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Films du mois

 

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  • Légendes des pictos :
  • Séance suivie d'une rencontre |
  • Sous-titrage sourds et malentendants |
  • VF Version française |
  • Séance précédée ou suivie d'un repas
Sortie nationale

De Saeed Roustaee avec Tarane Alidousti, Saeed Poursamimi, Navid Mohammadzade, Payman Maadi, Farhad Aslani, Nayereh Farahani, Mohammad Ali Mohammadi, Mehdi Hosseinina
Drame - Iran - 2022 - VOST - 2h49

Leila et ses frères

Leila a dédié toute sa vie à ses parents et ses quatre frères. Très touchée par une crise économique sans précédent, la famille croule sous les dettes et se déchire au fur et à mesure de leurs désillusions personnelles. Afin de les sortir de cette situation, Leila élabore un plan : acheter une boutique pour lancer une affaire avec ses frères. Chacun y met toutes ses économies, mais il leur manque un dernier soutien financier. Au même moment et à la surprise de tous, leur père Esmail promet une importante somme d’argent à sa communauté afin d’en devenir le nouveau parrain, la plus haute distinction de la tradition persane. Peu à peu, les actions de chacun de ses membres entrainent la famille au bord de l’implosion, alors que la santé du patriarche se détériore.

Derrière cette tragédie familiale quasi cornélienne, se cache le destin d’un pays, l’Iran, étouffé par l’embargo américain, l’inflation galopante, la destruction de l’emploi et le poids du conservatisme religieux. Un choc cinématographique. Avoir-alire
Sortie nationale

De Thomas Daneskov avec Rasmus Bjerg, Zaki Youssef, Bjørn Sundquist, Sofie Gråbøl, Marco Ilsø
Comédie Drame - Danemark - 2021 - VOST - 1h42

Wild Men

Dans une tentative désespérée de guérir sa crise de la quarantaine, MARTIN a fui sa famille pour vivre dans les montagnes norvégiennes. Chassant et cueillant comme ses ancêtres le faisaient il y a des milliers d'années.

Second long-métrage du jeune cinéaste Thomas Daneskov, Wild Men combine avec subtilité comédie et thriller dans une sorte de buddy movie danois. Quelque part entre un The Revenant qui ne se prend pas au sérieux et un Fargo au pays des Vikings. Assurément grisant ! Movierama

De Jean Eustache avec Bernadette Lafont, Jean-Pierre Léaud, Françoise Lebrun, Isabelle Weingarten, Jacques Renard
Romantique Drame - France - 1972 - VF - 3h37

La Maman et la putain

Alexandre, jeune oisif, vit avec (et aux crochets de) Marie, boutiquière sensiblement plus âgée que lui. Il aime encore Gilberte, étudiante qui refuse la demande en mariage qu’il lui fait en forme d’expiation. Il accoste, alors qu’elle quitte une terrasse, Veronika, interne à Laennec. « Je me laisse facilement aborder, comme vous avez pu le constater (…) Je peux coucher avec n’importe qui, ça n’a pas d’importance. » Marie accepte, quoique difficilement, de partager son homme avec elle.

