Films du mois

Vous pouvez, si vous le désirez, préacheter vos billets (bouton "Billetterie en ligne"). 

  • Légendes des pictos :
  • Séance suivie d'une rencontre |
  • Sous-titrage sourds et malentendants |
  • VF Version française |
  • Séance précédée ou suivie d'un repas
Sortie nationale

De Sho Miyake avec Hokuto Matsumura, Mone Kamishiraishi
Drame - Japon - 2024 - VOST - 1h59

Jusqu'à l'aube

Misa et Takatoshi sont collègues dans une petite entreprise d'instruments scientifiques pour enfants. Quand ils découvrent chacun être confronté à des problèmes de santé qui troublent leur quotidien, une relation de soutien mutuel se noue entre eux.

Il y a dans le cinéma de Shô Miyake une douceur presque intenable, celle qu’on réserve aux âmes meurtries qui refusent de se briser. Ses personnages avancent avec des attelles de fortune, portant leurs blessures comme on porte un secret. Après La beauté d’un geste, où une boxeuse sourde luttait contre la disparition de son refuge, Jusqu’à l’aube déploie le même réconfort fragile. Cette fois, une jeune femme se bat contre un syndrome prémenstruel invalidant, cette souffrance intime que le cinéma ignore ou raille, mais qu’ici Miyake enveloppe de compassion. Misa (Mone Kamishiraishi) porte sur son visage de Pierrot mélancolique toute la tristesse du monde. Enjouée en apparence, elle devient une fois par mois cette autre personne qui s’emporte contre ses collègues stupéfaits et s’endort dans des lieux impossibles. Après les incidents, après les excuses humiliantes, après les médecins impuissants, elle finit par démissionner. Ses colères ne sont jamais violentes, mais dans l’univers japonais de la déférence et du silence poli, le moindre débordement fait d’elle une paria — surtout à ses propres yeux, si durs envers elle-même. Le terne devient tendre Cinq ans s’écoulent. Takatoshi (Hokuto Matsumura) arrive dans ce bureau miteux où Misa a trouvé refuge. Beau, un peu bourru, rongé par des crises de panique qui ont enterré ses ambitions, il accepte ce poste modeste dans une entreprise de jouets scientifiques. Assis à côté de Misa parmi les anciens, il regarde avec mépris ces gens qui s’offrent des gâteaux et bavardent gentiment pendant que le temps file. Pour lui, c’est une prison de médiocrité. Pour Misa, c’est devenu un havre. Sur pellicule, le directeur photo Yuta Tsukinaga capte la mélancolie de ces lieux ordinaires — les banlieues sans éclat, les bureaux encombrés, les pauses dérisoires. Pourtant, à mesure que Misa et Takatoshi apprennent à se soutenir mutuellement, ces espaces se métamorphosent. Le terne devient tendre. L’insignifiant révèle sa grâce. Miyake suggère que nos refuges ne sont jamais là où on les attend, et que la bonté d’un lieu réside entièrement dans celle des êtres qui l’habitent. Le patron, en deuil de son frère adoré, a accueilli Takatoshi par amitié, perpétuant ainsi une chaîne invisible de bienveillance. Chacun·e ici porte son fardeau, et l’héroïsme discret touche d’autant plus qu’il ne demande ni reconnaissance ni cape, et Jusqu’à l’aube refuse obstinément de désigner des coupables. Le seul ennemi véritable, c’est cette voix intérieure qui murmure inlassablement notre insuffisance. Miyake aurait pu céder aux facilités : la métaphore céleste du planétarium transformée en symbole lourd, l’histoire d’amour inévitable entre deux âmes blessées. Mais il sait que la rédemption n’emprunte pas toujours les chemins du romantisme. Parfois, sauver quelqu’un c’est simplement être là, à côté, dans un bureau médiocre où l’on partage des gâteaux bon marché. Ses personnages ne sont peut-être pas brisés, mais ils savent qu’on peut être réparé sans avoir jamais été entier. C’est là toute leur mélancolique beauté. Le Bleu du Miroir
Sortie nationale / / European Award Season

De Mascha Schilinski avec Luise Heyer, Lena Urzendowsky, Claudia Geisler-Bading, Lea Drinda, Hanna Heckt
Drame - Allemagne - 2025 - VOST - 2h39

Les Échos du passé

Quatre jeunes filles à quatre époques différentes. Alma, Erika, Angelika et Lenka passent leur adolescence dans la même ferme, au nord de l'Allemagne. Alors que la maison se transforme au fil du siècle, les échos du passé résonnent entre ses murs. Malgré les années qui les séparent, leurs vies semblent se répondre.

Ce film fait partie de la sélection European Award season qui célèbre la richesse et la diversité du paysage cinématographique européen

Premier film, premier choc. Choisi pour lancer la compétition ce mercredi 14 mai, Sound of Falling marque les débuts de Mascha Schilinski au Festival de Cannes et donne d’emblée, outre le vertige, l’envie de prendre ce pari : il figurera au palmarès, d’une façon ou d’une autre. Fascinant, le long métrage entremêle, à partir des années 1910 et sur un siècle, les histoires de plusieurs jeunes filles dans un lieu unique, une ferme de l’Altmark, région rurale du nord de l’Allemagne dévolue à la RDA après la Seconde Guerre mondiale. Foin de saga romanesque, toutefois, au long cours de ces deux heures trente audacieusement tissées à rebours de tout didactisme. Des points de vue, des souvenirs, des sons et des sensations s’y croisent, s’y répondent par-delà le temps, formant des récits parcellaires, souvent douloureux, voire macabres, qui donnent l’impression de se dérouler en simultané et dessinent in fine une sorte de destin féminin, un continuum longtemps snobé par l’Histoire. Un héritage immatériel. Vous pouvez partager un article en cliquant sur les icônes de partage en haut à droite de celui-ci. La reproduction totale ou partielle d'un article, sans l'autorisation écrite préalable de Telerama, est strictement interdite. Pour plus d'informations, consultez nos Conditions Générales d'Utilisation. Pour toute demande d'autorisation, contactez droitsdauteur@telerama.fr. Difficile de ne pas penser au Ruban blanc, la Palme d’or 2009 signée Michael Haneke, lorsque débute Sound of Falling. Piété austère, marmaille qui file droit et gifles qui claquent, deuil à tous les étages. Dans une chambre du premier, le bel oncle Fritz pleure sa jambe amputée — revient-il de la Grande Guerre ? —, tandis que la petite Alma, macarons blonds et robe noire, se découvre un sosie : une autre Alma l’a précédée, une enfant « souffreteuse » disparue à l’âge de 7 ans, photographiée post mortem auprès de leur mère. Sur le portrait, la femme a bougé, devenant une créature floue à deux têtes… Dans un avenir pas si lointain, les années 1970, il s’agira de prendre une photo de famille dans la cour de la ferme et Angelika, ado sommée de sourire malgré la proximité répugnante du tonton Uwe, bougera à son tour, et même prendra la fuite, devenant à jamais une ombre fantomatique sur un Polaroïd. « On l’a cherchée des semaines, livre la voix off d’un cousin. Je ne l’ai jamais revue. » Âpre et sensuel Qui a vu Dark Blue Girl, son premier film, présenté à la Berlinale en 2017 mais demeuré inédit en France, sait que Mascha Schilinski ne lésine pas sur le malaise — elle y racontait la possessivité extrême, jalouse, d’une gamine envers son père, au point qu’elle l’empêchait de se remettre en couple avec sa mère. Mais, sous l’âpreté, son cinéma se révèle aussi plus sensuel, plus organique que celui de Haneke, et ses représentations du désir la situent davantage en fille émancipée de Jane Campion. Contempler le nombril d’un homme endormi, tremper un index dans le cratère empli de sueur et le porter à sa bouche, voilà, sans doute, un geste qu’aurait pu accomplir l’héroïne de La Leçon de piano, une autre Palme d’or (1993). Et quitte à lui inventer une généalogie, ajoutons-y Jonathan Glazer (La Zone d’intérêt) pour le travail sur la bande-son, anachronique, prémonitoire, qui bâtit des ponts entre les temporalités et relie les personnages entre eux. Soit des grésillements, des grondements sourds, et des bruits de chutes, bien sûr, comme promis par le titre international, Sound of Falling. Les corps tombent, en effet, pour de rire ou pour de bon, dans cette œuvre puissante et mystérieuse, secouée de fantasmes, ponctuée de phrases bouleversantes (« Ma mère ne savait jamais quand elle devait rire »), hantée par le suicide mais électrisée par sa pulsion de (sur)vie. Télérama
Séance à la demande pour les scolaires / périscolaires

De Vincent Munier avec Vincent Munier
Documentaire - France - 2025 - VF - 1h33

Le Chant des forêts

Un homme marche, sac au dos, bâton à la main, veste lourde et chaude sur les épaules, vers les profondeurs d’une vieille forêt moussue. Ni le vent, ni la brume, ni même la neige ne l’arrêteront dans son élan pour rejoindre son affût, sa planque : un sapin. En se glissant sous ses branches basses, l’homme s’efface et un monde s’éveille. Celui des bêtes. Le vieux sage nous invite à partager des émotions puissantes à ses côtés, celles qu’il a ressenties au cours de milliers d’affuts. Le moment est venu pour lui d’ouvrir son savoir, ses souvenirs de ses plus belles rencontres sauvages. Au cours d’un voyage dans nos forêts proches, il nous éveillera au "sensible", où plus précisément à la poésie du monde sauvage, celle qu’il a transmise à son fils dès l’âge de 12 ans et qu’il transmettra peut-être à son petit-fils.

Séances supplémentaires le samedi 24/01 à 11h, dim 25/01 à 12h50 (film direct), jeudi 29/01 à 14h, lundi 02/02 à 14h ... et au-delà, jusqu'à fin février ...

Le réalisateur du superbe "La Panthère des Neiges" nous revient avec un film documentaire plus intime, dans lequel il se met en partie en scène, avec son père Michel, guetteur à l’affût, et son fils Simon. Le lieu d’observation est cette fois-ci la forêt vosgienne, entre conifères, sous-bois, lichens et animaux divers, d’abord perceptibles par leurs bruits, cris ou chants, avant que leur majesté ne s’étale à l’écran. Mais une partie du film a aussi été filmée en Norvège, le Grand Tétra de l’enfance de Vincent ayant « disparu de nos forêts », comme l'indique à un moment donné son père. Pourtant l’émerveillement face à une nature vierge, d’où l’homme apprend à s’effacer, devenant invisible, silencieux, mais pas inodore selon le vent, est bien là, prêt à envoûter un nouvel être, et pourquoi pas le spectateur. Ouvrant sur le ballet des brumes au dessus d’une sombre forêt vallonnée, Vincent Munier joue avec la lumière de l’aube comme du crépuscule, avec les ombres des feuillages, qui cachent certains animaux, comme avec la mise au point, laissant certains en arrière-plans, fantomatiques, comme les hommes, trappeurs évoluant entre le vert, le blanc et le noir. Suffisamment sobre en échanges ou en leçons de vie, "Le Chant des Forêts" donne aussi son importance au son, qui façonne un environnement, comme il laisse percevoir la fébrilité des animaux eux-mêmes, sortant de leur terrier, marchant sur des branchages, émettant un cri d’alerte ou de ralliement. Positionné comme le jeune Simon, le spectateur découvre émerveillé toutes sortes d’espèces, saisies tantôt par bribes (comme le fameux Tétra, ou les cerfs…), ou dans une plus lointaine entièreté. La photographie est tout juste sublime, marquant durablement la mémoire avec certains plans : un renard seul sur la neige entre des ombres immenses, une biche et son faon traversant un lac à hauteur de brume, deux bébés grand duc cherchant leur pitance, deux hiboux se fondant dans un arbre mort habité également par un écureuil, un immense tronc d’arbre au sol, recouvert de mousse… Le bruit marque par moment tout autant, des premiers cris entendus par Simon au début du film, aux cris des grues posées au sol, en passant par le brame du cerf et les bois qui s'entrechoquent lors de leurs affrontements. L’intention de montrer que le beau et l’extraordinaire sont souvent à quelques pas est parfaitement incarnée dans ce film à l’ambiance de conte, que les moments entre humains dans le chalet, éclairés à la bougie, viennent renforcer. Un documentaire à découvrir sur le plus grand écran possible. Abus de Ciné
Avant-Première, RencontreFestival Télérama

Richard Linklater, Hafsia Herzi, Christian Petzold, Jafar Panahi, Walter Salles, Paul Thomas Anderson, Erige Sehiri et Namir Abdel Messeeh.
Action Biopic Documentaire Thriller Drame - France/Allemagne/Iran/Luxembourg/Etats-Unis/Brésil/Tunisie/Qatar/Egypte - 2025 - VOST -

Festival Télérama

Pour la 28e édition du Festival organisé par l'AFCAE et Télérama, (re)découvrez les meilleurs films de 2025 mais aussi 2 avant-premières à 4€ la place, sur présentation du Pass Télérama.

