Films du mois

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  • Légendes des pictos :
  • Séance suivie d'une rencontre |
  • Sous-titrage sourds et malentendants |
  • VF Version française |
  • Séance précédée ou suivie d'un repas
Sortie nationale

De Charlie Polinger avec Everett Blunck, Kayo Martin, Joel Edgerton, Kenny Rasmussen, Lucas Adler
Thriller - Etats-Unis - 2025 - VOST - 1h35

The Plague

États-Unis, 2003. À son arrivée dans une nouvelle ville en compagnie de sa mère et de l'homme avec qui elle a refait sa vie, Ben, 13 ans, est inscrit à un camp de water-polo. Discret et insécure, il cherche l'approbation de Jake, qui semble être le meneur parmi les joueurs. Celui-ci le met en garde contre Eli, un marginal réputé pestiféré en raison de sa maladie de peau. Quand Ben, par compassion pour Eli, lui frictionne le dos dans le vestiaire, Jake le prend pour cible, faisant de sa vie un enfer.

Grand Prix Festival de Deauville 2025.

Il y a des films qui vous glacent le sang et dont l’effroi ne vous lâche plus d’un bout à l’autre. The Plague est de ceux-là. Il se passe lors d’un séjour d’apprentissage sportif qui réunit le temps d’un stage des jeunes qui pratiquent le water-polo. Les filles, elles, dans une autre classe, s’entraînent à la gymnastique aquatique. Ces compositions mono-sexuées des groupes pourraient faire hurler les opposants aux théories du genre, mais d’emblée, cette situation pose un cadre réactionnaire et implacable qui n’a pas bougé depuis que l’univers des sports de haut niveau existe. Trois personnages intéressent particulièrement le jeune et talentueux cinéaste Charlie Polinger : Jack qui se pose en leader du groupe ; le héros Ben récemment parti de Boston et souffrant de troubles de l’élocution ; et Eli qui, en plus de difficultés apparemment mentales ou cognitives, a le corps couvert d’eczéma. Ce dernier fait l’objet de moqueries et d’un rejet violent par l’ensemble du groupe à l’exception du protagoniste, du fait de sa différence physique et comportementale, et surtout du bruit que les jeunes sportifs font courir qu’il serait atteint par la peste. "La peste" donne le titre au film en anglais. Cette peste n’est pas seulement biologique, elle est surtout l’expression d’un harcèlement qui se répand très vite entre les enfants et dont les victimes ne peuvent plus sortir. Le réalisateur n’emprunte pas la question des réseaux sociaux pour décrire le problème, ce qui est très malin, car finalement dans l’enceinte fermée du club fermé, le fonctionnement de cette communication hostile et maltraitante procède des mêmes ressorts. On sait hélas les ravages que provoque le harcèlement scolaire en matière de dépression, de suicide ou de passages à l’acte agressifs graves. En l’occurrence, sans sombrer dans une leçon de psychologie de cuisine, ces plaques rouges qui colorent la peau d’Eli sont l’expression de sa douleur et sa détresse immenses, le conduisant à s’enfermer dans des comportements étranges, ritualisés, qui apparaissent comme des paravents efficaces contre sa solitude. The Plague alterne thriller et drame social. Dès l’entrée, grâce à une musique glaçante et la position de la caméra dans la piscine, l’apparition des corps des jeunes nageurs semble sortis de nulle part : ils sont semblables à des requins qui viendraient se défouler sur de pauvres victimes. La pression est permanente, et on perçoit notamment chez Jack les tics du pervers narcissique, qui monte le groupe contre la victime qu’il a désignée et fait en sorte de retourner la culpabilité sur ceux qu’il persécute. Son sourire narquois, sa position sur les tables de déjeuner, sa prestance augurent une force à manipuler et à rendre fous les individus qu’il a désignés comme mauvais. Mais les victimes hélas ne sont pas non plus étrangères à ce dispositif sournois et insidieux, elles-mêmes justifiant presque les comportements toxiques par manque de confiance en elles. The Plague est un film intelligent et fort. Il emporte le spectateur jusque la fin dans la mécanique désastreuse du harcèlement scolaire. On regarde les victimes s’effondrer sans être capables du moindre geste de secours, à la façon du seul adulte du film confondant de lâcheté et de maladresse. Voilà une œuvre forte, dont on espère qu’elle sera remarquée par les jurys cannois d’un Certain Regard. Assurément, Charlie Polinger est un réalisateur à suivre. à Voir à Lire
Sortie nationale

De Pálfi György avec Maria Diakopanayotou, Argyris Pandazaras, Yannis Kokiasmenos
Comédie Dramatique - Hongrie/Allemagne/Grèce - 2025 - VOST - 1h37

Cocotte

À grand pouvoir, grandes responsabilités - mais si l’héroïne était une poule ? Échappée d’un élevage industriel, elle trouve refuge dans la cour d’un restaurant en ruine. Là, elle découvre l’amour, défie la loi du bec et se bat pour protéger ses œufs. Sa quête, tendre et ironique, résonne avec les combats silencieux et petits arrangements de la vie humaine.

« La tension et la violence sur les animaux, comme l'évocation du trafic criminel de familles de migrants et de la mort de certains d'entre eux, sont susceptibles de surprendre et de heurter un public sensible non averti »

Filmer à hauteur d’une petite poule noire pourrait tenir de l’artifice inutile. Il n’en est, ici, absolument rien. Mieux, le hongrois György Palfi (Taxidermie) offre un long métrage aussi singulier qu’épique, aussi politique que tragique, tout en ménageant quelques respirations drôlatiques du meilleur effet. La première moitié du film ressemble à un road movie qui aurait pu prendre la forme d’un dessin animé façon Flow. La cocotte sus-nommée , bien décidée à échapper au funeste destin d’un élevage industriel, y vit une véritable épopée jonchée d'embûches susceptibles de lui faire perdre quelques plumes. Avant que le film bascule peu à peu vers le drame alors que la jeune volaille est adoptée par un vieil homme dans un petit restaurant brinquebalant sur la côte grecque. Là, en cherchant tout au plus à préserver ses œufs mais aussi sa liberté, elle est - comme l’âne du Eo de Skolimowski (2022) - le témoin involontaire des vicissitudes et autres compromissions des humains, de leurs petits et grands arrangements avec les lois et leurs conséquences inéluctables. Plutôt que de céder à l’appel des images de synthèse pour incarner son héroïne, le réalisateur a préféré s’adjoindre les services de… huit poules identiques, d’un naturel confondant et particulièrement expressives. Un choix audacieux mais particulièrement payant qui participe au réalisme du film et à son charme. Première
Sortie nationale

De Rodrigo Sorogoyen avec Javier Bardem, Victoria Luengo, Raúl Arévalo, Marina Foïs, Mourad Ouani
Drame - Espagne - 2026 - VOST - 2h15

L'Etre Aimé

Réalisateur mondialement célèbre, Esteban Martínez revient en Espagne pour tourner son nouveau film. Il en offre le rôle principal à une jeune actrice inconnue, sa fille, qu’il n’a pas vue depuis treize ans. La jeune femme accepte cette formidable opportunité, mais sait qu’à l’occasion de ce tournage, elle va se confronter à un homme qu’elle n’a jamais pu considérer comme un père. Le poids du passé menace de rouvrir leurs blessures.