« Plus on paraît faux, plus on va loin. Le faux, c’est l’au-delà. » Ces mots sont ceux que prononce Alexandre (Jean-Pierre Léaud), dandy oisif, vieux siècle et baudelairien, palabrant au café face à la jeune femme, Veronika (Françoise Lebrun), avec laquelle il vient d’entamer une liaison. Nous sommes à peu près à mi-parcours de La Maman et la Putain, film-fleuve de 220 minutes, et son auteur Jean Eustache semble, à cet endroit, avoir paré au principal reproche qu’on ne manquera pas d’adresser à son film, parmi les cris d’orfraie qui l’accueillirent en mai 1973 lors de sa présentation au Festival de Cannes. A savoir qu’il sonnait faux, qu’on n’y parlait pas comme dans la « vraie vie », mais avec cette légère dissonance dans l’incarnation qui transpirait le rejet du professionnalisme. C’était oublier, comme le rappelait ainsi Eustache par la voix de son héros, que le « vrai » au cinéma n’est jamais qu’une convention parmi d’autres, et souvent plus fabriquée que les autres. Par sa dissonance, l’acteur eustachien ouvre une brèche où s’engouffre son être tout entier, et même plus encore. La Maman et la Putain, ce diamant noir du cinéma français, qui transformait à lui seul les essais cumulés de la Nouvelle Vague, fait un retour sur grand écran en version restaurée, après trente ans d’invisibilité (à quelques rares exceptions près). Une scène coupée a même été réintégrée au montage pour l’occasion – à vrai dire un passage assez anecdotique où les personnages vont au cinéma voir Les Idoles (1968), de Marc’O. Accède ainsi au statut de chef-d’œuvre officiel un film qui a si longtemps nourri le dissensus pour ses proportions hors norme, son inspiration libre, son esprit résolument antimoderne et sa façon de filmer à l’os. Langue nue et sophistiquée La Maman et la Putain est resté ce grand film torrentiel, extirpant le fait amoureux de sa gangue romantique, pour le resituer dans un champ magnétique de discours, d’attitudes, de circulations et de revirements. Ses personnages, enfants de Mai 68 hantant Saint-Germain-des-Prés et les lieux d’un existentialisme révolu (et conspué), pensent jouir des fruits de la libération sexuelle, tout en butant contre les schémas archaïques qui n’ont pas pour autant cessé de régir les relations entre les sexes. Alexandre, beau parleur désargenté, papillonnant toute la sainte journée aux tables des cafés, entre le Flore et Les Deux Magots, partage le lit de Marie (Bernadette Lafont), qui l’entretient bourgeoisement, tenant par ailleurs une boutique de vêtements. Un matin, il s’éclipse et retrouve Gilberte (réminiscence proustienne interprétée par Isabelle Weingarten), une ancienne petite amie qui l’envoie définitivement balader. Mais une autre jeune femme, croisée dans la foulée à la terrasse des Deux Magots, vient occuper cette place laissée vacante. Elle s’appelle Veronika, est infirmière à l’hôpital Laennec et évoque en des termes très crus son nomadisme sexuel. A force de rendez-vous, de coups de fil nocturnes, d’allées et venues d’un appartement à l’autre, Veronika s’éprend vivement d’Alexandre sous les yeux de Marie. Incapable de choisir, Alexandre reste prostré. Tandis que le franc-parler de Veronika déchire le voile des conventions qui font tenir le couple. Entre-temps, une bascule s’est opérée : c’est du côté de l’infirmière et de son désespoir que le récit a basculé, comme dans un gouffre insondable. Ce torrent, c’est d’abord celui de la langue nue et sophistiquée qu’inventait alors Eustache pour dire l’intime, rejoignant ainsi une illustre lignée de cinéastes-paroliers comme Sacha Guitry ou Marcel Pagnol, ou, c’est selon, de chanteurs réalistes (et donc déjà cinématographiques), comme Fréhel ou Charles Trenet. Le film se structure comme une suite de monologues hagards et ivres, expulsés par des acteurs « au-delà » du naturel, comme la lave coulant du volcan. Et quand la parole est tarie, c’est aux chansons de prendre le relais, jouées in extenso sur platine vinyle (La Chanson des Fortifs, de Fréhel, ou Les Amants de Paris, d’Edith Piaf). Si la beauté du film est restée intacte, c’est parce qu’Eustache filme en primitif, sans chercher à apposer sa griffe sur les vues de Pierre Lhomme (1930-2019), un Paris du jour et de la nuit plongé dans un splendide lavis noir et blanc. Sa caméra semble encore celle des frères Lumière, cette fenêtre s’ouvrant, ici sur la clameur d’une rue, là sur un visage hâve et frémissant, comme si c’était pour la première fois. Le moindre plan en témoigne : filmer pour Eustache est un acte d’amour incomparable, accordant à chacun le privilège de la justesse. Le Monde
Sortie nationale

De Semih Kaplanoğlu avec Umut Karadağ, Filiz Bozok, Gökhan Azlağ, Ayşe Günyüz, Ruslan Zeynalviç Kavandi
Drame - Turquie - 2020 - VOST - 2h28

Les Promesses d'Hasan

Lorsque Hasan apprend qu’un pylône électrique va être installé sur les terres qu’il cultive, il manœuvre afin que son champ soit épargné. Mais avant de partir en pèlerinage à la Mecque, il promet à sa femme de réparer ses erreurs passées.

