Films du mois

Sortie nationale

De Camille Vidal-Naquet avec Félix Maritaud, Eric Bernard, Philippe Ohrel, Marie Seux, Camille Müller
Drame - France - 2018 - 01h39

SAUVAGE

Le film est présenté à la Semaine Internationale de la Critique au Festival de Cannes 2018 Léo, 22 ans, se vend dans la rue pour un peu d’argent. Les hommes défilent. Lui reste là, en quête d’amour. Il ignore de quoi demain sera fait. Il s’élance dans les rues. Son cœur bat fort.

Un véritable coup de poing qui confirme la vitalité du jeune cinéma d’auteur français. Notre avis : Enseignant en analyse filmique, Camille Vidal-Naquet avait réalisé trois courts-métrages dont Génie (6mn), film expérimental en langue des signes. Pour son premier passage au long, il frappe fort avec ce récit du quotidien d’un jeune prostitué. Le cinéaste a procédé en amont à un vaste travail de documentation sur la prostitution masculine, en rencontrant des garçons du bois de Boulogne par le biais d’une association. Les ayant observés pendant trois ans, il a pu intérioriser leurs rituels et conditions d’existence, sans que le scénario ne force le trait sur la démarche documentaire. On retiendra toutefois la précision avec laquelle est décrit l’état de santé de ces jeunes gens, prématurément usés, et exposés à de graves problèmes médicaux. Mais Sauvage est avant tout le portrait d’un garçon partagé entre sa volonté d’assumer son statut de prostitué et la recherche d’un idéal d’amour. Léo ne refuse pas les gestes de tendresse de ses clients et s’obstine à séduire Ahd. Ce dernier se livre à la même activité mais, hétérosexuel, il n’éprouve que du dégoût pour ce qu’il est obligé de faire et espère épargner suffisamment de thune pour sortir de sa condition. Léo s’attache, mais Ahd ne le considère que comme un petit frère qu’il faut protéger : on songe ici aux rapports entre David Arquette et Lukas Haas dans le méconnu Johns (1996) de Scott Silver, ou River Phoenix et Keanu Reeves dans My Own Private Idaho (1992) de Gus Van Sant. Mais le film de Camille Vidal-Naquet refuse la carte du lyrisme et du mélodrame et préfère adopter un ton plus sec, sans opter pour la radicalité de Larry Clark dans The Smell of Us (2015). L’auteur se dit influencé par Flesh (1968) de Paul Morissey, pour la construction basée sur une succession d’instantanés, mais on songera aussi au portrait de la jeune vagabonde dépeinte par Agnès Varda dans Sans toit ni loi (1985), sans le caractère explicatif de ce film. « Je voulais souligner la violence que représente l’exclusion sans céder à l’analyse sociale », a ainsi déclaré le réalisateur dans un entretien avec le Film Français. Du passé de Léo, nous ne savons donc rien ; de sa vie actuelle, nous voyons des bribes essentielles. Le spectateur partage alors les instants fulgurants qu’il mène, quitte à éprouver lui aussi le sentiment de désorientation lié au manque d’intégration. Mais nul voyeurisme dans la démarche du cinéaste, y compris dans les scènes sexuelles, pourtant crues et jamais édulcorées, parfois violentes et souvent désérotisées. Alternant filmage « sauvage » (avec liberté de tourner dans tous les axes pendant les prises) et minutie dans le montage et le respect du découpage initial, la mise en scène ne cède à aucun effet et brille par son épure. Sauvage est enfin la révélation d’un jeune acteur étonnant, Félix Maritaud, qui avait tenu un petit rôle dans 120 battements par minute, et ici remarquable de fougue et de sensibilité. Ce premier long métrage est donc un véritable coup de poing qui confirme la vitalité du jeune cinéma d’auteur français. Avoir-alire
Sortie nationale

De Nicolas Philibert
Documentaire - France - 2018 - 01h45

DE CHAQUE INSTANT

Chaque année, elles sont des dizaines de milliers à se lancer dans les études qui leur permettront de devenir infirmières. Admises au sein d’un « Institut de Formation en Soins Infirmiers », elles vont partager leur temps entre cours théoriques, exercices pratiques et stages sur le terrain. Un parcours intense et difficile, au cours duquel elles devront acquérir un grand nombre de connaissances, maîtriser de nombreux gestes techniques et se préparer à endosser de lourdes responsabilités.  Ce film retrace les hauts et les bas d’un apprentissage qui va les confronter très tôt, souvent très jeunes, à la fragilité humaine, à la souffrance, la maladie, et aux fêlures des âmes et des corps.