Propulsé dans une reconnaissance internationale en 2016 avec son thriller psychologique Que Dios nos perdone porté par Antonio de la Torre, le réalisateur espagnol Rodrigo Sorogoyen, avec l’aide de son inséparable coscénariste Isabel Peña, trace une filmographie éminemment politique au style très personnel où s’imposent angoisse et regard objectif sur le monde. Après El Reino (2018), toujours avec Antonio de la Torre, et Madre (2020), porté par Marta Nieto, il réalise As bestas (2022), dans lequel brillent Denis Ménochet et Marina Foïs. Parallèlement au cinéma, Sorogoyen réalise des séries, dont Los años nuevos, à voir sur la plateforme d’Arte.

De Johan Grimonprez avec Patrice Lumumba, Louis Armstrong, Никита Хрущёв, Dizzy Gillespie, Andrée Blouin
Documentaire - France/Belgique/Pays-Bas - 2023 - VOST - 2h30

Soundtrack to a Coup d'Etat

En 1960, les Nations unies : le Sud déclenche un séisme politique, les musiciens Abbey Lincoln et Max Roach s'incrustent au Conseil de sécurité, tandis que les États-Unis envoient l'ambassadeur du jazz Louis Armstrong au Congo pour détourner l'attention de leur premier coup d'État post-colonial africain.

Pour évoquer les circonstances diplomatiques et politiques qui menèrent en 1961 à l’assassinat de Patrice Lumumba, Premier ministre de la jeune République du Congo, ce documentaire (diffusé sur Arte en mars dernier) use du montage avec une dextérité digne des musiciens qu’il met à l’honneur. Tel Louis Armstrong, envoyé en Afrique par Washington en tant qu’« ambassadeur du jazz », et qui comprit tardivement l’instrumentalisation dont il était le jouet… Conçu comme un collage d’archives et de musiques, ponctué de citations dûment référencées, cet essai « kaléidoscopique » donne à comprendre ce qui se joua quand l’entrée de seize nouveaux membres aux Nations unies fit pencher l’organisation internationale vers le Sud global, au grand dam des États-Unis. Et comment la Belgique œuvra contre le plein exercice de l’indépendance congolaise. Télérama
Rencontre

De Serge Avédikian, Jacques Kébadian
Documentaire - France - 1983 - VOST - 1h48

Sans retour possible

« Sans retour possible » : ces trois mots barrent les papiers d'identité des Arméniens partis de Turquie après les massacres de 1915.

Rencontre avec le réalisateur, Jacques Kebadian. En partenariat avec la librairie 47° Nord.

Ce très beau documentaire tourné au début des années 1980, et resté inédit en salles, est le portrait d’une génération aujourd’hui disparue, celle des Arméniens rescapés du génocide de 1915, en Turquie. Ils racontent leur exil « sans retour possible » — ce sont les mots inscrits par l’administration turque sur leurs papiers d’identité –, leur arrivée en France, et comment une communauté se recomposa à Marseille, Nice ou Valence. Ils évoquent aussi ce pays dont ils furent chassés, les jours lointains du bonheur, et ceux de l’horreur, toujours si présents, si douloureux. En retenant ainsi une mémoire arménienne pleine de vie et d’émotion, Jacques Kebadian et Serge Avédikian ont fait œuvre utile. Télérama

De Juliette Binoche avec Juliette Binoche, Akram Kahn
Documentaire - France - 2025 - VOST - 2h04

En nous

En 2007, l’actrice française Juliette Binoche et le danseur et chorégraphe britannique Akram Khan décident de se lancer dans une aventure artistique inédite : Akram veut jouer, Juliette souhaite danser. Ensemble, ils vont écrire et créer IN-I, un spectacle qui les poussera à se dépasser. Avec ce premier film en tant que réalisatrice, Juliette Binoche propose au spectateur d'entrer dans l’intimité de la création, révélant les épreuves, les joies, les doutes qui mènent des répétitions au spectacle final. 120 représentations seront données à travers le monde.

Ce qu'il y a de passionnant dans ce film, c'est qu'il a une sacrée capacité à vous saisir, que vous le vouliez ou non. Car, on est bien d'accord, le synopsis n'est pas bien alléchant : plus d'une heure de morceaux de répétitions dans une salle de danse, ni moche ni belle, à laquelle s’ensuit près d'une heure de captation de spectacle. Rien d'excitant sur le papier, et pourtant. Et pourtant, il s'agit d'un document témoin incroyable. Il est rare de voir si précisément le processus créatif d'un spectacle, avec ses hauts, ses bas et ses n'importe quoi. Juliette Binoche apprend à danser, Akram Khan apprend à jouer la comédie. Tous deux sortent volontairement de leur zone de confort pour créer quelque chose de différent : danser, se toucher avec de l'émotion, puiser en eux pour créer une histoire, la mettre en scène et la jouer. Le film commence dans un grand flou d'intention ; les deux artistes essaient de se connecter, de passer le moment gênant du contact physique à l'aide d'exercices absurdes et la sensation de regarder deux personnes atteintes de folie se fait sentir, on se dit qu'on est face à une pièce d'art contemporain à laquelle on ne comprend rien et à laquelle on ne s'attachera pas. Et puis petit à petit on commence à comprendre et même à entrevoir une direction, un thème, une forme. Petit à petit, les pièces du puzzle créé par Juliette Binoche et Akram Khan commencent à s'assembler, jusqu'à devenir une image nette. En voyant le spectacle filmé, on se remémore les mois de tentatives, de ratages et de réussites pour arriver au résultat : une œuvre dansée et jouée avec émotions, drôlerie et rage. Six mois de répétitions, 170 heures de rush résumés pour comprendre la puissance créatrice de Juliette Binoche, sa capacité à dire oui à toutes les propositions artistiques qu'Akram Khan lui lance pendant le processus de création : « j'avais 43 ans à l'époque, l'âge auquel les danseuses arrêtent normalement. Le fait de se toucher avec une émotion rend beaucoup plus vulnérable, il faut traverser des endroits inconfortables » racontait l'actrice à l'avant-première du film présenté à l'occasion du Festival Lumière 2025. "In-I in motion" est aussi cela : le témoignage d'un incroyable dépassement de soi. Abus de ciné
Rencontre

De Yanis Mhamdi
Documentaire - France - 2025 - VOST - 1h45

Alice au pays des colons

Alice Kisiya a 30 ans. Elle est originaire de Bethléem et possède, fait rare, la nationalité israélienne. Cela n’a pourtant pas empêché les colons de s’emparer de son terrain, là où se dressaient la maison familiale et le restaurant de ses parents. Chaque jour, Alice revient sur place pour défier cette dépossession, seule face à l’armée israélienne qui protège les colons.

