Films du mois

Sortie nationale / Rencontre, Les RDV de l'UDAF

De
Comédie - France - 2018 -

Les Rebbot-Bohringer, une famille de dingues géniaux. Elle, brune piquante bourrée d’énergie, lui grand gus dégingandé, barbe en bataille, cheveu hirsute. Tous deux arborent le même tee-shirt blanc. Au recto l’inscription « L’AMOUR FLOU ». Les lettres du mot « flou » sont… floues. Au verso « Une famille formidable ». Elle parle vite, avec fougue, porte un soin précieux à choisir chacun de ses mots. Lui affiche une apparence plus détendue. Ils se complètent, se contredisent, s’accrochent, se marrent sans cesse. Ces deux-là sont en tout point conformes aux personnages qu’ils incarnent à l’écran, Romane, et Philippe. Et pour cause. L’amour flou, c’est leur histoire. Celle d’une séparation… réussie. Qui invente un nouveau moyen de vivre la famille. Romane Bohringer et Philippe Rebbot se sont connus voilà douze ans sur un tournage de série, Nos enfants chéris. Se sont aimés, ont donné naissance à deux enfants… chéris, Rose et Raoul. Puis se sont moins aimés. Puis plus du tout. Et ont cherché par tous les moyens du monde à vivre au mieux cette séparation, pour leur fils et leur fille. Romane Bohringer confie à Marianne: « L’image d’Epinal de la famille, c’était le rêve de ma vie : rencontrer quelqu’un qui devienne le père de mes enfants, et mener le voyage jusqu’à son terme avec lui. Par ailleurs, j’étais totalement bouleversée à chaque fois que je voyais un petit garçon, une petite fille, traverser une rue avec un sac sur le dos pour aller de chez papa à chez maman. J’ai toujours trouvé ça assez barbare, inenvisageable. Ça a donc été très dur de me faire à l’idée que c’était terminé. » Philippe Rebbot lui emboîte le pas : « Oui c’était terrible que l’histoire capote. Mais encore pire, l’idée de me décoller de mes enfants ». Une seule question qui vaille donc : « Comment on fait ? » Alors qu’ils mettent en vente la maison familiale de Montreuil, ils tombent sur un projet immobilier de construction d’immeuble neuf, composé de plateaux nus. Ils décident d’y poser leurs valises… et de devenir voisins. Chacun son appartement et, au milieu, un « sas », une partie commune, celle des enfants, qui passeront de l'un à l'autre au gré de l'organisation consignée sur un grand panneau - mais pour le moins anarchique. Ou "comment se séparer ensemble" ! Un projet qu'ils reconnaissent volontiers "cinglé", mais génial… et tellement cinématographique ! Des copains leur suggèrent d’en faire un film. Ils font venir à eux une bande de proches, chef opérateur, ingénieur du son, et se mettent à l’écriture. Tous ont vu le début de leur histoire, sur un plateau, ils filmeront la fin de cette histoire. « Je trouvais cette idée géniale, s’enflamme Romane Bohringer. Je voyais une histoire formidable, une grande comédie. » « Et moi à la rigueur un DVD souvenir pour nos gosses, un objet où nos enfants pourraient continuer de voir leurs parents en vie», glisse Philippe Rebbot. Une caméra les suivra donc dans chaque étape de cette séparation/ reconstruction, de ce déménagement/ réemménagement. Depuis les cartons de la maison commune jusqu'à la réinstallation. Mieux qu’un documentaire, un carnet de bord à distance, où tout, ou presque, est vrai. « Un objet inspiré de la réalité mais voulant sans cesse s’en extirper dans la drôlerie, la joie, la fantaisie », clame Romane. Une trace précieuse. Voici donc l’histoire d’un type de 53 ans, « marxiste lennoniste », qui se balade en skate flanqué de son basset hound, et d’une grande amoureuse de 44 ans. Celle « d’une affective et d’un cérébral, qui n’ont pas la même façon de voir la vie et ont mis dix ans à s’en rendre compte ». Une comédie fine, bourrée de fantaisie et aux dialogues joliment troussés. Elle mêle scènes d’une drôlerie folle (la compét des parents, armés de porte-voix, pour attirer leurs enfants à table à coups de « pasta à papa » et de glaces, les conquêtes de l’un qui croisent celles de l’autre...) et d’une émotion à vous tordre la gorge. Tout en évitant l’impudeur ou l’exhibition, même si chacun y joue son propre rôle : lui, elle, leurs enfants, mais aussi leurs parents, frères et sœurs (mention spéciale aux scènes d’annonce de leur séparation à leurs familles respectives : Lou, Richard Bohringer, la maman de Romane d’un côté, Jean-Claude Rebbot son père et les frères de Philippe de l’autre). Dans une séquence finale, à Romane Bohringer qui sanglote : « On a tout raté », Philippe Rebbot répond : « Mais pas du tout ! On a été amis, amoureux, amants, partenaires, et maintenant on est une famille ». Marianne
Film précédé du court métrage : Règlement de contes (2’20) de Matthieu Ponchel et Julien Cheminade
Sortie nationale

De
Drame - France - 2016 -

Entre Europe et Afrique, un voyage poignant sur la solitude et le déracinement en compagnie d’un duo de comédiens à la justesse émouvante. Notre avis : Ex technicien de cinéma, Philippe Faucon passe à la réalisation en 1989 avec L’amour qui relate les premières amours d’une bande d’adolescents en région parisienne et remporte le Prix Perspective du Cinéma Français au Festival de Cannes. Après quelques téléfilms pour Arte, il consacre l’ensemble de son œuvre à un thème qui ne le quittera plus : celui de l’immigration. Ainsi, après Samia, chronique d’une jeune fille qui cherche à s’affranchir du poids d’une famille algérienne trop traditionaliste, puis Fatima (César du Meilleur Film en 2016) , portrait d’une mère qui se sacrifie pour offrir un avenir plus sûr à ses filles, il se penche maintenant avec une rare délicatesse sur la solitude de ces travailleurs venus exécuter quelques travaux ingrats sur notre territoire dans l’espoir d’assurer une vie meilleure à leur famille restée au pays. Au-delà de tout discours autour de la vague migratoire de populations contraintes d’affronter une mer ogresse pour tenter de se mettre à l’abri de conflits de tous ordres, il dresse, avec la précision d’un artisan-ciseleur, le portrait magnifique d’un homme tout de droiture et de dignité qu’il entoure d’une multitude de destins confrontés à cette douleur de l’isolement. Car le cinéma de P. Faucon ne se résume pas qu’à l’observation de faits de société. Avec une sincérité désarmante, il pose un regard infiniment respectueux sur chacun de ses personnages et en découvre à petites doses l’unicité. Les corps, les gestes, les visages, les regards expriment bien plus que les rares paroles de ceux qui, entre besognes épuisantes et contrats à la limite de la légalité, sont condamnés à l’invisibilité et au silence. Amin et ses frères de galère vivent éternellement partagés entre deux continents, deux vies, deux cultures. Pendant que le doux Abdelaziz, le plus âgé de tous, exploité par des chefs sans foi ni loi, se débat entre ses enfants d’ici qui ne connaissent même pas le Maroc natal de leur père et sa famille de là-bas qui désormais le rejette, l’apparente sérénité du film soutenue par une mise en scène qui esquive toute dramatisation se met au diapason du personnage d’Amin, (l’impressionnant et charismatique Moustapha Mbengue aussi touchant dans la retenue que dans la découverte du bonheur). Ce taiseux et discret en France, devient solaire dès qu’il revient chez lui même si les retrouvailles avec sa femme avec qui il vit « en décalé » et des enfants qu’il ne voit pas grandir ne sont pas simples. Fort d’une rayonnante humanité, le récit s’articule entre pays d’accueil et pays d’origine et nous confronte directement aux difficultés d’Aïcha, la femme d ’Amin. Elle se rebelle contre la soumission que veut lui imposer sa belle-famille qui estime qu’elle est incapable de se débrouiller seule et profite de la situation pour s’instaurer avec autorité chef de chantier dès qu’il s’agit de surveiller les travaux d’une maison financés par l’argent qu’Amin rapporte (caché dans ses chaussettes pour éviter tout problème douanier lors de ses voyages en avion) et tord ainsi le cou aux clichés sur la résignation des femmes africaines. Un cut immédiat nous ramène en France où, dans sa vie de contraintes, Amin bénéficie enfin d’une parenthèse de douceur. Alors qu’il effectue des travaux chez elle, il rencontre Gabrielle (Emmanuelle Devos éclatante d’authenticité), une jeune femme apparemment libre et assurément dénuée de tout à priori avec qui il entame une liaison amoureuse. Tout juste divorcée, elle vit seule quotidiennement harcelée par un ex-mari malveillant qui dresse leur fille contre elle à coup de menaces et de propos racistes. Ces deux-là mettent en commun leurs déserts affectifs et tout en nous offrant des images d’une belle sensualité pudique apprennent à se réchauffer le corps et le cœur. Grâce à un style épuré qui ne laisse aucune place au sensationnalisme, Philippe Faucon réussit une une œuvre d’une sensibilité et d’une cohérence remarquables. Maître de l’émotion judicieusement distillée, il parvient sans peine à nous sensibiliser au sort de ces exilés de la vie quels qu’ils soient. Avoir-alire
Sortie nationale