De Thomas avec Franz Rogowski, Sandra Hüller, Peter Kurth, Andreas Leupold, Michael Specht
Comédie Dramatique Romantique - Allemagne - 2018 - VOST - 02h05

UNE VALSE DANS LES ALLEES

Le timide et solitaire Christian est embauché dans un supermarché. Bruno, un chef de rayon, le prend sous son aile pour lui apprendre le métier. Dans l’allée des confiseries, il rencontre Marion, dont il tombe immédiatement amoureux. Chaque pause-café est l’occasion de mieux se connaître. Christian fait également la rencontre du reste de l’équipe et devient peu à peu un membre de la grande famille du supermarché. Bientôt, ses journées passées à conduire un chariot élévateur et à remplir des rayonnages comptent bien plus pour lui qu’il n’aurait pu l’imaginer…

Un film aux effluves profondément mélancoliques et poétiques, qui décrit avec grâce et pudeur, à travers les yeux de son héros principal, toujours à la limite du basculement, l’univers des ouvriers de l’ancienne Allemagne de l’Est. Une valse immense s’invite dans les allées d’un entrepôt qui sert aussi de supermarché. Ce n’est pourtant pas le meilleur endroit pour écouter du Bach ou du Strauss. Mais, justement, l’étincelle d’humanité et de beauté opère dans cet espace industriel, la nuit, où des femmes et des hommes simples s’évertuent à remplir les rayons d’aliments que des clients ou des camions viendront vider le lendemain. Une valse dans les allées choisit pour espace narratif un hangar de la grande distribution, en mettant en scène une poignée de personnages attachants, à commencer par Christian qui fait ses premiers pas dans son nouveau travail. C’est chose rare au cinéma, où les auteurs privilégient souvent les villes, les appartements feutrés préférant relater la comédie des classes favorisées à la brutalité des lieux de travail des petites gens. Justement, Thomas Stuber réussit à extraire du beau, à faire surgir au cœur des rayons, des étalages de surgelés, et des étagères de métal, toute la quintessence du bonheur et de la misère humaine. Cet espace est transformé par la caméra en un théâtre des sentiments où se joue toute la complexité des rapports sociaux. C’est aussi un espace où l’on vole, où l’on s’investit au prix de sa propre vie, où l’on fête Noël, où l’on tombe amoureux, où l’on souffle des anniversaires, où l’on fume en cachette, où l’on meurt aussi. En réalité, ce supermarché, c’est notre propre humanité mise en boîte au détour d’un objectif de cinéma. Il y a au cœur de ces mouvements de chariots élévateurs, l’arrivée du jeune Christian, que le patron arme d’un seul cutter, d’une veste bleue et de crayons avant de le confier à Bruno, le responsable du rayon des alcools. Christian a déjà éprouvé le monde de l’entreprise. Il n’est pas qualifié, la tonalité de sa voix est hésitante, voire inquiète. Il retrouve à travers cette expérience professionnelle ce qu’il sait déjà des rituels, des stratégies de détournement de la règle par les employés, mais aussi des rapports de force entre les salariés. En quelque sorte, le jeune ouvrier nous amène dans un ouvrage de sociologie des organisations à la Crozier où le spectateur voit, comme dans une ruche, comment le travail s’exerce, comment la production se fait, tout en offrant aux salariés de véritables espaces de liberté et de vie. Christian le dit lui-même : la vie s’arrête à la sortie du travail. Les gens qu’il voit le plus, ce sont ses collègues. Ce qui fait d’abord sens à sa vie, c’est ce travail de magasinier qu’on pourrait trouver ingrat mais qui lui permet de gagner un permis de cariste et de faire la connaissance de Marion. Une valse dans les allées est un film qui fuit en permanence la vulgarité et la facilité. La poésie surgit au détour d’un regard entre Christian et Marion, ou encore, les échanges empreints de paternalisme et d’affection entre le chef de rayon et le nouveau salarié. Même un chariot élévateur qui perce le plafond de l’entrepôt appelle au bruit de la mer. La délicatesse et la pudeur sont peut-être les qualificatifs principaux de ce film qui résolument, se rapproche des grands. On saluera la maturité d’un réalisateur encore jeune qui est capable de mettre en scène des ouvriers, des gens de peu dirait Pierre Sansot, sans jamais céder à la caricature ou le mépris. Il prend le temps avec ces deux belles heures de film, de faire du cinéma, au sens d’une mise en spectacle et en lumière d’humanités simples. La quiétude apparente du film recèle une profonde mélancolie sur la vie. Le spectateur apprend que derrière la propagande européenne qui a voulu faire de la réunification allemande l’exemple même de l’accouchement de la modernité, des myriades de vie, celles qui n’ont pas la parole, ont perdu le sel de ce qui faisait leur bonheur de vivre. Il faut assurément appuyer le courage d’un réalisateur qui prend la tangente inverse des discours officiels en regardant au plus près, en quoi les décisions publiques bouleversent des existences entières. En ce sens, Une valse dans les allées fait presque figure de film politique. Derrière cette apparente sobriété de la mise en scène, se cache une réflexion dense et aboutie sur l’état des ouvriers, à la façon d’une œuvre de Kaurismäki, qui préférerait, à la violence des images, à la rugosité de la dénonciation, la douceur d’un poème. Avoir-alire
Sortie nationale

