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  • Légendes des pictos :
  • Séance suivie d'une rencontre |
  • Sous-titrage sourds et malentendants |
  • VF Version française |
  • Séance précédée ou suivie d'un repas
Sortie nationale

De Hirokazu Kore-eda avec Song Kang-ho, Gang Dong-won, Bae Doona, IU, Lee Joo-young
Drame - Corée du Sud - 2022 - VOST - 2h09

Les Bonnes étoiles

Dans un lieu où des nouveaux-nés peuvent être abandonnés anonymement, Sang-hyun trouve un bébé qu’il confie à un couple avec qui il a passé un accord.

Prix d'interprétation masculine pour Song Kang-Ho, Festival de Cannes 2022.

Prix Oecuménique - Festival de Cannes 2022.

Hirokazu Kore-eda effectue avec ce film son grand retour sur la Croisette après la Palme d’or attribuée à Une affaire de famille. Le cinéaste avait entre-temps réalisé en France La vérité, avec Catherine Deneuve et Juliette Binoche, tourné dans un Paris lunaire et mélancolique. C’est également à l’étranger que Kore-eda situe l’action de Broken (titre international). Mais cette-fois ci, le cinéaste est resté sur le continent asiatique en choisissant la Corée du Sud. Comme le récit est très fidèle à ses œuvres antérieures, le sentiment de rupture n’apparaît pas vraiment. Bien au contraire, Les bonnes étoiles marque une continuité dans son dispositif. Mêlant trame policière et chronique familiale, le film présente des personnages attachants au-delà (ou en raison) de leurs failles. So-young est partagée entre un sentiment de maternité, la volonté de donner à son enfant une existence meilleure que la sienne, et le désir de rompre avec le souvenir d’un homme qui la maltraitait ; l’abandon de son petit est un appel à l’aide plus qu’un déni de maternité. La policière Su-jin, en apparence inflexible et sans états d’âme dans sa vie professionnelle, se révèlera d’une réelle humanité. Quant à Sang-hyeon et Dong soo, les deux compères se faisant de l’argent sur la vente de bébés, ils n’en possèdent pas moins une fibre paternelle, la présence d’un enfant heureux à leurs côtés témoignant de leur bienveillance au quotidien. L’arrivée de So-young dans la vie des deux hommes va être à l’origine d’une configuration familiale inédite qui fait écho aux relations entre les protagonistes dans Une affaire de famille. D’autres liens peuvent être établis avec des métrages antérieurs du cinéaste, tous présentés à Cannes. Le rapport entre l’enfant et le bébé est dans la lignée de celui entre les demi-frères abandonnés dans l’appartement de Nobody Knows (prix d’interprétation pour le jeune Yûya Yagira en 2004), notamment avec le désir de protection de la part d’un aîné : un sentiment que l’on retrouve aussi dans Notre petite sœur (compétition officielle 2015). La solidité de l’amour parental est dans le prolongement d’Après la tempête (Un Certain Regard 2016) et surtout Tel père, tel fils (Prix du Jury 2013), qui abordait aussi le thème de l’adoption. Les bonnes étoiles en partage également la fibre émotionnelle, même si un ton de légèreté compense dans certaines scènes l’oppression des situations. Il ne faudrait cependant pas penser queLes bonnes étoiles est une œuvre consensuelle de festival. Son apparente joliesse et son accessibilité n’empêchent pas Kore-eda d’esquisser avec une certaine désillusion un tableau marquant de notre société contemporaine axée sur maints conflits de valeurs. Les interprètes coréens se meuvent avec bonheur dans le monde du réalisateur japonais. On appréciera en particulier l’incontournable Song Kong-ho (Parasite) et Donna Bae, qui avait déjà joué une policière ambigüe dans A Girl at My Door). A voir à Lire

De ATTIA Caroline, ROBINET Marc
Animation Court-Métrage - France - 2022 - VF - 26min

Opération Père Noël

Enfant gâté vivant dans un grand manoir, William est habitué à tout obtenir de ses parents. Alors cette année, il demande comme cadeau… le Père Noël en personne ! Pour le satisfaire, son père engage un chasseur de fauves renommé. Le souhait de William va-t-il mettre un terme à la magie de Noël, comme le redoute sa jeune voisine Alice ? Les deux enfants vont s'unir pour vivre une aventure qui deviendra le plus beau cadeau de Noël du monde !

