Femina" est accompagné au début comme en conclusion par la voix de sa réalisatrice, et pointe la persistance d'une capacité à agir pour protéger. Abus de Ciné
Les RDV d'ATTAC et de la LDH, Rencontre

De Daniel Kupferstein avec Pierre Vidal-Naquet, Jean-Luc Einaudi
Documentaire - France - 2001 - VF - 54min

Dissimulation d'un massacre

Les 17 et 18 octobre 1961, lors d'une manifestation non-violente contre le couvre-feu qui leur était imposé, des dizaines d'Algériens étaient assassinés à Paris par des fonctionnaires de police aux ordres de leurs supérieurs. Depuis quarante ans, ce crime a été occulté ; pourtant, ces événements, les plus meurtriers sur le sol de France depuis la deuxième guerre mondiale, ressemblent, par certains aspects, aux heures les plus sombres de la collaboration. Pourquoi cette histoire a-t-elle été dissimulée ? Dans quelles conditions, au nom de quelles raisons, des responsables d'un État démocratique ont-ils caché l'ampleur et la gravité de tels événements ?

Rencontre avec ATTAC et la Ligue des Droits de l'Homme.

Les RDV d'ATTAC et de la LDH, Rencontre

De Daniel Kupferstein
Documentaire - France - 2014 - VF - 1h30

LES BALLES DU 14 JUILLET 1953

Le 14 juillet 1953, un drame terrible s’est déroulé en plein Paris. Au moment de la dislocation d’une manifestation en l’honneur de la Révolution Française, la police parisienne a chargé un cortège de manifestants algériens. Sept personnes (6 Algériens et un Français) ont été tuées et une centaine de manifestants ont été blessés et plus de quarante par balles. Un vrai carnage.Cette histoire est quasiment inconnue. Pratiquement personne n’est au courant de son existence. Comme si une page d’histoire avait été déchirée et mise à la poubelle. En France comme en Algérie. Ce film, est l’histoire d’une longue enquête contre l’amnésie.

Rencontre avec le réalisateur, Daniel Kupferstein. Séance animée par ATTAC et la Ligue des Droits de l'Homme.

De Éric Summer, Éric Warin avec Elle Fanning, Dane DeHaan, Nat Wolff, Carly Rae Jepsen, Maddie Ziegler
Animation - France/Canada - 2016 - VF - 1h30

Ballerina

Félicie est une jeune orpheline bretonne qui n’a qu’une passion : la danse. Avec son meilleur ami Victor qui aimerait devenir un grand inventeur, ils mettent au point un plan rocambolesque pour s’échapper de l’Orphelinat, direction Paris, ville lumière et sa Tour Eiffel en construction ! Félicie devra se battre comme jamais, se dépasser et apprendre de ses erreurs pour réaliser son rêve le plus fou : devenir danseuse étoile à l’Opéra de Paris…

Très rythmé, truffé de courses-poursuites palpitantes, ce film met en scène une héroïne attachante. Les vues de Paris sont très belles, comme les paysages bretons et les décors de l'opéra. Le Parisien

De Samantha Cutler, Jeroen Jaspaert avec Sophie Okonedo, Jessie Buckley, Domhnall Gleeson, Rob Brydon, Doon Mackichan, Rasmus Hardiker, Clive Rowe, Beth Butterfield
Animation - Royaume-Uni - 2025 - VF - 44min

Un amour d'épouvantail

Betty Delorge et Harry Fortepaille, deux épouvantails très amoureux, rêvent d'un mariage inoubliable. Tout semble prêt pour le grand jour… jusqu'à ce que Harry parte chercher une dernière chose indispensable à la célébration : des fleurs roses. Pendant son absence, Réginald Dufoin, un épouvantail malin et un peu trop sûr de lui, arrive avec des idées qui pourraient bien gâcher la fête.

Les courts métrages de ce programme se déroulent au coeur de la campagne, au milieu d’une ferme et de champs. (...) Extrêmement bien menés, l’action et le rythme du film en font un petit bijou d’animation. On jouit du contraste entre le graphisme d’inspiration cubique, la tonalité comique du film et la bande sonore musicale faite de morceaux grandiloquents du répertoire classique (Beethoven, Tchaïkovski, Rachmaninov, Chopin, etc.). Le sérieux de la musique, montée tout en rupture, participe du caractère comique du film. (...) Dans deux styles graphiques distincts, ces courts métrages proposent des récits champêtres pleins de tendresse où l’acceptation de la différence, l’entraide et l’amour l’emportent face aux vents mauvais. Benshi
Les Mardis de l'Architecture , Rencontre

De Stefano Santamato
Documentaire - Italie - 2024 - VOST - 1h02

BASILICO - MAITRE DES PAYSAGES URBAINS

Le documentaire retrace la carrière du photographe italien Gabriele Basilico (1944-2013). Après des études d’architecture, il crée une œuvre photographique de référence, centrée sur la ville, l’architecture et le paysage. Rencontre avec ce « collectionneur de villes », depuis ses reportages de jeunesse jusqu’à ses dernières œuvres dans les grandes métropoles

Temps d'échange avec Sarah Favrat, chargée de projet - Formats Urbains Architectes, en partenariat avec la Maison Européenne d’Architecture. Dans le cadre des Journées de l'Architecture.

Sortie nationale

De Marine Atlan avec Antonia Buresi, Colas Quignard, Suzanne Gerin, Mitia Capellier-Audat, Hadya Fofana
Comédie Dramatique - France - 2026 - VF - 2h25

La Gradiva

Un groupe de lycéens français part en voyage scolaire à Naples pour découvrir les ruines de Pompéi et ses corps pétrifiés par le Vésuve. C’est là que le vertige les saisit brutalement. L’un après l’autre, ils se laissent submerger par le désir et la colère jusqu’à s’y abandonner complètement.