De
Comédie Dramatique - France - 2018 - -

Une touchante chronique entre intime et social. Le film de Guillaume Senez s’ouvre sur un drame : la femme, part, un beau jour, sans prévenir. Olivier (très beau rôle incarné par Romain Duris), seul avec son fils et préoccupé par les combats sociaux qu’il mène au travail, tente alors de trouver un nouvel équilibre… Un deuxième long métrage sensible qui sonne juste. Elle est partie. Comme ça, sans prévenir. Elle n’est pas allée chercher les enfants à l’école, elle a pris ses affaires, et n’a rien laissé, pas un mot, pas une lettre, juste du vide et des questions. Olivier, son mari, n’a rien vu venir, débordé par son boulot de contremaître, plus préoccupé par le mal-être de son équipe et les pressions de ses supérieurs que par le spleen de sa femme. Ce beau film sensible et vibrant, sélectionné à la Semaine de la critique, s’ouvre d’ailleurs sur le cas de l’un des collègues d’Olivier, jugé trop vieux, trop faible, plus assez performant. L’entreprise n’a pas le temps de le licencier : l’homme se suicide avant. Ce drame inaugural, comme une blessure ouverte d’emblée, avant même de faire véritablement la connaissance des personnages qui le peuplent si bien, donne le ton du film : un équilibre fragile, mais dignement tenu, entre les grandes douleurs et la grisaille quotidienne, entre la chaleur des liens affectifs et les froides rigueurs des vies ordinaires, tout un maillage de contraires et de contraintes, d’injustices, de colères, de tendresses et d’usure. Ce suicide, autour duquel tous se rassemblent, tentent de se soutenir, a-t-il joué son rôle dans le départ de la femme d’Olivier ? Partir, pour ne pas mourir là, dévorée par le murmure insistant de la dépression, était peut-être le seul choix possible. Guillaume Senez (dont on avait aimé le premier film, Keeper, en 2015) laisse l’explication en suspense, et se contente de quelques scènes douces ou dures avec elle, au tout début du récit : l’optimisme naïf d’un conte, au chevet de ses deux enfants – touchants et justes, comme on en voit peu au cinéma – mais aussi une crise de larmes, dans l’intimité de la salle de bains, ou encore un évanouissement brutal, dans la boutique où elle travaille. Héros faillible. Quelques indices, et puis s’en va, en nous laissant seuls avec Olivier et sa progéniture, dont il ne sait trop quoi faire, au début, comme une version un peu prolo du Dustin Hoffman de Kramer contre Kramer. Olivier, c’est Romain Duris, dans l’un de ses plus beaux rôles à ce jour. Il habite avec ferveur ce héros faillible, pivot essentiel, profondément attachant, au croisement de l’intime et du social. Rares sont les films qui mêlent si bien les mondes, le dedans et le dehors, la chronique d’une famille ébranlée, mais aussi les solidarités et les violences de la vie au sein d’une entreprise. Tout sonne juste : l’affection électrique entre Olivier et sa sœur comédienne (Laetitia Dosch, lumineuse), la détresse rêveuse des bambins, autant que les violences sournoises du management moderne. Toutes les « batailles » de la vie. Télérama
Sortie nationale

de Anja Kofmel
Animation Documentaire Drame - Suisse/Croatie/Allemagne/Finlande - 2018 - VOST - 1h25

CHRIS THE SWISS

Croatie, janvier 1992. En plein conflit yougoslave, Chris, jeune journaliste suisse, est retrouvé assassiné dans de mystérieuses circonstances. Il était vêtu de l’uniforme d’une milice étrangère. Anja Kofmel était sa cousine. Petite, elle admirait ce jeune homme ténébreux. Devenue adulte, elle décide d’enquêter pour découvrir ce qui s’est passé et comprendre l’implication réelle de Chris dans un conflit manipulé par des intérêts souvent inavoués.

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Qu’est-il arrivé à son cousin, reporter de guerre mort au front ? En croisant images et animation, la réalisatrice revient sur les heures sombres et la part d’ombre d’un conflit et d’une histoire familiale. Une révélation de la Semaine de la critique. C’est une enquête passionnante, une réflexion sur les horreurs de la guerre, un thriller, un voyage initiatique entremêlé de séquences d’animation d’une beauté funèbre. La Suissesse Anja Kofmel a construit son film hybride, profondément original, sur un sujet dense, à la fois très personnel et universel, en partant d’une question qui l’accompagne depuis son enfance : qu’est-il arrivé à son cousin Chris, correspondant de guerre, mort assassiné en Croatie, dans un champ de bataille glacé, en janvier 1992 ? Il y a bien des manières de dessiner un portrait, et la réalisatrice puise autant dans la palette de l’art que dans celle du documentaire, pour tenter de percer les mystères de Christian Würtenberg, ce jeune homme fasciné par le danger, lancé sur tous les fronts, au sens littéral du terme, jusqu’à ce que sa passion le dévore, à 26 ans. On refait avec elle le chemin de la Suisse à Zagreb, retour sur les lieux du dernier conflit de « Chris the Swiss », la guerre civile en ex-Yougoslavie. De témoignages en lieux encore hantés, équipée des carnets de note de son cousin, elle reconstitue pas à pas, route après route, le quotidien dément et téméraire des journalistes spécialisés, mais nous plonge aussi dans le bourbier complexe d’un grand trauma européen, où rien ni personne n’est épargné, pas même l’héroïque figure familiale. Reporter, aventurier, voire agent secret, personnage équivoque engagé dans une milice internationale pro-croate d’extrême-droite ayant commis des horreurs, ou bien héros de l’info infiltré ? Qui était vraiment Chris ? D’une rencontre à l’autre, de troubles vérités se révèlent, qu’Anja Kofmel ose frotter à son deuil familial et à son propre imaginaire, comblant les vides et déployant ses émotions grâce à de splendides cauchemars animés en noir et blanc, où la mort se présente sous l’apparence d’une nuée menaçante, orage de mouches vibrant toujours plus près de la ligne claire des paysages et des personnages. Elle se représente elle-même, enfant, aux prises avec ce cauchemar qu’elle s’entête aujourd’hui à explorer. Dans cet union de l’intime et de l’historique, dans cette déclaration d’amour sans concessions, paraissent aussi, troubles et bouleversants, toutes les victimes d’une guerre sale. Une révélation. Télérama
Sortie nationale / Séance à la demande pour les scolaires, Rencontre

De Nicolas Champeaux, Gilles Porte avec Winnie Mandela
Documentaire - France - 2018 - VOST - 01h43

LE PROCES CONTRE MANDELA ET LES AUTRES

L’histoire de la lutte contre l’apartheid ne retient qu’un seul homme : Nelson Mandela. Il aurait eu cent ans cette année. Il s’est révélé au cours d’un procès historique en 1963 et 1964. Sur le banc des accusés, huit de ses camarades de lutte risquaient aussi la peine de mort. Face à un procureur zélé, ils décident ensemble de transformer leur procès en tribune contre l’apartheid. Les archives sonores des audiences, récemment exhumées, permettent de revivre au plus près ce bras de fer.