William, fils unique de parents richissimes, a l’habitude d’obtenir tout ce qu’il veut. Y compris le Père Noël en personne lorsqu’il le demande comme cadeau. Le foisonnant univers graphique de ce court métrage, avec ses paysages enneigés, tels des petits théâtres de papier découpé, est un écrin idéal pour les aventures du garçonnet et d’Alice, son intrépide voisine. Un joli conte de Noël avant l’heure. Télérama
Film précédé du court métrage : Conte d’une nuit de Maria Stepanova (6’)

De Vincent Monluc avec Nigel Planer, David Kelly, Erik Collinson, Sally Ann Marsh, Michael Foulkes, Ross Orton, David Goodson, Julie Higginson, Julie Higginson, Brian Wilde, Robin Bailey
Animation - France - 1997 - 26min

La souris du Père Noël

Le Père Noël reçoit trop tard la lettre du petit Hans pour pouvoir lui fabriquer son jouet. Il s'associe avec la souris des dents pour finir le cadeau de Han avant que les douze coups de minuit ne sonnent...

Film précédé du court métrage : Conte d’une nuit de Maria Stepanova (6’)
Rencontre

De Dayna Goldfine, Daniel Geller avec Leonard Cohen, Larry Sloman, Adrienne Clarkson, Judy Collins, Clive Davis
Documentaire - Etats-unis - 2021 - VOST - 1h58

Hallelujah, les mots de Leonard Cohen

Ce documentaire explore la vie du chanteur-compositeur Leonard Cohen à travers le prisme de son hymne international, Hallelujah.

Soirée consacrée à l'immense Leonard Cohen
En partenariat avec la Librairie 47° Nord, projection exceptionnelle du film "Hallelujah, les mots de Léonard Cohen" à 20h le vendredi 9 décembre, précédée d'un échange avec Pascal Bouaziz autour de son formidable livre "Leonard Cohen" (éditions Hoebeke) à partir de 19h. Cette rencontre sera animée par Antoine Jarry et Alexis Weigel.
Actif pendant vingt-cinq ans sur le front de la chanson française indépendante, son groupe, Mendelson, a décidé de se saborder. S’il continue la musique au sein de Bruit noir, Pascal Bouaziz a trouvé le temps de signer le très beau portrait d’un de ses héros, Leonard Cohen, dont il restitue avec érudition et esprit tous les paradoxes.