Rencontre avec l'AFPS, ATTAC & la Ligue des Droits de l'Homme le mercredi 10 juin à 20h

Ce documentaire nous offre un point de vue primordial sur la situation en Palestine : il montre la vie de la population palestinienne sous le joug de certains colons israéliens qui s’approprient depuis des années leurs terres, en menant une politique agressive d’occupation. Le phénomène n’est pas nouveau, mais résonne particulièrement aujourd’hui, au milieu d’une guerre qui semble sans issue. On suit Alice, qui a la nationalité israélienne et qui lutte pour récupérer le terrain de son père, sur lequel étaient construits le restaurant et la maison de la famille. Sa lutte est pacifique, patiente, en essayant de s’appuyer sur les ressorts légaux à sa disposition. Sa plus grande arme ? La visibilité, accrue par les réseaux sociaux, les politiques locaux de son côté, ou encore les amis venant toujours plus nombreux sur place pour faire valoir leur droit. Du côté d’Alaa, la vie s'écoule dans une attente sourde, celle du jour où les colons finiront par occuper son village, entouré de deux colonies. Lui et d’autres résistent en restant sur place, dans leurs maisons à peine construites, subissant chaque jour pour se déplacer des contrôles abusifs aux check-points, et chaque nuit la crainte d’une nouvelle descente de colons venus pour brûler des voitures ou des oliviers centenaires, symboles de la vie économique du village et de la région. Les deux le disent : ils pourraient partir, mais ils sont chez eux, et resteront coûte que coûte. Le documentaire leur donne la parole, dans leur quotidien, sans chichis : des moments de tensions aux rires entre amis, c’est leur vie, la vraie, et parfois une lueur d’espoir permet de continuer le lendemain. L'injustice de leur situation nous éclate aux yeux, et spectateurs de ce documentaire, nous ne pouvons qu’espérer faire porter leurs voix un peu plus loin, dans l’espoir d’un lendemain meilleur. Abus de ciné
Les inclassables, Rencontre

De Jamil DEHLAVI avec Peter FIRTH, Suzan Crowley
Fantastique Horreur - Royaume-Uni - 1987 - VOST - 1h24

BORN OF FIRE

Un jeune musicien anglais s'aventure au cœur de la Turquie mystique à la recherche du Maître Flûtiste, dont on raconte qu'il a le pouvoir de détruire le monde par la musique.

Rencontre avec le réalisateur Jamil Dehlavi et Eric Peretti, programmateur du LUFF de Lausanne.

Projection précédée de QÂF: THE SACRED MOUNTAIN de Jamil Dehlavi (25')

Avant-Première, Rencontre

De Antoine Fromental
Documentaire - France - 2026 - VF - 1h23

Retour au collège

Sarah et Yasmine, élèves de 3ème dans un collège de banlieue, risquent de passer devant le conseil de discipline. À quelques semaines de son départ en retraite, Christian Comès, un principal pas comme les autres, a une décision difficile à prendre : va-t-il devoir risquer une exclusion qui ne serait pas sans conséquence pour leur avenir ? Retour au collège nous invite à rencontrer toute une galerie de personnages qui gravitent au quotidien autour de l'étonnant principal du collège Auguste Renoir, en banlieue parisienne, et donne la parole au personnel de l'établissement, du principal au responsable du CDI, en passant par la CPE ou le personnel chargé de l'entretien.

Rencontre avec Antoine Fromental, réalisateur.

Loin des clichés du collège et de la banlieue, ce film nous offre une vision de l’éducation d’une incroyable diversité, bienveillante et ouverte, remplie d’espoir. Sans éluder les problèmes quotidiens auxquels sont confrontés les personnages, ni leur regard critique sur le fonctionnement de l’Éducation nationale. À la fois enthousiasmant et émouvant, ce documentaire nous réconcilie avec nos propres souvenirs. Ce retour au collège, c’est aussi le nôtre.
Ciné-relax

De Charlie Chaplin avec Charlie Chaplin, Virginia Cherrill, Florence Lee, Harry Myers, Al Ernest Garcia
Comédie Dramatique - Etats-Unis - 1931 - Version sous-titrée Sourds et Malentendants (SME) - 1h27

Les Lumières de la ville

Un vagabond s’éprend d’une belle et jeune vendeuse de fleurs aveugle qui vit avec sa mère, couverte de dettes. Suite à un quiproquo, la fleuriste s’imagine le misérable, qui vient de lui acheter une fleur, en milliardaire…

Tarif unique : 5,50€

Projection suivie d'un goûter proposé par Les Papillons blancs

C’est toujours un bonheur de retrouver le personnage de Charlot ! Les Lumières de la ville met en scène un coup de foudre réciproque entre « the tramp » (« le vagabond » en anglais) et une jeune fille. Cependant, un détail non sans importance scelle toute l’intrigue : la belle est aveugle ! La question des apparences devient dès lors centrale. Le claquement d’une portière va induire la jeune fille en erreur, qui pense que Charlot est un homme riche. L’élégant et courtois clochard va donc rentrer dans la peau d’un homme fortuné chaque fois qu’il est en présence de la femme aimée. Il va se sacrifier pour aider financièrement la jeune aveugle à vivre et à guérir de sa cécité. On passe donc de situations comiques à de grands moments d’émotion. Le génie du film tient également aux rencontres que fait Charlot. Elles vont lui permettre de récolter de l’argent pour sa douce : un millionnaire qui reconnaît uniquement Charlot lorsqu’il est ivre (situations suscitant de nombreux rires) mais également un boxeur qu’il va devoir combattre. La virilité de ce boxeur trapu à côté d’un Charlot frêle et innocent fait naitre une séquence magique, dans laquelle la précision des mouvements du corps est impressionnante ! A travers les nombreux gags qu’il met en scène, Charlie Chaplin dresse également un portrait critique de l’époque. On s’attache aux personnages en marge de la société et à leur quotidien : la vie dans la rue, les boulots précaires. Le film de Chaplin est muet alors que la majorité des films sont déjà sonores à l’époque. Toutefois, le son tient une place très importante dans le film. La séquence d’ouverture tourne en ridicule la parole des personnalités publiques, en les doublant au kazoo. Charlie Chaplin fait ainsi un pied de nez à l'arrivée du son au cinéma. En effet, cette petite révolution technique constitue un virage compliqué dans l'oeuvre de Chaplin, puisque la dimension universelle de la pantomime provient principalement du muet. Le grand artiste intègre quand même des effets de son qui lui ont permis de créer l’une des scènes qui fait le plus rire les enfants (et les grands !) : Charlot qui a avalé un sifflet ! Les Lumières de la ville met en scène, à travers des plans fixes, des relations humaines profondes. Vous apprécierez avec vos enfants de rire et pleurer en regardant ce personnage d’une grande humanité. Benshi
Les Mardis de l'Architecture , Avant-Première