Rencontre avec La Ligue des Droits de l'Homme le vendredi 26 octobre à 20h

Un documentaire exhume les enregistrements du procès emblématique de l’Afrique du Sud de l’apartheid, en 1963-1964, et donne la parole aux derniers survivants. Il y a les voix de ces hommes dans la salle d’audience, sur lesquels plane la mort. Ces voix si proches, étonnamment chaudes. Leur ton déterminé. Leur calme. Dans L’Etat contre Mandela et les autres, documentaire très applaudi lors du dernier festival de Cannes et qui doit être projeté dans les salles françaises en octobre, il est question de violence, de racisme, de lutte armée. A la fin, c’est pourtant l’humanité et la résolution des accusés qui l’emportent. Ces accusés sont ceux du procès de Rivonia, dans l’Afrique du Sud de l’apartheid. Ils sont dix, dont Nelson Mandela, jugés en raison de leur engagement contre le pouvoir blanc. Certains appartiennent au Congrès national africain (ANC), d’autres pas. Ils savent qu’ils risquent la peine capitale. Ils savent aussi qu’ils sont « du bon côté de l’histoire », comme le dira l’un d’entre eux. Alors ils répondent soigneusement aux accusations. Ils décrivent une partie de leurs intentions (essentiellement des actes de sabotage), admettent vouloir combattre le pouvoir raciste par les armes mais sans faire de victimes, préférant les dynamitages d’infrastructures, la nuit, aux bombes placées au milieu des foules. Ils ont peaufiné, ensemble, leur stratégie pour le prétoire. Ils savent que la pendaison est sans doute au bout du verdict, mais d’ici là, la parole ne leur est pas ôtée. Alors autant faire du banc des accusés une plateforme politique. L’année est 1963. Le procès de Rivonia, du nom d’une ferme au nord de Johannesburg, achetée par des sympathisants communistes pour y établir le quartier général clandestin des partisans de la lutte armée et où la police a effectué un coup de filet ravageur l’année précédente, vient de commencer. Il durera neuf mois et sera enregistré par un procédé technique en vogue à l’époque et disparu depuis, le Dictabelt. Il en subsiste 591 bandes en vinyle bleu, soit 256 heures d’enregistrements, enfermées pendant un demi-siècle au fond des archives, puis sauvées. Cette montagne sonore permet de rendre palpable de façon presque troublante l’intensité de ce moment historique. Les voix, la bande-son de Rivonia, voilà le matériau premier du documentaire de Nicolas Champeaux et Gilles Porte, sa « colonne vertébrale », comme ils disent. Il a fallu une bonne dose de hasards et d’imprévus pour que ce film parvienne à voir le jour. Il a fallu, notamment, que ces enregistrements sortent de la poussière des archives. Les bandes étaient devenues illisibles, faute de machines pour les lire. Une première tentative pour les transcrire sur d’autres formats en avait abîmé certaines. Puis Henri Chamoux, historien et inventeur de l’archéophone, un appareil mis au point pour lire ce matériau fragile sans l’endommager, s’est attaqué au sauvetage des voix de Rivonia. Les bandes bleues sont même devenues un enjeu de coopération entre la France (qui s’est impliquée dans l’opération technique) et l’Afrique du Sud, qui s’est vu transmettre, peu à peu, les heures numérisées de débats, interrogatoires et plaidoiries. Les réalisateurs sont venus plusieurs fois en Afrique du Sud pour interviewer les derniers accusés (ils étaient trois au début du film, puis deux lorsque Ahmed Kathrada est décédé, en mars 2017), leurs avocats et leurs proches. Nicolas Champeaux a été correspondant pour Radio France internationale (RFI) à Johannesburg. Il s’était déjà plongé dans l’histoire saisissante de ces figures de la lutte anti-apartheid. L’enjeu était aussi de voir, à présent, ce que pouvait signifier, pour les survivants de Rivonia, le frisson du retour à ces neuf mois d’épreuves survenues cinq décennies plus tôt. Il s’est alors passé des choses étonnantes. Lors du verdict, en 1964, l’épouse de Nelson Mandela, Winnie, portait ce chapeau cloche bien comme il faut qu’on ne lui verra plus jamais. Rivonia sera sa mutation, sa transformation en héroïne de la lutte, la première fois qu’elle criera « Amandla ! » (« tout le pouvoir »). Elle le raconte, le mime, le vit. Lorsque Nicolas Champeaux et Gilles Porte lui font écouter des bouts d’enregistrement de ce procès qui changea sa vie, elle se met à parler, fiévreusement. A l’écran, on la voit lever le poing avec cette énergie, sa force de conviction solaire. Elle découvre aussi le témoignage à huis clos de Bruno Mtolo, un « sell out » (vendu), camarade retourné par la police, venu témoigner contre les siens. Et elle conclut, avec une tristesse infinie : « Ce fut un choc terrible pour nous. On pensait qu’on pouvait faire confiance à tout le monde. » Ce sera l’un des grands drames de sa vie, également, et, lors de son décès, le 2 avril, l’un des thèmes de discussion autour de son héritage. L’Etat contre Mandela et les autres, où elle fait l’une de ses toutes dernières apparitions, apparaît aussi, au passage, comme un petit traité d’histoire humaine. Ainsi, que penser de Percy Yutar, l’implacable procureur, décédé depuis longtemps dans la honte et l’oubli ? Sa voix est inoubliable. Dure, précise, appliquée. Son fils a accepté, avec courage, d’entendre ce père qui s’était fait la voix de l’apartheid. Il tente de le défendre, explique qu’il était juif, en proie à l’antisémitisme ordinaire de cette époque, qu’il voulait briller. Les arguments s’effondrent. Peut-être David Yutar n’a-t-il jamais saisi ce que l’époque avait fait à des hommes comme son père, ni ce que des hommes comme son père avaient fait à l’époque. Il n’est pas le seul à être submergé par l’émotion. Il y a aussi des larmes dans les yeux des vieillards valeureux qui étaient sur le banc des accusés, confrontés à la douleur-fantôme de ces moments lointains, soudain si proches. Des souvenirs émergent, ils brûlent. Il faut entendre l’interrogatoire d’Ahmed Kathrada, invité à raconter son voyage en Angleterre, avant d’être arrêté, et son émotion le jour où il entra dans un restaurant de Londres et put faire cette chose inédite pour lui : « Commander une tasse de thé. » C’est dans ce procès destiné à déshumaniser les accusés en en faisant des « terroristes » que, justement, éclate leur humanité. Finalement, une fissure s’opère dans la coque des récits héroïques. Car les grands événements de la lutte contre l’apartheid, avec le temps, se sont ossifiés, codifiés, et font partie du discours national. Mais en regardant L’Etat contre Mandela et les autres, on comprend mieux comment les accusés ont fonctionné. Du début jusqu’à la fin du procès, ils ont été soudés en collectif, choisissant de faire de Nelson Mandela leur représentant parce qu’il était le plus brillant orateur, l’autodidacte Walter Sisulu étant moins à l’aise en public alors que sa pensée politique était sans doute le véritable moteur du groupe. George Bizos, l’avocat de Mandela, devenu lui aussi, par effet de proximité, une célébrité de l’histoire sud-africaine, résume : « C’était l’homme sage de l’ANC. Mandela ne prenait aucune décision sans le consulter. » Ce sera donc la vedette Mandela, habitué des salles d’audience, qui prononcera la célèbre déclaration de Rivonia : « Pendant toute ma vie, j’ai combattu la domination blanche et j’ai combattu la domination noire. J’ai chéri l’idéal d’une société libre et démocratique, dans laquelle tous puissent vivre en harmonie et avec les mêmes opportunités. C’est l’idéal auquel je souhaite consacrer ma vie et voir se réaliser de mon vivant, mais, Votre Honneur, si nécessaire, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir. » Ahmed Kathrada, réfléchissant plus de cinquante ans plus tard à la portée de leur ligne de défense, laquelle ne déviera pas d’un iota pendant tout le procès, a ces mots : « Nous n’étions pas une minorité, nous n’étions pas menacés d’extermination. Cela faisait toute la différence et cela nous donnait de la force. » Pour accompagner les enregistrements sonores avec délicatesse, les réalisateurs ont opté pour une animation à la fois forte, suggestive et toujours discrète. Les lignes de l’illustrateur Oerd van Cuijlenborg tracent des suggestions, des envolées de robe noire de procureur comme le fond de la nuit de l’apartheid. On entend des papiers qu’on rassemble sur un bureau, le bruit de l’eau qui emplit, lentement, un verre sur la table du procureur en train d’attaquer, sans relâche, ces hommes qui ne rompent pas. Le Monde

divers
Court-Métrage - Divers - 2018 - VOST - 2h

PRIX SNCF du Polar festival sans nom 2018

Les Polars se remettent sur les rails à Mulhouse à l’occasion du Festival Sans Nom.

Partenaire de l’événement depuis l’origine, la SNCF s’associe cette année encore à ce festival organisé à Mulhouse du 18 au 21 octobre. À l’occasion de cette 6ème édition, toujours consacrée au roman policier, nous attendons les férus du genre policier autour d’une séance polar et de surprises pour les voyageurs…

Cinéphiles avertis ou débutants, vous aimez frissonner ?
Le Prix SNCF du Polar est le seul prix décerné à 100% par le public.
7 courts métrages sont en compétition venus de France, des Etats-Unis, du Royaume-Uni, du Mexique et de Russie.
Des polars et des voyages SNCF sont à gagner immédiatement par tirage au sort au cours de la soirée. Pour cela, il suffit fe voter pour ses courts préférés en fin de séance.

le jeudi 18 octobre à 20h : projection des polars SNCF, vote des spectateurs et jeu concours avec tirage au sort le soir-même ! 

Entrée libre

divers
Court-Métrage - Divers - VOST -

LAUREATS POLAR SNCF Festival sans nom 2018

Projection de courts métrages de polar lauréats du prix SNCF pour découvrir les perles des années précédentes dans le cadre du Festival sans nom.

Le samedi 20 octobre à 18h

Avant-Première, Mulhouse loves Japan

De
Animation - Japon - 2018 - VF / VOST -

Le dimanche 28 octobre à 15h : présentation du film et de l'oeuvre de Mamoru Hosoda par la librairie Canal BD Tribulles qui sera présente avec un stand mangas !!!