Semih Kaplanoglu est à présent un cinéaste d’âge mûr, bien installé dans la vie des formes, dont l’œuvre s’éloigne de plus en plus des inventions étranges, au réalisme audacieux, de sa «Trilogie de Yusuf» (composée d’Œuf, de Lait et de Miel, réalisés entre 2007 et 2010, dont le dernier volet remporta l’Ours d’or à la Berlinale). Ce n’est donc pas pour rien que les Promesses d’Hasan, présenté à Cannes il y a quelques jours, s’intéresse à un homme d’un certain âge, lui aussi bien installé sur sa terre, un paysan turc aisé qui maîtrise l’art de régler les problèmes par arrangements et compromissions. Si le court prologue du film le montre enfant, dans un champ dont il héritera, inondé par le soleil et battu par le vent – forces élémentaires de l’image et du son qui seront omniprésentes tout au long du film –, une ellipse soudaine nous le présente aujourd’hui, vieilli par la force de l’âge, endormi près d’une clôture à l’ombre des délimitations réglées. Ce saut éclipse toute la jeunesse d’Hasan, pour nous faire séjourner auprès de sa conscience, qui le taraude alors que, menant ses affaires agricoles et foncières (pesticides et manigances) au détriment des autres, à la façon immémoriale mais avec un certain manque de franchise, il se voit offrir la possibilité de faire le pèlerinage à La Mecque, soit l’heure de régler ses comptes avec ses pêchés et ses faiblesses. Cinéma de la mauvaise conscience Bientôt hanté par des rêves étranges, allégoriques, menaçants, qui rappellent les films de jeunesse de l’auteur, Hasan, comme Kaplanoglu, tente de continuer de vivre dans son présent de pur réaliste, à bien faire ce qu’il sait faire, malgré l’appel de l’infini et les promesses non tenues. Un autoportrait en propriétaire inquiet, régnant sur ses hectares et ses plans luxuriants, mais où le vent souffle toujours fort, parcourant toute la très riche et très matérielle bande sonore. Hasan s’enferre dans ses remords, et le film s’enfonce avec lui – en toute conscience de ce qu’il fait, c’est même le cœur de son propos. C’est que les regrets sont démonstratifs, raisonneurs, ils ont toujours un coup d’avance, ils savent toujours ce qui va suivre : les conversations insincères préparent les cauchemars à venir, les actes manqués ou intéressés annoncent les tortures nocturnes, les reproches amers, les irruptions d’images coupables qui parasitent le film du présent, cinéma de la mauvaise conscience infectant la beauté du monde. Crise de la maturité où tout sombre dans la métaphore, où rien n’est laissé au hasard. Libération
Rencontre

De Arthur Gosset avec Maxime, Romain, Aurélie, Hélène, Emma
Documentaire - France - 2021 - VF - 1h00

Ruptures

Aurélie, Maxime, Hélène, Emma, ou Romain sortent de Polytechnique, de Sciences Po, de Centrale ou d’écoles de commerce. Ils et elles ont fait un choix radical : renoncer à l’avenir qu’on leur promettait pour une vie qu’ils jugent plus compatible avec les enjeux environnementaux et sociétaux de notre époque. Ce film raconte leur histoire. Pendant un an, le jeune réalisateur Arthur Gosset, lui-même étudiant à Centrale Nantes, a suivi le parcours de six jeunes, leurs décisions parfois difficiles, leurs ruptures souvent douloureuses et leur courageux choix de vivre en adéquation avec leurs convictions, quoiqu’il en coûte.

Rencontre avec La Ligue des Droits de l'Homme et ATTAC le vendredi 2 septembre à 20h30

2022 Année William Wyler

De William Wyler avec Kirk Douglas, Eleanor Parker, William Bendix, Cathy O'Donnell, George Macready
Policier Drame - Etats-Unis - 1951 - VOST - 1h50

Histoire de détective

L'inspecteur McLeod est attaché au commissariat du 21e district dans la ville de New York. C'est un homme dont la rigidité morale se reflète quotidiennement dans le travail. Il est strict et intransigeant. Si ses collègues policiers, notamment Brody, semblent plus sympathiques, McLeod ignore le sentiment de pitié, ne connaît que la loi et l'applique sans jamais tenir compte de circonstances atténuantes. C'est ainsi qu'il s'acharne sur Schneider, un médecin qui pratique des avortements clandestins. Devant la rage de McLeod, qui va jusqu'à brutaliser Schneider, le lieutenant Monaghan, son supérieur, mène une enquête et découvre que la femme de McLeod, Mary, a fauté avant leur mariage et qu'elle a «effacé» cette erreur de jeunesse précisément chez le docteur Schneider...

Rencontre avec Dorian Merten, doctorant en études cinématographiques, le dimanche 4 septembre à 17h