Grand Prix de la Semaine de la critique Cannes 2026 - Film présélectionné pour les Oscars 2027

Quoi de mieux, pour capter l’essence d’une classe de lycéens, que de la filmer en plein voyage scolaire ? Souvent, les amitiés sont déjà formées ; les professeur·e·s, suffisamment présent·e·s pour imposer leur autorité, mais assez absent·e·s pour laisser les adolescent·e·s vivre de leur côté. Cheffe-op expérimentée mais nouvelle venue à la mise en scène, Marine Atlan l’a parfaitement compris avec La Gradiva. Ce choix judicieux s’inscrit dans une longue série d’idées inspirées qui témoignent autant de la vitalité du cinéma français que de celle des sélections parallèles du Festival de Cannes. Le premier exploit du film est de nous faire comprendre, presque instantanément, les dynamiques et les personnalités qui composent cette classe de lycéens. Nul besoin de dialogues explicatifs : nous prenons le train — littéralement — en marche et comprenons d’emblée que James et Tony sont les deux clowns du groupe, tandis que Suzanne en est la tête de turc. Le montage discontinu de l’œuvre offre à chacun·e un moment lui permettant d’exister pleinement. Loin de simples scénettes impressionnistes juxtaposées, chaque fragment participe à construire un tableau d’ensemble, nourrissant une représentation incarnée et naturaliste de la jeunesse contemporaine. Et quelle joie de retrouver des adolescent·e·s parlant comme des adolescent·e·s, sans caricature ni emphase forcée. Si l’image granuleuse de la pellicule rappelle constamment l’esthétisme du cinéma, la scène dans le train où Tony raconte l’histoire de sa grand-mère à son meilleur ami James et à un autre camarade semble presque relever du documentaire tant la parole circule librement et naturellement. La séquence continue d’exister même lorsque le train s’enfonce dans l’obscurité des tunnels et qu’il ne reste plus que les voix pour guider le récit de Tony. Au portrait social s’ajoute une dimension tragico-poétique. Si les adolescent·e·s ont encore besoin de croire en un idéal, iels ne sont déjà plus les enfants — âge que Marine Atlan observait dans son court métrage Les Amours vertes — encore épargnés par toute forme de fatalisme. Chez la cinéaste, notamment à travers le personnage de Tony, l’adolescence devient le rêve d’un ailleurs, d’un monde éloigné des difficultés familiales, des déceptions amoureuses ou des échecs scolaires. À la trajectoire mouvante du film s’oppose alors le décor figé de Pompéi. Ce musée à ciel ouvert sert de théâtre aux préoccupations des adolescent·e·s et, loin de les ridiculiser ou d’en minimiser l’importance, vient au contraire renforcer leur idéalisme. Simultanément, le lieu les confronte à une grande Histoire immobile, tandis que le film ne cesse, lui, de déployer leurs récits intimes. Cette coexistence de deux histoires constitue d’ailleurs la grande tragédie de Tony, qui se rêve membre d’une famille d’aristocrates italiens. L’un des premiers plans du film, dans lequel se déploie un jeu de regards qui se croisent et se télescopent, annonçait déjà ce tiraillement propre à l’adolescence : osciller entre fantasme, projection vers l’avenir et incapacité à inverser totalement les rôles, à prendre pleinement la place que l’on souhaiterait occuper dans la vie. Le Bleu du Miroir
Rencontre

De Jennifer Devoldère avec José Garcia, Joachim Arseguel, Aure Atika, Claire Dumas, Cédric Vieira, Nicolas Roussiau, Annaïg Briand, Tom Meusnier, Maxime de Toledo, Vittoria Scognamiglio, Daisy Miotello
Comédie Dramatique - France - 2024 - VF - 1h33

Le Panache

Colin, 14 ans, fait son entrée dans un nouveau collège et il flippe : comment s’en sortir quand, comme lui, on est bègue ? Sa rencontre avec Monsieur Devarseau, charismatique prof de français, va le pousser à affronter ses peurs et sortir de son isolement. Maintenant Colin a une bande de copains et un projet : monter sur scène pour jouer Cyrano devant toute l’école.

À l'occasion de la journée mondiale du bégaiement, rencontre avec Flavie Ott et Lucas Panigali délégués 68 de l'Association Parole Bégaiement.

Colin, 14 ans, est bègue. Un professeur de Français iconoclaste qui aime Cyrano de Bergerac va lui offrir une thérapie express… La réalisatrice Jennifer Devoldère avait déjà abordé le récit d’apprentissage avec Sage Homme (2023), en donnant à Karin Viard un bel emploi d’expérience dans le monde hospitalier. Cette fois, c’est dans le milieu scolaire que la recette est importée (un jeune perdu face à un enseignant insolent), avec moins d’originalité mais une tendresse incontestable, et Le Cercle des poètes disparus comme référence. Face à un casting adolescent joliment disparate, le talent naturel de José Garcia envahit l’espace. Pas un pic, ni une péninsule, donc, mais un film attachant, qui, grâce au charisme d’un grand comédien, finit par toucher. Télérama
Vous avez dit culte ?