Une chronique familiale aussi surprenante qu'émouvante, par le réalisateur des Enfants loups. Une ritournelle pop, une ville vue du ciel, une série de photos de famille... En quelques secondes, Miraï, ma petite sœur place le curseur de l'émotion dans le rouge, à l'instar de Là-haut : la comparaison entre le nouveau film de Mamoru Hosoda (Les Enfants loups) et la plus grosse chialade de Pixar n'est pas fortuite. Les deux films commencent comme des chroniques réalistes avant de s'embarquer pour les loopings d'une grande aventure animée. Jugez-en plutôt : Kun, un petit garçon, voit sa vie perturbée par l'arrivée d'une petite sœur. Après une grosse colère, il se réfugie dans le jardin familial et de là s'embarquera pour de fréquents voyages dans un monde magique... A partir de ce postulat, Miraï, ma petite sœur accepte tout sauf d'être prévisible. Pas de structure en trois actes, de schéma paresseux, de gimmick de scénariste ou de "voyage du héros" usé à la corde. Hosoda refuse d'être facile, ce qui déroutera peut-être les spectateurs s'attendant à un film d'aventures pour toute la famille : un paradoxe tant Miraï est un film purement familial qui traverse et qui transcende tous les âges. D'une richesse incroyable, le métrage passe donc d'un registre à l'autre, du réalisme au fantastique, parfois dans la même séquence ou le même plan. S'il se disperse parfois comme par peur de ne rien rater et de tout concentrer (on passe d'un flashback pendant la Seconde guerre mondiale à une séquence dingo dans une gare au sein d'un univers parallèle), Hosoda parvient avec ce magnifique Miraï à concentrer l'une des forces essentielles du cinéma d'animation : mettre tout l'univers d'un film sur le même niveau de réalité. Première
Mulhouse loves Japan

De
Animation - Japon - 2018 - VF / VOST -

Après un accident de voiture où elle a perdu ses parents, Okko est recueillie par sa grand-mère dans son auberge de province, habitée par de… jeunes fantômes bienveillants. Elle va apprendre que c’est en prenant soin des autres que l’on guérit de ses propres douleurs… Le cinéma japonais a toujours su (mieux qu’aucun autre ?) traiter de l’enfance et du deuil. Grâce à l’animation, de tels sujets prennent un trait encore plus délicat, comme dans ce premier long métrage de Kitaro Kosaka, qui est loin d’être un débutant puisqu’il fut aux commandes artistiques de plusieurs films de Miyazaki et de Takahata. Quelle grâce dans la peinture de ce quotidien où la féerie s’invite avec une fantaisie sereine ! Et quelle belle narration, alliant énergie de la modernité et sagesse de la tradition. Délicieuse gosse pleine de vie et d’empathie, Okko est l’une des plus ­jolies héroïnes animées rencontrées depuis longtemps. Quand, face à l’homme responsable de son malheur, ses grands yeux noisette se remplissent soudainement de larmes, mais qu’elle sourit tout de même, l’émotion est réelle. Télérama
Mulhouse loves Japan

De
Animation - Japon - 2017 - VF / VOST -

Le somptueux film d’animation de Hiromasa Yonebayashi renoue avec l’innocence et la joie des premières œuvres du studio de Miyazaki. L’histoire de Mary et la fleur de la sorcière débute par une chute pour mieux parler ensuite d’un envol. Une sorcière aux cheveux fous court à perdre haleine et enfourche son balai pour fuir une cité par-delà les nuages. A hauteur d’arbres, elle perd le contrôle, éparpille son butin et tombe. Blackout. Une jeune fille s’ennuie chez sa tante, dans la grisaille d’un village de Grande-Bretagne. Pour s’occuper dans cette maison hors du temps, Mary doit sortir, fureter, se perdre. Alors qu’elle explore les bois voisins un jour de brume, elle débusque le trésor dispersé plus tôt. Une fleur mauve, dont le suc forme une mixture magique animant le vieux balai qu’elle a extirpé des racines d’un arbre centenaire. Expédiée dans les airs, elle se laisse conduire jusqu’à une île flottante où l’attend une académie de sorcières. Mary, trop pétillante et empressée pour le placide hameau, renaît au contact de ce néo-Poudlard chatoyant où s’agite un bestiaire loufoque, fait d’homoncules et de ragondins attifés en Robin des bois. Sous la protection d’une directrice replète et d’un occultiste fou, elle endosse le rôle de petit singe savant adulé de tous. Elle s’y épanouit le temps d’une nuit, avant que le sortilège ne se dissipe et sonne le retour du réel. Son second voyage magique sera moins heureux et le troisième carrément catastrophique, le film suivant le rythme de ses courbes sinusoïdales, scandé d’élévations et de redescentes. En septembre 2013, quand Hayao Miyazaki annonce sa retraite, un vide terrifiant s’empare du studio Ghibli, havre d’excellence de l’animation japonaise. Les équipes, KO debout, s’attendent à être licenciées une fois sorti le dernier long métrage en production. C’est à Hiromasa Yonebayashi, réalisateur de Souvenirs de Marnie, qu’il revient d’éteindre la lumière en sortant. Arrivé en tant que simple intervalliste près de vingt ans plus tôt, Yonebayashi a gravi les échelons de Ghibli jusqu’à devenir l’un des rares à qui le triumvirat Miyazaki-Takahata-Suzuki osait confier des longs métrages. Mais pas au point d’en faire leur successeur désigné. Février 2018 : Miyazaki s’est remis à pied d’œuvre, le studio embauche et Yonebayashi sort Mary…, son premier film hors du cocon Ghibli. Usé par des mois d’attente inquiète, il a quitté la boutique fin 2014 pour fonder sa propre structure, baptisée Ponoc, avec le producteur Yoshiaki Nishimura. En partant, ils ont exfiltré nombre de petites mains de Ghibli. Scénaristes, animateurs, coloristes… 80 % de la nouvelle équipe s’est formée à l’école Miyazaki et ça saute aux yeux. Jamais, durant l’heure et demie que dure Mary et la fleur de la sorcière, on ne parviendra à se départir du sentiment de cette écrasante paternité. La forêt est l’œuvre de Kazuo Oga, l’homme des tapisseries sylvestres de Totoro et Princesse Mononoké. Et si les monstres aquatiques ressemblent tant à ceux de Ponyo, c’est que Yonebayashi était lui-même chargé de ces scènes dans le film de Miyazaki. Au détour de chaque plan se cache un fantôme. Et des attentes probablement démesurées, peut-être injustes. Somptueux visuellement, privilégiant le dessin manuel dans un secteur où la 3D écrase tout, le film transpire d’un savoir-faire d’autant plus exceptionnel qu’il semble en voie de perdition. Cette maîtrise technique lui confère sa beauté organique et charge le moindre mouvement d’une force hypnotique. Ainsi, on s’abîme dans la contemplation des claquements d’une robe dans le vent ou des nuances de rose d’un bosquet fleuri. La performance est d’autant plus hallucinante qu’elle est l’œuvre d’un studio nouveau-né qui n’a eu pour toute répétition qu’une publicité de quelques secondes pour une compagnie ferroviaire. En adaptant un roman fantastique de la Britannique Mary Stewart, The Little Broomstick, Yonebayashi a tenté d’éloigner son film du Japon et de son folklore. Il pioche ainsi joyeusement dans divers imaginaires, de Lewis Carroll à J.K. Rowling. Mais son assemblage composite peine à surprendre et le film est sans cesse rappelé au même point de gravité : les œuvres de Ghibli, et plus précisément celles des premières années du studio, lorsque la petite sorcière s’appelait Kiki et partait à la découverte du monde dans une relative insouciance. Plein de fougue et de mouvement, parcouru d’un souffle d’aventure à l’innocence contagieuse, le film de Yonebayashi est à l’image de son personnage. En expliquant que l’acceptation de soi ne passe pas par le besoin de se conformer au regard des autres, la fable ne cache pas qu’elle se destine avant tout à un public enfantin. A bien des égards, cette candeur peut se lire comme une réponse de la jeunesse à la vieillesse. Un retour aux sources, vers la partie joyeuse et lumineuse des œuvres de Miyazaki et Takahata. «Vers la fin, les projets sur lesquels travaillait Ghibli racontaient des histoires de séparation, de départ, expliquait Yonebayashi dans un entretien à The Verge. Miyazaki avait 76 ans et Takahata, 82. Le Conte de la princesse Kaguya et Le vent se lève étaient presque le reflet de l’étape de la vie des deux cinéastes. […] Au contraire, lorsqu’ils étaient jeunes, ils évoquaient plein de sujets différents, des rencontres joyeuses entre les personnages.» Voilà le projet de Yonebayashi : revenir à la joie et à l’aventure. Les adultes y trouveront moins leur compte, mais le film ne leur est pas destiné, en quelque sorte. Le mot «ponoc» est emprunté du croate et signifie «minuit». L’heure où fin et début se confondent. Peut-être ce premier film hors les murs est-il aussi un message d’adieu à Ghibli et l’aube d’une nouvelle école.Libération
Mulhouse loves Japan

De
Animation - Japon - 2018 - VF / VOST -

Le mardi 23 octobre à 10h : la librairie Canal BD Tribulles sera présente avec un stand mangas !!!