Les réalisateurs et producteurs Dan Geller et Dayna Goldfine ont pris pour élaborer leur dernier documentaire un point de départ qui pourrait paraître assez improbable : évoquer l’artiste et l’homme Leonard Cohen à partir d’un de ses morceaux phares, Hallelujah, et des différentes reprises qui en ont été faites. Ou plutôt les plus célèbres d’entre elles, car impossible de toutes les citer, il y en aurait près de huit cents. Ce prétexte de départ n’empêche nullement ce film de donner un aperçu assez complet de Leonard Cohen. Artiste canadien aux multiples facettes – écriture, composition musicale, peinture – Leonard Cohen après avoir publié romans et recueils de poésie dans les années 50 et 60, débute une carrière d’auteur, compositeur et interprète en 1967, alors qu’il a trente trois ans, un âge auquel beaucoup d’artistes à cette époque sont à l’apogée de leur parcours, voire ont mis un terme à celui-ci ; volontairement ou non. Sa discographie, compte quinze albums marqués souvent par une profonde mélancolie, un humour sombre et désabusé. A peu près au mitan de sa carrière, en 1984, sort son septième album, Various positions, que sa maison de disques, Columbia refusera de sortir aux Etats-Unis, le jugeant trop faible au regarde de ses compositions. Parmi les morceaux qui composaient cet album, deux chansons magnifiques se distinguaient : Dance me to the end of love, mais aussi celle qui constitue l’axe de ce documentaire. Hallelujah, les mots de Leonard Cohen, en nous décrivant cette chanson, sa genèse, certaines reprises qui en ont été faites, nous parle de son auteur, de sa personnalité, mais aussi du processus créatif, et aborde de nombreux thèmes. Si la carrière et les compositions de l’artiste sont bien sûr très largement évoquées, sa vie personnelle, si riche fait aussi l’objet de passages nous rappelant à quel point les deux sont liées. De très beaux moments nous sont révélés grâce à de précieuses archives : des interviews, des extraits de concerts, sa retraite au Mount Baldy Zen Center où il sera ordonné moine bouddhiste et bien sûr le moment où Leonard Cohen a dû reprendre le chemin des salles de concerts à travers le monde. En 2004, l’artiste apprend que sa manager a détourné une grande partie de son patrimoine. Quelque temps plus tard, l’artiste partira alors dans une tournée mondiale qui remportera un très grand succès.  Ce documentaire, qui avait été initié de longue date avec l’accord de Leonard Cohen, décédé en 2016 en plein milieu du parcours créatif du film, doit beaucoup aussi aux interventions de personnalités comme John Lissauer, producteur, musicien et compositeur ou Dominique Issermann. Le premier a beaucoup travaillé avec Leonard Cohen durant des années. La seconde partagea la vie de l’artiste dans les années 80. Leurs témoignages témoignent de la complexité de l’artiste et de son obstination à créer des chansons avec patience, minutie et perfectionnisme. La preuve avec les carnets de Leonard Cohen qui sont ici dévoilés pour la première fois et où l’on découvre les paroles manuscrites de Hallelujah. Hallelujah qui constitue ici une injonction moins strictement religieuse que spirituelle, que philosophique, au sens d’aimer la sagesse, d’être dans l’acceptation.  On croise aussi Judy Collins, Bob Dylan, Jeff Buckley et Rufus Wainwright entre autres artistes. Mais aussi John Cale. Le film offre de très beaux moments musicaux, l’émotion l’emportant souvent en visionnant certains passages, notamment ceux avec Jeff Buckley ou cette interprétation habitée de Leonard Cohen en concert, à genoux sur scène. Hallelujah, les mots de Leonard Cohen réussit donc le pari de partir d’un moment clé de la carrière d’un artiste pour offrir une vision d’ensemble de celui-ci. Le Bleu du Miroir
2022 Année William Wyler

De William Wyler avec Barbra Streisand, Omar Sharif, Kay Medford, Anne Francis, Walter Pidgeon
Comédie Musical - Etats-unis - 1968 - VOST - 2h29

Funny Girl

Fanny Brice est engagée comme comédienne et chanteuse dans la revue Keeney's Music Hall. Elle y fait la connaissance de Nick Arnstein, un gentleman, et de l'imprésario Florenz Ziegfeld. Ce dernier la choisit comme vedette de ses fameuses Ziegfeld's Follies. Mais la gloire ne dure qu'un temps.

La plus grande comédie musicale du 20ème siecle ! Barbara Streisand et Omar Sharif sont au top ! Une belle comédie dont on ne se lasse pas même 55 ans après sa sortie ! Allo Ciné
Sortie nationale

De Marie Kreutzer avec Vicky Krieps, Florian Teichtmeister, Katharina Lorenz, Jeanne Werner, Alma Hasun
Historique Drame - Autriche / France / Luxembourg / Allemagne - 2022 - VOST - 1h53

Corsage

Noël 1877, Élisabeth d’Autriche (Sissi), fête son 40e anniversaire. Première dame d’Autriche, femme de l’Empereur François-Joseph Ier, elle n’a pas le droit de s’exprimer et doit rester à jamais la belle et jeune impératrice. Pour satisfaire ces attentes, elle se plie à un régime rigoureux de jeûne, d’exercices, de coiffure et de mesure quotidienne de sa taille. Etouffée par ces conventions, avide de savoir et de vie, Élisabeth se rebelle de plus en plus contre cette image.