Sortie nationale / RencontreFestival Télérama, Avant-Première

De Erige Sehiri avec Aïssa Maïga, Laëtitia Ky, Déborah Naney, Mohamed Grayaâ, Foued Zaazaa, Estelle Dogbo, Touré Blamassi, Sophie Tankou
Drame - France/Tunisie/Qatar - 2025 - VOST - 1h32

Promis le ciel

Marie, pasteure ivoirienne et ancienne journaliste, vit à Tunis. Elle héberge Naney, une jeune mère en quête d'un avenir meilleur, et Jolie, une étudiante déterminée qui porte les espoirs de sa famille restée au pays. Quand les trois femmes recueillent Kenza, 4 ans, rescapée d'un naufrage, leur refuge se transforme en famille recomposée tendre mais intranquille dans un climat social de plus en plus préoccupant.

Avant-première le vendredi 23 janvier à 20h30, suivie de la retransmission en direct de la rencontre avec Aïssa Maïga, actrice, et Erige Sehiri, réalisatrice depuis le Cinéma Le Balzac.

C’est un trio d’actrices remarquables qui tient à bout de bras le nouveau film de la réalisatrice tunisienne Erige Sehiri ("Sous les figues", "La Voie normale"), dont l’action se situe dans la communauté subsaharienne installée en Tunisie. Rapidement la situation de chacun des trois personnage est posée, le temps pour le scénario, assez implacable, de ce film présenté en ouverture d’Un Certain Regard, de mieux remettre chacune face à la réalité de sa situation et donc des certitudes que traduit son comportement. Il y a Marie (nouveau nom de Aminata), à laquelle Aïssa Maiga donne une allure légèrement hautaine, cachant bien quelques fêlures derrière son aplomb de prêcheuse à l’église de la persévérance. Il y a Naney, interprétée par l’époustouflante Deborah Christelle Naney, qui aime faire la fête et multiplie les idées de combines, aidée d’un ami tunisien, entre trafic d’alcool, de sucre et autres petits larcins. Et il y a Jolie, au prénom prédestiné, pétrie de la certitude d’être dans son droit, jouée par l’impeccable Laetitia Ky. En toile de fond, l’intelligent scénario pose les jalons d’un galopant sentiment d’insécurité, forgé dans les rumeurs sur les arrestations des subsahariens, les conseils donnés de « se faire discret », le refus de taxis de prendre Naney et Jolie alors qu’elles sortent de boite et sont loin de porter le voile, une agression d’hommes noirs qui ramassent du plastique à recycler… Progressivement, Erige Sehiri fait monter la tension autour de ces trois femmes résolument vivantes, enveloppées dans la douceur des coloris bleus et blancs (la photographie et le choix des couleurs sont absolument envoûtants) et s’occupant malgré leurs problèmes, de la petite Kenza, regard innocent de l’histoire. Évoquant le racisme ambiant, allant parfois de paire avec le sentiment de certains maghrébins de ne pas être « africains », "Promis le ciel", s’il est ponctuellement un poil trop explicite, se pare d’une percutante symbolique quant à la situation de ces personnes coincées dans une sorte d’entre-deux, entre ce qu’elles voudraient et ce à quoi elles ne peuvent accéder, et parfois abîmées par la vie. L’un des plans du début, où la jeune Kenza joue avec la balustrade de l’escalier, passant les mains dans les motifs en fer forgé, évoque discrètement les chaînes d’une éternelle esclave ou prisonnière. Un reflet même de la situation de ces trois femmes, qui fait qu’au final le film se pare d’une belle émotion, dressant le portrait inédit d’une communauté persécutée, phénomène malheureusement généralisé en ces temps. Abus de ciné
Festival Télérama

De Paul Thomas Anderson avec Leonardo DiCaprio, Sean Penn, Chase Infiniti, Benicio del Toro, Regina Hall
Action - Etats-Unis - 2025 - VOST - 2h42

Une bataille après l'autre

Bob Ferguson est un ancien révolutionnaire paranoïaque et désabusé, qui a jadis œuvré avec son ex, Perfidia, au sein du French 75, un groupe militant voué au renversement du gouvernement américain. Seize ans plus tard, Bob vit seul avec sa fille, Willa, quand celle-ci disparaît soudainement. Bob soupçonne son vieil ennemi d’antan, le Colonel Steven J. Lockjaw, d’être responsable de sa disparition. Il décide alors de renouer avec ses anciens frères d’armes pour retrouver sa fille, quitte à confronter les fantômes de son passé.

Il y a des films où depuis la bande-annonce jusqu’au cadrage, en passant par le montage jusque la direction d’acteurs, tout semble taillé sur mesure. Une bataille après l’autre est un long-métrage d’aventure et d’humour qu’on regarde comme on écoute une œuvre de musique classique où les sons semblent d’une facilité déconcertante sous les doigts du pianiste alors même qu’il s’agit d’une pièce des plus virtuoses qu’il soit. Paul Thomas Anderson offre ainsi un spectacle vertigineux de rires, de rythme et de précision. Chaque scène, chaque séquence semblent taillés dans du diamant qui recèle mille et une surprises. Voilà donc un film qu’il faut voir et revoir sans jamais avoir le sentiment de l’avoir totalement appréhendé. D’abord, parce que cette histoire de militants poursuivis par un militaire véreux et nauséabond est d’emblée totalement surréaliste. Le réalisateur américain n’hésite pas légitimer ce qui est en réalité du terrorisme pur, a fortiori dans un camp au bord de la frontière mexicaine qui ressemble étrangement aux prisons trumpiennes où croupissent de pauvres candidats à l’exil. Ensuite, parce que ce qui pourrait être sans queue ni tête se révèle comme un formidable conte contemporain qui flirte généreusement avec le film d’espionnage et d’aventure. On pense en bien meilleur aux films d’aventure comme Le magnifique ou l’incorrigible où Jean-Paul Belmondo en son temps bravait le rire et le rythme avec une frénésie réjouissante. Le héros, ou plutôt l’antihéros, est interprété par le formidable Leonardo DiCaprio. L’acteur incarne un ancien extrémiste de gauche qui survit seize plus tard entre l’alcool, la drogue, et le paranoïa. Il éduque seul sa fille adolescente dont la mère a disparu après un braquage raté et extravagant dans une banque. Sa démarche boiteuse, sa perte totale de repères et sa maladresse le font ressembler à un pantin désarticulé, loin de l’archétype de l’aventurier prêt à toutes les prouesses. En réalité, le sauvetage du protagoniste n’est pas tant lié à son ingéniosité et sa fougue, mais à la complexité assumée d’anciens exilés d’Amérique du Sud ou d’Afro-Américains qui rendent hommage à son engagement d’hier dans la lutte contre les discriminations et l’exclusion. Il y a quelque chose de complètement iconoclaste que d’entendre Bob pousser des cris de révolutionnaire communiste dans une Amérique pétrie de capitalisme et de rejet des minorités. DiCaprio n’est pas le seul acteur à crever l’écran. Sean Penn habite l’affreux militaire dans un corps déséquilibré et une série de grimaces complètement désarmantes. L’acteur joue un vrai méchant, comme on les aime au cinéma, qui n’a aucun scrupule à assouvir ses fantasmes et son désir de domination, en arguant son irrésistible capacité à détourner les lois pour sa seule jouissance. Sa cruauté est tellement poussée à l’extrême qu’il en devient un personnage mythique et inoubliable à l’instar d’un Dark Vador. Nul ne sait ce que deviendra ce film dans l’histoire du cinéma. Toujours est-il qu’Une bataille après l’autre résonne déjà comme un film culte. La musique qui accompagne en permanence le récit est particulièrement réussie, en sus d’un détricotage de tout ce l’on a déjà connu dans le cinéma d’humour et d’action. Le film convoque le rire, l’aventure et le sens du rythme dans un genre qui se contrefiche des normes en la matière. Chacun, quel que soit l’âge, trouvera dans ce flot palpitant d’images, un symbole, un clin d’œil à sa propre génération, comme si Paul Thomas Anderson avait su rassembler dans un seul film toute la multiplicité du monde. à Voir à Lire
Sortie nationale / Festival Télérama, Avant-Première

De Namir Abdel Messeeh avec Daniel Savoie, Steve Bégin, Daniel Brière, Maxime Talbot, Stéphane Matteau, Bruno Gervais, Pascal Dupuis
Documentaire - France/Egypte - 2025 - VOST - 1h16

La Vie après Siham

Au moment de la disparition de Siham, Namir n’a pas compris qu’elle était partie pour toujours. Dans l’esprit d’un enfant, les mamans sont immortelles… Pour garder sa mémoire vivante, Namir enquête sur son histoire familiale entre l’Égypte et la France. Avec le cinéma de Youssef Chahine comme compagnon, une histoire d’exil et surtout d’amour se dessine.

Avant-première suivie de la retransmission en direct de la rencontre avec Namir Abdel Messeeh, réalisateur, au Cinéma Le Balzac, le samedi 24 janvier à 17h

Différentes archives personnelles, anciens films, séquences qu’il a réalisées après la mort de sa mère, au cimetière, à la maison, avec ses enfants, forment la matière de ce documentaire émouvant. Ce qui rend l’ouvrage particulièrement attachant réside dans le tournage, à la fois doux et insistant, et l’effort du père à participer au projet pendant son deuil. (...) Tout cela prend corps dans un ensemble tourné pendant huit ans. On ne saurait trop recommander ce documentaire sensible et drôle qui ne craint pas de tâtonner en famille. A la différence de bien d’autres projets documentaires, rien ici ne semble joué d’avance. Entre Pantin et un petit village égyptien, le cinéaste se confie, partage ses peines, ses doutes, avoue ses obsessions et fait du public son confident le plus compréhensif. à Voir à Lire
Festival Télérama, Rencontre

De Hafsia Herzi avec Nadia Melliti, Park Ji-Min, Amina Ben Mohamed, Rita Benmannana, Melissa Guers
Drame - France/Allemagne - 2025 - VF - 1h48

La Petite Dernière

Fatima, 17 ans, est la petite dernière. Elle vit en banlieue avec ses sœurs, dans une famille joyeuse et aimante. Bonne élève, elle intègre une fac de philosophie à Paris et découvre un tout nouveau monde. Alors que débute sa vie de jeune femme, elle s’émancipe de sa famille et ses traditions. Fatima se met alors à questionner son identité. Comment concilier sa foi avec ses désirs naissants ?

Rencontre avec l’association Autre regard le samedi 24 janvier à 20h.