De 団塚唯我 avec 黒崎煌代, Ken'ichi Endō, Mai Kiryu, 井川遥, Akiko Kikuchi, 中村蒼, Shingo Nakayama, Mutsuo Yoshioka, 蘇鈺淳, 服部樹咲, Riko Ishida, Rintaro Arao
Drame - Japon - 2025 - VOST - 1h55

Des Fleurs pour Tokyo

Dans le paysage en perpétuelle transformation de Shibuya, à Tokyo, Ren travaille comme livreur d’orchidées papillon. Hanté par la disparition lorsqu’il était enfant de sa mère, Yumiko, il est depuis longtemps en froid avec son père, Hajime, un architecte-paysagiste. Jusqu’au jour où, lors d’une livraison ordinaire, père et fils se retrouvent face à face…

Temps d'échange avec Sarah Favrat, chargée de projet - FUAA.

En partenariat avec la Maison Européenne de l'Architecture.

Sortie nationale

De Laetitia Masson avec Élodie Bouchez, Stanislas Merhar, Romane Bohringer, Sebastien Judea, Thomas Badinot, Alphonse Roberts, Gringe
Comédie Dramatique - France - 2026 - VF - 1h37

Ulysse

Alice, chercheuse en sociologie découvre qu’elle est enceinte. Luc, son mari, exulte. Ce sera un garçon ! Ils l’appelleront Ulysse. Sauf qu’à un an, Ulysse ne rentre pas dans les courbes. Trop petit, trop maigre. Les pédiatres s’interrogent et le verdict tombe : syndrome génétique. Ulysse ne sera pas comme les autres. Mais comment sera-t-il ? Mystère. Commence alors la très particulière odyssée d’Ulysse : marcher, parler, apprendre, comprendre, s’épanouir. Alice se lance dans l’aventure, déterminée à ce qu’Ulysse trouve sa place dans le monde.

Laetitia Masson, enfin de retour sur les écrans, invite non pas à un voyage dans l’Odyssée, mais dans le handicap et tous les freins administratifs et institutionnels qui empêchent une inclusion réussie. Une œuvre sensible et nécessaire. Avoir-alire

De Amy J. Berg avec Jeff Buckley, Mary Guibert, Ben Harper, Aimee Mann, Rebecca Moore
Documentaire Musical - Etats-Unis - 2025 - VOST - 1h46

It's Never Over, Jeff Buckley

À travers des images d'archives inédites et des témoignages intimes de sa mère, Mary Guibert, de ses anciennes compagnes, Rebecca Moore et Joan Wasser, de ses ex-musiciens, Michael Tighe et Parker Kindred, ainsi que de personnalités influentes comme Ben Harper et Aimee Mann, It's Never Over, Jeff Buckley met en lumière l'une des icônes les plus influentes et énigmatiques de la musique moderne.

Film proposé à l’occasion de la Fête de la Musique

Eu égard à la dévotion de ses admirateurs et à la prolifération discographique éhontée qui a suivi sa précoce disparition après un unique album — le cultissime Grace —, le corpus audiovisuel consacré à Jeff Buckley (1966-1997) demeure étrangement limité. Il y eut un piètre documentaire de la BBC en 2002 (visible sur YouTube) et un biopic aussi bancal que méconnu, Greetings From Tim Buckley (2012), centré sur la relation (inexistante) entre le jeune Jeff et son chanteur de père, mort à 28 ans d’une overdose… Déjà autrice d’un remarquable portrait de Janis Joplin, Amy Berg réitère l’exploit avec ce film sérieux et documenté sur un autre génie tourmenté au destin de comète. Parmi les intervenants, Mary Guibert, la mère, et Rebecca Moore, la muse, livrent des témoignages à fleur de peau. Des débuts dans un bar new-yorkais à la noyade accidentelle dans le Mississippi, en passant par un contrat mirobolant et écrasant chez Columbia, label de ses idoles, Leonard Cohen et Bob Dylan, tout est raconté avec délicatesse et sans emphase. Une réussite. Télérama
Rencontre Les RDV d'ATTAC et de la LDH

De Thomas Ellis
Documentaire - France - 2025 - VF - 1h26

Tout va bien

Âgés de 14 à 19 ans, cinq adolescents ont traversé des déserts et des mers, seuls. Arrivés à Marseille, ces filles et garçons portent en eux l'espoir brûlant d'une nouvelle vie. Ils apprennent un métier, un pays, des habitudes et pour certains une langue. « Tout va bien » répètent-ils obstinément à leurs familles. Mais le véritable voyage ne fait que commencer…

Rencontre avec la CIMADE, animée par ATTAC et La Ligue des Droits de l’Homme.

Tout va bien », c’est ce qu’ils disent au téléphone à leurs familles. Aminata, Khalil, Junior, les frères Abdoulaye et Tidiane sont venus seuls en France, au terme de périples dont on ne saura presque rien. Dans un Marseille saturé de lumière et pourtant sombre, chacun navigue à la recherche de sa nouvelle vie. Filmés sur plusieurs années, dans une confiance manifeste, ces jeunes immensément pudiques dévoilent presque malgré eux leur peur, leur solitude, leur désarroi. Leur parcours douloureux est évoqué avec force et poésie par d’audacieuses séquences sous-marines, des lumières aveuglantes comme des fusées de détresse et des évocations sonores — cris, appels à l’aide, messages de sauveteurs… Chacun porte ses espoirs : le foot pour l’Ivoirien Junior, devenir infirmière et surtout libre pour Aminata, qui a fui un incontournable mariage en Guinée, rester ensemble pour les deux frères ivoiriens. Ou juste « avoir une vie » pour Khalil, venu d’Algérie, dont l’évolution bouleverse, de ses ongles rongés de détresse face à une langue qu’il ne comprend pas à son apprentissage progressif et au sourire qui parfois déchire son visage enfantin, comme un éclair. Le documentariste Thomas Ellis se passe de commentaire, mais saisit des scènes signifiantes — tel ce moment où Aminata se risque à tremper ses lèvres dans l’eau de la piscine — et attrape au vol les rares moments légers, drôles même : Junior répétant son rôle de serveur, les filles, lumineuses, discutant des garçons autour d’une glace ou dansant pour les réseaux sociaux — l’éclosion d’une émancipation timide mais implacable. Même s’il faut mettre ses rêves en pause, vendre des cigarettes à la sauvette ou livrer des surgelés à vélo, un espoir infini se dégage de cette chronique très subtilement mise en images et en sons. À la fin, la puissance déflagrante d’un échange téléphonique entre Aminata et sa mère, le jour des 18 ans de la jeune fille, montre qu’au-delà des obstacles et de leur souffrance ces jeunes ont, avant tout, l’ambition, l’espoir et la voracité de leur âge. Et une détermination plus grande encore. Télérama
Vous avez dit justice(s) ?, Rencontre