Prix d'interprétation Féminine dans la section "Un certain regard"- Festival de Cannes 2022.

Élisabeth règne aux côtés de l’empereur dont la famille sera liée à une tragédie qui a parachevé le démarrage de la Grande Guerre. Les tensions sont déjà près de trente avant ce premier conflit mondial. Mais le seul souci d’Elisabeth est lié à son âge. Elle voudrait garder la ligne, un teint magnifique, et de surcroît collectionner des amants. Quand elle ne se pèse pas, elle s’adonne à chevaucher des destriers puissants, ou à se faire filmer par un comte précurseur des premiers réalisateurs de cinéma. Corsage est un film d’une évidente maîtrise. Les costumes, les décors, les lumières participent à un projet tout entier dévoué à l’interprétation sans faille de la comédienne Vicky Krieps. L’actrice est maintenant bien connue de la Croisette et elle brille de nouveau dans le rôle de cette femme, tout autant insupportable que mélancolique. Le rythme et les dialogues apportent au récit une dimension totalement romanesque. Flaubert ne semble pas loin dans les traits d’une impératrice obsédée par son tour de taille et la jeunesse éternelle. En ce sens, le long-métrage est d’une formidable modernité. Alors que l’Europe du moment s’apprête à basculer dans le chaos généralisé, l’impératrice consume sa vie dans des plaisirs superficiels, à l’exception de la visite d’un hôpital psychiatrique où elle semble reconnaître dans les traits de certaines malades, l’épouvante de sa propre névrose. Les films qui nouent la Grande et la petite histoire à travers le portrait quotidien des femmes et hommes de pouvoir sont toujours passionnants pour apprécier combien les enjeux personnels peuvent influer sur les orientations politiques. En l’occurrence, Marie Kreutzer se plonge dans les replis feutrés des palais impériaux ou des demeures royales où le couple s’exerce aux amours contrariées. On apprend beaucoup de la futilité des choses en matière politique et le titre même du film rajoute à l’étonnante superficialité avec laquelle les gens de pouvoir se livrent. Il n’y a aucun doute que nombre de spectateurs verront dans cette œuvre cinématographique d’époque une métaphore de notre propre monde contemporain, pétri par la vulgarité des apparences. A voir à Lire
Rencontre

De Simone Bitton
Documentaire - France - 2020 - VOST - 1h20

Ziyara

Au Maroc, la Ziyara (visite des saints) est une pratique populaire que juifs et musulmans ont toujours eu en partage. Le film est un road-movie au pays natal, un pèlerinage cinématographique où la réalisatrice va à la rencontre des gardiens musulmans de sa mémoire juive.