De Meryem Benm'barek avec Maha Alemi, Lubna Azabal, Faouzi Bensaïdi, Sarah Perles, Hamza Khafif
Drame - Maroc / France - 2018 - VOST - 01h20

SOFIA

Sofia, 20 ans, vit avec ses parents à Casablanca. Suite à un déni de grossesse, elle se retrouve dans l’illégalité en accouchant d’un bébé hors mariage. L’hôpital lui laisse 24h pour fournir les papiers du père de l’enfant avant d’alerter les autorités…

Prix du Scénario Un certain regard Cannes 2018. «Tes parents sont anéantis. Tu les as humiliés». Au petit matin, le jugement est sans appel. Pour Sofia, 20 ans, c’est un cauchemar qui a commencé la veille par des maux de ventre lors d’un repas de famille. Étudiante en médecine, sa cousine Lena constate très vite et discrètement l’évidence : Sofia va accoucher. Cachant l’événement aux parents de la jeune femme et à sa mère Leila, Lena prend Sofia sous son aile et grâce à ses relations réussit à la faire admettre à l’hôpital où la naissance se déroule. Hormis les appels et les messages incessants de la famille inquiète à qui il faut mentir, un très gros problème doit être résolu dans les 24 heures : il faut être marié pour ne pas enfreindre la loi. A peine sorties de l’hôpital où elles n’ont pas le droit de rester, les deux filles se lancent (le nouveau-né vagissant dans les bras) dans la nuit et dans le quartier très populaire de Derb Sultan à la recherche d’Omar, que Sofia désigne comme le père et qui est un parfait inconnu pour toute la famille (beaucoup plus aisée) de la jeune femme qui entre bientôt dans la danse car le secret est éventé. Il s’agit maintenant de défendre l’honneur de Sofia, de trouver une solution, un arrangement qui puisse satisfaire toutes les parties et sauver la face socialement. Mais nous ne sommes pas au bout des surprises réservées par le très bon scénario concocté par la réalisatrice… Divisé en trois mouvements assez distincts (...), le film dévoile peu à peu son véritable dessein : dresser un portrait de classes de la société marocaine et de l’hypocrisie ambiante. Une étude finement amenée et mise en scène avec une sobre efficacité. Cineuropa
Rencontre

De Guillaume Brac
Documentaire - France - 2018 - - 01h37

L'ILE AU TRESOR

Un été sur une île de loisirs en région parisienne. Terrain d’aventures, de drague et de transgression pour les uns, lieu de refuge et d’évasion pour les autres. De sa plage payante à ses recoins cachés, l’exploration d’un royaume de l’enfance, en résonance avec les tumultes du monde.

Rencontre avec Guillaume Brac, réalisateur, le vendredi 14 septembre à 20h30

Entre scènes de drague, barbecues, banquets et attractions diverses, le film souligne la vitalité, les réjouissances de l’été. Un goût de paradis terrestre, un sentiment d’éternité flottent dans l’air, mais aussi une mélancolie, une nostalgie de l’enfance. Des personnages se dessinent. Un veilleur de nuit, qui raconte comment il a été persécuté en Guinée ; un responsable de pédalos, athlétique et fringant ; un prof à la retraite, qui venait naguère avec ses élèves… Le cinéaste compose une formidable mosaïque humaine, fondée sur la diversité. Des gens du monde entier, de tout âge, de toute couleur, de tous les milieux sociaux. Dans une lumière douce de crépuscule, on suit une partie de balle au prisonnier, avec une fillette rieuse et triomphante. Tout concorde alors : la grâce, la nature, le jeu et la joie d’être ensemble. Politique et esthétique vont main dans la main. Guillaume Brac nous offre le trésor d’une utopie réalisée. Télérama
Rencontre

De Guillaume Brac avec Miléna Csergo, Lucie Grunstein, Jean Joudé, Kenza Lagnaoui, Théo Chedeville
Comédie Dramatique - France - 2018 - 01h10

CONTES DE JUILLET

Paris et sa banlieue. Cinq filles, cinq garçons. Deux histoires. Un jour d’été Premier conte - L’Amie du dimanche Milena et Lucie, deux collègues de travail, profitent d’un dimanche ensoleillé pour aller se baigner sur l'île de loisirs de Cergy-Pontoise. Leur rencontre avec un agent de prévention très entreprenant met à mal leur amitié naissante. Deuxième conte - Hanne et la fête nationale Tandis que les festivités du 14 juillet battent leur plein, Hanne, une étudiante norvégienne, se trouve successivement aux prises avec trois hommes. Tout ce petit monde passe la soirée ensemble à la Cité Universitaire.