Dire sans discourir, laisser vivre les scènes, leur donner à la fois du sens et du cœur : Hafsia Herzi réussit cette alchimie dans son troisième film derrière la caméra, La Petite Dernière, qui l’a propulsée en compétition à Cannes au printemps. De fait, la réalisatrice de 38 ans, à qui ses talents d’actrice ont aussi valu un César en février pour son rôle de matonne dans Borgo (Stéphane Demoustier, 2023), franchit un cap avec cette adaptation du roman de Fatima Daas paru il y a cinq ans, autofiction puissante sur la difficulté de devenir soi-même, en l’occurrence une Française d’origine maghrébine, banlieusarde, lesbienne, musulmane pratiquante, chérissant Dieu, sa famille et la littérature. Si l’histoire de Fatima est née sous une autre plume, Hafsia Herzi se l’approprie pleinement, et la cohérence avec ses longs métrages précédents, Tu mérites un amour (2019) et Bonne Mère (2021), saute aux yeux : son héroïne mérite de s’aimer et sa mère irradie la bonté, elle qui sait, probablement, le secret de l’adolescente sans qu’il soit besoin — ou possible — d’en parler. Le père, lui, demeure en retrait, corps fatigué, posé au salon, devant la télé, dans un royaume chaleureux, féminin, dont l’épicentre serait la cuisine. Odeurs de madeleines et tartines de Nutella à l’heure des devoirs, tchatche vanneuse des sœurs aînées, on y est, et on y est bien, par la grâce d’une mise en scène de tendre proximité. Quand le livre se distinguait par sa temporalité éclatée, Hafsia Herzi zoome sur une période charnière, saisissant sa protagoniste à la fin du lycée, au-delà du périphérique (Fatima Daas a grandi à Clichy-sous-Bois), puis étudiante en philo dans une fac parisienne. Le goût de la sensualité Cette distance, tant en kilomètres qu’en capital social et culturel, se voit, mieux que décrite, incarnée donc, lors des scènes de fête. Dans les appartements bourgeois ou les boîtes LGBT+, les corps exultent en liberté, embrassez qui vous voudrez. « À un moment, faut vivre, non ? », balance une fille plus affranchie à Fatima, pas tout à fait guérie de son homophobie intériorisée. « Je pourrais être un super professeur », proposait déjà une autre, un peu plus tôt, avant d’étaler sa science du cunnilingus en des termes crus et précis, illustrant la fameuse citation de Marguerite Duras selon laquelle les femmes jouiraient d’abord par l’oreille. Surprise : l’une des séquences les plus érotiques (et drôles) de l’année montre donc deux lesbiennes qui discutent dans une voiture. On est loin des épuisantes acrobaties de La Vie d’Adèle, la Palme d’or 2013 signée Abdellatif Kechiche, même si Hafsia Herzi a le goût de la sensualité et partage en outre avec le cinéaste, qui l’a révélée en 2007 dans La Graine et le Mulet, celui des scènes quotidiennes et des acteurs « naturels ». De la maman (Amina Ben Mohamed) au spécialiste de l’asthme (un vrai pneumologue marseillais), en passant par l’imam intraitable sur les interdits religieux, les amateurs sont d’une remarquable justesse — les pros aussi, à commencer par Ji-min Park (découverte dans Retour à Séoul), en premier grand amour dépressif. Mais celle qui renverse tout sur son passage, ouragan débutant, présence butée et magnétique, s’appelle bien Nadia Melliti, sacrée sur la Croisette par un Prix d’interprétation. Qu’elle prie — et ce n’est pas rien, par les mauvais temps qui courent, d’ouvrir un film sur ce « Bismillah », « au nom de Dieu » —, qu’elle drague, qu’elle rage, qu’elle pleure, qu’elle joue au foot ou danse en hurlant « 1, 2, 3, vive les lesbiennes ! », elle donne un visage inédit, et inoubliable, à cette émouvante éducation sentimentale. Télérama
Festival Télérama, Rencontre

De Jafar Panahi avec Vahid Mobasseri, Mariam Afshari, Ebrahim Azizi, Hadis Pakbaten, Majid Panahi, Mohamad Ali Elyasmehr, George Hashemzadeh, Delmaz Najafi, Afsaneh Najm Abadi
Drame - France/Luxembourg/Iran - 2025 - VOST - 1h44

Un simple accident

Iran, de nos jours. Un homme croise par hasard celui qu’il croit être son ancien tortionnaire. Mais face à ce père de famille qui nie farouchement avoir été son bourreau, le doute s’installe.

Rencontre avec ATTAC et La Ligue des Droits de l’Homme le dimanche 25 janvier à 17h.

Film accessible en VAST, Version Audio Sous-Titrée. Via une application, les sous-titres sont lus dans vos écouteurs. Infos ici.

Ce sont des choses qui arrivent à tout le monde : heurter un chien sur la route et se retrouver quelques centaines de mètres après à devoir faire réparer sa voiture dans un garage de fortune. Voilà ce qui arrive à ce père de famille qui revient d’une soirée avec sa fille et son épouse. L’homme est débrouillard et reçoit de l’aide d’un habitant de la banlieue de Téhéran qui lui demande d’aller chercher une trousse à outils dans un recoin de l’atelier. Sauf qu’au-dessus de sa tête, il y a un autre homme qui téléphone et est alerté par un geste qu’il a connu il y a quelques années et qui va l’amener à commettre le pire. Voilà un film dont il difficile d’en faire une analyse critique sans révéler la substance moelle du récit qui recèle bien plus d’une surprise. Jusqu’à la dernière séquence, absolument exceptionnelle, le cinéaste iranien cultive le suspense dans un long-métrage qui est à la fois une farce cynique sur la tyrannie exercée par le régime iranien et ses méthodes d’intimidation, un thriller extrêmement efficace où les victimes deviennent autrices de comportements pervers et inversement, et une comédie où le rire permet de résister au tragique de la situation. On retrouve comme dans beaucoup de films de Panahi une appétence à l’usage d’un véhicule, qui se transforme en un petit théâtre de la cruauté humaine et une fenêtre sur un monde corrompu où chacun impose ses petits abus de pouvoir. Jafar Panahi a été incarcéré plusieurs mois : on a encore tous en tête le brillant Aucun ours qui, malgré son interdiction de quitter l’Iran, a pu, à distance, être réalisé. Le cinéaste a trouvé refuge en France, ce qui lui a permis de tourner ce film ambitieux et libéré des carcans de la censure, et lui ouvrir une parole plus libre. Certaines voix lui reprochent cette fuite, ce qui est aberrant dans la mesure où, même au nom des libertés d’un pays, sacrifier sa vie, sa famille, son intégrité physique et psychique n’est pas un luxe. Toujours est-il que le combat se poursuit mais différemment. La mise en scène est parfaitement maîtrisée, grâce à une écriture très précise qui fait monter la tension et le suspense jusqu’à la dernière minute. L’enjeu n’est pas pour Jafar Panahi d’abuser des effets stylistiques que lui offre le cinéma. Il concentre son attention sur le seul jeu des acteurs qui concentre à lui seul toute l’intensité dramatique et comique du film. Chaque posture, chaque mot font la démonstration du renversement du théâtre de la cruauté où le bourreau devient victime et vice-versa. Ce presque huis clos à quelques exceptions près, dans un véhicule, ne recule devant aucun affront à l’Iran et l’Islam politique. La plupart des femmes ont les cheveux découverts, la mise en cause des mouvements islamistes terroristes est directe, et surtout la dénonciation des barbaries et des tortures commises par les autorités ne fait pas de doute. Le courage de Jafar Panahi est exemplaire après tous ces mois de prison où il a été empêché de créer et de tourner. Notre plaisir est à la hauteur de l’œuvre. Le réalisateur parvient à faire rire du pire, tout en éveillant les consciences à une réalité politique iranienne qui continue inlassablement de broyer son peuple, a fortiori depuis les mouvements étudiants récents. Un simple accident n’est surtout pas un simple film de passage sur les écrans, c’est un chef d’œuvre de courage et d’humanité. à Voir à Lire
Festival Télérama

De Walter Salles avec Fernanda Torres, Fernanda Montenegro, Selton Mello, Valentina Herszage, Maria Manoella
Thriller Drame - Brésil/France - 2024 - VOST - 2h15

Je suis toujours là

Rio, 1971, sous la dictature militaire. La grande maison des Paiva, près de la plage, est un havre de vie, de paroles partagées, de jeux, de rencontres. Jusqu’au jour où des hommes du régime viennent arrêter Rubens, le père de famille, qui disparaît sans laisser de traces. Sa femme Eunice et ses cinq enfants mèneront alors un combat acharné pour la recherche de la vérité...

La séance du dim 25/01, initialement prévue, à 14h, est décalée à 14h30

Pour celles et ceux qui douteraient encore de la puissance destructrice des gouvernements radicaux, il faut se précipiter au cinéma pour découvrir le nouveau long-métrage de Walter Salles. Le talentueux réalisateur de Carnets de voyage ou Central do Brazil réitère un témoignage historique et dramatique de son propre pays qui a connu les ravages d’une dictature militaire entre 1964 et 1985. En même temps, le récit ne s’appuie pas sur une description socio-historique d’un état de son pays, mais repose sur la bataille que mène une mère de famille, Eunice Palva, pour retrouver son mari, un ancien député de gauche, qui disparaît du jour au lendemain dans les griffes de la police. Et c’est là tout l’intérêt et l’émerveillement de ce film, à savoir de donner la parole à une famille qui doit continuer à vivre malgré l’enlèvement tragique d’un père et époux, sans savoir s’il est mort sous la torture ou s’il pourrit dans une prison brésilienne. L’horreur de la dictature est d’autant plus vive qu’elle habite le quotidien d’une femme et ses cinq enfants qui doivent survivre malgré le harcèlement orchestré par le pouvoir militaire. Walter Salles réalise une œuvre très dense, écrite comme un avertissement au durcissement progressif des régimes politiques à travers le monde. Il ne produit pas pour autant une histoire aux résonances tragiques, mais montre les moteurs d’une humanité qui poursuit son chemin avec, parfois, des rencontres merveilleuses de personnes qui s’opposent à la tyrannie dans le silence. Je suis toujours là relate le parcours admirable d’Eunice Palva qui, à quarante-huit ans, a repris des études et, en dépit d’un traumatisme jamais vraiment éteint, s’est consacrée à la défense des populations indiennes de la forêt brésilienne. Le réalisateur ne cache pas le caractère résolument militant de son film. Pour autant, le fait de témoigner des ravages de la dictature à partir du quotidien fragile d’une famille rend les choses beaucoup plus fortes que la seule restitution d’images de militaires dans la rue. Le spectateur est en permanence étreint par ces scènes d’intérieur où se joue le drame d’une famille qui ne peut pas faire le deuil du père disparu et tente de se reconstruire malgré la mécanique de la dictature qui pèse sur le passage des jours. Je suis toujours là demeure un film autant vertigineux que flamboyant. Le réalisateur refuse de succomber aux poncifs du mélodrame. Les personnages dégagent au contraire une très grande dignité et une ferveur, teintée d’espoir de retrouver un jour l’homme disparu. On sait dès la première séquence que le pouvoir brésilien, avec ses hélicoptères qui survolent la mer, recèle bien des secrets, quant aux disparitions douteuses des militants opposants au régime. Le récit plante d’ailleurs le décor dès le début avec cette scène terrifiante où l’on assiste à l’arrestation arbitraire de la fille aînée avec ses camarades, suspectés comme d’autres jeunes de participer à ce que le régime nomme comme du terrorisme. On ne s’ennuie jamais dans le huis clos de cette maison familiale où les jours, les minutes s’écoulent dans une tension impressionnante. Il faut saluer le travail de l’étalonnage qui permet au film de restituer le parcours d’Eunice Palva à travers trois époques qui s’écoulent entre 1971 et 2014 à Rio de Janeiro. Finalement, si la teinte de l’écran est différente, le fonctionnement politique ne semble pas s’améliorer et la cruauté de l’omerta perdure à travers les années. Il faut aussi noter le formidable travail des décors et accessoires qui témoignent certes d’un embourgeoisement de la société brésilienne, mais d’un état des choses qui peine à se modifier en profondeur. Je suis toujours là bénéficie de l’étoffe d’un roman familial avec, au cœur du drame, le portrait magnifique d’une militante courageuse qui, au nom de l’éducation de ses enfants, poursuit un inlassable combat pour la justice et la protection de ses enfants. Le récit se transforme en un véritable plaidoyer féministe qui permet de comprendre que les démocraties évolueront non pas avec les hommes, mais la voix tant silencieuse que persévérante des femmes. Il suffit de penser à la lutte que mènent les jeunes femmes en Iran pour leur émancipation, au risque de la torture et de l’emprisonnement. Nous voilà devant un film écrit comme une forteresse au bénéfice de la liberté de pensée et d’agir dans le monde. à Voir à Lire
Maison commune, Rencontre

De Alice Odiot
Documentaire - France - 2025 - VOST - 1h10

L AGE D ETRE LIBRE

Le Groupe SOS, organisation à but non lucratif de référence, née à Marseille en 1984, s’engage en France et à l’international face aux défis sociaux et environnementaux. Alice Odiot et Benjamin Géminel plongent au coeur de cette réalité, caméra au poing, en suivant celles et ceux qui vivent en marge de la société ainsi que ceux qui les soutiennent, au sein de centres d’accueil, de structures d’hébergement, de dispositifs de réinsertion et de programmes d’aide au développement.

Rencontre avec La Maison commune.