 Rencontre avec Maison commune

La pluie s’abat sur des tombes blanches, abandonnées, adossées au bord de Rabat, comme vidées de toute trace de vie. C’est là que des familles juives ont vécu par milliers, dans cet endroit où elles se sont mariées, ont enfanté des petits et sont mortes. D’autres ont quitté le pays vers un destin occidental. Il y a peut-être les traces de la propre famille de la cinéaste, Simone Bitton. Il y a surtout l’occasion de dresser sur l’écran le portrait d’un pays somptueux où les musulmans cohabitaient avec les chrétiens et les juifs. Alors, la caméra entreprend ce beau pèlerinage, la Ziyara, où elle tente, dans une expérience autant esthétique que cinématographique, de retisser la matière spirituelle qui constitue cette nation maghrébine. Un grand nombre de scènes se passent dans des voitures. On imagine Simone Bitton, la caméra sur l’épaule, qui saisit des paysages magnifiques. On l’accompagne dans ce périple d’un sanctuaire à l’autre où elle prend le temps de rencontrer ces femmes et ces hommes qui veillent sur les saints. Ils parlent de leur fonction comme un serviteur de l’humanité le ferait. A chaque fois, de ces visages, s’extraient une douceur inouïe, et surtout une volonté intarissable de faire perdurer la tradition et faire cohabiter dans le recueillement juifs et musulmans. Simone Bitton parle un arabe parfait. Cela lui permet de faire la connaissance de personnes très différentes, qui se livrent avec pudeur et émotion. Ils parlent de leur rapport au sacré, de leur attachement indéfectible à composer avec le multiculturalisme. Ziyara apparaît donc comme un film rempli d’espoir qui démontre, en ces temps troublés, que la tolérance n’est pas un vain mot au Maroc. Il y a dans la façon de filmer, d’appréhender les personnages et les paysages, un véritable soin à aller au plus profond des choses. En fixant un pan de fenêtre, une porte, un couloir, Simone Bitton restitue une histoire ancienne où les juifs vivaient avec les musulmans dans une harmonie apparente. Les familles ont déserté ces espaces de vie. Ils sont devenus des lieux de passage, des souvenirs d’hier, mais la réalisatrice voudrait en faire des espaces atemporels et universels, sublimés par la magie du cinéma. Elle fait parler les gens de leur enfance, de la chance qu’ils ont eu de se voir confier les clés des sanctuaires. Il y a beaucoup d’amour dans le geste de filmer les sourires, les habits traditionnels ; et surtout le même talent que l’on trouve chez les photographes à pouvoir capter la beauté et la magie d’un paysage ou d’un visage. Ziyara est un documentaire simple et attachant. Il n’y a aucune volonté de prosélytisme religieux dans ce projet. Il s’agit seulement, et c’est beaucoup, d’une expérience humaniste et esthétique avec le peuple marocain. Le film pose une question centrale à savoir ce que serait devenu le Maroc si les juifs n’avaient pas vécu aux côtés des musulmans aussi longtemps, mais aussi s’ils ne l’avaient pas quitté. A voir à Lire
Les inclassables

De René Manzor avec Brigitte Fossey, François-Eric Gendron, Louis Ducreux, Alain Lalanne, Patrick Floersheim, Stéphane Legros
Fantastique Thriller - France - 1990 - VF - 1h27

3615 Code Père Noël

Un jeune garçon, sa mère et son Papy habitent dans un bâtiment grand comme un château. Il aime jouer ´des attaques´ comme Rambo ou comme un ninja. Il aime aussi les jouets électriques et le minitel. La mère est la propriétaire d'un grand magasin. Le jour avant la veille de noël, dans le magasin, un homme solitaire travaille comme père noël. Suite à une altercation avec un client, il se fait renvoyer. Il veut se venger. Il monte un camion qui porte des cadeaux au château. Là, le jeune garçon les attend.

Rencontre avec Eric Peretti, programmateur du LUFF et des Hallucinations Collectives de Lyon.

"3615 code Père Noël" est donc un film au final bien sympa qui est à découvrir, rien que pour son côté délirant. Sorti au tout début des années 90, 36-15 Code Père Noël est un véritable conte de fée sombre et désespéré, sorte de Maman j'ai raté l'avion français saupoudré d'une bonne dose de noirceur quasi-fantastique.
Sortie nationale

De Hlynur Pálmason avec Elliott Crosset Hove, Vic Carmen Sonne, Ingvar Sigurdsson, Jacob Ulrik Lohmann, Ída Mekkín Hlynsdóttir
Drame - Islande / Danemark / France / Suède - 2022 - VOST - 2h23

Godland

Godland est une histoire d’ambition, de religion, de famille et de revanche, se déroulant à la fin du XIXe siècle. Elle se concentre sur un jeune prêtre danois arrivé en Islande avec pour mission de faire construire une église et de photographier la population au milieu des paysages inhospitaliers. Tandis qu’il s’acquitte de son devoir, une improbable histoire d’amour se développe en même temps qu’un violent conflit, livrant le prêtre aux affres de la tentation et du péché.