De Ernst Lubitsch avec Carole Lombard, Jack Benny, Robert Stack, Felix Bressart, Lionel Atwill
Comédie - Etats-Unis - 1942 - VOST - 1h39

To Be or not to Be

En 1939, dans un théâtre de Varsovie, un jeune lieutenant aviateur quitte chaque soir sa place pour filer dans la loge de la belle Maria Tura, dès que Joseph Tura, le mari, attaque le grand monologue de Hamlet, « to be or not to be ». Mis dans la confidence, Tura accepte d’aider sa femme et le lieutenant dans sa délicate mission. Un agent nazi, le professeur Siletzky, a réussi à s’approprier la liste des familles des pilotes polonais cantonnés en Grande-Bretagne. Le lieutenant Sobinsky a pour mission d’intercepter cette liste avant qu’elle ne devienne une redoutable arme de chantage entre les mains de la Gestapo…

Juste avant, une troupe de théâtre repétait avec difficultés une pièce sur Hitler. Le metteur en scène reprochant à Bronski (Tom Dugan), qui incarne le dictateur, de ne pas être assez crédible, celui-ci était descendu dans la rue en uniforme pour vérifier. C’est le tout début d’une des comédies les plus culottées jamais tournées à Hollywood. En 1942, alors que la guerre bat encore son plein, elle montre des comédiens confrontés au nazis qui, entre-temps, ont envahi la Pologne, obligeant la troupe à abandonner leur pièce contemporaine pour reprendre le classique Hamlet. Le récit va tourner autour de cette troupe et de son couple vedette, les Tura, Maria et Joseph (Carole Lombard et Jack Benny), mariés à la ville. Un trouble est trouble causé par un jeune aviateur, Sobinski (Robert Stack), spectateur assidu de Madame. En effet, ce dernier se lève chaque soir en plein spectacle pour aller rejoindre Maria quand Joseph prononce la célèbre tirade : "To be or not to be" ! Mais le vaudeville prend une autre tournure quand Sobinski, lors d’une mission à Londres, découvre qu’un Polonais, le professeur Siletsky (Stanley Ridges), passé à l’ennemi, doit revenir en Pologne pour démanteler la résistance, avec la Gestapo. Sobinski et les comédiens, réutilisant les costumes de la pièce abandonnée, vont tout faire pour neutraliser le traître.S’ensuit une invraisemblable suite de quiproquos et de supercheries ponctués de bons mots, le tout sans aucun temps mort.Ernst Lubitsch, d’origine allemande, qui tourne à Hollywood depuis 1923, anti-nazi convaincu, n’hésite pas à ridiculiser les militaires allemands, alors que l’issue de la guerre est encore incertaine. En plus de cet aplomb, il propose un modèle du genre, la comédie parodique, où tout s’enchevêtre à merveille jusqu’à embrouiller le spectateur pour son plus grand plaisir au jeu du qui est qui. La séquence qui tourne autour d’une vraie/fausse moustache est à elle seule un véritable petit bijou de construction narrative. Le film fut tourné sans star, hormis Carole Lombard qui trouvait là son dernier rôle (elle disparut dans un accident d’avion le 16 janvier 1942, avant même la sortie du long métrage). To Be or Not to Be donne tout son sens à la notion de troupe, et rend hommage à plusieurs reprises aux comédiens de théâtre. Mais son plus grand mérite reste d’être l’un des films les plus anti-nazis tournés pendant la Seconde Guerre mondiale, en plus d’être une comédie exceptionnelle. Malheureusement, To Be or Not to Be ne connaîtra pas immédiatement le succès escompté, au point que Lubitsch est victime d’une crise cardiaque lors de la première. Une autre crise cardiaque l’emportera cinq ans plus tard, le 30 novembre 1947, à seulement 55 ans. À voir à Lire
Sortie nationale / Avant-Première

De Olivier Clert avec Charlie Rosenzweig, Zach Valentin-Dattas, Jessica Monceau, Quentin Faure, Keanu Peyran
Aventure Animation - France - 2026 - VF - 1h25

Le Mystère Lucy Lost

Lucy vit avec sa famille dans un village sur une petite île isolée. Ses dons extraordinaires suscitent le rejet des habitants. Lorsqu'elle rencontre Milly - une petite fille qu'elle seule peut voir - Lucy embarque dans une grande aventure pour percer le secret de ses mystérieux pouvoirs.

Avant-première le dimanche 25 octobre à 15h40.

Découvert en séance spéciale du Festival de Cannes et également présent côté compétition au Festival d’Annecy, le film d’animation "Lucy Lost" fut une des belles surprises de cette édition 2026. Doté d’une pointe de fantastique, l’intrigue, sur fond de Guerre Mondiale (le père de Milly est au front, Lucy a des visions avec un soldat ennemi…), tourne autour de la stigmatisation par des villageois d’une petite fille aux cheveux étrangement blancs pour son âge, les légendes locales sur de supposées sorcières n’arrangeant pas les choses. C’est aussi une histoire d’amitié entre deux gamines, ne sachant initialement pas très bien pourquoi l’une voit l’autre, alors qu’elles semblent vivre chacune d’un côté différent de l’Océan Atlantique. Un aspect fantastique qui a tendance à nimber l’histoire de Lucy de mystère, autour de sa supposée maladie, ses visions, qui ne se limitent pas à Milly, et ses élans soudains de liberté. Dans une animation soignée, aux aplats de couleurs soutenues, qui évoque entre autres l’esthétique des films de Miyazaki, Olivier Clert magnifie les paysages ventés de ces îles anglaises, dont les prairies paraissent mouvantes et les sables se traversent à cheval sur un filet d’eau, et imprime la rétine par le bleu d’un ciel pas toujours dégagé. Entre les singeries de Milly, la curiosité de la bande de gamins du village, dont fait partie le bienveillant frère de Lucy (Alfie), les plus petits auront de quoi s’amuser. Quant aux plus grands, ils apprécieront les variations graphiques adoptées, d’un noir et blanc aux ombres hachurées façon livre pop-up pour s’imaginer New York, à un cauchemar de noyade façon pastels grasses, en passant par du fusain noir et blanc pour découvrir un visage caché, ou un flash-back décisif aux couleurs ocres éteintes. Doté d’un solide scénario, adapté d'un roman de Michael Morpurgo (Listen to the Moon), dont "Cheval de Guerre" et "Le Royaume de Kensuké" ont déjà été portés à l'écran, espérons que cette histoire d’exclusion annoncée trouvera un bel échos au delà du jeune public. Abus de ciné
Les RDV d'ATTAC et de la LDH, Rencontre