De Eve Duchemin avec Karim Leklou, Issaka Sawadogo, Jarod Cousyns, Babetida Sadjo, Johan Leysen
Drame - France/Belgique - 2022 - VF - 1h58

Temps mort

Pour la première fois depuis longtemps, trois détenus se voient accorder une permission d’un week-end. 48h pour atterrir. 48h pour renouer avec leurs proches. 48h pour tenter de rattraper le temps perdu.

Rencontre avec le Collectif Walden

Quelque peu déconcertée par la propension de nos sociétés modernes à ranger chacun de ses citoyens dans des catégories et à oublier que nous sommes tous multiples, la réalisatrice belge Ève Duchemin prend plaisir à scruter la complexité et les contradictions des êtres qu’elle rencontre. C’est ainsi qu’elle multiplie documentaires et courts-métrages où usines à l’arrêt, mines fermées et piquets de grève se disputent la vedette. Sa rencontre avec la directrice d’une prison pour hommes l’incite à aller voir ce qui se passe de l’autre côté de ces hauts murs, histoire de prendre le pouls de notre monde. Bien loin de se lancer dans une diatribe pour ou contre la prison, elle nous invite, à travers trois parcours totalement différents, à découvrir la déflagration de l’incarcération et ses conséquences sur des êtres humains éloignés de la réalité depuis trop longtemps. Les premières images restituent dans toute sa brutalité le vacarme de la prison avec l’ouverture et la fermeture incessante de lourdes portes, les alarmes, les appels des détenus. Puis, brusque changement de décor et de sons pour ceux qui sortent mais continuent à être imprégnés de ces bruits même quand ils sont dehors. Comment vont-ils, ne serait-ce que le temps d’un week-end de permission, pouvoir retrouver leur place parmi leurs semblables ? Tel est le cœur du sujet de ce premier long-métrage d’Ève Duchemin. Hamousin, Anthony et Colin, de générations et d’origines socio-culturelles différentes, ne se connaissent pas et n’ont qu’un seul point commun : sortir de la même prison, le même jour. D’ailleurs, leurs routes ne se croiseront jamais. Personne n’attend Hamousin, un Africain taciturne, magistralement interprété par Issaka Sawadogo tout de pudeur et de dignité. Après vingt ans d’emprisonnement, ce solide quinquagénaire doit signer un contrat de travail, condition sine qua non à sa sortie définitive, et surtout tenter de renouer des liens effilochés avec sa famille. Anthony (le touchant Karim Leklou dans un rôle qui lui permet d’exprimer toutes les nuances de sa sensibilité), lui, est accueilli chaleureusement par sa mère, bouleversée et bouleversante. Mais ses retrouvailles avec le reste de sa famille et particulièrement son fils révèlent toute l’étendue des tensions intrafamiliales. Quant à Colin (Jarod Cousyns, un nouveau venu plein de fougue et d’authenticité), coincé entre ses copains prêts à le faire renouer avec ses mauvais penchants et les sentiments contradictoires de sa mère et de sa sœur à son égard, sa réinsertion s’annonce chaotique. Aucun indice ne filtrera sur les raisons de l’emprisonnement de ces trois personnages. Le récit se limite à constater les faits sans émettre le moindre jugement, et laisse ainsi toute latitude au spectateur d’afficher sa préférence (ou son rejet) pour l’un ou l’autre de nos anti-héros. D’autant que la caméra les filme au plus près, de manière à mieux les comprendre, étape essentielle pour mesurer combien, malgré leurs forfaits, ils sont avant tout des hommes parmi tant d’autres avec une vie, un passé et une famille. Déroulant avec habileté la liste des émois que de telles situations génèrent (affection et embarras, compassion et honte, soutien et rejet), la scénariste réalisatrice fait évoluer notre point de vue sur ces hommes empêtrés entre souffrances et regrets et les revêt d’une part d’humanité en leur accordant un autre statut que celui de méprisables détenus. Un film fort et sans concession qui ouvre la réflexion sur le bien-fondé de notre organisation carcérale. à Voir à Lire

De William Wyler avec Barbra Streisand, Omar Sharif, Kay Medford, Anne Francis, Walter Pidgeon
Comédie Musical - Etats-Unis - 1968 - VOST - 2h35

Funny Girl

Fanny Brice est engagée comme comédienne et chanteuse dans la revue Keeney's Music Hall. Elle y fait la connaissance de Nick Arnstein, un gentleman, et de l'imprésario Florenz Ziegfeld. Ce dernier la choisit comme vedette de ses fameuses Ziegfeld's Follies. Mais la gloire ne dure qu'un temps.

Séance proposée en écho à la programmation de Gypsy, présenté par l'Opéra National du Rhin à la Filature - scène nationale, les 21 et 23 juin.

Sortie nationale

De Aitor Arregi, Jose Mari Goenaga avec José Ramón Soroiz, Nagore Aranburu, Kandido Uranga, Zorion Eguileor, Kepa Errasti
Comédie Dramatique - Espagne - 2025 - VOST - 1h55

Maspalomas

Vicente, un vieil homme ouvertement homosexuel qui, lorsqu'il est admis dans une maison de retraite, décide de cacher son orientation sexuelle.

La sortie du film Sham, initialement prévu, étant repoussée à septembre, le film Maspalomas est programmé à sa place.