Voyage prodigieux au bout de l’impitoyable beauté du monde, Godland offre un cinéma du mouvement intérieur et de l’éreintement, âpre et magnifique. Pour son troisième long métrage, Pálmason trouve, dans l’immensité des paysages islandais, le décor parfait pour son drame intime et tellurique où se côtoient la dérisoire fragilité de l’homme et l’inépuisable grandeur de l’Humanité. Film immense ! C’est en découvrant des archives photographiques du XIXe siècle que Hlynur Pálmason a eu l’idée de réinventer l’histoire de leur création. Quelques plaques de verre pour documenter une époque et fixer l’existence des ancêtres du réalisateur islandais qui dédie son film à ses parents. Lucas, jeune prêtre danois, accepte la mission de partir édifier une église en terre islandaise. La première partie du film est consacrée au voyage. Entouré d’un assistant traducteur et de quelques convoyeurs dont Ragnar, homme bourru et frontalement hostile, Lucas part plein de courage et d’espoir. Une double dualité innerve le récit, celle entre les deux hommes, temporairement liés par le destin, et celle de Lucas avec lui-même, homme de foi à la flamme vacillante. LA VASTITUDE ET LE DÉTAIL Le voyage se transforme en odyssée. À la fatigue, s’ajoute la pluie incessante, le froid, le vent, l’incompréhension grandissante entre Ragnar et Lucas, au-delà des différences de langue. Le film introduit peu à peu, dans ses cadres minutieusement composés (image au format carré en hommage aux photographies d’origine), l’omniprésence du monde animal. Les chevaux, indispensables, le chien de Ragnar (Palmdog au festival de Cannes !) mais aussi tout le bestiaire qui peuple les chants des hommes, l’imaginaire d’un pays. Ce ne sont pas les cartes postales qui intéressent Pálmason mais l’esprit des lieux. Pour comprendre Godland, il faudrait imaginer Mission revisité par Kelly Reichardt. Une cascade qui s’effiloche et se transforme en grandiose volute de fumée. Un gigantesque zoom arrière qui oblige, en quelques secondes, le spectateur à reconsidérer ce qu’il voit à l’aune du vertige ressenti. La mise en scène joue de la valeur des plans, embrassant la vastitude et couvant le détail d’un même geste. Point d’orgue de cette première partie, la confession des tourments du prêtre à l’oreille de son cheval, plan désarmant de tendresse où se mêlent l’apprentissage de la défaite et la gloire du vivant. C’est avec la grâce du visage d’Anna que s’ouvre la seconde partie. L’apaisement est de mise. Lucas revient d’entre les spectres, visage blafard, orbites enfoncées, regard perdu. Dehors, il fait bon et les hommes se sont mués en charpentiers pour donner forme à l’église. Ragnar semble troublé par ce travail et la force mystérieuse qui a tenu le prêtre en vie. Lucas s’adonne au plaisir de la photographie et Hlynur Pálmason prépare une séquence du pur cinéma : un jour de fête au son de l’accordéon conclu par un tournoi improvisé de lutte locale où Lucas et Ragnar finissent par s’affronter, corpulences disproportionnées mais forces égales. Le corps à corps dure tant que le réalisateur finit par couper… Suspension provisoire d’une dualité qui ne saurait se contenter d’une fumeuse égalité. Auparavant la caméra aura capté dans une rare élégance de travellings, dont un circulaire, parfait, les visages, les sourires échangés, les danses partagées. La joie enfin et le frémissement de la savoir éphémère, voilant à peine le drame qui couve. PRÊTRE PANTIN Comme rien ne séparait la beauté des paysages de leur rugosité, le récit, dans son dernier segment, tisse ensemble la vision d’un bonheur que Lucas touche du doigt et l’inéluctable éruption des ressentiments. Les images de lave, entre les deux parties, n’avaient pas seulement fonction de trait d’union. On ne revient pas indemne de la prodigieuse brûlure. Le bonheur c’est celui de la photographie, la fraîcheur d’Ida, la complicité avec Anna, l’église bientôt inaugurée. Mais Lucas avance droit vers sa tragédie. Le film n’a cessé de déposer des indices, la mort de l’interprète sonnait tôt comme une impossible compréhension du monde. La disparition du cheval et ces plans entêtants d’une décomposition à l’oeuvre, traces modelées par le passage des saisons. Et puis il y a ce plan, subreptice et inoubliable, la main d’Ida qui cache au regard de la poule, le tranchoir qui l’attend. Fin de l’innocence. Parfois le cinéma touche au génie, saisissant un geste qui, à lui seul, résume le film, sa délicatesse et sa cruauté. Un chien aboie et le destin appelle Lucas, prêtre pantin livré aux ficelles tenues par une main divine qui réunit châtiment et délivrance dans la somptuosité d’un crépuscule qui, une dernière fois, nous soulève la poitrine. Avec Godland, le réalisateur islandais, atteint, pour son troisième film, une forme de plénitude artistique qui rappelle la très belle surprise qu’avait constitué Onoda l’an passé. Quand un cinéaste transforme son art en aventure et fait de la brutalité du monde un envoûtement. Le Bleu du Miroir
Sortie nationale