Au moment où, en novembre 1951, Histoire de détective sort sur les écrans américains, William Wyler ne sait pas encore que, l’année suivante, il foulera pour la première fois le tapis rouge de la Croisette pour venir le présenter à la presse internationale ; avec, à la clé, un prix de la meilleure actrice décerné à la débutante Lee Grant pour son rôle "négligeable" d’une voleuse à l’étalage. Entre le festival de Cannes et lui, c’est assurément une grande histoire d’amour puisqu’il y remportera aussi la Palme d’or en 57 pour La loi du Seigneur, et (pour couronner le tout) un double prix d’interprétation pour Terence Stamp et Samantha Eggar dans L’obsédé. Quant aux Oscar, il détient toujours le record de douze nominations en tant que meilleur réalisateur (pour trois statuettes remportées, l’année où le film triompha également) ! Alors que certains critiques actuels le considèrent juste comme un bon artisan, il ne fait pourtant plus aucun doute qu’il est l’un des meilleurs cinéastes de tous les temps (rien que la vision du bouleversant Les plus belles années de notre vie, réalisé cinq ans plus tôt, suffirait à le démontrer). Après Rue sans issue (avec Humphrey Bogart qui n’en est alors qu’à ses débuts), Wyler s’attelle de nouveau à l’adaptation d’un écrit du dramaturge Sidney Kingsley qui lui permet cette fois de manier admirablement les unités de lieu et de temps (au cours de cette journée interminable presqu’exclusivement au poste de police). En dépit du côté théâtral que la pièce originale impliquait, le récit démarre par un long plan-séquence, lequel fait suite au générique survolant la Grosse Pomme, devant un commissariat de police (correspondant aujourd’hui encore à la Cour criminelle de New York). On y suit un flic, de retour avec sa capture du jour (Lee Grant) qui deviendra, malgré elle, le témoin privilégié des agissements pas très catholiques d’un inspecteur tenace, du nom de McLeod. Pratiquement tout le reste du film se passe en huis-clos, mis à part une rare scène ou l’autre. L’une d’elle, absolument magistrale et assez analogue au plan-séquence introductif, nous présente un Kirk Douglas impeccable comme à son habitude (mais plus cabotin que jamais), dans la même situation que son collègue, qui retrouve son épouse qui ne l’a plus revu depuis deux jours du fait d’avoir poursuivi sans relâche un vulgaire bandit de seconde zone. À partir d’un storytelling absolument brillant, récompensé à juste titre du "Edgar Allan Poe" du meilleur scénario, Wyler dirige de main de maître ses comédiens (ce qui constitue l’une de ses marques de fabrique : en témoigne, le nombre impressionnant d’Oscar que les interprètes sous sa direction se sont vus attribuer) ; bien qu’il fasse avouer que les intervenants secondaires constituent de temps à autre la seule faiblesse du film. De plus, à l’instar de La vipère, il déploie avec beaucoup de maestria la psychologie qui anime ses protagonistes ; avec une mention spéciale pour celui de McLeod, véritable pierre angulaire de ce drame à venir. À sa manière, il construit merveilleusement un personnage au service de la loi, comme le seront également ses illustres héritiers : à savoir, le ripou campé par Welles dans La soif du mal ; sans oublier bien plus tard, pour son côté radical, l’Inspecteur Harry dans la série éponyme. Tétanisé à jamais par un père autoritaire, il n’accorde pas la moindre once d’indulgence dans sa manière d’exercer sa propre justice. Dans un dernier sursaut d’énergie, son épouse tentera le tout pour le tout en le laissant face à ses propres démons : "Pourquoi tout doit être noir ou blanc avec toi ? Ne sois pas si intolérant. Tu creuses ta propre tombe, ça te crève les yeux. Un pas de plus, et tu es dedans". Si Histoire de détective n’a attiré que 1.580.480 timides spectateurs en France, il fait toujours l’effet d’une grosse claque en plein visage dont on ne se relève pas immédiatement... Avoir-alire
Rencontre, 2022 Année William Wyler

De William Wyler avec Gregory Peck, Audrey Hepburn, Eddie Albert, Hartley Power, Harcourt Williams
Romantique - Etats-Unis - 1953 - VOST - 1h59

Vacances romaines

Les tendres amours, le temps d'une journée, d'une princesse fugueuse et d'un séduisant journaliste américain, dans la Ville éternelle, Rome.

Film précédé de D-va de Christophe Jarosz

Rencontre avec Christophe Jarosz, réalisateur de D-Va, le dimanche 18 septembre à 17h

Les fées se sont penchées sur le berceau de "Vacances romaines" pour en faire la plus réussie des comédies sentimentales. Un succès jamais démenti depuis plus de cinquante ans, et totalement mérité. Avoir-alire
Sortie nationale

De Chie Hayakawa avec Chieko Baisho, Hayato Isomura, Yumi Kawai, Taka Takao, Stefanie Arianne, Hisako Ôkata, Kazuyoshi Kushida
Science-Fiction Drame - Japon / France - 2021 - VOST - 1h45

Plan 75

Au Japon, dans un futur proche, le vieillissement de la population s’accélère. Le gouvernement estime qu'à partir d’un certain âge, les seniors deviennent une charge inutile pour la société et met en place le programme « Plan 75 », qui propose un accompagnement logistique et financier pour mettre fin à leurs jours. Une candidate au plan 75, Michi, un recruteur du gouvernement, Hiromu, et une jeune aide-soignante philippine, Maria, se retrouvent confrontés à un pacte mortifère.