Rencontre

De Patrice Leconte avec Philippe Noiret, Jean-Pierre Marielle, Jean Rochefort, Catherine Jacob, Michel Blanc
Comédie - France - 1996 - VF - 1h25

Les Grands Ducs

Trois comédiens âgés et expérimentés, sans le sou, minables et au chômage, sont engagés dans une comédie de boulevard médiocre, qui part en tournée. Le spectacle est monté par un producteur escroc, ruiné, qui n'a trouvé d'autre issue que de provoquer un accident afin de recevoir des indemnités financières des assurances. Mais les trois acteurs se prennent au jeu, et s’investissent dans ce qui sera peut-être la dernière chance de leur vie.

Rencontre avec Patrice Leconte, réalisateur, animée par Olivier Arnold, professeur et réalisateur.

En avant-programme :
- Hommage aux Marx Brothers : Groucho, Harpo, Chico, Gummo et Zeppo, les célèbres Marx Brothers, alsaciens d’origine, source d’inspiration pour le réalisateur des Bronzés, Tandem, Ridicule, Le mari de la coiffeuse...
- Mon royaume pour un cheval, court métrage d’Olivier Arnold, dédié à Patrice Leconte.

Mésestimé à sa sortie, ce film est celui qui ressemble le plus à Patrice Leconte, cinéaste tiraillé entre le besoin de reconnaissance critique et celui de succès public, et qui donne souvent le sentiment de se chercher sans se trouver. L'histoire grand-guignolesque de ce four devenu triomphe involontaire parle souterrainement de tout ça, avec pas mal d'autodérision et beaucoup de tendresse - même un poil cruelle - pour les acteurs. Marielle, Rochefort et Noiret sont trois comédiens tricards et ringards, en tournée dans les sous-préfectures avec une pièce de boulevard inepte. Les mauvaises langues diront que ces rôles leur vont bien, eux qui incarnent davantage le cinéma pantouflard de papa que le cinéma moderne. C'est justement cette image d'eux que les trois ont accepté d'affronter et de surpasser. Les Grands Ducs est un film gouleyant sur le cabotinage, ses excès, ses manies, ses limites. Les situations de fiascos, de débandades et de malentendus aux finals triomphaux s'enchaînent sur un rythme endiablé. Si l'abattage des acteurs fait l'unanimité, nos préférences vont à Marielle, génialement pédant, mais aussi à l'irrésistible Catherine Jacob, parfaite en diva casse-bonbons. Bref, Leconte signe là une bouffonnerie sincère et plus personnelle que ses films dits d'auteur. Télérama
Ciné-relax

De Gints Zilbalodis
Aventure Animation - Lettonie/France/Belgique - 2024 - MUET - 1h25

Flow, le chat qui n'avait plus peur de l'eau

Un chat se réveille dans un univers envahi par l’eau où toute vie humaine semble avoir disparu. Il trouve refuge sur un bateau avec un groupe d’autres animaux. Mais s’entendre avec eux s’avère un défi encore plus grand que de surmonter sa peur de l'eau ! Tous devront désormais apprendre à surmonter leurs différences et à s’adapter au nouveau monde qui s’impose à eux.

Des séances de cinéma tout public, aménagées pour les rendre accessibles à des personnes exclues des loisirs culturels à cause d’un comportement parfois inattendu. Chaque spectateur est accueilli de sorte qu’il se sente le bienvenu et respecté tel qu’il est.

Tarif unique : 5,50 €

Flow (« couler », « circuler », « s’écouler » en anglais) est une extraordinaire réussite narrative et formelle. La mise en scène impressionne particulièrement avec ces caméras qui virevoltent dans de somptueux décors, entre forêt tropicale et marais du Mississippi. Elles suivent de près les animaux, grâce à des plans à hauteur de pattes, alors que se multiplient les scènes spectaculaires sous l’eau, sur terre, dans le ciel. Dès l’ouverture, une course-poursuite palpitante entre le chat et une bande de chiens, d’une sidérante fluidité, nous scotche littéralement. Dans cette sorte de survival animalier, l’humour détonne, par petites touches surprenantes. Notre chat solitaire se retrouve contraint de cohabiter avec d’autres animaux. Télérama
Festival Enfance et Nature, Rencontre

De DANIEL SCHLOSSER
Documentaire - France - 2026 - VF - 1h30

GERMAINE LA FEE DE L'OR VERT

Huitième de 14 enfants, Germaine Cousin est née en 1925 dans les Alpes valaisannes, à une époque où la nature, considérée comme un bien précieux, n’avait subi aucun préjudice. Il n’y avait ni pharmacien, ni médecin, chaque famille fabriquait ses propres remèdes avec des plantes. Germaine, qui vit dans un endroit retiré à 1800 mètres d’altitude, est sans doute la dernière à connaître et à utiliser ces remèdes, dont les recettes étaient transmises oralement de génération en génération. Elle a consacré une partie de sa vie à les transmettre à son tour. Aujourd’hui à 100 ans elle poursuit ses actions pour la reconnaissance et la valorisation d’un patrimoine qui appartient à toute l’humanité.

Rencontre avec Daniel Schlosser, réalisateur.

Précédé de L'école dehors en ville (12') de Daniel Schlosser filmé à Mulhouse.

Dans le cadre des Rencontres Enfance & Nature organisées par Terra Symbiosis et Eco conseil, en partenariat avec Le Moulin Nature et l'Ecole de la Praxis.

Festival Enfance et Nature, Rencontre

De Marie-Monique Robin
Documentaire - France - 2024 - VF - 1h34

Vive les Microbes

Depuis 50 ans, la part de la population souffrant d'asthme et d'allergies est passée de 5% à 30%. Les microbes sont-ils nécessairement nos ennemis ? Causes de redoutables maladies, nous voudrions les éliminer par tous les moyens, et pourtant… Dans ce nouveau film, Marie-Monique Robin nous plonge dans l’univers de ces mal-aimés de la biodiversité, dont 99% sont indispensables à la vie ! Les scientifiques ont montré que l’absence de biodiversité végétale et animale dans les milieux urbanisés, due à la bétonisation, l’hyper-hygiénisme, l’aseptisation des logements et des aliments industriels, provoque un appauvrissement du microbiote des enfants, et contribue à l’affaiblissement de leur système immunitaire, faisant le lit des maladies chroniques.

Rencontre avec Marie-Monique Robin, réalisatrice.

Dans le cadre des Rencontres Enfance & Nature organisées par Terra Symbiosis et Eco conseil, en partenariat avec Le Moulin Nature et l'Ecole de la Praxis.

Qui connaît le pouvoir protecteur des vaches ? C’est pourtant un fait qu’il est urgent de faire connaître aux jeunes parents : dans les premières années de leur vie, les enfants ont tout intérêt à fréquenter les étables, se rouler dans le foin, jouer avec les chats, les chiens, les poules et boire un grand verre de lait cru. Pas seulement parce que c’est rigolo, « mais car leur organisme en a besoin », assure Marie-Monique Robin. Après La Fabrique des pandémies il y a deux ans, la réalisatrice de documentaires — certains auront marqué leur époque : Le Monde selon Monsanto, Notre poison quotidien — signe une enquête aussi passionnante que pointue sur les interactions entre les communautés microbiennes en chacun de nous et celles qui nous entourent. « Les conclusions des études sont sans appel : du fait de leur exposition à toutes sortes de bactéries et de champignons invisibles à l’œil nu, les enfants qui vivent dans les fermes bénéficient d’un système immunitaire nettement plus performant que celui des mômes des villes », assure-t-elle. Or, depuis les années 1960, la prévalence des allergies, de l’asthme ou encore de l’eczéma a doublé tous les dix ans dans les pays industrialisés — selon l’OMS, la moitié de la population mondiale pourrait être concernée d’ici 2050. « Face à cette explosion de cas, les chercheurs se sont longtemps gratté le crâne, explique Marie-Monique Robin. Ils ne comprenaient pas pourquoi, par exemple, de jeunes Finlandais biberonnés aux bienfaits de la modernité souffraient de maladies inflammatoires qui, à quelques kilomètres de là, de l’autre côté du rideau de fer, épargnaient quasi totalement leurs homologues russes. » Leur mode de vie rural, d’un point de vue strictement sanitaire — l’eau sortant des robinets des écoles grouillait de bactéries —, ne laissait-il pas à désirer ? Cette énigme scientifique, comme tant d’autres exposées dans Vive les microbes ! — et dans un livre plus complet 1 —, trouve sa résolution dans cette règle qui peine encore parfois à pénétrer les esprits : trop d’hygiène tue l’hygiène. Certes, nous devons nous protéger de certains éléments pathogènes, mais la quasi-totalité du monde invisible qui grouille en nous et autour de nous est notre allié, pas notre ennemi. Il stimule notre défense immunitaire et renforce notre santé. « Une révolution scientifique est en marche, se réjouit la réalisatrice. Mais une chose est sûre : nous souffrons d’un “déficit de nature”. En nous coupant de l’environnement dans lequel notre espèce a évolué, nous privons nos organismes d’interactions qui leur sont nécessaires. » Télérama
Les saisons Hanabi

De Ryôta Nakano avec Kô Shibasaki, Joe Odagiri, Hikari Mitsushima
Comédie - Japon - 2025 - VOST - 2h07

Mon grand frère et moi

Entre Riko et son frère aîné, rien n’a jamais été simple. Même après sa mort, ce dernier trouve encore le moyen de lui compliquer la vie : une pile de factures, des souvenirs embarrassants… et un fils ! Aux côtés de son ex-belle-sœur, elle traverse ce capharnaüm entre fous rires et confidences, et redécouvre peu à peu un frère plus proche qu’elle ne l’imaginait… mais toujours aussi encombrant !

Film d'ouverture de l'édition 2026 des SAISONS HANABI. 

Après La Famille Asada, Ryōta Nakano signe une délicieuse comédie qui célèbre avec tendresse et émotion nos liens les plus intimes. De quoi blâme-t-on vraiment sa famille ? Dans nos rancunes les plus tenaces, ce qu’on reproche à l’autre n’est pas toujours ce qu’il est, mais ce qu’il nous renvoie de nous-mêmes. Pour Riko, pourtant, pas de doute possible : son frère aîné, elle l’a rayé de sa vie depuis belle lurette. Un boulet, et pas qu’un peu : un vrai de vrai ! Égoïste, fauché, parasite professionnel, toujours à profiter de la gentillesse des autres et incapable d’être là quand il le faut, même pour dire adieu à leur mère. Le voilà qui semble enfin trouver un semblant d’équilibre – mariage, paternité, un nouveau boulot ? Le lendemain, il ne manquera pas de tout saborder avec application ! Fidèle à lui-même, il est parti comme il a vécu : brutalement, laissant derrière lui un chaos monumental. Riko, déjà tiraillée entre sa vie de famille et son métier d’écrivaine, n’avait clairement pas besoin de ça ! La voilà contrainte de retourner dans sa ville natale pour vider son appartement — un capharnaüm à en faire pâlir une décharge — et régler les innombrables galères qu’il laisse en héritage. Sur place, elle retrouve Kanako (l’ex-femme du frangin). Ensemble, elles n’ont pas le choix : il faut bien parler de lui… Plus les souvenirs remontent, plus Riko doute. Et si elle n’avait pas vu toutes les facettes de son grand frère ? C’est alors qu’il réapparaît (oui, littéralement !) hilare, détendu, comme si sa mort n’était qu’un détail. Dans ce face-à-face improbable, il lui offre ce qu’elle attendait depuis toujours : un soutien. De quoi recoller les morceaux, apaiser les blessures…Avec Mon grand-frère et moi, Ryôta Nakano signe un retour flamboyant à ce qu’il fait de mieux : du cinéma profondément humain, généreux, drôle et bouleversant. Après nous avoir émus aux larmes avec La Famille Asada (2023) — et séduit près de 300 000 spectateurs en France ! — le cinéaste poursuit son exploration des liens familiaux avec cette touche unique, à la fois burlesque et un peu fleur bleue. Dans la veine de Departures (2009) de Yôjirô Takita, la mort n’est jamais ici un sujet pesant : elle devient un espace d’émotion, de rituels et de gestes simples, où l’humour surgit souvent là où on ne l’attend pas. Mon grand-frère et moi s’impose ainsi comme une véritable comédie sur le deuil, traversée d’une légèreté toute japonaise, entre pudeur et fous rires. On se tord aux éclats, les larmes aux yeux, parce que le rire reste sans doute la plus belle manière de continuer à vivre. Porté par un formidable duo d’actrices, Riko et Kanako incarnent à merveille l’ambivalence du chagrin et de l’amour. On retrouve dans la mise en scène l’héritage de Yôji Yamada (ses fameuses chroniques familiales) ou de Kore-eda, dans cette manière de filmer la filiation avec une délicatesse salvatrice, où les silences et les maladresses comptent autant que les mots. Derrière ses situations cocasses et ses fantômes bienveillants, Mon grand-frère et moi célèbre la réconciliation — non seulement avec les morts, mais aussi avec tout ce qu’on pensait avoir perdu en chemin. Pas question d’effacer les négligences ou les distances qui nous séparent : le film nous rappelle simplement qu’aucune faute ne définit une personne tout entière. Et si Riko en veut tant à son frère, c’est peut-être moins pour sa désinvolture que pour la liberté qu’il incarne – une liberté qu’elle ne s’est jamais autorisée… De ce grand frère, elle finira par dire : « C’est un refuge, pas un fardeau ». Il n’en fallait pas plus pour lui redonner le goût du lien et des petites joies de la vie. Un feel good movie pour renouer avec l’essentiel… avant de casser sa pipe ! Hanabi
Les saisons Hanabi