Rencontre avec Guillaume Brac, réalisateur, le vendredi 14 septembre à 18h

Guillaume Brac signe deux courts-métrages captivants sur la difficulté de lutter contre la solitude. Les relations humaines incarnées par de jeunes acteurs prometteurs y sont captées avec maîtrise et fraîcheur. Le titre a la décence de ne pas mentir sur le produit, puisque Contes de juillet est un objet filmique qui se revendique ouvertement d’un héritage rohmérien. Le pluriel qu’il contient annonce également son format atypique puisqu’il s’agit, non pas d’un long-métrage de soixante-dix minutes, mais de l’amoncellement de deux courts. A l’origine de ce projet, Guillaume Brac a reçu, en 2016, une commande du Conservatoire pour faire tourner quelques-uns de ses jeunes apprentis-acteurs. Le peu de temps laissé au réalisateur ne lui ayant pas permis de mettre au point le scénario d’un long-métrage, il a conçu la trame frugale de trois courts-métrages, chacun tourné en une semaine. Le premier des trois ayant été jugé peu abouti par Brac lui-même, on retrouve donc les deux autres, deux ans plus tard, réunis sur un grand écran. Cette date de sortie n’est d’ailleurs pas choisie au hasard puisqu’elle tombe quelques jours seulement après celle de L’île au trésor, qui n’est pas une nouvelle adaptation de Robert L. Stevenson mais un documentaire signé par le même Guillaume Brac à propos du parc de loisir de Cergy-Pontoise, où il a justement tourné l’un de ses courts-métrages. Ces deux courts-métrages, réunissant chacun cinq des jeunes étudiants du Conservatoire, sont intelligemment liés par leur thématique commune, qui voit les personnages, avec une maladresse qui les rend éminemment attachants, essayer de se sortir de leur solitude respective. Même s’il est regrettable que les dix acteurs n’aient pas tous le même temps pour faire briller leur prestation –ce qui est surtout vrai dans le premier court–, ils font tous preuve d’un talent qui leur permet de faire cohabiter une part d’improvisation à des dialogues que l’on devine écrits au cordeau. Dans ces petits jeux de marivaudages post-adolescents, les rapports de force se construisent tous avec une légèreté due au fait qu’aucune arrière-pensée n’apparaît comme malsaine mais semble toujours le fruit de cette naïveté un peu balourde. C’est cette spontanéité, loin des schémas préétablis de la comédie romantique, qui aidera les spectateurs à se retrouver dans ces jeunes adultes en quête d’affection. En plus d’offrir à cette dizaine de débutants une superbe bande-démo, qui leur assurera une visibilité et une potentielle carrière à suivre de près, Contes de Juillet permet également à son réalisateur de nous prouver une nouvelle fois son talent. Dans la droite lignée de son moyen-métrage Un monde sans femmes et de son long Tonnerre, dans lesquels il travaillait déjà avec finesse sur les relations tumultueuses entre ses personnages avec un sens de l’épure remarquable, il réussit à tirer parti de ses décors presque uniques, en l’occurrence un centre de loisirs et un campus universitaire. Malgré des conditions de tournage dignes d’un exercice d’étudiant, sa maîtrise du cadrage, qui parvient à isoler les personnages dans un espace ouvert ou au contraire à les rapprocher dans un huis-clos, est chaque fois au diapason de ce que peuvent ressentir ses personnages, appuyant toujours un peu plus leur fragilité. Un sens de la mise en scène que l’on espère voir mis rapidement au profit d’un nouveau long-métrage aux moyens plus importants, on garde donc l’œil sur les prochains projets de Guillaume Brac. Avoir-alire
Film précédé du court métrage : Le plongeon (10’) de Delphine Le Courtois
Sortie nationale

De Germinal Roaux avec Kidist Siyum Beza, Bruno Ganz, Patrick d'Assumçao, Assefa Zerihun Gudeta, Yoann Blanc
Drame - Suisse/Belgique - 2018 - 01h46

FORTUNA

Fortuna, jeune Ethiopienne de 14 ans, est accueillie avec d’autres réfugiés par une communauté de religieux catholiques dans un monastère des Alpes suisses. Elle y rencontre Kabir, un jeune Africain dont elle tombe amoureuse. C’est l’hiver et à mesure que la neige recouvre les sommets, le monastère devient leur refuge mais aussi le théâtre d’événements qui viennent ébranler la vie paisible des chanoines.  Ceux-ci vont-ils renoncer à leur tradition d’hospitalité ?  Parviendront-ils à guider Fortuna vers sa nouvelle vie ?