Découvert en compétition au Festival de San Sebastian 2025, puis passé par le Festival Face à Face à Saint-Étienne, d’où il est reparti avec le Coup de cœur du Jury, "Maspalomas" tire son titre d’une ville très gay friendly du sud de Gran Canarie. Un endroit où des gays de toute l’Europe et particulièrement des hommes âgés, vont faire la fête, profiter d’une température clémente toute l’année et de la plage. S’ouvrant dans les dunes, l’un des lieux de drague les plus connus, passant par le Jumbo Center, ses bars, ses discothèques et ses back-rooms, le lieu semble d’abord être le paradis pour Vicente et son ami Ramon. Mais derrière les apparences de sexe facile, se cache une séparation subie, des élans amoureux ou physiques contrariés, un corps qui ne suit plus, et une situation finalement assez précaire. Suite à un événement, une ellipse suffit pour retrouver Vicente à San Sebastian, un changement physique marquant un certain « coup de vieux », et la question de son autonomie se posant clairement. Traitant du vieillissement chez les homosexuels, de la perte d’autonomie, du rapport aux autres personnes âgées, y compris dans des institutions spécialisées, "Maspalomas" ne quitte jamais le personnage de Vicente (rôle pour lequel José Ramón Soroiz a reçu le prix d’interprétation du premier rôle à San Sebastian et le Goya du meilleur acteur 2026). Avec un tact immense et sans forcer le trait, c’est la perspective d’un retour au placard qui hante tout le film, le destin de cet homme semblant une parenthèse disparue, entre les reproches de sa fille, un personnel médical et des pensionnaires au machisme assumé. Tendrement, Aitor Arregi et José Mari Goenaga ceinturent leur personnage, scrutant la résignation ou la perspective d’une nouvelle éclosion. Un film nécessaire, touchant, qui passe de la lumière des Canaries à la fraîcheur de la mer de Cantabrie, tout en ne fermant jamais la porte à l’espoir. Abus de ciné
Sortie nationale

De Danielle Arbid avec Hiam Abbass, Mahamat Amine Benrachid, Shaden Fakih, Charbel Kamel, Alexandre Paulikevitch, Sami Dekhissi, Rubis Ramadan
Drame - France/Liban/Emirats Arabe-Unis - 2026 - VOST - 1h38

Seuls les rebelles

Suzanne, veuve d’une soixantaine d’années, fait la connaissance d’Osmane, un soir à Beyrouth… Il est jeune, noir, soudanais, migrant sans papiers. Elle est blanche, libanaise d’origine palestinienne, a le double de son âge … Ils tombent amoureux. Le Liban est au bord du précipice. Journaux télévisés, réseaux sociaux déversent en continu de terrifiantes nouvelles. Peu importe, Osmane s’installe chez Suzanne. Alors que leur amour déclenche une levée de boucliers, au cœur du chaos ambiant, Suzanne et Osmane résistent…

Hiam Abbass interprète le personnage principal de ce film libanais, tourné en France étant donné le contexte actuel dans le pays, et découvert en ouverture de la section Panorama du Festival de Berlin. Le scénario fait s’entrecroiser, à travers de la rencontre entre Osmane, sans papier soudanais pour qui le Liban n’est qu’une étape sur le chemin de l’Europe, et Suzanne, veuve libanaise d'origine palestinienne, ayant ici deux enfants, une fille et un garçon, des destins de migrants et des questions de communautés, sur fond de crise. De réputation il sera donc question, tout comme de pression sociale en général, alors que la faute, en temps de crise, est régulièrement reportée sur les immigrés, censés « vivre sur notre dos », comme le dit l’une des collègues de Suzanne, dans le magasin de tissu. Opposant à toutes les insultes, les aprioris, les tentatives d’exploitations diverses, la douceur d’une femme et des moments où les personnages se rapprochent, Danielle Arbid ("Beyrouth Hôtel", "Passion Simple") parvient à un délicat équilibre, convoquant quelques scènes en état de grâce, malgré la pesanteur du contexte. Sans angélisme aucun, elle affirme aussi l’indépendance de personnages féminins devant faire face à la violence des hommes, qu’il s’agisse de Suzanne elle-même ou de sa fille. Plaidoyer contre la déshumanisation des immigrés, "Seuls les rebelles" adopte au final une tonalité optimiste, les coloris exacerbés de certains passages venant souligner la capacité de chacun à embrasser son destin. Abus de Ciné

De Alain Gomis avec Katy Correa, D’Johé Kouadio, Samir Guesmi, Mike Etienne, Nicolas Gomis, Fara Baco Gomis, Poundo Gomis, Thomas Ngijol
Comédie Dramatique - France/Guinée-Bissau/Sénégal - 2026 - VF - 3h05

Dao

Aujourd’hui Gloria marie sa fille en banlieue parisienne. Il y a peu, en Guinée Bissau, elle assistait à la cérémonie qui consacre son père décédé en ancêtre. D’une cérémonie à l’autre, entre passé et présent, vie et mort, réalité et fiction, Gloria se réconcilie avec son histoire, trouve sa place et connaît un moment de paix.

Séance unique

A écouter : Alain Gomis filme une famille entre la France et la Guinée-Bissau (Tous les cinéma du monde, RFI)