Une histoire forte, dure et terriblement actuelle, sublimée par une mise en scène pleine de charme. Adapté du manga de Yoshitoki Oima, Silent Voice est le premier long-métrage d’une jeune réalisatrice japonaise très prometteuse : Naoko Yamada. À seulement 33 ans, la cinéaste n’a rien à envier aux grands de l’animation japonaise. En témoigne ce récit brut et brutal racontant l’histoire d’amour tragique entre Ishida, un jeune homme impulsif et violent, et Nishimiya, une adolescente sourde muette qui rêve d’amour et d’amitié. Le récit est construit sur deux temporalités : la première, qui ne dure pas plus d’une demi-heure, se déroule à l’école primaire : Nishimiya est une nouvelle élève. Elle connaît la langue des signes, mais pas ses camarades. Alors, pour communiquer avec eux, elle leur demande de lui écrire dans un cahier de conversations. Mais si Shōko essaye de s’intégrer, de parler à voix haute comme les gens « normaux », sa différence effraie ses camarades, et particulièrement Ishida, qui l’humilie à longueur de journée, jusqu’à passer en conseil de discipline. La seconde temporalité est celle des remords et de la rédemption : Ishida a décidé d’apprendre la langue des signes et de retrouver Nishimiya dans l’espoir de se faire pardonner. Mais toujours le passé plane au-dessus de la tête comme une ombre, comme un nuage noir près de se déchirer en orage. Les enfants de la première demi-heure sont devenus des adolescents. Séparés cinq ans durant, ils se retrouvent et se déchirent encore, alors que Ishida peine à adresser la parole à celle qu’il avait persécutée. Beaucoup lui reprochent de vouloir à tout prix soulager sa conscience. Pourtant, tout comme Nishimiya, que son handicap met à l’écart de la société malgré le soutien de sa sœur et de sa mère, Ishida va mal. Si mal qu’il fait plusieurs tentatives de suicide. Si mal qu’il ne parvient plus à vivre avec les autres, et à les regarder en face : leurs visages existe sans exister, dissimulés par une croix violette. C’est ce parcours sur le chemin de la guérison psychologique et du pardon que Yamada dessine pendant deux heures qui, bien qu’un peu longues, sont très riches visuellement : si les personnages évoluent dans un cadre réaliste, l’onirisme ne manque pas. De lumières vives en gros plans ralentis sur les visages qui se reconnaissent, de souvenirs douloureux en moment d’apaisement sous les arbres fleuris, le rêve et la réalité se confondent à tel point que parfois l’on peine à les distinguer. Mais il y a surtout l’espoir d’un amour sincère et inavoué entre Nishimiya et Ishida, entravé par le poids du passé, de l’isolement et de la culpabilité. Le harcèlement scolaire est un sujet d’actualité qui reste cependant tabou, que l’audiovisuel a pourtant pris à bras le corps depuis longtemps déjà. On se souvient du Carrie de De Palma, et plus récemment, de la série 13 Reasons Why qui a largement contribué à un nouvel éveil des consciences ces deux dernières années. Dans la même lignée, Silent Voice est un film éprouvant, sans complaisance avec ses personnages, tous mal dans leur peau, cependant que la beauté fantasmagorique de l’animation, revigorante et apaisante, rappelle sans cesse que tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. Avoir-alire
Mulhouse loves Japan

De Guillaume Renard, Shojiro Nishimi avec Orelsan, Gringe, Kelly Marot, Redouanne Harjane, Féodor Atkine
Animation - Japon/France - 2018 - VF / VOST - 01h34

MUTAFUKAZ

Angelino est un jeune loser parmi tant d’autres à Dark Meat City, une mégalopole sans pitié sous le soleil de Californie. La journée, il livre des pizzas dans tous les recoins de la ville et la nuit, il squatte une chambre d’hôtel minable avec son coloc Vinz et une armada de cafards qui font désormais un peu partie de sa famille. À la suite d’un accident de scooter lorsque son chemin a croisé par inadvertance la divine Luna, une fille aux cheveux noir de jais, notre jeune lascar commence à souffrir de maux de tête et d’étranges hallucinations. Des hallucinations, vous avez dit ? Hmm, peut-être pas... Pourchassé par des hommes en noir, Angelino n’a plus aucun doute : il est pris pour cible. Mais pourquoi lui ? 

Interdit aux moins de 12 ans

Le dimanche 28 octobre à 17h : la librairie Canal BD Tribulles sera présente avec un stand mangas et proposera les ouvrages du Label 619 de Run, le scénariste de Mutafukaz !!!

Bienvenue à Dark Meat City, sordide mégapole de la côte Ouest inventée, il y a dix ans, par Guillaume Renard (ou Run pour les intimes de sa BD, Mutafukaz). Dans cette ville de Californie née sur les décombres d’un Los Angeles ravagé par un tremblement de terre, les valeurs sûres sont le crime et la pollution. Les gangs s’affrontent, et la police fait encore plus peur que les gangsters. Angelino et Vinz, copains à la vie à la mort, vivotent dans un meublé crade et passent de petits boulots en plans foireux. L’un (Orelsan lui prête sa voix lente) a une tête de citrouille noire sans bouche, des traits enflammés. Après un début hilarant sur leur cadre de vie cafardeux, Angelino, victime d’un accident de scooter, est pris d’hallucinations : il voit de dangereuses ombres sortir de certains passants… Le film s’emballe, alors, avec des hommes en noir, une fille à papa en quête d’émancipation, un chef de gang qui cite Shakespeare, des gunfights, de vieux catcheurs devenus justiciers et une femme présidente (preuve qu’il s’agit bien d’une anticipation). En dehors d’Invasion Los Angeles, de John Carpenter, la référence majeure, le film regorge de clins d’œil qui régaleront cinéphiles et geeks. Shoujirou Nishimi (directeur de l’animation sur Amer Béton, en 2007) est fidèle au crayon de Run, entre comics et manga. Cet objet animé, à la jonction parfaite de la culture hip-hop et de la SF vintage, est un épatant film de genre, ultra contemporain. Télérama
Sortie nationale

De
Documentaire - France - 2018 - -

Il était une fois un bal en pleine campagne réunissant durant une semaine 2000 personnes parmi toute l'Europe sur des planches pour s'initier à la danse trad et entrer dans la ronde du plaisir d'être ensemble. Si Le Grand bal commence comme La Vie moderne de Raymond Depardon avec un long travelling enchanteur à travers la lumière naturelle d'une route de campagne au petit matin, ce n'est pas pour raconter la mort du monde paysan, bien au contraire. La danse trad qui retrouve un véritable essor partout en France auprès des diverses générations, est le fruit des racines des danses paysannes passées, un patrimoine culturel qui a humblement traversé l'histoire officielle de la perversion des individus épris de pouvoir pour maintenir le plaisir de la rencontre conviviale autour de la danse. Filmé le temps de l'été de 2016 à Gennetines dans l'Allier lors des Grands Bals de l'Europe, le film de Lætitia Carton se concentre sur cet événement pour capter avec une sensibilité et une grâce infinie la magie ineffable de ces rencontres humaines, petit paradis où les tensions sociales s'évanouissent totalement pour ne laisser en scène que des corps de tout âge et sexes confondus dans l'étreinte harmonieuse d'une danse. Si les festivals sont de nos jours un moment de convivialité retrouvée créant une éphémère communautaire bienveillante à l'égard de chacun de ses membres, la danse permet de renouer avec la présence physique de l'autre, rappelant le besoin fondamental de tout individu d'être touché, enlacé en mouvement comme dans les premiers temps de sa vie. Lætitia Carton, réalisatrice du magnifique J'avancerai vers toi avec les yeux d'un sourd, poursuit sa description d'un monde à partir d'une approche éminemment sensorielle, avec cette confiance dans la capacité de la poésie cinématographique pour tenter d'approcher les énergies ineffables qui animent tous ces danseurs sur les planches durant des heures jusqu'aux aurores pour certains d'entre eux. Lætitia Carton filme un monde où la sociabilité renaît à partir de cette bienheureuse sensation de faire unité notamment dans des danses circasiennes qui relient les uns aux autres au rythme d'un battement de cœur. Cela n'empêche pas de faire le point le jour lors de quelques témoignages enregistrés et saisir quelques dysfonctionnements relationnels. Car la société est ici en question et se réinterroge dans son corps qui réoccupe son espace légitime dans son rapport à l'autre. On se pâme et on se laisse au lâcher-prise de l'ivresse de la danse au fil des images où l'on voit poindre sans mots dire la naissance de l'amour. Mediapart