Un concentré de poésie et de spiritualité qui s’attache avec dignité à redonner foi en l’humanité. Depuis son premier court-métrage en 2003 Des tas de choses, le réalisateur suisse Germinal Roaux ne cesse de poser un regard interrogateur sur notre réalité contemporaine. Après Left Foot Right Foot, son premier long-métrage où il s’attaque à la dictature de l’apparence qui pousse des jeunes filles à se prostituer pour s’acheter des vêtements de luxe, il choisit cette fois, à travers le parcours solitaire de cette toute jeune fille, d’installer le spectateur en toute humilité et sans prétendre apporter de solutions miraculeuses, dans un espace de réflexion face aux questions que la crise migratoire suscite dans nos sociétés actuelles. Bouleversé par les récits de ces jeunes migrants, mineurs et non accompagnés, qu’il rencontre grâce à sa compagne chargée de les encadrer, il se lance dans l’écriture de son film et découvre que pour pallier le manque de places dans les centres d’hébergements, certains de ces réfugiés sont accueillis au sein de communautés religieuses. Le choix du noir et blanc auquel le réalisateur est fidèle depuis sa première œuvre éclaire en demi-teintes un récit riche de questions essentielles sur notre condition humaine et donne à des personnages en proie aux doutes et à l’adversité mais aussi portés par un profond désir de changement leur part d’ombre et de lumière. La jeune Kidist Siyum Beza, presque novice au cinéma (elle avait déjà tenu un petit rôle dans un film éthiopien), dont le visage transmet seul, sans l’aide de mots, à la fois détermination et fragilité, porte le film haut et fort et habille à l’exacte mesure cette orpheline de toutes les couleurs de la détresse humaine. La lenteur avec laquelle le réalisateur la filme dans ce décor de montagnes magnifiques enneigées, à la fois barrière à l’apparence hostile mais aussi nid douillet, contribue à établir un climat d’apaisement propre à chatouiller gentiment le spectateur. Laissant de côté toute indignation ou même dénonciation, il l’incite à dépasser quelques-unes de ses idées préconçues et lui ouvre les portes d’un monde plus bienveillant, tout auréolé de la sagesse et de la voix posée d’un Bruno Ganz impressionnant de justesse dans ce costume de chef chanoine que l’on jurerait taillé précisément pour lui. Si comme récemment dans le film de Cédric Kahn La prière, la spiritualité est au cœur du récit, elle n’est là que pour voler au secours de repères malmenés par une société de consommation effrénée et nous emmène plus sûrement sur la voie de l’altruisme que sur celle de la religion. Un débat nourri d’arguments brillants et mené avec éloquence et sensibilité par les chanoines, révèle les contradictions auxquelles sont confrontés ces hommes d’Église tiraillés entre leur désir d’accueil et d’ouverture au monde et le devoir de réserve et d’isolement inhérent à leur vocation, nous offrant ainsi un sacré beau moment d’émotion. Qu’avons-nous fait ? Quel est ce monde ? Y a t-il quelque-chose que l’on puisse faire ? Si ce drame poignant n’a évidemment pas la réponse à ces questions, il a, à coup sûr, la belle capacité de nous réunir autour d’idées plus promptes à nous unir qu’à nous diviser. Avoir-alire.com
Sortie nationale / Les RDV d'ATTAC et de la LDH, Rencontre

De Michel Toesca
Documentaire - France - 2018 - 01h50

LIBRE

La Roya, vallée du sud de la France frontalière avec l'Italie. Cédric Herrou, agriculteur, y cultive ses oliviers. Le jour où il croise la route des réfugiés, il décide, avec d’autres habitants de la vallée, de les accueillir. De leur offrir un refuge et de les aider à déposer leur demande d'asile.  Mais en agissant ainsi, il est considéré hors la loi... Michel Toesca, ami de longue date de Cédric et habitant aussi de la Roya, l’a suivi durant trois ans. Témoin concerné et sensibilisé, caméra en main, il a participé et filmé au jour le jour cette résistance citoyenne. Ce film est l'histoire du combat de Cédric et de tant d’autres.