Alain Gomis ouvre son film avec des images arrachées au casting, comme pour rappeler qu’il ne s’agit pas d’un documentaire ou d’un récit autobiographique, mais d’une fiction où des comédiens profanes et professionnels vont tenter de reconstituer deux moments familiaux très différents : un mariage en France et une cérémonie d’hommage funéraire en Guinée-Bissau. Et pourtant, le réalisateur invite dans cette aventure cinématographique absolument inédite des acteurs dont le nom de famille résonne avec le sien. Il y a donc délibérément dans cette œuvre totalement originale un jeu habile entre le réel et l’imaginaire, l’ambition du cinéaste étant de reconstituer en plus de trois heures deux moments festifs où les familles se heurtent aux enjeux interculturels. Dao signifie dans la langue guinéenne « mouvement perpétuel et circulaire, qui coule en toute chose et unit le monde ». Le réalisateur donne d’ailleurs en exergue de son film la définition, annonçant que cette histoire de fêtes, pour l’une liée à un mariage et pour l’autre une cérémonie traditionnelle issue des pratiques animistes, restitue un fil invisible qui donne la cohérence à l’univers et aux choses. On trouve en effet une dimension véritablement philosophique et spirituelle puisque Alain Gomis traite, dans un langage subtil et complexe à la fois, des questions de post-colonialisme, d’exil migratoire et de transformation des identités culturelles. En effet, la caméra va d’un monde à l’autre. Le plus évident pour le spectateur francophone demeure ce mariage en Île-de-France où les familles se retrouvent, après parfois des années de silence ou de séparation, dans une ambiance qui fait la synthèse entre une multitude de communautés culturelles ; le deuxième est plus secret, plus éloigné du modèle de représentations occidentales puisqu’il s’agit d’un village en Guinée où les membres présents vont s’adonner à une cérémonie tant joyeuse que triste, pour une consécration spirituelle du père de l’héroïne. Ce n’est pas un hasard si Sylvie Pialat a coproduit ce film. En effet, dans la mise en scène, dans la manière dont le réalisateur laisse subtilement une grande part à l’improvisation, on pense au cinéma de Maurice Pialat qui faisait preuve d’une rigueur magnifique. Tout le récit s’articule autour d’une actrice, inconnue et pour cause puisqu’il s’agit de son premier rôle au cinéma : Katy Correa. Alain Gomis filme le quotidien d’une cinquantenaire qui marie sa fille et rejoint le village de son père à la manière d’un ethnologue. La comédienne, absolument majestueuse, s’invite dans ce bal des émotions, comme si la notion de cinéma s’effaçait au bénéfice d’un réalisme, encore plus vrai que vrai. Alain Gomis cherche à fuir tout ce qui pourrait faire fiction, donnant la voie à des comédiens professionnels ou non, dans un récit qui pourrait se confondre à leur propre existence. Dao s’affirme comme un chef-d’œuvre qui renouvelle totalement les manières de diriger des comédiens. La densité du film fait écho à l’art d’Abdellatif Kechiche qui ne se donne aucune limite dans sa matière cinématographique. Le spectateur est littéralement emporté dans une fresque familiale où les questions d’interculturalité, de colonialisme, de migration sont posées frontalement. Plus largement, si le titre rappelle avec brio que tout est lié, il raconte aussi les ruptures que l’humanité provoque, semant ainsi dans le monde des conflits et des vides existentiels sidéraux. Le plus exceptionnel dans ce long-métrage inédit demeure la part qu’y prend le spectateur. En effet, pendant près de trois heures, il a l’impression d’être lui-même l’invité dans des univers familiaux et culturels qui pourraient être les siens. La proximité avec les personnages fictifs brouille la limite entre le réel et celui du public qui est emporté dans les rituels guinéens ou les noces. On retiendra surtout de ces trois grandes heures de cinéma la présence magnétique de Katy Correa et de celle qui interprète sa fille : D’Johé Kouadio. On regrette juste qu’elles n’aient pas existé avant sur des écrans de cinéma, même si ce film qu’Alain Gomis leur offre semblait la meilleure opportunité de révéler leur immense talent. On a affaire à un cinéaste rare, qui prend autant le temps entre deux longs-métrages qu’il se donne à cœur joie pour dérouler une fresque sur le tourbillon des nébuleuses familiales. à Voir à Lire

De Germinal Roaux avec Ángela Molina, Andrés Catzín, Marco Antonio Treviño, Abraham Sarabia, Erandeni Durán
Drame - Suisse/France/Mexique - 2026 - VOST - 2h30

Cosmos

Dans un village oublié du Yucatán, Lena, 68 ans, une veuve esseulée condamnée par la maladie, croise le chemin de Leon, 62 ans, un Indien maya gardien des secrets de la nature et des esprits. Lena trouve en Leon un compagnon inattendu. Malgré leurs différences, leurs univers apparemment opposés, une connexion profonde se forme entre eux.

A écouter : Une expérience cinématographique intime et hypnotique (Sur le pont des arts, RFI)

Il a y dans la péninsule du Yucatan, au Mexique, un élargissement du temps qui est à la mesure de sa vastitude. Terre hostile, battue par les vents et chapeautée d’une chape grise tendue de nuages paresseux, elle accueille deux personnages que seule l’imagination de Germinal Roaux sait faire se rencontrer au hasard d’un chien égaré. Mais à vrai dire, le chien n’est pas égaré, mais chargé par le récit de nouer un lien entre Léna et Léon. L’élargissement du temps est ici également à la mesure de l’avènement de sentiments complexes. Dans cette configuration d’espace et de temps, Germinal Roaux approche ses personnages solitaires, elle a 68 et lui 62 ans, afin d’en observer les modes de vie et de pensée. Léon, paysan maya pauvre, quitte sa masure pour aller se réconcilier avec son frère dont il apprend alors la mort. Quant à Léna, critique d’art reconnue, elle retrouve pied dans une vaste demeure de maître dans laquelle, atteinte d’une grave maladie, elle sait vouloir mourir. Germinal Roaux, cinéaste, né en 1975 à Lausanne, prend part à la réalisation de films publicitaires à New York, puis séjourne entre 1994 et 1995 au Burkina Faso pour tourner un documentaire, film de fin d’études, Une pluie et des hommes. Premiers films, des courts métrages documentaires et de fiction en indépendant dès 2004, puis un premier long métrage de fiction en 2013, Left Foot Right Foot. Suit Fortuna en 2018. Cosmos est son troisième long métrage de fiction. Il en signe comme à chaque fois le scénario ; le premier était en collaboration avec Marianne Brun. Germinal Roaux est également photographe primé et exposé dès les années 2000. Toute son œuvre est développée en noir et blanc, ce qui participe aussi pour Cosmos à sa dramaturgie intime. Les deux personnages, Léna et Léon, et à peine quelques figures secondaires, composent un univers soumis aux inexorables évolutions ici d’une modernité économique, là d’une maladie en action. Léon se voit exproprié et sa cabane est détruite avec toute la violence symbolique d’un bulldozer. « Les riches » ont décidé de tracer une nouvelle route dans la région. Le paysage est balafré, comme est stigmatisée dans ses fondements mêmes l’existence de Léna. Le geste du cinéaste est tout de tendresse à leur endroit, sur fond du choc de leurs cultures et, partant, de leur appartenance à des classes sociales pour le moins différentes. Sous-jacente, cette tension dessine les difficultés de la rencontre de cette femme et de cet homme, lequel s’est évertué à accompagner le chien égaré auprès de sa maîtresse. Léna est certes reconnaissante, puis éconduit avec suffisance Léon, avant finalement de l’engager comme homme de compagnie, qui sait occuper une place bientôt indispensable. Germinal Roaux ne simplifie pas les rapports de ces deux cultures en interaction, celle de la bourgeoise lettrée et celle de l’Indien connaisseur des esprits qui gouvernent la ronde du monde. Il leur faut du temps, à elle pour quitter ses gestes de domination, à lui pour donner accès aux arcanes de sa culture vernaculaire. Aux arrogances d’une bourgeoisie possédante, répond un paysan sans terre. Ici une maison ceinte d’un parc, là une ruine couverte de bitume. La démarche de Germinal Roaux est en conscience politique, sans être jamais démonstrative. La dimension humaine des enjeux transcende un quelconque discours idéologique. C’est au franchissement d’un seuil poétique que le film invite à l’exploration de valeurs enfouies et dont on peut imaginer la dimension universelle. Germinal Roaux veut que ses personnages parlent peu. Il partage la sagesse de Léon, qui connaît la vertu du silence propre à la méditation bercée par les belles lumières, que le directeur de la photographie Inti Briones et le réalisateur lui-même déclinent en des noirs et des blancs profonds et tout à la fois déclinés en de subtiles nuances. Le talent de Germinal Roaux s’affirme par l’entremêlement des rythmes orchestrés par des temporalités complexes mises en scène en des plans cadrés et tenus en justes durées. Grâce au montage signé par Damian Pendolit avec la précieuse collaboration de Jacques Comets, la narration confère une consistance aux mouvements des âmes et des corps. Le rapprochement de l’homme et de la femme prend une dimension émouvante de pudeur alors que Léna parvient au bout de ses forces. Léon est à son chevet, il l’accompagne de sa présence de compassion muette. Au paravent, soudainement dans l’éclat d’un orage, Léna est en feu, son lit brûle. C’est le spectacle de son cauchemar et tout à la fois un salut à Apichatpong Weerasethakul, le grand cinéaste de l’au-delà du réel. Cosmos engage alors un dernier mouvement de son récit. Germinal Rouax réunit dans « une source d’eau magique » Léna que tient dans ses bras Léon. Temps de suspension et d’émerveillement de tendresse d’avant la mort, ils font corps à corps en un recueillement dans l’eau de la nature qui berce la vie au-delà des destinées humaines. Et alors, Léon accompagne Lena jusqu’à son trépas, puis a soin de sa toilette mortuaire. Il lave ses mains, ses pieds, entoure son visage de fleurs. Ces moments sont d’une rare intensité émotionnelle, à la mesure de la rigueur pudique de la mise en scène. Et il convient enfin de dire ici combien Ángela Molina et Andres Catzín, lui acteur non professionnel, sont remarquables de tenue, de retenue, de présence intense. Le film dure sa durée légitime. Il ambitionne avec une légitime radicalité d’élaborer ainsi une temporalité filmique liée organiquement aux vies des personnages. Léon dit : « Dans le vent, dans le chant des oiseaux et dans les branches des arbres qui libèrent leurs parfums que nous percevons. Tout cela est Dieu. » Le feu dont les flammèches lèchent la liane d’un arbre, cet autre arbre dont le tronc échancré accueille à la manière d’un autel un crâne, les graines qui donnent vie à des fleurs fragiles… de tout cela, Cosmos est le chantre. Il cerne le secret de la lumière, du feu et de l’eau qui fertilisent et consument la vie et en magnifient les beautés. Film explorer
Séance à la demande pour les scolaires / périscolaires