Choisir le moment de sa mort, comme c’est déjà le cas dans certains pays sous certaines conditions – on pense notamment à la Suisse, qui permet à celles et ceux qui le désirent (et en ont les moyens) de choisir de partir dans la dignité -, n’est pas véritablement un luxe pour privilégiés dans le Japon que décrit Chie Hayakawa dans son premier long-métrage (adapté d’un court-métrage du même nom), et qui pourrait étrangement rappeler une réalité bien concrète : le Soleil Levant possède depuis des années la population la plus âgée au monde. En 2019, 28,4% de la population japonaise (soit environ 36 millions d’habitants) avait plus de 65 ans, ce qui ne manquait pas de se faire ressentir directement sur l’économie. Recul notable du PIB, évolution incertaine de l’épargne comme l’investissement, baisse de l’offre de travail et de croissance potentielle, baisse des recettes fiscales du pays, effet négatif sur les recettes du système de santé (moindres cotisations payées par moins d’actifs) et effet inflationniste sur les dépenses de santé… Les différents gouvernements en place ont donc cherché différents leviers pour compenser ces effets négatifs : soutenir l’innovation (et notamment l’intelligence artificielle), avoir recours à l’immigration, faire reculer l’âge de départ à la retraite et tenter de réduire les inégalités salariales entre hommes et femmes afin d’encourager ces dernières à avoir un emploi. Inspirée par la situation démographique actuelle de son pays, Chie Hayakawa a imaginé une inquiétante fiction dramatique aux allures de récit d’anticipation, en déplaçant subtilement le curseur d’un cran. « Le surplus de personnes âgées représente un fardeau pour l’économie et une charge pour la jeune génération« . Ces mots prononcés sur une antenne médiatique annoncent la couleur. Afin de lutter contre le vieillissement de sa population, le Parlement japonais vient de voter le Plan 75 autorisant l’euthanasie pour les seniors de plus de 75 ans, après des actions radicales – et parfois sanglantes – envers eux. Le postulat a de quoi glacer le sang, dévoilant progressivement son ampleur pour nous saisir d’horreur devant cette réalité qui ressemble à s’y méprendre un avertissement. Sous l’impulsion des autorités, qui ne lésinent pas sur la propagande par le biais de spots publicitaires, de démarchages urbains, de slogans culpabilisants et même de brochures complètes proposant différentes formules selon le budget et les souhaits de chacun, le Plan 75 apparaît comme une énième déviance de ce monde ultra-libéral, cautionnée par un lobbying intensif et des moyens qui paraissent illimités pour parvenir à leurs objectifs. Et si le marché de la mort devenait un business encore plus lucratif ? Serions-nous prêts à sacrifier nos aînés pour ne pas handicaper l’économie et mettre en péril l’avenir des générations futures ? S’ils acceptent de s’engager dans la procédure, ces derniers se verront proposer une modeste allocation (100.000 yens), pour profiter comme bon leur semble du temps qu’il leur reste avant la procédure de suicide médicalement assisté et un accompagnement personnalisé – qui, on le découvre plus tard, vise aussi et surtout à éviter qu’ils ne se rétractent. Au-delà de l’impressionnante campagne de « sensibilisation », tout est fait pour encourager les seniors à adhérer à cette option. Ceux qui demeurent réticents subissent de nombreuses difficultés sociales : isolement, difficultés à se loger, affection à des emplois ingrats de voirie ou de main d’oeuvre bon marché… Rendre leur quotidien encore plus éprouvant pour faire apparaître la mort comme une libération, en plus d’un geste altruiste envers les jeunes générations ? Effroyable et impitoyable, le Plan 75 se déploie même jusqu’aux sans-abris : une “remarquable” opportunité de régler deux problèmes en un pour des autorités qui rivalisent d’inventivité lorsqu’il s’agit d’éloigner (du regard) les SDF des quartiers résidentiels, en leur offrant une inscription gratuite au programme. Dans un monde aliéné où la vie humaine semble avoir toujours moins de valeur face à la bonne santé des marchés financiers, où la valeur de chaque individu paraît conjointe à son apport à la société, où tout est mis en place pour faire accepter l’idée qu’il faudrait toujours travailler plus et plus longtemps, le long-métrage de Hayakawa fait froid dans le dos et interroge avec intelligence et gravité. Plutôt qu’aux cours de la bourse et aux bilans économiques, la santé de nos sociétés ne devrait-elles pas se mesurer à sa façon de traîner sa jeunesse et ses aînés ? Plutôt que de trouver des solutions qui offriraient une vie digne pour tou.te.s et une meilleure répartition des richesses, les dirigeants politiques conduisent insidieusement les seniors vers cette option monstrueuse qui, derrière l’emballage marketing, n’est rien d’autre qu’une épuration générationnelle. Quant à celles et ceux qui entrent sur le marché du travail, ont-ils d’autres choix que d’accepter ces postes de recruteur, d’aide-soignant.e ou d’accompagnateur.rice, pas toujours bien rémunérés et impliquant de mettre sa conscience en sourdine ? Tandis que Michi Kakutani, une veuve usée par un quotidien fait de solitude et de difficultés financières, finit par accepter d’être candidate au programme quand elle n’a plus les moyens de payer son loyer, les jeunes Hiromu, Maria et Yoko vont devoir affronter chacun.e de terribles dilemmes personnels et éthiques. Articulant son intrigue autour des quatre personnages de son film choral, la scénariste et cinéaste japonaise parsème habilement ses éléments narratifs pour injecter cette noirceur et ce sentiment d’urgence qui finissent par nous envahir jusqu’à nous saisir la gorge sans que l’on ne s’en aperçoive. Astucieusement tempéré de moments de silence subtilement placés dans le récit, renforçant ainsi son ancrage émotionnel et son réalisme, Plan 75 profite de la formidable interprétation de ses comédiens qui portent en eux cette gravité, incarnant avec intensité et subtilité ces visages faits autant de résignation et d’asservissement que de révolte, de résilience et d’humanité. Présenté dans la section Un Certain Regard du festival de Cannes 2022, Plan 75 porte un regard sombre et terrifiant sur un avenir pas si lointain et, malheureusement, pas forcément improbable, qui resserre progressivement son étau autour du coeur jusqu’à sa sublime (et, enfin, lumineuse) dernière scène. Un premier geste cinématographique impressionnant, une extraordinaire révélation et une éblouissante réussite. Le Bleu du Miroir
Rencontre