De Nicolas Wadimoff avec Jawdat Khoudary, Mahmoud Jouda, Adel Altaweel, Haneen Harara, Malak Khadra, Hana Eleiwa, Feras Elshrafi, Eman Shannan, Ghada Alabadla
Documentaire - Suisse/France/Liban - 2026 - VOST - 1h54

Qui vit encore

Une carte de Gaza, ses villes, camps et quartiers. Peinture blanche sur un sol noir. Dans les contours tracés sommairement, neuf réfugiés qui ont pu échapper à l'enfer, racontent. Leurs vies d'avant, la perte des êtres chers. Des existences oppressées, mais pas encore réduites en cendres. En partageant leurs récits, les protagonistes tentent de se reconnecter à eux-mêmes, de cesser d'être des fantômes. De revenir, peut-être, à la vie.

Rencontre avec Adel Al-Taweel, réfugié gazaoui protagoniste du film. Séance animée par l'AFPS, la Passerelle des Talents, ATTAC & LDH.

« Profondément émouvant et d’une force tranquille, ce film poignant traite de la perte au milieu d’une catastrophe humanitaire et de la préservation de l’identité dans les moments sombres. […] Qui vit encore est un film à nul autre pareil : intime, humain et universel. Il raconte l’histoire de Gaza à travers ceux qui ont construit son avenir : des entrepreneurs, un musicien, une médecin et une influenceuse. À travers leurs yeux, nous découvrons une réalité rarement montrée à l’écran, loin des images diffusées par les médias, marquée par la résilience, la créativité et l’espoir. » CINÉ CULTURE.CH
Vous avez dit justice(s) ?, Rencontre

De Romane Bohringer, Philippe Rebbot avec Romane Bohringer, Philippe Rebbot, Rose Rebbot-Bohringer, Raoul Rebbot-Bohringer, Reda Kateb
Comédie - France - 2018 - VF - 1h37

L'Amour flou

Romane et Philippe se séparent. Après 10 ans de vie commune, deux enfants et un chien, ils ne s’aiment plus. Enfin… ils ne sont plus amoureux. Mais ils s’aiment, quand même. Beaucoup. Trop pour se séparer vraiment ? Bref… c’est flou. Alors, sous le regard circonspect de leur entourage, ils accouchent ensemble d’un « sépartement » : deux appartements séparés, communiquant par… la chambre de leurs enfants ! Peut-on se séparer ensemble ? Peut-on refaire sa vie, sans la défaire ?

Rencontre avec le Collectif Walden.

Papa et maman ne s’aiment plus. Comment ne pas laisser « deux petits pingouins sur la banquise de [leur] couple » ? Maman a une idée : un « sé-partement », ou un grand appart coupé en deux avec la chambre des enfants comme seule pièce communicante. Ceci est la vraie histoire du couple d’acteurs Romane Bohringer et Philippe Rebbot : une autofiction d’une liberté folle, filmée par eux-mêmes et financée à la « qui tournera d’abord verra ensuite ». Résultat : ce film fait maison a été le plus rentable de tous les longs métrages français sortis en 2018, avant d’inspirer une série tout aussi réussie en 2021. À l’image, donc, les vrais parents et les vrais amis, qui jouent, pour certains, l’enthousiasme devant cette singulière solution et, pour d’autres, les oiseaux de mauvais augure… En éternel grand gamin, Philippe Rebbot se montre à nouveau irrésistible. Et on comprend que son humour est familial quand on entend ses frères transformer Philippe d’« ex de Romane » en « annexe de Romane »… Télérama
Soirée Halloween

De Kane Parsons avec Chiwetel Ejiofor, Renate Reinsve, Finn Bennett, Lukita Maxwell, Mark Duplass
Horreur Science-Fiction - Etats-Unis - 2026 - VOST - 2h06

Backrooms

Une étrange porte apparaît dans le sous-sol d'un magasin de meubles.

Pour BACKROOMS, on vous propose un petit défi : venez déguisés ! 🎭. Plus c’est étrange, flippant ou improbable, mieux c’est… Rendez-vous au cinéma pour une séance qui risque de vous faire regarder les couloirs autrement. 👀