De
Comédie Dramatique - Etats-Unis - 2018 - VOST -

Réalisateur, producteur, scénariste et acteur principal, Jim Cummings bouleverse en policier largué et incapable de gérer sa vie. Un premier film empathique et finement mis en scène, lauréat du grand prix au festival de Deauville. L’officier de police Jimmy Arnaud, grand gaillard, moustache et uniforme bien taillés, regard vif, plutôt joli, petit poste radio rose Hello Kitty sous le bras, se dirige vers le cercueil ouvert où repose sa mère partie trop tôt. Six ans de service au sein de la police texane, tenue de flicaille exigée aux funérailles, Jimmy connaît la discipline. Bourrée de paroles speedées et touchantes entrecoupées de quelques décharges moins contrôlées à base de «real bitch» (à l’adresse d’une camarade d’école primaire atteinte de trisomie), son oraison dérape vraiment à partir du moment où l’homme se rend compte que le lecteur CD ne voudra pas fonctionner. Jimmy décide alors tout de même d’interpréter longuement, en silence et avec force gesticulations muettes le morceau préféré de sa mère : Thunder Road de Bruce Springsteen, ode américaine au nouveau départ. Le silence se fait pesant depuis l’assemblée hors champ - tout juste aperçoit-on subrepticement un portable qui enregistre la scène - tandis que sa gamine s’approche timidement, seule disposée à intervenir, l’air de vouloir mettre fin à la parade funéraire et à la gêne qu’elle suscite. C’est ainsi que débute, comme un lent départ de feu, le premier long métrage écrit, réalisé, interprété et produit avec rien par Jim Cummings - très présent à l’image puisqu’il y tient aussi le rôle principal. En 2016, l’acteur-à-tout-faire, âgé aujourd’hui de 31 ans, sort d’un divorce. Il vend sa bague de fiançailles, et finance un court métrage qu’il monte dans sa cave avec l’aide de quelques amis : le petit film en plan-séquence consiste, à quelques détails et minutes près, en la scène décrite ci-dessus, appelée à devenir la bouture du plus grand. Prometteur, il décroche le grand prix du jury au festival de Sundance, et Cummings lance une campagne de financement sur le Web en vue d’une version extended à ce sketch comico-anxiogène. «J’ai repensé à ce moment [du court métrage, ndlr] où le personnage veut prendre sa fille dans ses bras et elle le repousse. J’ai voulu développer l’intrigue autour de ça», expliquait-il à Libération en mai, lors du Festival de Cannes où il a présenté son film au sein de la sélection de l’Acid, dévolue à des découvertes buissonnières. Thunder Road a depuis hérité du grand prix du récent festival de Deauville. Sous l’uniforme strict et viriliste, un être se débat, à la posture bien plus chiffonnée qu’il n’y paraît, comme lancé par une énorme glissade sur verglas qui empêcherait toute forme de redressement total, bientôt aggravée d’autres bourdes, qui effritent, peu à peu, la réputation de l’officier. A la faveur d’un mot de trop ou un juron encore, Jim semble d’autant plus déraper, dériver, les choses et les êtres lui échappent (telle sa petite fille Crystal, dont son ex-femme voudrait lui enlever la garde), comme si l’existence elle-même s’acharnait à le punir de cet inaugural faux pas (de danse). Le corps du policier guindé s’agite, se redresse, fait face, recule, esquisse une pirouette de demi-tour, puis repart sous l’effet pressurisant de la colère ou de la tristesse. Ces mouvements contraires de va-et-vient, chargés de tensions quasi burlesques, charpentent sa course pour retrouver quelque équilibre à sa vie, tout en laissant jaillir des mots, échapper des gestes - pour les autres ou pour lui-même - qu’il faudrait retenir : «connard», «sois plus bref», «allez, on revient en arrière». Mais la vie ne se rembobine pas et l’on assiste, comme le font dans l’église les témoins de sa logorrhée verbale puis gestuelle, ou comme d’autres figures plus tard (un juge, des collègues…), toujours tenues spectatrices et hors champ, à son enlisement déchirant. Jimmy semble condamné à se produire ainsi selon les termes cruels du seul-en-scène. Il remue les bras sans pouvoir échapper au cadre, ni trouver la réplique qui estompera l’effet malheureux de la précédente. Ce qui laisse le temps à l’empathie, parfois même à la drôlerie, de germer dans cette manière singulière qu’a l’homme de régler ses affaires (comme lorsqu’en pleine réunion parent-prof, il soulève un petit bureau de classe et l’emporte avec lui pour aller se calmer au loin), mais nous donne aussi à voir avec brio et acuité la terreur de celui qui doit s’en sortir seul, avec ses gestes plus ou moins irrationnels, braqués là, malgré lui, sous les projecteurs. Maladresse maladive Quelques respirations salutaires saillent cependant entre ses gamelles et le déchaînement de péripéties nuisibles, colorant d’autres teintes tendres le film et sa forme sèche, qui oscille avec bonheur entre modestie et tentation de la performance. Cela par le prisme de toutes petites scènes (de coulisses), de tout petits gestes ou la relation furtivement esquissée à des objets. Des instants d’accalmie, en retrait de l’intrigue, où Jimmy apprend à mieux agir - quand il se pose et que plus personne ne le pousse -, à s’adonner à de petits riens pour mieux plaire à sa fille, retrouver son meilleur ami, rafistoler sa vie en somme. Tandis qu’il répare une batte de base-ball, on l’entend adresser cette maxime à son pote : «Un point à temps en vaut cent. Donc, si tu le fais correctement une fois, t’auras pas à le refaire encore et encore plus tard.» A qui conseille-t-il cela si ce n’est à lui-même, lui qui trop souvent n’a pas su réagir à temps ? Mais au bout de ses tentatives de rapiécer tant bien que mal tout ce qu’il peut, avec son humour acéré ou sa maladresse maladive, ses convictions naïves et ses insistances risibles, la vie lui accordera bien, via un autre coup du sort, une chance de respirer un peu mieux, et sûrement de rater, encore, un peu. Libération

De
Drame - Japon/Singapour/France - 2018 - VOST -

Repas asiatique le samedi 3 novembre à 19h30 = 8 euros sur réservation  (en sus du billet de cinéma) au 03 89 60 48 99 / cinebelair@wanadoo.fr avant le 1er novembre

 

De Hsin Yin Sung
Animation - Taiwan - 2018 - VOST - 01h51

HAPPINESS ROAD

Tchi vit aux USA où elle s’est installée, à la poursuite du «?rêve américain?», après ses études à Taiwan. Sa grand-mère adorée vient à mourir et la voilà de retour dans sa ville natale, où elle retrouve sa famille, ses souvenirs d’enfants et son quartier Happiness Road. Tout se bouscule dans son esprit : ses souvenirs d’enfants, la petite et la grande histoire, l’amertume de l’exil, ses espoirs de carrriere, son fiancé américian et sa famille aux traditions un peu ringardes… Et si finalement le rêve américain n’en était pas un ?? Tchi finira-t-elle par se retrouver  alors qu’elle ignorait s’être perdue??

Politique et poétique, Happiness Road est un éloge animé de l’enfance, de la vie et du bonheur. Beaucoup de bonheur. Devenir adulte, devenir parent, est-ce renoncer à l’enfant que nous étions, tirer un trait sur les lignes d’enfance ? C’est en tout cas ce que semble croire Lin Su-Chi, jeune femme issue d’une famille ouvrière de Taïwan partie tenter sa chance sur le Nouveau-Continent. Sa grand-mère, avec laquelle elle était très complice, vient de s’endormir pour toujours mais revient pourtant dès les premières minutes du film, comme un ange gardien qui, assise sur le dos de l’oie avec laquelle elle s’envole pour rejoindre les cieux, lui demande comment va sa vie, et lui rappelle de toujours être heureuse. Toujours. Happiness Road, c’est l’histoire d’un retour au pays, un retour aux sources douloureux mais formateur et plein d’espoir, auquel nous convie la prometteuse cinéaste Hin Yin Sung. Tchi voulait rompre avec ses origines roturières, mais difficile d’affirmer, au moment où commence le film, que l’exil lui a permis de s’élever socialement. Elle a épousé un Américain avec lequel elle est en instance de divorce parce que ce dernier préfère croquer la vie et l’amour à pleines dents plutôt que d’avoir un enfant. Tchi est dans la tourmente. Elle se remémore peu à peu ce qu’a été sa vie au quartier de Happiness Road, son passé, mais surtout son présent. Le film est construit sur trois temporalités : le passé, l’enfance de Tchi, ses années d’école où elle rencontra sa meilleure amie Betty, une petite fille blonde moquée par ses camarades ; le présent, qui constitue l’essentiel de cette histoire ; et un autre passé moins lointain que sont les années passées aux États-Unis, la rencontre de Tchi et de son mari et la déchirure qui, peu à peu, les sépare. La réalisatrice détricote ainsi la cohérence temporelle de son récit, tant pour traduire la confusion de son héroïne que pour l’aider à retrouver le chemin de sa vie. Happiness Road est un portrait de femme, une fable en forme de quête de soi. Mais c’est aussi le portrait du monde contemporain : celui où les enfants de la classe ouvrière tentent de s’arracher à leur condition sociale par tous les moyens possibles. Tchi voit son père comme un héros, pourtant c’est un ivrogne qui dilapide au jeu l’argent du ménage. Sa mère récupère les invendus des supermarchés et fouille les poubelles, prenant ainsi le risque de se faire arrêter pour vol. Ses parents la voulaient brillant médecin – métier-symbole ultime de la réussite professionnelle et sociale – Tchi se rêve brillante intellectuelle, activiste politique comme son cousin Wen. Happiness Road est le roman d’une désillusion : papa et maman ne sont plus les héros que Tchi idéalisait quand elle n’était encore qu’une petite fille ; son amie Betty est devenue maman de deux beaux enfants quand elle rêve encore d’avoir un bébé. Mais c’est aussi le roman d’un nouveau départ, raconté par les traits et les lignes d’un dessin épuré aux couleurs claires, douces et chaleureuses. Un premier long-métrage d’animation sensible, humaniste et visuellement superbe. Avoir-alire
Hommage à Andreas Dresen - Festival Augenblick

De
Comédie Dramatique - Allemagne - 1999 - VOST -

Coup de coeur - Festival Augenblick

De Sam Garbarsky avec Moritz Bleibtreu, Antje Traue, Mark Ivanir, Pál Mácsai, Anatole Taubman
Comédie - Allemagne/Belgique/Luxembourg - 2017 - VOST - 01h42

BYE BYE GERMANY

" Hitler est mort, mais nous sommes en vie” - David Bermann Francfort, 1946. David Bermann et ses amis juifs viennent d’échapper de justesse au régime nazi et rêvent maintenant d’immigrer en Amérique. Mais comment récolter l’argent nécessaire en ces temps difficiles ? David, en homme d’affaires éloquent, a une excellente idée: de quoi les Allemands ont-ils le plus besoin ? De beau linge de maison tout neuf, emballé dans d’incroyables histoires ! Les six comparses, jolie bande d’amuseurs plutôt doués, se rendent donc de maison en maison, appliquant auprès des femmes au foyer des techniques de vente qui ne leur laissent aucun choix que celui d’acheter. Le commerce est florissant, l’entreprise est en plein essor et l’avenir radieux se dessine. Mais David est rattrapé par son passé : pourquoi avait-il un second passeport ? Quelle est la raison de sa visite à Obersalzberg ? Aurait-il collaboré avec les Nazis ? La ravissante mais implacable officier américaine Sara Simon (Antje Traue) va tenter de le découvrir en interrogeant David d’une main de fer. Elle veut à tout prix faire ressurgir son véritable passé et accueille les récits invraisemblables de David avec sévérité. Mais, au fil de temps, résister à son charme s’avère de plus en plus difficile….