De Francois CHILOWICZ
Documentaire - France - 2021 - 0min

PLUS GRAND QUE SOI

“C’est quoi être un aidant ? Est-ce que faire un câlin, c’est être un aidant ?”, se demande Alice dont le petit frère est atteint d’une myopathie. La question est judicieuse. À partir de quand, un jeune devient-il l’aidant d’un membre malade ou handicapé de sa famille ? Ce documentaire part à la rencontre d’Alice, Cynthia, Eva et Martin, quatre jeunes aidants qui témoignent de leurs vies au sein de leurs familles. Ce sont des expériences particulières, riches en émotions, aussi difficiles que constructives. Elles nous parlent non seulement des vicissitudes de l’empathie, mais aussi de ses vertus.

Echanges autour de la situation des jeunes aidants avec l'UDAF du Haut-Rhin (Union départementale des associations familiales) le vendredi 9 septembre à 20h.

Entrée libre

Séance suivie d'un pot convivial

De Lionel Baier avec Isabelle Carré, Théodore Pellerin, Ursina Lardi, Ivan Georgiev, Tom Villa
Drame - Suisse - 2022 - VF - 1h29

La Dérive des continents (au sud)

Nathalie Adler est en mission pour l’Union Européenne en Sicile. Elle est notamment chargée d’organiser la prochaine visite de Macron et Merkel dans un camp de migrants. Présence à haute valeur symbolique, afin de montrer que tout est sous contrôle. Mais qui a encore envie de croire en cette famille européenne au bord de la crise de nerfs ? Sans doute pas Albert, le fils de Nathalie, militant engagé auprès d’une ONG, qui débarque sans prévenir alors qu'il a coupé les ponts avec elle depuis des années. Leurs retrouvailles vont être plus détonantes que ce voyage diplomatique…