De ALDASHIN Mikhail, SAEYEON Park, SYNKEVICH Ruslan, MANRI Kim, JAFFE Adrien, RUMYANTSEVA Masha, SEO EUN Ju, SEUNG MIN Nam, SUA Cho, YE RIM Cheon
Animation Court-Métrage - Allemagne/Russie/Corée du Sud - 2026 - VF - 33min

Entre ciel et terre

Un oisillon se lance dans les airs. Un petit chiot découvre la matière. Un enfant savoure une soupe cosmique. Une chouette au sommeil chaotique. Une souris veut voir le soleil. Et une autre renvoie les étoiles dans le ciel. Sept histoires vues de la Terre comme du Ciel.

Séance à la demande pour les scolaires / périscolaires

De Edouard Nazarov
Animation Court-Métrage - Russie - 2026 - VF - 42min

La Princesse, l'ogre et la fourmi

Cinq fables où les héros jonglent entre surprises, solidarité, amitié, amour. Racontées et chantées par Philippe Katerine. 5 courts métrages d’animation réalisés entre 1975 et 1987 : – P’tit Hippo : Un hippopotame solitaire envie les fourmis, les abeilles et les lapins, qui vivent en communauté. Jusqu’à ce qu’il rencontre... – Martinko : Un jeune soldat trouve un jeu de cartes magique et s’enrichit jusqu’à parvenir au palais du roi. La princesse en tombe amoureuse, mais enrage en constatant que lui ne l’aime pas. Elle va chercher à se venger... – La Princesse et logre : Un temps admirable, une princesse insupportable. Une clairière merveilleuse et une grotte affreuse. Un ogre l’y invite à déjeuner, mais devant sa beauté, se sent embarrassé. A moins que ce ne soit l’inverse ? – Il était une fois un chien : Il était une fois un vieux chien, trop fatigué pour effrayer les voleurs. Chassé de son foyer, le pauvre animal trouve refuge dans la forêt, où il fait la connaissance d’un loup sage et plein d’expérience, qui va l’aider à reconquérir le cœur de ses maîtres. – Le Voyage de la fourmi : Par la faute d’une chenille, une fourmi est emportée par le vent. Elle se retrouve perdue à l’autre bout du jardin. Blessée, elle va devoir compter sur la solidarité des autres insectes pour rentrer chez elle avant le coucher du soleil...

Folklore, comédie et critique sociale sont subtilement imbriqués, avec le langage propre à l’animation. Oui, l’URSS a produit des films d’animation et ce n’est pas de la propagande. Oublier vos a priori sur l’austérité soviétique. Edouard Nazarov a offert des court-métrages d’animation aux couleurs et aux tons chatoyants. Une part mélancolique toujours envahie par un élan révolutionnaire sans oublier le ton humoristique. (... ) Avoir-alire
Séance à la demande pour les scolaires / périscolaires

De Daniel Chong avec Piper Curda, Bobby Moynihan, Jon Hamm, Kathy Najimy, Dave Franco
Animation - Etats-Unis - 2025 - VF - 1h44

Jumpers

Mabel, une amoureuse des animaux, utilise une nouvelle technologie pour "transférer" sa conscience dans un robot-castor réaliste et communiquer directement avec les animaux. Alors qu'elle découvre des mystères du monde animal dépassant tout ce qu'elle aurait pu imaginer, Mabel se lie d'amitié avec Roi Georges, un charismatique castor, et doit rallier tout le règne animal pour faire face à une menace humaine majeure et imminente : le maire Jerry Generazzo, un beau parleur.

Un Pixar délirant et trépidant comme un vrai film d’aventures. Grâce à la technologie, une ado se met dans la peau d’une jeune castor… et découvre la vraie vie des animaux. Un film d’animation drôle et émouvant, avec des castors craquants et un message écolo très radical ! Télérama
Séance à la demande pour les scolaires / périscolaires

De Andrew Stanton avec Tom Hanks, Tim Allen, Joan Cusack, Greta Lee, Conan O'Brien
Animation - Etats-Unis - 2026 - VF - 1h42

Toy Story 5

Buzz, Woody, Jessie et le reste de la bande verront leur travail remis en question lorsqu'ils découvriront que ce qui obsède les enfants d'aujourd'hui s’appelle... l'électronique !

  • Légendes des pictos :
  • Séance suivie d'une rencontre |
  • Sous-titrage sourds et malentendants |
  • VF Version française |
  • Séance précédée ou suivie d'un repas

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