Compétition - Festival Augenblick

De
Comédie Dramatique Science-Fiction - Allemagne - 2018 - VOST -

Cannes 2018 : avec « In My Room », Ulrich Köhler transforme un loser en Robinson. Le quatrième long-métrage du cinéaste allemand plonge son héros dans un monde post-apocalyptique, où il apprend à survivre. Il faut reconnaître qu’Armin (Hans Löw), héros à la ­qua­rantaine triste du ­quatrième long-métrage d’Ulrich Köhler, In My Room, présente au premier abord une bonne allure de loser. En témoignent les ­premiers plans du film qui nous proviennent, en plans subjectifs, de la caméra du fameux Armin, en train de tourner pour une chaîne de ­télévision. Des images ni faites ni à faire dont le rythme convulsif et les va-et-vient du sol au ­plafond donnent le tournis. En mode pause quand il devrait ­enregistrer, et inversement, ­Armin ne s’en sort pas. Un peu plus tard, après une ­sortie nocturne, une jeune fille ramenée chez lui qui semble dans de bonnes dispositions, le plante comme un pauvre hère. La suite n’est guère plus reluisante, qui le conduit chez son père, au chevet de sa grand-mère agonisante. La première partie du film épouse l’esthétique d’un réalisme qui ne nous épargne rien La première partie du film épouse l’esthétique d’un réalisme qui ne nous épargne rien. Ni l’aspect crasse de l’appartement ­d’Armin ni le teint grisâtre de l’intéressé, pas plus que les scènes aux toilettes, les râles à fendre le cœur de la grand-mère et, après son passage à trépas, la laborieuse remise en place de son dentier, par son fils et son petit-fils. In My Room installe cette atmosphère en nous faisant croire au pire et craindre l’ennui, la poisse et la désespérance ayant déjà eu raison de nous, à cet endroit du film. Mais voilà que survient l’impensable, un monde entièrement vidé de ses habitants, qui nous parvient à travers le pare-brise de la voiture d’Armin. Sur l’asphalte gisent des motos et scooters dont les conducteurs se sont volatilisés, comme tous les êtres ­humains alentour. Seuls quelques animaux ont réussi à sauver leur peau. Ce retournement de ­situation fournit à Ulrich Köhler une belle occasion d’ouvrir son film à de plus grands espaces et à plus de lumière, puis, en un clin d’œil, de transformer son antihéros en un Robinson Crusoé de temps modernes révolus. Un univers sensoriel Désormais seul et libéré des ­contraintes sociales qui l’autorisent à un nouveau départ, Armin choisit en effet d’investir une ferme à la campagne, sorte d’éden où coule une rivière, vivent poules, chevaux et chèvres. Rescapé de la fin de l’humanité, sorte d’Adam à qui aurait été donnée l’arche de Noë, il renaît en ­premier homme (qui serait le dernier). Il se met à l’ouvrage, son corps hier avachi s’affine et se muscle, il cultive la terre, chasse, lui, autrefois maladroit, se révèle habile bricoleur, goûtant sans regret cette nouvelle vie sédentaire. Mais, quand un jour débarque, venue d’on ne sait où, la jolie nomade Kirsi (Elena Radonicich), l’idée d’un avenir à construire à travers l’arrivée possible d’un ­enfant se met à occuper son esprit. Adam et Eve unis pour la création d’un nouveau monde, pourquoi pas. Il serait dommage d’en dire plus tant la magie qui opère alors tient à des éléments dont chaque ­spectateur peut espérer tirer des sensations propres. Car, dans ce mouvement de bascule qu’exécute à mi-chemin de sa narration In My Room, se niche quelque chose d’indéfinissable, d’aussi vaste que le champ des possibles auquel succombe Armin en pensée, et sur lequel se termine le film, en toute invraisemblance, mais qu’importe. Parce que l’aventure à laquelle invite le film trace le chemin vers une forme de poésie qui se moque bien du ­rationnel. Et, au bout du compte, Ulrich Köhler nous aura menés d’un monde réel à un univers ­sensoriel, dans un univers où tout pourrait être fini et recommencer. Le Monde
Jeune public - Festival Augenblick

De
Fantastique - Allemagne - 2016 - VOST -

Hommage à Georg Wilhelm Pabst - Festival Augenblick

De GW Pabst avec Lotte Lenya, Margo Lion, Rudolf Forster, Albert Préjean, Reinhold Schünzel
Musical - France - 1931 - VOST - 01h51

L'OPERA DE QUAT'SOUS

Les deux versions des aventures de Mackie Messer, bandit, chef de bande et souteneur de la belle Polly, fille de Peachum, fripier et chef des mendiants dans le Soho de la fin du XIXe siecle.

Films de l'année - Festival Augenblick

De
Drame - Allemagne/France/Pologne - 2017 - VOST -

Avec ce western apocalyptique, changement radical de registre pour le réalisateur des deux derniers "Divergente" et de "Red". De retour dans son pays natal, il orchestre, dans un noir et blanc sépulcral et un Scope décuplant l'espace, la fascination qu'exerce le mal absolu sur l'homme. Flamboyant autant que glaçant, son film, inspiré d'une histoire vraie, s'achève sur un épilogue cynique et provocateur où le cinéaste filme l'inquiétante persistance de ces idéologies nauséeuses. L'Obs
Jeune public - Festival Augenblick

De divers
Animation - Allemagne/Suisse - 2017 - VO non sous-titrée - 00h45

LE LOUP EN TUTU ET AUTRES PETITES HISTOIRES

Un mélange de plusieurs univers : un loup passionné de ballet, un ours (trop?) gourmand, une petite chenille qui pète, un renard à la recherche de son ombre, un petit moustique qui cherche à se protéger du froid ou encore des oiseaux qui se marient. Chaque petite histoire donne l'occasion d'aborder des thèmes universels tel que l'amitié, le travail d'équipe, les préjugés...

Jeune public - Festival Augenblick

De
Aventure - Allemagne - 2017 - VOST -

Initiatique, habillé de paysages tendres et de personnages délicieusement atypiques, ce film acidulé renouvelle l’art des récits de jeunesse et la petite Lisa Moell, qui a fait vœu d’être actrice, ne s’est pas trompée de route. Le Parisien
Compétition - Festival Augenblick

De
Drame - Allemagne/Autriche - 2017 - VOST -

Rencontre avec Christine Repond, réalisatrice, le dimanche 11 novembre à 15h30

Hommage à Georg Wilhelm Pabst - Festival Augenblick

De GW Pabst avec Gustav Diessl, Fritz Kampers, Claus Clausen, Hans Joachim Moebis, Aribert Mog
Drame - Allemagne - 1930 - VOST - 01h30

QUATRE DE L'INFANTERIE

Premier film sonore de Pabst, de puissantes images epiques et lyriques mettent l'accent sur l'horreur de la guerre dans cet oeuvre pacifiste.

Hommage à Andreas Dresen - Festival Augenblick

De
Documentaire - Allemagne - 2012 - VO sous-titrée en anglais -

Hommage à Andreas Dresen - Festival Augenblick

De
Comédie Dramatique - Allemagne - 1992 - VOST -

Hommage à Andreas Dresen - Festival Augenblick

De
Comédie Romantique - Allemagne - 2002 - VOST -

Rencontre avec Andreas Dresen, réalisateur, le mercredi 14 novembre à 20h

Compétition - Festival Augenblick

De
Drame - Allemagne/Autriche - 2018 - VOST -

Rencontre avec ATTAC, la Ligue des Droits de l'Homme et ATTAC Freiburg le vendredi 16 novembre à 20h

Jeune public - Festival Augenblick

De Alexs Stadermann avec Jenifer Bartoli, Lou Jean, Jan Delay, Andrea Sawatzki, Uwe Ochsenknecht
Animation - Allemagne - 2018 - VO non sous-titrée - 01h24

MAYA L'ABEILLE : LES JEUX DU MIEL

Maya va enfin participer aux Grands Jeux du Miel ! L’enjeu est de taille : Maya doit absolument gagner, sinon elle devra livrer tout le miel de sa ruche à l’Impératrice des abeilles ! Maya, Willy et leurs amis vont devoir se surpasser pour battre l’équipe de Violette, une adversaire aussi rusée et maligne que mauvaise joueuse !

Version originale non sous-titrée

Hommage à Andreas Dresen - , Jeune public - Festival Augenblick

De
Aventure Comédie Dramatique - Allemagne - 2016 - VOST -

Hommage à Georg Wilhelm Pabst - Festival Augenblick

De GW Pabst avec Arnold Korff, André Roanne, Andrews Engelmann, Valeska Gert, Edith Meinhard
Drame - Allemagne - 1929 - VOST - 01h35

JOURNAL D'UNE FILLE PERDUE

L'itinéraire d'une jeune fille brisée par les hommes, même par ceux qui l'aiment.