Premier assistant des cinéastes Jacqueline Veuve et Jean-Stéphane Bron, Lionel Baier s’est fait connaître par le biais de deux documentaires, Celui au pasteur (un documentaire sur son père réalisé en 2000) puis La Parade (sur la Gay Pride) avant de signer à partir de 2004 ses premiers longs métrages de fiction, Garçon stupide. puis Comme des voleurs (à l’Est), Les Grandes Ondes (à l’Ouest), un road-movie sur la révolution des Œillets, et enfin Un autre homme, qui narrait – en noir et blanc – la relation perverse se nouant entre deux critiques de cinéma. Après La vanité, une comédie sur le suicide assisté, il présente à la Quinzaine des Réalisateurs un film initialement intitulé Au Sud, film qui aura dû s’adapter au contexte sanitaire pour aller à son terme et parvenir à son public. Cette nouvelle fiction se déroule à Catane, au début de l’année 2020. La dérive des continents débute sur la prise de parole d’un dirigeant populiste italien se félicitant de la décrue de l’immigration clandestine. Une chargée de mission francophone, Nathalie Adler, joue les intermédiaires pour une visite imminente et « impromptue » du Président de la République française et de la Chancelière allemande dans un camp de migrants implanté sur une ancienne base de l’OTAN, en périphérie de Catane. Alors qu’elle fait visiter celui-ci aux deux représentants français et allemand, qui ne manquent pas de verbaliser leurs attentes en termes de communication, Nathalie tombe sur une personne qu’elle ne voyait plus depuis quelques années, Albert. Le jeune homme, engagé dans une ONG (World Citizen), n’est autre que son fils avec lequel elle est en froid depuis douze ans, après qu’elle a abandonné lorsqu’elle a quitté son mari. Prétextant une opportunité professionnelle, celle-ci avait en fait découvert qu’elle est lesbienne et préférait se cacher derrière l’excuse d’une mutation que d’affronter la réalité des reproches qui pouvaient lui être faits. Cette rencontre fortuite ne serait-elle pas l’occasion d’une répartition du lien filial et d’une rédemption pour cette mère qui n’a su concilier son désir de liberté avec son statut de mère ? La confrontation de Nathalie et Arthur est aussi un choc des idées. D’un côté, la chargée de mission doit permettre aux médias d’informer sur les missions humanitaires autour de l’immigration, quitte à devoir biaiser la réalité pour correspondre aux attentes de l’Elysée qui désire que l’on dévoile un camp insalubre lors de la visite afin de montrer quelques semaines plus tard l’effet de la visite de Macron sur place. De l’autre, le jeune activiste souhaite dénoncer l’inhumanité des politiques européennes et les chiffres effroyables de mortalité en Méditerranée. Lorsque la visite est finalement avortée à la dernière minute, suite à l’explosion de la « grippe chinoise » qui détourne Macron et Merkel vers un sommet romain, Nathalie et Albert se voient offrir une parenthèse où chacun joue sa partition, évoquant ses griefs familiaux comme les divergences de valeurs quant au sort des populations écartelées entre le néo-libéralisme et le fascisme. Un face à face sicilien incarné avec justesse par Isabelle Carré et Théodore Pellerin avec, comme trait d’union de leurs retrouvailles la remarquable hypocrisie des décideurs. La véritable dérive du Vieux Continent. Le Bleu du Miroir
Sortie nationale

De Peter Kerekes avec Maryna Klimova, Iryna Kiryazeva, Lyubov Vasylyna
Drame - Slovaquie /République Tchèque / Ukraine - 2020 - VOST - 1h33

107 Mothers

Lyesa est une jeune femme enceinte qui, à la suite d'une scène de ménage, poignarde son mari. Elle écope d'une peine de sept ans d'emprisonnement dans une prison d'Odessa en Ukraine. En prison, Lyesa donne naissance à un fils, Kolya. La jeune mère espère sortir plus tôt pour bonne conduite mais sa demande est refusée. Elle va tout tenter afin d'empêcher que Kolya se retrouve dans un orphelinat...

De Molly Reynolds avec David Gulpilil
Documentaire - Australie - 2021 - VOST - 1h41

My Name is Gulpilil

La vie du célèbre acteur australien aborigène David Gulpilil. Le film couvre sa carrière d'acteur, sa vie à Murray Bridge, le cancer, sa dépendance à l'alcool et l'incroyable odyssée qu'a constituée sa vie. David Gulpilil est décédé en novembre 2021.

Les inclassables

De Jean-Pierre Mocky avec Michel Serrault, Carole Laure, Eddy Mitchell, Laurent Malet, Claude Brosset
Drame - France - 1983 - VF - 1h22

A mort l'arbitre !

Lors d'un match de coupe d'Europe, Maurice Bruno, l'arbitre, siffle un penalty qui fait perdre l'équipe locale. Furieux, les supporters décident de pourchasser Maurice et sa fiancée Martine afin de se venger. De chantages en traque effrénée, l'embrasement collectif, aveugle et meurtrier déferle sur la ville. L'inspecteur Granowski est chargé de calmer les esprits mais ne peut empêcher le drame.