De Saim Sadiq avec Ali Junejo, Rasti Farooq, Alina Khan, Sarwat Gilani, Salmaan Peerzada, Sohail Sameer, Sania Saeed
Drame - Pakistan - 2022 - VOST - 2h06

Joyland

Lahore, Haider et son épouse, cohabitent avec la famille de son frère au grand complet. Dans cette maison où chacun vit sous le regard des autres, Haider est prié de trouver un emploi et de devenir père. Le jour où il déniche un petit boulot dans un cabaret, il tombe sous le charme de Biba, danseuse sensuelle et magnétique. Alors que des sentiments naissent, Haider se retrouve écartelé entre les injonctions qui pèsent sur lui et l’irrésistible appel de la liberté.

Prix du jury - Un certain regard Cannes 2022

Joyland est le nom d’un parc d’attractions de Lahore, la deuxième ville du Pakistan, notamment connue pour ses productions de films (Lollywood, c’est là-bas !). C’est aussi un surnom qu’on pourrait donner au cabaret dans lequel Haider va trouver refuge, tant celui-ci semble respirer à nouveau au cœur de ces murs colorés. Pourtant, rien ne le prédestinait un jour à franchir les portes d’un tel établissement, lui qui vit dans le foyer familial, sous la coupe d’un patriarche épuisé de voir son fils ne pas être un « vrai homme », un de ceux qui ramènent de l’argent à la maison, qui égorgent des chèvres et qui font des enfants. Haider, lui, ne travaillait pas, comblé de voir sa femme avoir un job. Mais dans cette société patriarcale, ses convictions passent pour de la fainéantise, voire pire, une faute. Alors, il va faire ce qu’on attend de lui, et devenir le gérant de ce dancing. Enfin, c’est ce qu’il raconte. Car, dans les faits, il a été recruté comme simple danseur. Élégant et gracieux, le premier long métrage de Saim Sadiq, récompensé par le Prix du Jury au Certain Regard du dernier Festival de Cannes, est une histoire d’amour aussi simple qu’éminemment politique. Dans un pays où l’adultère est un crime lorsqu’il est commis par une femme, tout récit en dehors du dogme domestique est un acte militant en soi, d’autant plus lorsqu’il invite à évoquer le sujet ô combien tabou de la transidentité. Pourtant, le film ne tergiverse pas, ose montrer la banalité d’une relation sentimentale qui défie les mœurs locales sans ériger son propos en un pamphlet. Au contraire, ce qui intéresse avant tout le réalisateur, ce sont ses personnages, dressant un portrait sublime d’êtres dont la passion les pousse à agir au-delà des diktats. Dans la pénombre des nuits pakistanaises, lorsque les lumières fastueuses des lieux de festivités s’éteignent, il ne reste plus que les individus, complexes et nuancés, chacun trouvant sa place dans une intrigue millimétrée. Une œuvre à ne pas rater ! Abus de Ciné
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