De Yuho Ishibashi avec Erika Karata, Haruka Imô
Drame - Japon - 2022 - VOST - 1h14

La Fille du Konbini

À 24 ans, Nozomi a abandonné son tailleur de commerciale pour l’uniforme modeste d’une supérette. Entre la monotonie rassurante du quotidien et la complicité de ses collègues, elle pense avoir trouvé un fragile équilibre. Mais l’irruption dans le «konbini» d’une ancienne amie du lycée vient bouleverser sa routine et la confronte à ses choix de vie.

Comment donner du sens à sa vie ? Face à toutes sortes de crises sociales, environnementales et identitaires, beaucoup des jeunes d’aujourd’hui ne se contentent plus de suivre les chemins tous tracés de leurs aînés. En quête d’harmonie dans un monde incertain et fragmenté, a fortiori depuis la récente pandémie, nombreux sont ceux qui questionnent les normes pour mieux redonner une cohérence – et une valeur – à leur existence. Entre espoir et désillusion, cette recherche devient un puissant moteur de transformation personnelle et collective, un raz-de-marée sociétal qui vient tout bousculer. Nozomi fait elle aussi le choix du pas de côté. La jeune femme, à la carrière pourtant prometteuse, quitte sans crier gare le monde de l’entreprise dont elle est ressortie broyée, entre interminables heures sup’ et toxicité managériale. Dans une société où l’on recense d’innombrables suicides pour surmenage (les semaines de travail au Japon figurent parmi les plus longues des pays industrialisés…), La Fille du Konbini interroge la possibilité d’emprunter une autre voie : celle de la vie bonne. « En te levant le matin, rappelle-toi combien précieux est le privilège de vivre, de respirer, d’être heureux » disait Marc-Aurèle. C’est ce que découvrira à sa manière Nozomi, une fois qu’elle aura dépassé sa peur du jugement pour mieux goûter aux plaisirs simples de l’existence. Il y a encore quelques mois, jamais Nozomi n’aurait imaginé plaquer son job dans une agence de pub — carrière brillante, salaire correct, stress garanti — pour enfiler un tablier dans un konbini, l’une de ces supérettes ouvertes jour et nuit, emblématiques au Japon. Un boulot sans prestige… mais aussi sans crises! À quoi aspire-t-elle ? Elle est la première à l’ignorer. Pour l’heure, elle demeure prisonnière d’un sentiment d’échec, hantée par l’impossibilité d’en parler à ses parents. C’est finalement une retrouvaille fortuite avec une ancienne camarade de collège, Izumi, qui va lui permettre de renouer avec elle-même… et l’ivresse ! Avec une légèreté réconfortante, délicieusement décalée, Yûho Ishibashi saisit cette renaissance : derrière la désillusion du rêve salarial, elle fait surgir la tendresse du lien et la quiétude qu’on trouve à vivre hors du cadre. Le quotidien de Nozomi se voit peu à peu traversé par une série de connexions inattendues — notamment avec ses collègues (on pense à la pétillante et téméraire Ayano, qui incarne une génération plus libre, moins soumise à la nécessité de se conformer au moule de l’entreprise pour exister socialement). Erika Karata, révélée en 2019 dans Asako I&II de Ryusuke Hamaguchi, brille une fois de plus en rendant palpables les tourments intérieurs de Nozomi, avec un jeu tout en délicatesse. On suit son cheminement au fil des rencontres, ses doutes et ses fragilités, sans jamais céder au drame. Le film prend alors une voie inattendue : celle de l’amitié. La Fille du Konbini est un beau manifeste générationnel, qui pose un regard apaisé sur la quête de liens authentiques. Sa vivifiante atmosphère évoque la poésie de Richard Linklater, de Hong Sang-soo ou de Jonás Trueba (Eva en Août, 2020). En prime : des parties de bowling, de bons petits plats, des soirées pyjama et des discussions qui font du bien ! Jamais le banal n’aura paru donner un sens si profond et merveilleux à la vie. Hanabi
Les saisons Hanabi

De Mipo O avec Akiko Oshidari, Akito Imaij, Denden, Tetta Shimada
Drame - Japon - 2025 - VOST - 1h45

Fais-moi un signe

Enfant, Haru ne voyait pas la différence : avec ses parents sourds, tout était simple, empli d'amour et de complicité. Mais en grandissant, il découvre le poids du regard des autres et la force des mots – ceux qui échappent à son père et sa mère. Entre joies et frustrations, Haru apprend que « parler » peut parfois autant unir qu'éloigner.

Peut-on vraiment dire que nous partageons le même monde si chacun le voit selon sa propre réalité? Fais-moi signe pourrait n’être « que » le parcours initiatique d’Haru, enfant entendant de parents sourds, tâtonnant comme tant d’autres dans cet entre-deux fragile où l’on apprend à traduire le monde des autres avant même de comprendre le sien. Mais la véritable force du film réside dans sa manière de sonder le handicap sans jamais l’expliquer ni l‘enfermer. Au gré des rencontres et des épreuves, Haru réalise que la honte qu’il traînait ne venait pas de ses parents, ni de lui… mais d’une société trop bruyante pour écouter, frappée d’une surdité autrement plus profonde. Petit, Haru aimait sa mère plus que tout. Chacun de ses gestes était comme une déclaration de tendresse qu’il guettait avec émerveillement : ces signes esquissés du bout des doigts, langage secret pour les uns mais qui, pour eux, voulait tout dire. Comme le silence lui semblait d’or, surtout face au vacarme de son grand-père acariâtre, ancien yakuza accro aux jeux d’argent, prompt aux éclats comme aux conflits ! Puis vient le temps de grandir et avec lui, la fin de l’innocence… Haru qui se pensait « comme tout le monde » découvre qu’il est un CODA (Child Of Deaf Adult). Une différence pas simple à porter dans un univers enfantin si prompt à rejeter ce qui sort du cadre… Les adultes, d’ailleurs, ne font guère mieux. L’amour fusionnel des débuts se métamorphose peu à peu en repli. Surviennent la gêne adolescente, les maladresses, les regrets : autant de nuances qui composent le portrait vibrant d’une famille résiliente, déterminée à tenir bon dans un environnement peu enclin à accueillir sa singularité. Comme nombre d’enfants de parents sourds, Haru avance en funambule : interprète malgré lui, témoin des micro-agressions du quotidien, tiraillé entre ses rêves et la culpabilité de s’éloigner de ceux qui comptent sur lui. Ses colères, ses fugues puis son départ pour Tokyo tracent le chemin mouvementé (mais profondément universel) d’un jeune qui cherche à se construire et finit par trouver sa propre voix. Sa quête d’autonomie se mue alors en quête de sens : comment trouver sa place quand on a grandi entre deux mondes ? D’une tendresse lumineuse, Fais-moi signe explore la fragilité du lien filial : cet amour qu’on croit inébranlable mais qui vacille sous le regard des autres… et révèle parfois une force insoupçonnée. On sourit souvent au cœur de cette famille qui devient un peu la nôtre, au point de ressentir presque physiquement les tiraillements qui traversent Haru et sa mère. Le film place la barre très haut dans la représentation de la surdité, refusant tout pathos : il montre des parents sourds non comme des icônes mais comme des humains entiers, drôles, imparfaits, aimants, tout simplement parents. Les silences, la langue des signes, le travail sonore se fondent dans une mise en scène fine, évoquant par moments Drive My Car de Ryusuke Hamaguchi ou Love Life de Kôji Fukada sur les mêmes sujets. À travers l’humour et la justesse de toutes ces interactions, Haru apprend à regarder ses parents autrement. Adapté de l’essai autobiographique de Dai Igarashi (également auteur du splendide Les Enfants de la Mer), Fais-moi signe distille scène après scène une émotion dense, vibrante, qui nous submerge comme une Grande Vague de Kanagawa. On en ressort bouleversé, plus attentif à ces « autres mondes » qui coexistent sous nos yeux… et peut-être un peu sans voix. Hanabi
Les saisons Hanabi

De Kôji Fukada avec Kyoko Saito, Yuki Kura, Kenjiro Tsuda
Romantique Drame - Japon - 2025 - VOST - 2h03

Love on Trial

Mai, jeune idole de la pop, commet l’irréparable : tomber amoureuse, malgré l’interdiction formelle de son contrat. Lorsque sa relation éclate au grand jour, elle est assignée en justice par sa propre agence. Les deux amants décident alors de se battre, non seulement pour leur avenir, mais pour un droit universel : celui d’aimer.

Le 31 janvier 2013, la diffusion de la vidéo de Minami Minegishi, alors âgée de 20 ans et membre du groupe de AKB48, fait scandale. Elle y apparaît le crâne rasé, en pleurs, demandant pardon à ses fans et à son agence après qu’un journal à scandale eut révélé qu’elle avait passé la nuit chez un homme – une violation implicite des « règles de pureté » imposées aux idoles. Un tel acte de contrition – se raser la tête, geste traditionnel de pénitence au Pays du soleil levant – choque par ce qu’il met en lumière : la pression psychologique et sociale écrasante imposée à ces jeunes femmes. Même s’il reste du chemin à faire, le Tribunal finira par reconnaître, le 18 janvier 2016, que certaines clauses imposées aux idoles par leurs agences étaient liberticides. À travers la chute de son héroïne, Kôji Fukada nous confronte directement aux ressorts de cette prise de conscience judiciaire autant qu’à une histoire d’amour impossible, broyée par un système patriarcal, capitaliste et cruel. Tout commence par une porte dans l’obscurité qui s’ouvre : la lumière du jour préfigure déjà l’exposition sans répit de ses protagonistes. Le van du quintet d’idoles (fictif) Happy Fanfare stationne. S’en suivent les préparatifs de ses membres (maquillage, habillage, répétitions) jusqu’à leur représentation, face à un public essentiellement masculin. Leur producteur scrute attentivement chaque détail, s’assurant que la fiction marchande de « ses » idoles reste parfaitement sous contrôle. Peut-il seulement en être le cas ? Un scandale ne tarde pas à chambouler l’ordre établi : les fans de Nanaka, figure montante du groupe, se retournent contre elle lorsqu’est dévoilée sa liaison avec un jeune influenceur. La passion se mue soudain en rejet, un fan allant jusqu’à l’agresser physiquement. Mise à l’écart, c’est alors Mai qui est propulsée à sa place. Une aubaine ? Pas vraiment, car Mai est désenchantée. Elle qui rêvait enfant de pouvoir vivre de sa passion – le chant et la danse – peine à y trouver encore un sens dans le cycle infernal de l’exploitation du star-système. Un engrenage où l’image dévore l’humain : être sur scène, mais toujours derrière un écran — fétichisée, déshumanisée, dissoute dans le spectacle. C’est alors que Mai rencontre Kei. Mime et magicien de rue, il vit de presque rien, mais sans masque. Son art fragile, poétique, lui offre la liberté que Mai a perdue. La révolte de Mai gronde au fur et à mesure que son amour pour Kei grandit. Huit mois plus tard, nous retrouvons les deux amants traqués en justice par le manager de Mai, pour avoir violé la clause de célibat de son contrat. Dans leur quête éperdue de justice, résolument romanesque, c’est tout un système pernicieux que Mai et Kei défie. Un système qui cherche à anéantir un sentiment pourtant inaliénable : l’amour. Présenté au dernier Festival de Cannes, Love on Trial signe le grand retour de Kôji Fukada, qui nous avait dernièrement transcendé avec Love Life (2023). Précis formellement, tout en finesse, Love on Trial marque une rupture majeure dans le cinéma de Fukada : pour la première fois, son cinéma se fait ouvertement politique et féministe. Il n’est pas anodin qu’il ait choisi Hidetoshi Shinomiya comme directeur de la photographie, collaborateur de Ryusuke Hamaguchi sur Drive My Car (2021), pour frôler au plus près l’intime de Mai, captant la fracture entre son image et son être. Fukada explore cette distance à travers un usage maîtrisé du champ-contrechamp et de plans étouffants, où Mai semble littéralement prisonnière du cadre : enfermée dans des espaces aseptisés, sans issue, à l’instar de la salle d’audience. Sans sensationnalisme, Love on Trial se départit de tout artifice pour sonder le vernis glamour autour de la célébrité. « La culture des idoles est fascinante et singulière, confie Fukada, mais si j’avais cherché à en saisir les moindres détails, le film aurait pu virer à l’exotisme. J’ai préféré m’attacher à l’essentiel : les conflits humains, l’amour et la solitude. Car au fond Love On Trial est une histoire d’amour impossible universelle, à la Roméo et Juliette. » Hanabi
Les saisons Hanabi