Les temps changent. On ne devient plus cinéaste après des années douloureuses dans une école de cinéma. Il suffit d’être un petit génie de l’audiovisuel pour se faire remarquer sur YoutTube avec une série qui va devenir virale. Kane Parsons reproduit ainsi l’univers fermé et angoissant d’une autre dimension, cachée à l’intérieur d’un magasin de meubles, auquel on accède à travers les murs, et qu’une bande de scientifiques étranges étudie. En réalité, ce monde souterrain où sévit un monstre ressemble à une incursion angoissante dans le fonctionnement psychologique de ceux qui y parviennent. Les pièces sont vides, et les quelques meubles qui s’y trouvent rappellent l’histoire des victimes qui sont rentrées. Backrooms se démarque du film d’horreur par une esthétique et un imaginaire hors du commun. Par certains aspects, on pense au cinéma de Vincenzo Natali, avec notamment Cube, même si très vite le scénario s’écarte du seul dessein d’échapper au piège de pièces meurtrières. Le récit en effet s’invite dans l’angoisse des personnages qui se sont retrouvés dans ce monde et descendent de façon irrésistible toujours plus bas à l’intérieur de leur cauchemar. Le jeune réalisateur fait la démonstration d’une maîtrise complète du sujet, qu’il a maintes fois filmé dans ses séries, et de la mise en scène. On ne comprend pas tout, et il faut se replonger dans la mini-série car l’on retrouve, non sans une certaine émotion, ces grandes pièces jaunes qui s’enchaînent à l’infini, telles un labyrinthe. Dans le tout premier épisode, le héros malheureux est un jeune réalisateur. La caméra subjective filme de nouveau cette plongée infernale dans des espaces clos et effrayants où l’inhumanité règne. Le long-métrage est fortement imprégné de la culture du jeu vidéo. Toutes les dimensions se mélangent et l’on ne sait plus où se situent le réel et le fantasmagorique. Équipé de moyens relativement importants, le film parvient à recréer les multiples points de vue de ce monde où l’envers rejoint l’endroit. La caméra subjective rappelle les courses macabres de héros pixelisés que le joueur conduit vigoureusement avec sa manette. À cela s’ajoutent des références traditionnelles du film d’épouvante avec les hôpitaux psychiatriques, les faux gentils et les monstres qui semblent tout droit sortis d’une peinture de Francis Bacon. Backrooms est une réussite certaine. À lui seul, le long-métrage renouvelle le genre de l’horreur, trop souvent réduit à des chasses à l’homme sanglantes. Ici, pas d’hémoglobine excessive. Juste la sensation d’un enfermement permanent et d’un piège qui se referme sur les victimes. La fin appelle des suites que l’on espère aussi riches et inventives que ce premier épisode. Kane Parsons s’affiche comme un petit génie du septième art, pétri d’un sens de l’imagination et de l’horreur absolu. Les acteurs, plutôt inconnus, s’impliquent avec talent et un souci de la nuance dans cette macabre descente en enfer. Rimbaud disait avoir horreur des mains à la charrue, leur préférant celles à la plume. Toujours est-il que le réalisateur restitue avec brio le cauchemar des bureaux insipides où nombre d’agents s’épuisent en silence. Backrooms ne se raconte pas. C’est d’abord une expérience inédite de cinéma qui trouve toute sa puissance sur grand écran. Le passage de YouTube au cinéma grandit assurément Kane Parsons, qui a la possibilité d’exprimer pleinement son talent. Le spectateur est captivé par ces décors gigantesques en enfilade, qui font traverser aux personnages mille et une atmosphères. Voilà un film qui se laisse regarder, non sans une certaine admiration pour le réalisateur, et qui fera assurément couler beaucoup d’encre à sa sortie en salles. à Voir à Lire
Soirée Halloween

De Curry Barker avec Michael Johnston, Inde Navarrette, Cooper Tomlinson, Megan Lawless, Andy Richter
Horreur - Etats-Unis - 2026 - VOST - 1h48

Obsession

Et si vous pouviez réaliser votre rêve le plus fou ? Un jeune introverti met la main sur un objet magique capable d'exaucer n'importe quel souhait. Son crush de toujours tombe alors raide dingue de lui… jusqu'à l'obsession la plus totale. Faites attention à ce que vous souhaitez !

Interdit - 16 ans

🖤 Et vous, jusqu’où iriez-vous par obsession ? Pour découvrir OBSESSION, laissez-vous happer par une séance où le désir, le trouble et la fascination se mêlent dangereusement… Une seule consigne : venez avec votre curiosité et votre costume. Pour le reste, le film s’occupe de tout. 🎬

Dans notre monde ultra connecté, est-il toujours possible de rencontrer son âme sœur ? Bear, un jeune garçon, n’a pas besoin d’applications de rencontres pour le savoir. Nikki est la femme de sa vie. Celle qui hante ses rêves et ses cauchemars. Celle qui l’écoute dans les moments difficiles. En la personne de Bear, Nikki ne voit pourtant qu’un simple ami. Pour conjurer le sort, l’amoureux achète alors un objet dans une boutique, qui permet à celui qui le détient, puis le brise, de réaliser ses rêves. L’histoire peut alors se concrétiser… Convoquer un objet vaudou est, depuis toujours, un cliché du cinéma d’épouvante. Plutôt que de le réinventer, Curry Barker le ramène à une forme de simplicité, mais dont l’importance va se révéler minime au fil du récit. Car le cinéaste de 26 ans est plus intéressé par les tourments de sa génération. L’histoire de Bear et Nikki illustre parfaitement cette notion de « toxicité » dans le couple, largement théorisée au fil de ces dernières années, et entraînant ici le spectateur dans une série de questionnements. Qui est le plus cruel ? Lui, qui garde sa copine cachée dans son appartement ? Ou bien elle, qui, sous l’emprise d’une folie mystique, adopte un comportement de plus en plus terrifiant ? Cette radiographie d’un ménage, presque bergmanienne, occasionne une pléthore de scènes mémorables, bricolées sans effets numériques, avec scarifications, têtes écrasées et fluides en tout genre. Pour cultiver le malaise, le jeune réalisateur s’oppose à tout artifice. La maîtrise de sa mise en scène tient à sa manière frontale d’exposer la violence, sans aucune forme de décadrage, ni aucun ménagement pour le spectateur. La performance survoltée de son actrice principale, Inde Navarrette, participe également à la réussite de ce long métrage, qui a toutes les qualités pour devenir culte. Télérama
Sortie nationale

De Malek Bensmaïl avec Ahmed Benaissa, Hiam Abbass, Dali Benssalah, Nabil Asli, Amina Ben Ismaïl
Drame - France/Algérie/Belgique/Suisse/Arabie Saoudite - 2025 - VOST - 1h46

L'Arabe (The Arab)

Haroun est un vieux célibataire, vivant depuis quelques années à Oran. Il mène une vie de reclus jusqu'au moment où il rencontre Kamel dans un bar. Il lui confie être le frère de "l'Arabe", tué dans une histoire rapportée par l'un des romans les plus célèbres du XXème siècle : L'Étranger d'Albert Camus. Un "Arabe" qui avait pour nom effacé Moussa…

De Andreï Zviaguintsev avec Дмитрий Мазуров, Ирис Лебедева, Varvara Chmykova, Juris Žagars, Анатолий Белый
Drame - France/Allemagne/Lettonie - 2026 - VOST - 2h20

Minotaure

Russie, 2022. Gleb, chef d’entreprise prospère, vit avec sa femme Galina et leur fils dans une ville de province. Il se retrouve confronté à des problèmes professionnels croissants, dans un monde de plus en plus instable. L’effondrement d’une vie soigneusement construite bascule rapidement dans la violence.