Rencontre avec Eric Peretti, programmateur du LUFF de Lausanne et des Hallucinations collectives de Lyon le vendredi 16 septembre  à 20h30

Comme toujours chez Mocky, le grand n’importe quoi côtoie le très réussi, pour configurer ce qu’on appelle un cinéma foutraque, qui ne donne pas toujours l’impression de savoir où aller, mais y va avec la finesse d’un bulldozer. On fait évidemment allusion à la fin brutale et inattendue, précédée d’une longue parenthèse sentimentale, totalement inutile et improbable (le film est émaillé de vrais temps morts) : comment peut-on imaginer que deux êtres contraints à fuir une horde de supporters sauvages, puissent interrompre leur course éperdue, pour échanger des mots doux, en parlant quasiment des prochaines vacances ? Sinon, l’histoire fait froid dans le dos et le propos n’a rien perdu de sa pertinence : un an après ce long métrage, des hooligans provoquaient la catastrophe du Heysel. Et l’on sait qu’après la Coupe du monde 94, un joueur colombien a payé de sa vie un but contre son camp. Les passions qu’exacerbe le football peuvent engendrer le pire et c’est ici une chasse à l’homme implacable que met en scène A mort l’arbitre, tourné en grande partie à Rouen. Les dédales du centre Saint-Sever sont d’ailleurs très bien exploités, pour dissimuler la menace, la rendre présente dans les moindres recoins. Le film doit évidemment beaucoup à la prestation de Michel Serrault, que l’affiche met en valeur, et qui joue un beauf absolument glaçant, dont le désir de vengeance ne connaît aucune limite. En revanche, Mitchell et Laure sont beaucoup moins convaincants, récitant leur texte ou surjouant leurs émotions. Certaines scènes ont même l’air d’échauffements. ll est absolument improbable qu’un réalisateur ait pu valider des séquences aussi outrées, auxquelles les comédiens ne semblent pas croire eux-mêmes. Bref, c’est du Mocky, parfois en roue libre, qui s’octroie un rôle inutile de flic bavard et vaguement macho, qu’on croirait issu d’un film d’Audiard. C’est dommage, parce qu’à d’autres moments, jouant avec des tonalités sombres ou bleutées, saisissant les variations d’une lumière menacée par les ombres, A mort l’arbitre retrouve la matière du cinéma expressionniste, flirte avec une forme de fantastique, qui renvoie au méconnu Litan, du même réalisateur. Avoir-alire
Rencontre

De MUSSAULT FRADIN Sylvie
2h45

FAUT PAS POUSSER

Une enquête sur l’industrialisation de la naissance et une invitation au voyage de l’enfantement. Prendre le temps de choisir la manière dont on souhaite vivre son accouchement, pour grandir et se faire confiance. Mettre en lumière les compétences (trop) souvent négligées des mamans et des bébés. Suggérer aux mamans et aux papas que ce passage n’est pas une formalité mais un événement qui mérite de faire des choix.

Rencontre avec l'Asincoprob68, association d'information et de formation continue des praticiennes de l'obstétrique, jeudi 22 septembre à 14h

Tarif unique : 8 €

Sortie nationale

De José Luis López-Linares avec Jean-Claude Carrière, Nahal Tajadod, Julian Schnabel
Documentaire - France / Espagne / Portugal - 2022 - VF - 1h30

L'Ombre de Goya par Jean-Claude Carrière

Amoureux des arts et fin connaisseur de Goya, Jean-Claude Carrière nous guide dans son œuvre incomparable. Pour en percer le mystère, il accomplit un dernier voyage en Espagne qui le ramène sur les traces du peintre. Des liens se tissent avec des artistes issus du monde du cinéma, de la littérature et de la musique montrant à quel point l'œuvre de Goya est influente.

De Federico Ferrone, Michele Manzolini avec Emidio Clementi, Iana Kichenko, Italo Balbo, Ewald von Kleist
Documentaire Historique - Italie / Russie - 2019 - VOST - 1h10

Il varco

En 1941, un soldat italien part pour le front russe. L’armée fasciste est alliée avec les allemands et la victoire semble promise. Contrairement à ses jeunes compagnons enthousiastes le soldat, qui a déjà connu les conflits armés d’Afrique, redoute ce voyage. Le train chemine vers l’Ukraine et l’hiver arrive en même temps que grandit l’inquiétude. Le désir le plus fort n’est plus celui de la victoire mais d’un lit bien chaud, d’un repas et du retour au foyer. Frappées par les vents, les steppes semblent être habitées par des fantômes et le soldat nous emporte avec lui dans sa nostalgie.

Le projet est passionnant : utiliser des films d’archives pour raconter en voix off la participation de l’armée italienne à l’invasion de l’URSS, aux côtés des nazis. Les images sont authentiques – trains, campagnes, visages, combats – et proviennent de sources différentes, mais la narration qui lie l’ensemble est attribuée à un soldat italien (fictif) dont on entend la voix mais qu’on ne voit jamais. Passant d’un regard inquiet à une retraite désespérée, ce témoin romanesque donne une épaisseur émouvante à un récit qui remet l’Histoire en perspective. Original, fort, inattendu, un film qui marque. L'Obs
  • Légendes des pictos :
  • Séance suivie d'une rencontre |
  • Sous-titrage sourds et malentendants |
  • VF Version française |
  • Séance précédée ou suivie d'un repas

Prochainement