Hommage à Georg Wilhelm Pabst - Festival Augenblick

De GW Pabst avec Edith Jehanne, Fritz Rasp, Brigitte Helm, Jack Trevor
Comédie Dramatique - Allemagne - 1929 - VOST - 01h44

L'AMOUR DE JEANNE NEY

Les amours d'une jeune femme de la bourgeoisie francaise et d'un revolutionnaire russe.

Hommage à Andreas Dresen - Festival Augenblick

De
Comédie Dramatique - Allemagne - 2008 - VOST -

Un film d'une rare intelligence, qui trouve d'emblée le ton juste, drôle par moments, émouvant très souvent, qui montre que vivre une histoire d'amour et de passion n'est pas une question d'âge. MCinema
Hommage à Andreas Dresen - Festival Augenblick

De
Drame - Allemagne - 2011 - VOST -

Rencontre avec l'association JALMALV (Jusqu'A La Mort Accompagner La Vie) le vendredi 23 novembre à 20h

Première scène incroyable : un homme et une femme dans un cabinet médical. Un spécialiste leur montre une radiographie, il insiste sur les détails : cette tache, là, à 4 ou 5 centimètres de la paroi du crâne de l'homme, c'est une tumeur. Pas bénigne, hélas. Un glioblastome, une saloperie, quoi. Inguérissable. Inopérable. Le film détaille, donc, les derniers mois d'un type ordinaire : marié, deux enfants de 14 et 8 ans, ouvrier vaguement embourgeoisé dans une belle maison en banlieue... Elle a beau être très dévouée, l'épouse, ils ont beau être attentifs, les enfants, des moments existent où ils ne peuvent plus supporter cet homme qui se défait, qui perd la tête, qui se révolte contre tout, même contre eux... Le cinéaste filme ça, aussi : cette fatigue, cette confusion des sentiments, cette envie de la famille que tout aille un peu plus vite, que tout finisse enfin, puisque tout doit finir. C'est atroce et naturel. — Télérama
Hommage à Georg Wilhelm Pabst - Festival Augenblick

De GW Pabst avec Louise Brooks, Fritz Kortner, Franz Lederer, Gustav Diessl, Carl Goetz
Drame - Allemagne - 1929 - MUET - 01h44

LOULOU

Loulou, belle, capricieuse, insouciante et innocemment perverse, est une créature qui ne vit que pour l'amour. Elle joue dans une revue que commandite son amant, Ludwig Schön, un puissant magnat de la presse et du music-hall fiancé à la fille du ministre de l'intérieur. Au soir de la première, Loulou oblige Ludwig à rompre. Elle se fait épouser par Schön, mais le soir des noces, il la surprend dans sa chambre en situation équivoque. Furieux il veut l'obliger à se suicider, mais dans la lutte, c'est lui qui est tué par accident. Accusée de meurtre, Loulou parvient à s'enfuir...

La vie aventureuse et tragique d'une fille légère. Et Louise Brooks créa la femme moderne. Tirée de deux pièces de l'écrivain expressionniste allemand Frank Wedekind, cette œuvre-clé de Georg Wilhelm Pabst met en scène le personnage de Lulu, une aventurière qui épouse un homme riche qui l'entretient, tout en lorgnant sur son fils. Après la mort violente de son mari, elle vivra avec le fiston, puis subira bien d'autres avatars, avant de finir dans la déchéance à Londres comme prostituée... Intitulé en version originale Der Büchse der Pandora ("la Boîte de Pandore"), le film s'inspire du personnage mythologique de cette femme qui laisse échapper tous les maux de la terre. Ce classique du muet, truffé de rebondissements insensés, synthèse parfaite entre mélodrame et thriller érotique avant la lettre, témoigne d'une grande audace sur le plan des mœurs (pour l'époque), et va donc comme un gant à la légendaire Louise Brooks, femme fatale hors norme, premier archétype de la femme moderne et indépendante au cinéma, avant Dietrich, Marilyn et autres B.B. Coiffée à la garçonne, l'actrice américaine, "importée" à prix d'or en Europe (elle tournera deux films en Allemagne avec Pabst), devient ici la figure d'une liberté sauvage et scandaleuse opposée à la morale bourgeoise et à ses tabous sexuels. Louise Brooks fut elle-même la seule star radicale ­ avec Frances Farmer ­, la première, avant Garbo, qui ait dit niet au cirque du glamour hollywoodien que sa plastique, une beauté casquée de noir corbeau, impliquait. Elle quitta le cinéma pour toujours à 33 ans et se réfugia dans les études et l'écriture. Cette attitude sans compromis la rend d'autant plus sexy. Les Inrockuptibles
Hommage à Andreas Dresen - Festival Augenblick

De
Comédie - Allemagne - 2005 - VOST -

Séance suivie d'un brunch sur réservation au 03 89 60 48 99 ou  cinebelair@wanadoo.fr = 8 € par personne en sus du billet de cinéma

Les aventures de deux copines berlinoises. Drame léger et comédie grave, un film sympathique et touchant. Et revoilà le film de copines esseulées à la recherche du grand amour ! Cette fois-ci, ça se passe dans la capitale allemande et s’étend sur les quelques semaines d’un été. On retrouve les éléments inhérents au genre (ricanements, chamailleries...), mais le réalisateur a su étoffer son propos et le faire échapper à la légèreté bécasse d’autres productions, s’écartant des films formatés. La première scène, qui voit l’une des héroïnes s’exercer en vue d’un entretien d’embauche, donne le ton : il sera réaliste. L’ancrage social est donc important. Chômeuse, élevant seule son fils, un peu déprimée, on comprend que Katrin recherche la compagnie de son amie plus jeune, plus gaie. Pourtant, Nike s’occupe de personnes âgées, le plus souvent impotentes. Altruiste, elle dit y puiser son dynamisme. Ses visites donnent lieu à des scènes très réussies, entre fiction et documentaire, à forte charge émotionnelle. A priori, Nike s’en sort mieux que Katrin et tombe amoureuse d’un drôle de type, qui fait rire, inquiète et réserve quelques surprises ! Cette relation singulière perturbe pour un temps l’équilibre des rapports entre les deux femmes (qui, du côté de Katrin surtout, ne sont d’ailleurs pas totalement dépourvus d’ambiguïté). C’est peut-être l’élément le plus attendu du récit. Quant aux scènes avec les adolescents, elles renforcent la tournure grave et teintée d’amertume vers laquelle tend le film. Dans ce contexte, l’amitié n’en est que plus précieuse. Entre gravité et légèreté, Andreas Dresen trouve le ton juste, tendre et émouvant. Avoir-alire
Jeune public - Festival Augenblick

De Wolfgang Groos avec Michael Mittermeier, Hedda Erlebach, Jürgen Vogel, Anja Kling, Maurizio Magno
Comédie - Allemagne - 2017 - VOST - 01h39

LILI LA PETITE SORCIERE, LE DRAGON ET LE SORTILEGE DE NOEL

Lilli la petite sorcière est exaspérée par son petit frère. Lorsqu’à Noël il brise son télescope tout neuf, elle décide de lui donner une bonne leçon : elle invoque le père fouettard, qui se retrouve téléporté dans leur monde. Mais celui-ci n’entend pas suivre les instructions de Lilli et fait son chemin à la recherche de Saint Nicolas… Il redevient progressivement l’être mauvais qu’il était avant, et commence à semer la panique dans la ville. Lilli devra déployer toute son intelligence et ses pouvoirs pour rétablir la situation.

Jeune public - Festival Augenblick

De
Aventure Comédie - Allemagne - 2016 - VOST -

Hommage à Georg Wilhelm Pabst - Festival Augenblick

De GW Pabst avec Ernst Busch, Alexander Granach, Fritz Kampers, Pierre-Louis, Elisabeth Wendt
Comédie Dramatique - France - 1931 - VOST - 01h35

LA TRAGEDIE DE LA MINE

Pas de synopsis disponible...

La Première Guerre mondiale s'est achevée, et les mineurs lorrains se remettent à fouiller les entrailles de la Terre. De l'Allemagne voisine affluent des travailleurs poussés par la crise. Mais les blessures sont encore ouvertes, les haines vivaces. Un bal est organisé, trois mineurs allemands s'y rendent. Françoise est jolie et l'un d'entre eux l'invite à danser, déclenchant une bagarre. La jeune femme, qui aime Emile, lui annonce pourtant qu'elle se refuse à partager la dure existence d'un mineur. Le lendemain, alors qu'elle s'apprête à prendre le train, il se produit un coup de grisou. Françoise se précipite sur les lieux, suivie par un cortège d'Allemands qui volent au secours des Français...

Le scénario est inspiré par un fait divers historique. En 1906, au moment de la catastrophe de Courrières, des mineurs allemands étaient venus de Westphalie au secours des mineurs français en difficulté. Mais la signification de cette histoire, située et tournée en 1931, est différente. A l'idée de la solidarité ouvrière s'ajoute celle d'une fraternité franco-allemande, douze ans après 1918 et la défaite de l'Allemagne. La traduction du titre allemand, « Camaraderie », en rend d'ailleurs bien compte. Pabst ne sacrifie guère aux attraits spectaculaires du coup de grisou et de la catastrophe minière. Il introduit un débat idéaliste sur l'union nécessaire des peu­ples français et allemand. Son film fut, autant pour cela que pour le réalisme du style (scènes quasi documentaires même dans la reconstitution en studio du fond de la mine, comédiens parlant leurs langues respectives), un événement dans l'histoire du cinéma européen d'alors.Télérama

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