De Takashi Miike avec Kô Shibasaki, Kôji Ohkura, Fumino Kimura
Thriller Drame - Japon - 2025 - VOST - 2h09

Sham

Seiichi Yabushita, professeur d’école élémentaire, se veut strict mais juste. Lorsqu’une mère l’accuse d’avoir humilié son fils, tout bascule : la presse s’enflamme, la rumeur enfle, l’opinion s’emballe. Pris dans la tourmente, Yabushita tente de défendre sa propre vérité… Au risque de la voir se retourner contre lui.

Même les plus fervents amateurs du genre doivent l’avouer : les films de procès s’enlisent souvent dans des mécaniques bien rodées : exposition des faits, plaidoirie, retournement, résolution… Mais quand s’en empare un cinéaste aussi flamboyant et indomptable que Takeshi Miike, célèbre pour ses éclats de violence stylisés (13 Assassins, Audition, Ichi the Killer), il ne peut que prendre tout le monde à revers ! Inspiré d’un fait divers qui fit sensation au Japon, Sham plonge dans le cauchemar d’un homme qui croit en la justice, avant de réaliser que la vérité n’est peut-être qu’une illusion, un délire collectif de plus. Puissant écho à Rashomon d’Akira Kurosawa, où la vérité se fragmente selon les perspectives, ce thriller judiciaire d’une élégante sobriété (forcément trompeuse de la part de Miike) prend des chemins de traverse sombres et inquiétants. Dans sa quête désespérée de rédemption, c’est tout un système de manipulation médiatique et judiciaire que Seiichi Yabushita mettra à nu. À l’ère des fake news, où les intérêts d’une minorité écrasent souvent les faits, comment savoir ce qui est vrai ? « Le jeu est truqué » concluait déjà Bodie dans The Wire. À première vue, Seiichi Yabushita ressemble à s’y méprendre à un instituteur ordinaire, soucieux du bien-être et de la réussite de ses élèves. Mais derrière cette façade se cache une relation troublante avec l’un d’eux… une attention qui frôle l’obsession, voire le harcèlement. Au point d’être accusé par sa mère d’avoir tenté de pousser son fils au suicide… Dans un prologue glaçant, à la barre du tribunal, elle dépeint Yabushita comme un monstre, un être sordide qui abuse de son pouvoir pour écraser plus faible que lui. Jusqu’à ce que le récit se déplace vers le point de vue de l’enseignant… Grâce à une structure narrative en miroir, chaque version des faits s’affronte, dans un vertige d’incertitudes. Après tout, cette histoire ne semble-t-elle pas plus tirée par les cheveux que les accusations portées contre Yabushita ? Et si le prétendu coupable n’était, en réalité, qu’une victime de plus ? Traîné en justice, diffamé par les médias et abandonné de tous, Yabushita plonge dans les abîmes de la culpabilité et de la manipulation. Les performances de Go Ayano et Kô Shibasaki (actrice emblématique de Battle Royale, récemment vue chez Kiyoshi Kurosawa et Ryota Nakano) sont tout simplement magistrales : les deux acteurs parviennent à incarner les multiples facettes d’un même visage comme les deux côtés d’une même pièce, où chacun porte en lui sa propre dualité. Avec une rigueur implacable et captivante, Takashi Miike revisite son propre art pour dénoncer une société assoiffée de scandale, prête à sacrifier des individus sur l’autel d’une « mascarade » (titre originel du film). En jouant subtilement avec les zones grises de la nature humaine, à la violence aussi sourde qu’intérieure, il interroge la nature même de la justice, des médias et de l’opinion publique, capables de fusionner en un tribunal impitoyable. Dans ce crescendo psychologique tout en tension, c’est finalement un miroir déformé de nous-mêmes que Sham nous tend : au fond, n’est-il pas plus simple de préférer les coupables désignés aux vérités gênantes ? Il est enfin temps de douter : Socrate se l’imposait à lui-même…Hanabi
Les saisons Hanabi

De NAKAMURA Makoto, TSUTSUMI Daisuke
Animation - Japon - 2025 - VF - 1h08

Sacrée frousse !

Un programme du Studio Dwarf avec Les fantômes d'Emma (54’) de Makoto Nakamura précédé de Monsieur Bouteille (14’) de Dice Tsutsumi.

Portées par leur curiosité et leur imagination, deux héroïnes apprennent à dompter leurs peurs dans ces contes initiatiques où la candeur se mêle… aux frissons ! Un délice de poésie et d’étrangeté, shortlisté aux Oscars 2025, par les auteurs visionnaires de De l’autre côté du ciel et Cheburashka. Hanabi
Les saisons Hanabi

De Yuji Kakizaki avec Masayuki Deai, Yuka Takeshima, Yasuyuki Maekawa
Drame - Japon - 2025 - VOST - 2h13

Seppuku : l'honneur d'un samouraï

À Edo, Kyūzō, vassal du shogun, est condamné à se donner la mort pour une faute infime mais impardonnable : avoir éraflé l’arc de son seigneur. Dans sa maison, le temps s’arrête: Kyūzō vacille, son épouse prépare la cérémonie tout en préservant leur fils, la servante refuse de les abandonner… Il ne reste que quelques heures à Kyūzō : sera-t-il tenu par l’honneur… ou rattrapé par la vie ?

Vous rêviez secrètement d’être un samouraï ? Seppuku : L’honneur d’un samouraï ne vous fera pas regretter cette vocation manquée… À l’époque d’Edo, lorsqu’un délit était jugé, un samouraï pouvait être condamné au seppuku (littéralement : se donner la mort dans un cérémonial aussi codifié que sanglant). Il suffisait d’une maladresse infime pour qu’une vie entière bascule. Il en va ainsi du destin de Kyūzō, vassal du shogun. Ce guerrier irréprochable, loyal jusqu’à l’abnégation, se retrouve contraint au suicide rituel pour une faute dérisoire : avoir éraflé l’arc de son seigneur. À côté, le management d’Amazon passerait presque pour une cure thermale… À partir de cette prémisse absurde, Yuji Kakizaki déploie une œuvre d’une force humaniste saisissante. S’il emprunte aux codes du jidai-geki (films d’époque en costume), c’est pour mieux les renverser : au lieu d’un récit martial ou héroïque, il propose une méditation sur la dignité, les valeurs et l’injustice. Au fil des heures qui s’égrènent avant l’exécution, l’honneur vacillant de Kyūzō laisse place à un vertige plus universel : la conscience aiguë de sa propre fin. « En tant que samouraï et en tant qu’homme, je n’ai jamais craint la mort. Mais penser que je n’éprouverai plus jamais ni douleur ni souffrance… Je préférerais vivre et souffrir pour l’éternité. Ne plus rien ressentir, oublier tous mes souvenirs… C’est un néant que je crains. » À l’instar de Hara-kiri de Masaki Kobayashi, chef-d’œuvre absolu du genre, Seppuku interroge de front l’absurdité d’un système où l’honneur prime sur la vie. Le film ne fantasme rien, surtout pas les codes de l’époque : il montre la cruauté d’un pouvoir rigidifié, qui devient une machine à broyer les êtres avec une mécanique kafkaïenne qui n’est pas sans rappeler La Colonie pénitentiaire. Le bushido n’y apparaît pas comme une noble discipline guerrière, mais comme un système qui écrase et cloisonne, jusqu’à étouffer l’humanité. Pourtant, celle-ci reste capable de résistance. Dans l’étau du rituel funèbre, Kyūzō demeure profondément humain, humble dans son rapport aux autres et au monde (« Quel que soit son rang, l’homme partage les mêmes peurs et pensées »). Sa femme Yoshino, figure lumineuse, prépare avec une dignité déchirante la cérémonie mortuaire tout en protégeant du mieux qu’elle peut leur fils de la fatalité. Plus encore : elle brave les interdits en apprenant en secret à lire et à écrire à leur servante d’origine paysanne. Les mots manquent pour traduire la beauté d’un tel geste de bienveillance clandestine. Dans une société obsédée par l’honneur, Yoshino incarne la vraie vertu… Sorte de dépositaire d’un bushido moral, infiniment plus noble que celui dicté par les institutions. Dans la mécanique implacable du pouvoir subsiste ainsi un souffle de poésie, comme ce haïku offert à Yoshino par un ami de Kyūzō – véritable chant du cygne, au péril de sa propre vie. Derrière cette reconstitution historique aussi sobre que poignante, Seppuku résonne étrangement avec notre époque : au XXIème siècle, où 1 % de la population possède plus que les 99 % restants, les élites rivalisent d’imagination pour broyer leurs semblables, preuve de leur puissance autant que de leur faillite morale. En sondant les tourments intérieurs de son héros, le film rappelle que toutes les vies se valent et se répondent. Aucun être humain ne devrait avoir le monopole des couchers de soleil (« Dans quel monde être contraint de mettre fin à sa propre vie est-il une bonne chose ? ») Mais chacun peut, en revanche, lever un soleil pour autrui – par amour, par respect, par courage. Être samouraï, au fond, tient moins de l’art du sabre… que de celui de la lumière. Hanabi
Les saisons Hanabi

De Akiko Ohku avec Yumi Kawai, Riku Hagiwara, Aoi Itô
Drame - Japon - 2025 - VOST - 2h07

Sous le ciel de Kyoto

À Kyoto, entre l’université et un petit boulot dans des bains publics, Toru garde toujours ses parapluies à portée de main, tels des boucliers contre le monde extérieur. Quand il rencontre Hana, mystérieuse, lumineuse, fragile, l’évidence naît entre eux… avant qu’elle ne disparaisse soudainement.