Rencontre avec ATTAC et La Ligue des Droits de l'Homme le vendredi 28 septembre à 20h

Un documentaire qui cerne avec acuité les aberrations de la machine bureaucratique et force le respect par sa sincérité humaniste. Notre avis : Michel Toesca est un réalisateur indépendant ayant tourné des courts, moyens et longs métrages engagés pour la télévision et le cinéma (Démocratie Zéro6). On cherchera en vain dans Libre une tentative de renouveler le documentaire en proposant un travail formel qui se démarque de la production courante. À l’instar de Davis Guggenheim s’effaçant derrière Al Gore dans Une vérité qui dérange, Michel Toesca cerne avant tout le portrait de Cédric Herrou, même si la complicité entre les deux hommes est manifeste, le cinéaste se permettant même des interventions hors-champ. Ainsi, Libre intéressera davantage le juriste et le citoyen que le cinéphile. Cette remarque étant précisée, le documentaire est passionnant dans sa capacité à présenter les aberrations de la machine bureaucratique et force le respect par sa sincérité humaniste. De l’arrivée des premiers migrants dans la vallée de la Roya à la condamnation de Cédric Herrou par la Cour d’appel d’Aix-en-Provence, Toesca filme le combat d’un homme déterminé à apporter son aide à des immigrés épuisés par une marche interminable, les nourrir et leur proposer un hébergement, ou les accompagner pour effectuer une demande d’asile auprès des autorités administratives. Le film ne se focalise pas seulement sur Cédric Herrou et donne aussi la parole à des militants et bénévoles, telle cette infirmière libérale dispensant des soins aux migrants mais ne l’évoquant pas dans son entourage professionnel de peur d’entendre des remarques désobligeantes. Libre est aussi intéressant dans son traitement de la problématique des contradictions et ambiguïtés : flou juridique du territoire de la vallée de la Roya partagée entre la France et l’Italie, expulsion de clandestins dans un train vers le sud de l’Italie, avant qu’ils ne refassent à pied le trajet inverse, volonté de refouler des enfants du territoire français sachant que la loi impose leur protection, mise en exergue de l’idée de frontière, alors que l’espace Schengen l’a supprimée entre la France et l’Italie. Surtout, le documentaire pose la question du libre arbitre face à la nécessité d’aider des personnes en souffrance, tout en respectant la loi et les réglementations, les dispositions de l’État de droit ne permettant pas toujours de trancher ce dilemme. « Pour moi, c’est un film politique, un film sur les droits politiques, question inhérente à notre condition d’être humain. Cédric et moi nous sommes toujours définis comme des citoyens qui réagissent à une situation particulière, et non comme des militants. Ce film est un geste de création qui se pose comme une action de résistance. Le cinéma joue dans ces cas-là un rôle essentiel », a déclaré Michel Toesca. Même si l’on aurait aimé entendre davantage ces hommes et femmes, parfois délaissés au profit de plans privilégiant leur bienfaiteur, Libre est au final un documentaire salutaire qui mérite sa place dans les salles de cinéma. Notons que le 6 juillet 2018, le Conseil constitutionnel a décrété que le principe de fraternité était désormais constitutionnel, et pouvait donc être invoqué dans un tribunal. Cette décision laisse augurer une relaxe de Cédric Herrou en cassation, ce dont nous nous réjouissons. Avoir-alire.com
Rencontre

De Robin Sykes avec Thierry Lhermitte, Rayane Bensetti, Émilie Caen, Lyes Salem, Cassiopée Mayance
Comédie - France - 2018 - 01h26

LA FINALE

Toute la famille Verdi est aux petits soins pour s’occuper de Roland, le grand-père, qui perd un peu la boule ces derniers temps.  Tous sauf JB, l'ado de la famille, qui n'a qu'un seul but :  monter à Paris pour disputer sa finale de basket.  Mais ses parents, bloqués ce week-end-là, lui demandent d’y renoncer pour surveiller son grand-père.  JB décide alors de l’embarquer avec lui… Pendant ce voyage, rien ne se passera comme prévu…

 Rencontre avec France Alzheimer et l’Union Départementale des Associations Familiales 68 le mercredi 19 septembre à 18h dans le cadre de la semaine mondiale Alzheimer. Entrée libre.