Grand Prix Cannes 2026 

La sélection cannoise a pris l’habitude de parler de films autour de la question ukrainienne. On pense entre autres au récent L’invasion. Sauf que jamais cet enjeu conflictuel n’avait pas été abordé côté de la Russie qui, on le sait, peine à trouver les recrues en nombre suffisant pour assumer la guerre. Et c’est ainsi qu’Andreï Zviaguintsev, le brillant réalisateur de Léviathan et Faute d’amour, montre, à travers la figure d’un chef d’entreprise, la manière dont les autorités mettent en demeure les entreprises de contribuer à la recherche de soldats en mettant à disposition des membres de leur personnel. L’enjeu éthique est absolument terrifiant, d’autant quand une structure économique a besoin de main-d’œuvre et qu’elle n’a pas à se mêler des affaires de l’État. Mais nous sommes en Russie, pays corrompu et autoritaire, où refuser des ordres venant du haut peut être dangereux. Deux récits s’entrecroisent dans long-métrage. On voit comment Gleb va trouver des personnels pour aller au front, pour répondre à la sollicitation de la mairie. L’homme le gère sans état d’âme, avec la froideur d’un bureaucrate, dans la mesure où il n’a aucun intérêt à s’y opposer. Et ce d’autant plus qu’une autre histoire plus intime s’invite, à savoir celle de son couple, en proie à l’effondrement, depuis que son épouse entretient une relation avec un photographe divorcé. Dans ce genre de problème, les services du maire pourraient se révéler utiles. Minotaure propose un scénario hautement malin. En effet, le cinéaste ne se focalise pas sur le positionnement d’indifférence des chefs d’entreprise qui contribuent à fournir des soldats : il introduit un récit de couple qui fait basculer le film dans le registre du polar. La tension est palpable d’un bout à l’autre, à la manière d’un thriller psychologique. Les personnages sont tous emportés dans des enjeux conflictuels, jusque l’adolescent de la famille, dont la seule issue demeure l’acceptation froide, au détriment de toute éthique. Le cadre paisible dans lequel évoluent Gleb et sa famille tranche avec le contexte tendu général en Russie, qui trouve son écho dans les grandes barres d’immeubles glaciales où vit le photographe. La mise en scène valorise une atmosphère relativement glaciale, où les émotions sont contrôlées, avec des plans d’une très grande beauté sur les paysages, la demeure de la famille et même la ville. Andreï Zviaguintsev procède toujours ainsi dans ses films, alternant une certaine opacité des personnages avec des paysages superbes. Le réalisateur parvient à ne ne pas verser dans le militantisme politique frontal, préférant équilibrer son propos avec un récit familial intimiste qui pourrait avoir lieu n’importe où dans le monde. Il cultive un goût du tragique consolidé par un scénario très bien ficelé. à Voir à Lire
Sortie nationale

De Jan Komasa avec Anson Boon, Stephen Graham, Andrea Riseborough, Kit Rakusen, Monika Frajczyk
Thriller Drame - Pologne/Grande-Bretagne - 2025 - VOST - 1h50

The Good Boy

Tommy, jeune délinquant insouciant et impulsif naviguant entre fêtes alcoolisées et violences incontrôlables, se réveille un matin enchaîné dans la cave d’une maison. Il est à la merci de ses occupants, une étrange famille qui s’est donnée pour mission de le remettre dans le droit chemin. Quelqu’en soit le prix.

Tommy a 19 ans et mène une vie débridée : alcool, drogue, sexe, injures, violence. À travers un montage ultra dense, on assiste à tous les méfaits qu'il accomplit en l’espace d’une soirée en boîte avec des amis. Tout ce qu'il fait est méprisable, de sorte qu'on finit par le détester après quelques minutes seulement. Ainsi s’ouvre Good Boy [+], le nouveau film du Polonais Jan Komasa (l'auteur de Corpus Christi [+], à l'époque choisi pour représenter son pays aux Oscars) : par la présentation de son incontrôlable héros, incarné avec une bonne dose d’arrogance et d’impudence par l’Anglais de 25 ans Anson Boon (vu dans Widow Clicquot et la serie criminelle Mobland). Après sa première à Toronto dans la section Centrepiece et un passage au Festival BFI de Londres, le film a été projeté en compétition à la 20e Fête du cinéma de Rome, où Boon a remporté le prix du meilleur acteur. Après cette présentation choc du personnage principal, l’attention se déplace sur un brave père de famille, Chris (Stephen Graham, récemment couvert de prix pour Adolescence [+]), qui embauche comme domestique une jeune femme macédonienne, Rina (Monika Frajczyk), en l’avertissant que dans sa belle maison nichée en pleine campagne, dans le Yorkshire, où il vit avec sa femme Kathryn (Andrea Riseborough) et leur fils de douze ans, Jonathan (Kit Rakusen), elle pourrait assister à quelque chose d’étrange mais ne doit pas s'en inquiéter, car tout est sous contrôle. La chose bizarre en question, c’est que dans la cave, il y a un garçon attaché avec une chaîne au cou, qui est justement Tommy. Chris l’a enlevé alors qu'il titubait dans la rue, au terme de sa folle soirée. À présent, son intention est de le garder prisonnier pour le rééduquer à grands coups de musique classique, de livres, de cours audio sur comment calmer sa rage, de vidéos de sensibilisation contre les drogues et la conduite en état d’ivresse, le tout additionné d'une sorte de "technique Ludovico" selon laquelle le garçon est obligé de revoir, jusqu’à la nausée, les vidéos devenues virales sur les réseaux sociaux où il bat quelqu’un jusqu’au sang, ou harcèle un enfant. Tout est très inquiétant et ambigu dans ce film, qui compte parmi ses producteurs Jerzy Skolimowski (EO, Essential Killing). Ce qui fait initialement figure de méthode de punition/rééducation mise en œuvre dans les meilleures intentions du monde, bien que résolument extrême, commence à montrer son côté plus obscur. Cette famille a un passé douloureux. Elle se compose d’une mère déprimée, d'un fils qui, au contraire, sourit tout le temps (son surnom est "rayon de soleil") et d'un père attentionné qui cherche à trouver une manière de recoller les morceaux. Le point de départ initial (la critique sociale sur la dérive des jeunes, dépendants des réseaux sociaux, qui n'ont de respect pour rien et tendent à adopter une attitude victimaire, et doivent être rééduqués) évolue ainsi vers une sorte de thriller psychologique où l'on ne sait plus qui est la victime et qui le bourreau. La famille, de sang ou d’adoption, est un nid qui protège mais en même temps emprisonne, contrôle, manipule. L’amour peut devenir une cage, et ce n’est pas toujours un mal. Komasa confirme, avec ce nouveau film inconfortable, déroutant, mais aussi divertissant, qu'il n'est pas un cinéaste prévisible. Cineuropa
Les inclassables, Rencontre