Akiko Ohku nous avait délicieusement exalté avec Tempura (2022), cette comédie culinaire à l’imagination aussi foisonnante que celle de son héroïne. Déjà, la cinéaste japonaise accordait autant d’attention à l’introspection qu’à l’expression, invitant ses personnages à résoudre leurs espiègles équations intérieures pour mieux s’ouvrir aux autres, se rencontrer, se révéler. Avec Sous le ciel de Kyoto, elle retrouve cet élan vital si caractéristique de sa filmographie — véritable antidote à la morosité ambiante. Sous son apparente légèreté, le film malaxe, détourne et réinvente les codes de la comédie romantique japonaise, en y insufflant une dimension à la fois introspective et philosophique. De fait, Akiko Ohku ne filme pas tant la rencontre amoureuse que la lente possibilité d’une rencontre avec soi-même. Le hasard, la « sérendipité » (thème central, on le découvrira) devient une force de réconciliation : avec le monde, avec le temps, avec soi. Toru est un étudiant solitaire et introverti, qui avance dans la vie avec son parapluie toujours ouvert — qu’il pleuve, qu’il vente ou que le soleil brille ! Ce talisman dérisoire le protège symboliquement d’un brouillard intérieur qu’il ne saurait nommer et des groupes de copains auxquels il n’appartient pas… Son unique ami, Yamane, lui offre un ancrage joyeusement loufoque et bancal. En parallèle de ses études, Toru travaille dans un bain public aux côtés de Sacchan (magistrale Aoi Itô), jeune musicienne dont la fantaisie transforme leur routine en moment suspendu… et qui en pince secrètement pour lui. Mais le cœur de Toru est tourné vers une autre : une étudiante réservée qu’il surnomme « la fille des nouilles soba » qu’il observe, jour après jour, déjeunant seule au réfectoire devant son bol fumant. Un beau jour, il prend son parapluie à deux mains et décide de l’aborder… Leur rencontre prend des allures d’épiphanie : une exaltation discrète, presque magique, comme s’ils avaient été créés l’un pour l’autre. « Vive les heureux hasards ! », dira Hana. Leur histoire s’épanouit dans des lieux étrangement vides où le monde semble s’effacer autour d’eux (tel cet improbable café où l’on sert « du bouillon de fèves noires du Brésil »). Ce parti-pris esthétique renforce leur sentiment d’isolement partagé : deux êtres à la marge qui, en découvrant l’autre, trouvent enfin une place où exister. Jusqu’au jour où le destin va s’en mêler et Hana, disparaître… C’est tout un sens que Toru va alors perdre. Celle de la possibilité même du lien, déjà fragile chez lui. Sous le ciel de Kyoto marque la maturité d’une autrice majeure. L’un de ses monologues — éblouissant de justesse, condensant à lui seul tout le tumulte de l’adolescence — s’impose déjà comme l’une des scènes les plus mémorables du cinéma japonais contemporain. Chez Ohku, le hasard n’est pas une chance mais un chemin initiatique : un appel à la transformation, à la résilience, à la redécouverte du monde. Sa mise en scène, dynamique et mutine, épouse cette évolution intérieure — passant d’un format 4:3 (empreint de nostalgie) au plein écran (ample, comme une respiration retrouvée), mêlant cadres partagés, visions oniriques et fragments du quotidien. Le réel et le subjectif s’y confondent, comme si la vie elle-même se réinventait à chaque regard, avec un humour parfaitement décalé. Frais, ambitieux et porté par des acteurs magnifiquement investis, Sous le ciel de Kyoto témoigne d’une confiance rare dans la puissance du cinéma pour dire les émotions ténues, presque invisibles. Il tend l’oreille à la mélodie fugace de la vie sans la souligner, avec une originalité et une grâce qui n’appartiennent qu’à la cinéaste. Un petit bijou qui touche en plein cœur, où il s’agit de mesurer la responsabilité de nos actes et d’apprendre à ne négliger personne, y compris dans les épreuves inattendues qui jalonnent l’existence. Hanabi

De Bi Gan avec Jackson Yee, Shu Qi, Mark Chao
Policier Science-Fiction Drame - Japon - 2025 - VOST - 2h40

Resurrection

Dans un monde où les humains ne savent plus rêver, un être pas comme les autres perd pied et n'arrive plus à distinguer l’illusion de la réalité. Seule une femme voit clair en lui. Elle parvient à pénétrer ses rêves, en quête de la vérité…

Impossible de le dire autrement, au risque de l’emphase : Resurrection est un éblouissement. Un poème-fleuve. Une traversée du XXᵉ siècle à travers six histoires indépendantes ayant pour fil rouge la magie du cinéma. La première nous projette à l’époque du muet. Une femme (l’actrice Shu Qi, fleur frêle, gracieusement indocile, qui avait illuminé Millennium Mambo, du Taïwanais Hou Hsiao-hsien), à la fois muse, guide, artiste et narratrice, raconte un monde qui ne sait plus rêver. Seuls quelques êtres solitaires, appelés les « rêvoleurs », continuent de le faire en cachette. La muse est sur les traces d’un beau jeune homme qui lui a filé entre les doigts. Elle espère le retrouver dans une fumerie d’opium. Dans le même temps, un étrange « monstre », entre le Bossu de Notre-Dame et Nosferatu, visage crayeux et entaillé, l’accompagne. À l’intérieur de lui, dans son dos, il porte un projecteur de cinéma. Image magnifique, qu’on a à peine le temps de savourer : le récit, d’une richesse inouïe, est un tourbillon. Nous voilà revenus aux origines foraines du cinéma, et même du pré-cinéma, puisque sont évoquées les lanternes magiques. C’est un parcours d’ordre archéologique, un circuit dédaléen à travers divers décors (galerie, souterrain, escalier, grenier). Un monde d’illusions d’optique, de perspectives chamboulées. On entrevoit quelques citations — les frères Lumière, Méliès, Murnau… On pense à l’expressionnisme allemand, au Cabinet du docteur Caligari (1920). Une heure après tant de vertige et de virtuosité, on aura droit à un nouveau morceau de bravoure, d’un autre type : un plan-séquence baigné de rouge d’au moins vingt-cinq minutes, pour ne jamais lâcher d’une semelle deux tourtereaux sexy, se courant après dans les ruelles d’une ville portuaire, qui monte et qui descend. Chaque histoire célèbre un sens. À la première, consacrée à la vision, succède celle sur l’ouïe. Il s’agit d’une sorte de film noir, dans un décor des années 1920-1930, avec un joueur de thérémine, un espion tortionnaire, un indicateur nain, un stylo transformé en arme, un duel au revolver dans une galerie des glaces comme dans La Dame de Shanghaï, d’Orson Welles… La troisième (autour du goût), hommage doux-amer aux contes fantastiques chinois, se déroule dans un temple encerclé par la neige, au tournant des années 1950-1960. La quatrième (sur l’odorat), une vingtaine d’années plus tard, suit un arnaqueur qui enseigne à une petite fille un tour de magie stupéfiant avec des cartes. Le chapitre consacré au toucher se déroule la nuit du réveillon de l’an 2000, dans un port, et narre la rencontre d’un marginal et d’une jeune femme sous la coupe d’un parrain local — leur baiser en constitue le suspense et l’enjeu. La dernière histoire, qui fait office d’épilogue, convoque à nouveau la « muse » du début et son monstre de cinéma, pour un dernier hommage à la salle et aux spectateurs. Quel foisonnement de symboles, d’associations libres, d’illustrations vivantes ! Film de flamme, de fumée et de fantômes, Resurrection n’en est pas moins incarné, empreint de sensualité. Bi Gan, le petit prodige chinois seulement âgé de 36 ans, continue de nous épater. Après Kaili Blues (2015) et Un grand voyage dans la nuit (2018), il franchit ici un palier, à travers cette ample et étourdissante odyssée. Qui fascine par sa diversité, tant thématique que formelle, sans jamais se départir du jeu. Car le voyage mémoriel est aussi ponctué de devinettes, de traits d’humour — « Quand Bouddha a livré ses préceptes, il ne connaissait pas la nicotine », entend-on. Cela va de pair avec une forme de poésie presque enfantine, qu’elle soit visuelle, littéraire ou musicale. Resurrection porte cette faculté d’émerveillement inhérente au cinéma depuis plus d’un siècle. Non sans envisager, avec une pointe de mélancolie, sa possible disparition. Télérama
RencontreLes RDV d'ATTAC et de la LDH

De Benoît Perraud
Documentaire - France - 2025 - VF - 1h14

Souvent l'hiver se mutine

À travers un trésor d’archives rares, Souvent l’hiver se mutine nous immerge dans la vie paysanne du Poitou au XXe siècle — ses gestes, ses luttes, ses rituels. Les voix de celles et ceux qui ont façonné cette terre s’élèvent en chants, dévoilant une mémoire vive : celle d’une communauté dominée mais résistante, qui construisait un patrimoine culturel unique. Un monde disparu reprend vie sous nos yeux, dans une fresque sensible et politique.

Rencontre avec Attac, La Ligue des Droits de l'Homme, Les Amis de la Confédération Paysanne et Terre de lien.

Souvent l'hiver se mutine (2025)de Benoit Perraud met à l'honneur la force d'expression narrative de la matière cinématographique dans un remarquable travail de montage opéré avec la complicité créative de Marie Bottois et l'implication du groupe Ma Petite (Perrine Vrignault, Maxime Barbeau, Maxime Dancre, Paul Weeger). Cette construction au présent du film, repose sur la résurrection à la fois des images argentiques de films amateurs et des bandes sonores issues de la volonté de collectage de la culture immatérielle initiée notamment dans les années 1970 par l'UPCP-Métive. Il faut ajouter à cela le désir du cinéaste Benoit Perraud d'entrer dans un dialogue atemporel avec des générations enracinées à la réalité à la terre comme force vitale dans une France au début du XXe siècle dont la majorité de la société était encore rurale. Le film bénéficie d'une inspiration profonde issue de la puissance poétique du cinéma muet et le regard critique aussi bien féministe qu'écologique, avec une pincée de rafraîchissant anarchisme au cœur d'une histoire populaire de la ruralité qui reste encore à écrire avant de pouvoir occuper ne serait-ce que quelques paragraphes des manuels d'histoire. Souvent l'hiver se mutine met en scène des images passées inédites pour penser dans un montage critique l'évolution d'une construction sociale dont la contemporanéité est héritière. Ledit « devoir de mémoire » ne se construit pas ici sur les événements officiels de l'Histoire mais plutôt sur ces événements oubliés qui sont autant de rituels témoignant de chroniques explicites de vie. La tradition musicale des chansons populaires qui prennent des accents féministes et anarchistes sans se présenter officiellement comme des pamphlets politiques, associée aux images d'archives, viennent nourrir un dialogue infini d'une stimulante réflexion pour saisir en écho le monde actuel. La poésie visuelle de Souvent l'hiver se mutine est ainsi une salutaire expérience cinématographique qui nourrit la démarche inclusive d'inscription au monde contemporain dans une synergie narrative effervescente entre l'image et le son. Médiapart
Sortie nationale

De Park Chan-Wook avec Lee Byung-hun, Son Ye-jin, Park Hee-soon, Lee Sung-min, 염혜란
Thriller Drame - Corée du Sud - 2025 - VOST - 2h19

Aucun autre choix

Cadre dans une usine de papier You Man-su est un homme heureux, il aime sa femme, ses enfants, ses chiens, sa maison. Lorsqu’il est licencié, sa vie bascule, il ne supporte pas l’idée de perdre son statut social et la vie qui va avec. Pour retrouver son bonheur perdu, il n’ a aucun autre choix que d’éliminer tous ses concurrents…

Quatre ans après Decision to Leave, le virtuose Park Chan-wook est de retour avec Aucun autre choix, se présentant comme une satire noire et sanglante du monde du travail. Adapté du roman The Ax de Donald Westlake, le film relate les mésaventures de Yoo Man-su, l’employé modèle d’une papeterie qui voit sa vie s’effondrer après un licenciement et pour qui la course à l’emploi s’avère si ardue qu’il décide d’assassiner ceux qui peuvent le concurrencer. Ce qui marque dans un premier temps, c’est la capacité du film à jongler avec les tons et ambiances pour offrir des séquences particulièrement mémorables. Tantôt comique, puis dramatique, puis particulièrement glauque, puis tout à la fois, Aucun autre choix effectue parfaitement une danse risquée sans jamais ni relâcher sa tension, ni amoindrir ses enjeux. On reste toujours terriblement attaché aux péripéties de Man-su, dont les crimes et mensonges apparaissent comme justifiés face à la violence symbolique qu’il subit. La sympathie que l’on éprouve envers ce personnage émane également de sa maladresse : ce n’est pas un tueur dans l’âme, il n’est pas froid, pas méthodique ni très courageux ; c’est un homme forcé à tuer pour sa famille et maintenir son train de vie. Il est mis au pied du mur et agit. Dans le film de Park Chan-wook comme dans la réalité, le mépris et la violence professionnelle mènent au pire, à toujours plus de haine entre les êtres. Car les meurtres de Man-su apparaissent bel et bien comme des fratricides : il tue des hommes dans la même situation que la sienne, eux aussi passionnés par le papier et désireux d’être dignes de leurs familles ; il massacre ceux qui auraient pu être ses amis, dont les enfants auraient pu jouer avec les siens puisque la logique du marché ne laisse aucune place aux sentiments humains. Cependant, le réalisateur ne se méprend pas sur la nature de son personnage : sa violence n’est jamais une arme politique, sa colère ne s’oriente pas sur les véritables responsables de ses malheurs mais bien sur ceux qui subissent autant que lui. À l’instar de la famille pauvre de Parasite de Bong Joon-ho, le cadre au chômage d’Aucun autre choix n’a pas pour but de faire s’effondrer le système, mais bien d’être celui qui en profite mieux que les autres. L’acteur incarnant ce trouble et pathétique personnage principal, Lee Byung-hun, participe grandement à la réussite du film : sa performance toujours sur le fil du rasoir entre intense stress et prétendue maîtrise est pleine de subtilité mais n’en reste pas moins comique et jouissive. La réalisation est, sans grande surprise, parfaitement maîtrisée, et Park Chan-wook ne semble jamais à court d’idées pour insuffler à ses films un cachet visuel indéniable : il joue au sein de ses cadres, brise la verticalité de ses plans et offre d’amples mouvements de grue ainsi que des surimpressions toujours élégantes, mais possède également un sens aigu du découpage qui transforme le film en une véritable partition. Park Chan-wook réussit ainsi merveilleusement ce film touche-à-tout et brillamment exécuté qui peut enthousiasmer autant qu’il horrifie. Il nous offre une comédie sociale mordante, élégante et parfois grotesque, où la violence symbolique trouve une conséquence concrète mais où il s’amuse aussi des petites vies des classes moyennes coréennes occidentalisées sans jamais leur refuser une dose d’empathie. à Voir à Lire
Vous avez dit culte ?