Véritable feel good movie, cette comédie sympathique a le mérite de judicieusement doser l’humour et l’émotion, tout en s’appuyant sur un duo d’acteurs impeccable. Divertissant. Premier long-métrage de Robin Sykes, La finale a remporté tous les suffrages lors de sa présentation au festival de la comédie de l’Alpe d’Huez, gagnant notamment le Grand Prix, et le Prix d’interprétation pour Thierry Lhermitte. Il faut dire que les auteurs sont parvenus à tourner une comédie fondée sur des bons sentiments, sans que cela paraisse pontifiant ou moralisateur. En se concentrant notamment sur la caractérisation des personnages, les scénaristes ont réussi à dépasser le stade du simple road-movie pour signer un joli film sur la famille et la maladie. Si le sujet d’Alzheimer ne semble pas vraiment propice à la gaudriole, les auteurs ont écrit une comédie plutôt équilibrée, capable de faire sourire grâce à un comique de situation, tout en distillant progressivement une émotion bienvenue. Le point de départ tient avant tout du cliché, avec ce papy bien beauf perdant la boule qui doit cohabiter avec son petit-fils, sorte d’ado attardé typique d’une certaine génération 2.0. On craint alors le pire, mais finalement, le road-movie à la Rain Man n’est qu’un prétexte pour rapprocher ces êtres qui s’aiment sans vraiment le savoir. Car ce que stigmatise avant tout Robin Sykes, c’est le manque de communication entre les êtres et leur incapacité à tisser des liens par-delà les générations. Alors que le road-movie s’essouffle assez rapidement, le cinéaste nous donne l’estocade dans le dernier quart d’heure avec une révélation dramatique qui relance fortement l’intérêt et permet au passage à Thierry Lhermitte de livrer une prestation de haute tenue. Toutefois, comme le film tient à son statut de feel good movie, il se termine surtout sur une très belle scène, à la fois pudique et sensible qui déborde de tendresse muette. Le spectateur ressort ainsi avec l’envie immédiate de contacter ses proches pour partager quelques bons moments avec eux. C’est la mission humble, mais réussie, de ce métrage qui donne l’occasion à Thierry Lhermitte de retrouver un rôle important après l’excellent La nouvelle vie de Paul Sneijder. Il est accompagné ici du jeune Rayane Bensetti qui livre une prestation proche de celles d’un Kev Adams. Sans être incontournable à cause d’une réalisation impersonnelle et passe-partout, La finale peut toutefois faire l’affaire pour une sortie familiale ou pour égayer un dimanche pluvieux. Avoir-alire

De Veit Helmer avec Kristyna Malérová, Max Mauff, Nino Chkheidze...
Comédie - Allemagne - 2008 - VOST - 01h27

ABSURDISTAN

Dans un village entre l'Europe et l'Asie où vivent 14 familles, le manque d'eau est le problème principal, mais pour les femmes du village, le plus gros problème est leurs maris fainéants qui ne font rien pour remédier au manque d'eau. Elles trouvent alors une solution : faire la grève du sexe.

Projection le vendredi 21 septembre à 20h en partenariat avec le Goethe Institut dans le cadre de l’exposition Mon Nord est Ton Sud organisée par la Kunsthalle de Mulhouse. Tarif :  4 €

Rencontre

De François Prévôt-Leygonie, Stephan Archinard avec Arnaud Ducret, Max Baissette de Malglaive, Alice David, Caroline Silhol, Féodor Atkine
Comédie Dramatique - France - 2017 - 01h38

MONSIEUR JE-SAIS-TOUT

Vincent Barteau, 35 ans, entraîneur de foot d'1,92 m, voit débouler dans son quotidien de célibataire invétéré, son neveu, Léo, 13 ans, 1,53 m autiste Asperger et joueur d'échecs émérite. Cette rencontre aussi singulière qu'explosive va bouleverser l'existence de Vincent et offrir à Léonard la chance de sa vie.

Rencontre avec La Maison de l’Autisme de Mulhouse le dimanche 30 septembre à 14h

C’est un duo improbable, du moins sur le papier. Dans Monsieur je-sais-tout, libre adaptation du roman d’Alain Gillot La surface de réparation (Flammarion, 2015), les réalisateurs François Prévôt-Leygonie et Stephan Archinard mettent en scène la rencontre entre Vincent, un coach de foot bourru et Léo, son neveu atteint du syndrome d’Asperger. Si le sujet n’est pas inédit à l’écran – on pense évidemment au classique «Rain Man» avec Tom Cruise et Dustin Hoffman – le film mélange subtilement le drame et la comédie, la pédagogie d’une pathologie méconnue et la franche rigolade lorsque l’ado renfermé se découvre de surprenantes aptitudes au poste de gardien de but. LCI

De Gaspar Noé avec Sofia Boutella, Romain Guillermic, Souheila Yacoub
Thriller Drame - France - 2018 - 01h36

CLIMAX

Naître et mourir sont des expériences extraordinaires. Vivre est un plaisir fugitif.

Diffusion dans le cadre de séances décentralisées du FEFFS, le Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg (14-23 septembre). Ce film figure dans la Compétition internationale fantastique