De Ken Russell avec Vanessa Redgrave, Oliver Reed, Dudley Sutton, Max Adrian, Gemma Jones
Historique Horreur Drame - Royaume-Uni/Etats-Unis - 1971 - VOST - 1h51

Les Diables

Le film retrace les grandes lignes de l'affaire des possédées de Loudun. Au 17ème siècle, en France, Richelieu veut convaincre Louis XIII d'en finir avec les gouvernements autonomes des petites villes de province. Loudun est une ville fortifiée du Poitou, dans laquelle catholiques et protestants vivent en bonne entente sous l'autorité bienveillante de l'abbé Grandier, un curé catholique charismatique et progressiste. Sa popularité, ainsi que sa réputation de prêtre libertin et séducteur, lui vaut des inimitiés parmi les notables locaux. La mère supérieure du couvent tout proche développe une attirance obsessionnelle pour le personnage. Les sœurs ursulines sombrent dans une forme d'hystérie collective, se disant possédées par des démons et par l'esprit de Grandier qu'elles accusent d'être en commerce avec le Diable. Ce sera le point de départ d'une cabale, menée par les autorités religieuses et civiles, contre le prêtre qui s'était ouvertement opposé aux projets de Richelieu.

Rencontre avec Eric Peretti, programmateur du LUFF de Lausanne et des Hallucinations Collectives de Lyon. Il a notamment signé un dossier de six pages consacré au film dans les pages de Mad Movies, référence incontournable du cinéma de genre.

Interdit - 16 ans

Œuvre baroque, démesurée, parfois insupportable, toujours inspirée, Les Diables de Ken Russell constitue à ce jour l'un des meilleurs pamphlets contre le fanatisme, quelque soit sa forme. Clairement anticlérical, peuplé de visages grimaçants et de décors faramineux, Les Diables est de ces films qui rentrent sans vergogne dans le lard flasque de la bien-pensance bourgeoise. Visuellement superbe, presque expressionniste après l'heure, encore et toujours d'actualité pour un spectateur du XXIème siècle, le film-phare de Ken Russell se trouve à mi-chemin entre le discours retenu d'un Dreyer et l'outrance stylistique d'un Bertolucci... Bien qu'il puisse s'affranchir de toute comparaison, tant sa liberté de ton défie toute analogie réductrice. Le dernier quart d'heure vaut à lui seul le visionnage, sorte de chemin de croix évoquant le Golgotha de l'Homme de Nazareth, dénouement infernal mais finalement indispensable. Un film culte à découvrir absolument, percutant et virevoltant, à l'image de son réalisateur...Allo ciné
Vous avez dit culte ?

De Giuseppe De Santis avec Doris Dowling, Silvana Mangano, Vittorio Gassman, Raf Vallone, Checco Rissone
Drame - Italie - 1949 - VOST - 1h48

Riz amer

Après avoir volé un collier, un jeune voyou, Walter, et sa complice, Francesca, se mêlent à un convoi de travailleuses qui part vers les rizières. Reconnu par la police, Walter est contraint de se cacher tandis que Francesca réussit à passer pour une des femmes qui partent travailler. Mais Silvana, une travailleuse, va, pour son malheur et celui de Walter, s'intéresser à leur histoire.

Cette programmation proposée par Le RECIT, soutenue par la Région Grand Est et en partenariat avec l’ADRC, permet de découvrir ou redécouvrir des grands classiques du 7ème Art sur grand écran.

Un partenariat avec MIRA, cinémathèque régionale numérique, permet la projection en avant-programme de courtes séquences d’archives inédites, en lien avec le film.