De Arthur Penn avec Dustin Hoffman, Faye Dunaway, Chief Dan George, Martin Balsam, Richard Mulligan
Western - Etats-Unis - 1970 - VOST - 2h19

Little Big Man

Âgé de cent vingt et un ans, Jack Crabb se souvient de son passé au temps de la conquête de l'Ouest. Enfant, il a trouvé amour, amitié et ennemi parmi les indiens, sa famille adoptive. Adolescent, il est revenu parmi les Blancs, mais l'éducation indienne ne s'oublie pas...

Cette programmation proposée par Le RECIT, soutenue par la Région Grand Est et en partenariat avec l’ADRC, permet de découvrir ou redécouvrir des grands classiques du 7ème Art sur grand écran.

Avant-programme proposé par MIRA: "Les indiens de l'Illwald" 1970/80- 2mn-  Fond Schneeberger

Jack a 121 ans. Il veut corriger quelques idées fausses sur l’Ouest. À 10 ans, orphelin, il est adopté par des Cheyennes, qui le baptisent Little Big Man. De retour chez les Blancs, il découvre qu’il a du talent pour manier les armes. Au moment des guerres indiennes… Arthur Penn revisite le western sur le mode de la fresque picaresque, alternant humour (les déboires successifs de Jack, séducteur malgré lui ou gunfighter incapable de tuer) et lyrisme dramatique (les massacres perpétrés par les Tuniques bleues). L’ironie et le tragique se succèdent sans cesse, comme pour dire qu’il est impossible d’avoir un unique point de vue sur l’histoire du Far West, que celle-ci a été davantage subie — c’est le cas du héros, dépassé par les événements — que voulue. Seules certitudes, l’horreur de la guerre et la culpabilité de Custer — scènes qui interpellaient alors sur la présence américaine au Vietnam. Dustin Hoffman est parfait tout au long de ses métamorphoses, et il est bien entouré, notamment par Faye Dunaway, irrésistible. Télérama
Les inclassables

De Avery CROUNSE
Horreur - Etats-Unis - 1983 - VOST - 1h26

LES YEUX DE FEU

1750. Un groupe de pionniers, dirigés par un révérend idéaliste, sont chassés de leur village, et partent s'installer dans une autre région inexplorée de l'Amérique du Nord. Ils s'y établissent, inconscients des épouvantables secrets qu'abritent les bois environnants. Une mystérieuse petite fille connait les menaces de la forêt et le destin horrible qui attend ceux qui se risqueront dans les bois...

Autodidacte passionné et passionnant, Eric Peretti, programmateur du LUFF de Lausanne et des Hallucinations Collectives de Lyon, présente le film et poursuit la discussion à l’issue de la projection.

Première réalisation (sur trois) du photographe Avery Crounse, Les Yeux de Feu a du surprendre les quelques amateurs de cinéma d’horreur qui se sont aventurés dans les salles obscures pour assister à ses projections (qui n’ont pas du être nombreuses, le petit budget n’ayant eu droit à l’époque qu’à une sortie très limitée deux ans après la fin de la post-production). Dans un paysage de séries B américaines largement dominées par les tueurs de slashers et les monstres divers, Les Yeux de Feu se distingue par son appartenance à ce sous-genre qui a été désigné rétrospectivement sous l’appellation folk horror, dont l’origine remonterait à un article sur le long métrage La Nuit des Maléfices 3 de Piers Haggard. L’histoire se déroule en 1750. Dans un petit village, le nouveau pasteur, Will Smythe, est soupçonné d’avoir une relation avec deux femmes, sa protégée Leah, une adolescente mutique que tout le monde prend pour une folle, et l’adultère Eloise. Sur le point d’être pendu, Smythe est sauvé lorsque la corde se rompt mystérieusement, première preuve des capacités de Leah (dont la mère a été brûlée pour sorcellerie). Avec ses rares fidèles, Smythe s’enfuit pour s’enfoncer profondément dans une région inexplorée. Le voyage ne sera pas de tout repos puisque les colons vont devoir échapper aux flèches des indiens Shawnee et c’est grâce à la magie de Leah qu’ils ne compteront qu’une seule victime… Finalement rejoints par le mari de Eloise, un trappeur qui délaisse depuis longtemps sa femme et sa fille, le groupe trouve enfin un camp abandonné, un lieu que même les natifs évitent. Mais leurs ennuis ne sont pas terminés car cette terre est maudite…et c’est par le regard de Leah que seront d’abord dévoilés les esprits qui hantent la forêt. Avery Crounse prend d’abord son temps pour décrire les relations qui unissent les personnages principaux. Certains sont mieux développés que d’autres et l’interprétation est parfois un peu trop théâtrale mais ce premier acte prépare bien à l’étrangeté de ce qui va suivre…La représentation du mal ancré dans ce sol ensanglanté par la violence des conflits entre les indiens et les pèlerins venus les déposséder de leurs territoires passe par des effets qui n’ont pas tous supporté le poids des ans (comme les couleurs saturées des images qui annoncent l’arrivée des fantômes) mais Avery Crounse a composé minutieusement de très beaux plans, à l’atmosphère troublante et saisissante. Les arbres ornés de plumes, les visages des esprits prisonniers des troncs noueux, la présence même de Leah (que l’on peut comparer à une fée d’un conte bien sombre) sont autant d’éléments à la puissance visuelle évocatrice qui font la force du film. Sanctuary
Rencontre

De Claude Schmitz avec Francis Soetens, Rodolphe Burger
Comédie Policier - France/Belgique - 2025 - VF - 1h36

Sainte-Marie-aux-Mines

Les deux inspecteurs de la police judiciaire de Perpignan, Alain Crab et Francis Conrad, se retrouvent mutés à Saint-Marie-aux-Mines en Alsace. Fraîchement débarqués, ils commencent à mener une enquête autour du vol d’une opale de grande valeur, intervenu lors du salon Minéral & Gem.

Rencontre avec le réalisateur Claude Schmitz et Rodolphe Burger, acteur principal du film.

"Rodolphe et Francis n’ont cessé d’inventer une alchimie miraculeuse, autant sincère que burlesque, apportant à l’intrigue de L’Autre Laurens un contrepoint comique essentiel. En soit, ce duo n’avait pas besoin d’être dirigée, il fallait juste parvenir à l’accompagner afin de capter ses fulgurances. Après avoir réalisé un film ambitieux comme L’Autre Laurens, il pouvait paraître surprenant de vouloir revenir à une forme plus légère. En réalité, ma démarche vise à alterner des projets libres - des essais, au sens noble du terme - à d’autres, plus complexes et romanesques. Il y a dans ces allers-retours une volonté farouche de continuer à expérimenter les formes et les formats." Claude Schmitz
RencontreLes RDV d'ATTAC et de la LDH

De Dominik Moll avec Léa Drucker, Jonathan Turnbull, Mathilde Riu, Guslagie Malanda, Stanislas Merhar
Policier - France - 2025 - VF - 1h56

Dossier 137

Le dossier 137 est en apparence une affaire de plus pour Stéphanie, enquêtrice à l’IGPN, la police des polices. Une manifestation tendue, un jeune homme blessé par un tir de LBD, des circonstances à éclaircir pour établir une responsabilité. Mais un élément inattendu va troubler Stéphanie, pour qui le dossier 137 devient autre chose qu’un simple numéro.

Rencontre avec le collectif Walden, Attac et la Ligue des Droits de l'Homme.

L’ambiance est à la fête. Dans la voiture qui la mène à Paris, la famille Girard chante du Joe Dassin à tue-tête. Il y a la mère, aide-soignante, ses deux enfants, à peine sortis de l’adolescence, et un de leurs copains. Partis de Saint-Dizier à l’aube, ils s’apprêtent à participer à leur première manifestation des Gilets jaunes, dont les « épisodes » rythment et déchirent la capitale en cette fin d’année 2018. Aucune intention d’en découdre, juste celle d’exprimer un ras-le-bol face au mépris des élites pour la France des ronds-points. Et puis ce sera aussi l’occasion de visiter les beaux quartiers. La nuit précoce, un mouvement de foule, les lacrymos, une ville inconnue : la famille est dispersée du côté des Champs-Élysées et les deux garçons se retrouvent seuls face à des policiers. Le fils s’écroule, touché à la tête par un tir de Flash-Ball. Laissé pour mort, il survivra, avec d’importantes séquelles neurologiques. Dépression, migraines, une vie gâchée. La mère porte plainte. Stéphanie (Léa Drucker), inspectrice de l’IGPN, la police des polices, ouvre un nouveau dossier, numéro 137. Après l’immense carton de La Nuit du 12, son suffocant film-enquête sur fond de féminicide — 545 000 entrées en France, sept césars —, Dominik Moll revient gonflé à bloc avec cette « nuit du 8 décembre 2018 », disséquée avec le même souci de didactisme et de nuance dont il s’est fait, avec son scénariste, Gilles Marchand, le modeste artisan. Ce nouveau film-dossier, au sens littéral, à la fois noble et bureaucratique du terme, est moins l’autopsie d’une bavure policière que la démonstration que la vérité judiciaire est, plus que jamais, soumise aux affects de ceux qui sont chargés de la rendre. Et que cette vérité ne vaut rien face à la raison d’État. L’un des biais de l’enquête, invalidant pour certains, de part et d’autre de l’écran, vient de l’improbable coïncidence géographique entre le personnage de Léa Drucker et la famille de la victime, tous deux originaires de la même ville sinistrée du Grand Est. Mais sans ce point commun, le film n’existerait simplement pas. Cette proximité humanise l’enquête et l’enquêtrice, comme cette dernière l’explique dans le long et beau monologue final : à l’IGPN comme ailleurs, on parle toujours « de » quelque part. Fuyant le manichéisme, Dossier 137 n’est pas un film anti-flic, il ne dénonce rien, il démontre, preuves à l’appui, la difficulté de faire reconnaître les violences policières dans un pays où les ministres de l’Intérieur successifs refusent jusqu’à employer l’expression. Solidement documenté, le scénario nomme les choses et joue habilement du contraste entre la sécheresse du jargon administratif dans les dialogues et le désordre de son application dans les images. Comme l’avouent ses membres incriminés par l’enquête, la BRI, réquisitionnée en urgence, n’avait aucune compétence en maintien de l’ordre. Elle en a en revanche beaucoup dans le maintien de l’omerta. Haletant comme un polar, sec comme un coup de matraque, ce film courageux sur un sujet inflammable ne réconciliera pas la France. Les partisans d’une police ontologiquement irréprochable crieront à la manipulation. Les autres y trouveront sans doute matière à raviver leur colère, légitimer leur indignation ou confirmer leur désenchantement. Télérama
  • Légendes des pictos :
  • Séance suivie d'une rencontre |
  • Sous-titrage sourds et malentendants |
  • VF Version française |
  • Séance précédée ou suivie d'un repas

Prochainement