Un cocktail explosif de sexe, de violence et de drogue filmé par une caméra sous ecsta. La filmo de Gaspar Noé dessine clairement deux tendances : la veine narrative, dépliée en fictions sulfureuses (Love, Irréversible) et la piste expérimentale où le film est le prétexte à une expérience sensorielle et hypnotique, sans recherche de sens. Climax appartient à cette deuxième catégorie et délivre sa folie séquencée dès les premières minutes, à travers les images télé d’un casting de danseurs, entre deux piles de cassettes vidéo comptant des références macabres et psy du cinéma (Possession de Zulawski, etc.). Un cocktail explosif de sexe, de violence et de drogue. Une fois ce cadre planté, Noé nous donne rendez-vous dans un entrepôt perdu dans un paysage de neige, où nos athlètes sont réunis pour faire la fête, mais vont ingurgiter une drogue par accident. Pour le réalisateur franco-argentin, c’est une nouvelle occasion de donner cours à sa passion du chaos, le même que dans Enter The Void, c'est-à-dire un cocktail explosif de sexe, de violence et de drogue, fondu à une mise en scène vraiment fucked up comme si la caméra elle-même avait pris de l’ecstasy : monde à l’envers, projecteurs rouges, musique électro non-stop (Daft punk), corps désarticulés… Climax est un grand trip assez unique à vivre à 8h30 du matin (l’heure de notre projo), et captivant non pas en raison de sa subversion un peu vieille école. Noé réussit en revanche un dance movie énergique, un vrai-faux film d’horreur (hommage aux Scary Movie et consorts), un collage de statements godardiens très drôles, façon Nouvelle Vague. Finalement, la raison d’être de ce Climax est bien une cinéphilie à tiroirs, agrégée sous forme de plans séquences assez génialement chorégraphiés. Un grand clip pop et orgiaque. Les Inrockuptibles

De John Landis avec John Belushi, Dan Aykroyd, James Brown, Cab Calloway, Carrie Fisher
Comédie Musical - Etats-Unis - 1980 - VOST - 02h15

THE BLUES BROTHERS

Dès sa sortie de prison, Jake Blues est emmené par son frère Elwood chez Soeur Mary Stigmata, qui dirige l'orphelinat dans lequel ils ont été élevés. Ils doivent réunir 5 000 dollars pour sauver l'établissement, sinon c'est l'expulsion.

Diffusion dans le cadre de séances décentralisées du FEFFS. Ce film figure dans la rétrospective John Landis, invité d’honneur du festival 2018

1978 : John Belushi et Dan Aykroyd interprètent Soul Man lors du Saturday Night Live de MTV. 1980 : sortie en salle du Blues Brothers de John Landis emmené par le même duo. Un sketch musical peut-il vraiment accoucher d’un événement cinématographique ? La réponse ci-dessous... 1979, Spielberg réalise 1941 avec John Belushi. 1981, le réalisateur livre le premier Indiana Jones : nous sommes au paroxysme de la grande période des cinéastes du New Hollywood amorcée dans les années 60. Le début des 80’s est donc copieux d’emblématiques projets de metteurs en scène loin d’être oubliés de nos jours. The Blues Brothers, avec le même Belushi et le même Steven Spielberg à la production, est autant l’un des projets du New Hollywood qu’un dessein phare dans la construction d’un système d’exploitation cinématographique aujourd’hui mené par des costards-cravates ayant oublié la liberté créatrice de cette période bénie. Bâti sur quelques McGuffin réellement expédiés, et, il faut bien l’avouer, ne faisant pas toujours dans la délicatesse, le film de John Landis est de ceux qui échappent parfois à leurs auteurs pour se créer une indépendance initiatrice et ainsi dépasser les ambitions basiques, aussi prometteuses soient-elles. Ici, la réalisation est loin d’être la création d’un seul homme, mais bel et bien celle d’une équipe hétéroclite, géniale, sous la houlette d’un chef d’orchestre laissant justement place au melting pot(es). Le résultat est aussi euphorisant qu’une improvisation d’un grand guitariste blues. Ce qui est effectivement manifeste dans le long métrage, c’est cette multitude d’influences artistiques, que résume à elle seule la scène d’achat des instruments chez Ray Charles. Véritable creuset générationnel, le film aurait rapidement pu sombrer dans le fourre tout stérile ; sur le papier, le projet fait d’ailleurs office de "portnawak" débutant sur une mission divine pour les deux frères qui "voient" rapidement la lumière. Le Vatican ira même jusqu’à la "reconnaissance du caractère divin de leur mission". © D.R. © D.R. Les Blues Brothers seraient-ils le symbole du cagotisme envahissant les studios de l’entertainment ? C’est sans compter sur l’équipe susnommée qui, fort de son métissage, va faire dévier le film vers une partition jouissive, autant tournée vers son public que vers un esprit musical dont le fond appelle la forme. Spielberg convoque la nuée de Nazis, Landis les délires destructeurs de Carrie Ficher et le duo Belushi-Akroyd, le gonochorisme culturel qui correspond à l’époque musicale dépeinte et son spectre de toute la culture blues et rock débordante. Des scènes musicales jubilatoires aux séquences proches du non-sens, en passant par les caméos tous plus réjouissants les uns que les autres : tout est un pur bonheur cinéphilique ! Le liant de cette recette ? Exactement le même que l’harmonie musicale brisée par les solos instrumentaux de l’orchestre scandant Jailhouse rock au sein d’un pénitencier : un morceau de bravoure final résumant à lui seul l’esprit d’un film intemporel ! Avoir-alire

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