Fiancée à Walter, un malfrat en fuite, Francesca se réfugie dans un camp d’ouvrières des rizières du Pô. L'une d'elles, Silvana, supporte difficilement l'arrivée de Francesca et la dénonce auprès de son amant, le sergent Marco... Dès les premières images, la frontière entre le pamphlet social et l'intrigue érotique est délicieusement floue : une voix propagandiste s'émeut ainsi des « plaines qui garderont sans cesse l'empreinte des mains des femmes », et la caméra s'attarde sur les formes replètes des travailleuses en petite tenue, leurs jambes nues et leur poitrine gonflée… Ces instants érotiques, qui émoustillèrent le public de l'époque et choquèrent la censure, oscillent aujourd'hui entre kitsch roublard et sensualité frémissante. De Santis passe magnifiquement du polar social à la comédie musicale. Mais le plus passionnant reste son traitement de la concurrence féminine. Les regards sont des coups de poignard, les sourires, de perfides morsures, que Silvana Mangano prend visiblement plaisir à infliger à ceux qui se hasardent sur son passage. Télérama

De Judith Godrèche avec Tess Barthélémy, Valérie Dréville, Victor Bonnel, Ariane Labed, Maïwène Barthélémy
Drame - France/Belgique - 2026 - VF - 1h57

Mémoire de fille

Annie Ernaux est sollicitée pour une signature de son dernier ouvrage dans la ville de son enfance, Rouen. Alors qu'elle s'y rend, elle est prise d'un vertige et replonge dans le souvenir de l'été 1958, celui de sa première nuit avec un homme. Nuit dont l'onde de choc s'est propagée violemment dans son corps et sur le reste de son existence.

Cette séance vous est proposée gratuitement par la Collectivité européenne d’Alsace.
Au-delà du film, cette action s’inscrit dans l’engagement de la Collectivité en matière de lutte contre les violences faites aux femmes, thématique reliée à la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, chaque année le 25 novembre.
Un stand d’accueil sera disponible avant la séance pour sensibiliser et communiquer sur les dispositifs de signalement, ainsi que sur l’action de nos services pour accompagner les victimes de violences.
 
Entrée libre dans la limite des places disponibles
Annie Ernaux (jouée par Valérie Dréville), de nos jours ou presque, revient à Rouen, cette ville où elle a commencé ses études de lettres en 1960, pour une lecture sur scène, et nous voilà projetés « cet été-là », devant cette « fille de 1958 », cette « autre » qu’elle fut avant tout le reste : sur son tourne-disque, la jeune et bouillonnante Annie, pas encore 18 ans, écoute une chanson de Brassens, en hurle les paroles, fait des mines devant son miroir, pique des meringues dans l’épicerie de sa mère au rez-de-chaussée de la maison familiale, ou reprend sa meilleure copine quand celle-ci fait des fautes grammaticales. Brusque, sûre d’elle-même et déjà amoureuse des mots, la jolie brunette à lunettes est euphorique à l’idée de quitter son « trou » à la campagne et son milieu populaire et catho pour être animatrice de colonie de vacances. « Tu ne connais pas les règles », la taquine son amie. Le menton fier, cette « ignorante sociale » répond : « Je ne suis pas gourde, j’apprendrai. » Ce qu’apprendra Annie ? Que la collectivité, y compris féminine, peut être le théâtre de micro-humiliations, mais, surtout que l’amour, celui dont on rêve grâce à la littérature, est loin, très loin, du sexe, surtout quand celui-ci se découvre, dans le mépris et la violence, avec H, le chef des animateurs qui aime beaucoup les « nouvelles ». Être une fille, à l’époque et aujourd’hui Précipité, au plus près du visage d’Annie, de quelques mois primordiaux dans une vie, et dans des années 1950 à la reconstitution certes précise, mais qui ressemblent aux années 1980 ou 2020 quand il s’agit d’être dépossédée de son corps et de ses illusions, puis, même désillusionnée, de se construire un avenir… Judith Godrèche n’adapte pas Mémoire de fille, d’Annie Ernaux, elle s’en empare avec une fièvre toute personnelle, et compréhensible au vu de sa propre histoire, en mettant puissamment en lumière les thèmes centraux du livre : la honte, la mémoire de cette honte, et le désir d’appartenance, de reconnaissance, jusqu’à l’aveuglement. Sa mise en scène, toute de fluidité, de ruptures, et en caméra subjective — ce que regarde Annie, ce qui lui servira bien plus tard, comme chair d’écriture — capte la vie de la colonie dans tous ses mouvements : séquences douces avec les enfants, petites complicités féminines vraies ou fausses (parfaites Louise Labeque, Maïwène Barthèlemy, et Anja Verderosa !), soirées festives et alcoolisées entre moniteurs. Autant de moments sous-tendus par le piège à venir, cette violence sèche d’une « première fois » où, sans même avoir besoin de nudité, la réalisatrice autopsie la brutalité masculine. D’autres « rapports » auront lieu, et rarement un film a été aussi franc et sensible sur une jeune fille qui veut se croire élue, et se donne dans une forme d’absence à son corps… Dire là combien Judith Godrèche a trouvé en sa propre fille, Tess Barthélemy, une interprète idéale, grands yeux écarquillés, tour à tour gauche, orgueilleuse, stupéfiée par son statut d’objet, puis libérée par des discours féministes, mais tragiquement pragmatique sur ce qu’elle peut devenir. Un magnifique film, jamais daté, sur le fait d’être une fille. Et de ne jamais l’oublier. Télérama
Les jeudis de l'art contemporain

De Heather Lenz avec Yayoi Kusama
Documentaire - Etats-Unis - 2018 - VOST - 1h16

Kusama : Infinity

Une ode au parcours semé d’embuches de celle qui est devenue aujourd’hui l’artiste femme la plus reconnue au monde.

Nouveau cycle proposé par Mulhouse Art contemporain. Chaque séance est suivie d'un éclairage de l'artiste par Dominique Bannwarth, Robert Cahen ou autre connaisseur.

C'est toute cette complexité, cette matière insaisissable, gorgée de paradoxes, que sonde le documentaire de Heather Lenz. Le formatage de Kusama: Infinity lui permet pourtant de s'effacer discrètement derrière l'artiste et d'en saisir l'intimité, notamment lors de très belles séquences avec elle, face caméra. Les Inrocks
  • Légendes des pictos :
  • Séance suivie d'une rencontre |
  • Sous-titrage sourds et malentendants |
  • VF Version française |
  • Séance précédée ou suivie d'un repas

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