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Films du mois

  • Légendes des pictos :
  • Séance suivie d'une rencontre |
  • Sous-titrage sourds et malentendants |
  • VF Version française |
  • Séance précédée ou suivie d'un repas
Sortie nationale

De Karim Aïnouz avec Carol Duarte, Julia Stockler, Fernanda Montenegro, Gregório Duvivier, Antônio Fonseca
Romantique Drame - Brésil/Allemagne - 2018 - VOST - 2h20

La Vie invisible d'Euridice Gusmao

Rio de Janeiro, 1950. Euridice, 18 ans, et Guida, 20 ans, sont deux sœurs inséparables. Elles vivent chez leurs parents et rêvent, l'une d'une carrière de pianiste, l'autre du grand amour. A cause de leur père, les deux sœurs vont devoir construire leurs vies l'une sans l'autre. Séparées, elles prendront en main leur destin, sans jamais renoncer à se retrouver. Un mélodrame tropical, par le réalisateur de « Madame Satã ».

Bien qu’il ne soit pas très "cool" de le dire, les telenovelas brésiliennes sont parmi les contenus audiovisuels les plus formidables du monde : elles sont connues pour leurs intrigues riches en mélodrame et en éléments épiques, et passionne la nation comme peu d’autres émissions savent le faire. L’esprit de ces feuilletons ainsi que l’héritage du réalisateur américain Douglas Sirk peuvent se retrouver dans La Vie invisible d'Euridice Gusmāo, adaptation audacieuse par Karim Aïnouz du roman de Martha Batalha paru en 2015. Dans ce titre, présenté dans la section Un Certain Regard du Festival de Cannes, Aïnouz (Madame Satā) a condensé l'histoire du livre, qui s’étalait sur plusieurs décennies à partir de 1934, pour se concentrer sur les années 1950, une décennie qui est vite établie comme un temps où les femmes étaient encore considérées comme la propriété de leur père et de leur mari, mais où s'esquisse un changement. Aïnouz conserve en revanche la dimension épopée du roman, pour nous parler d'une famille divisée à travers des cadrages et une structure classiques. L’intrigue est racontée à travers une série de lettres entre deux soeurs, Euridice (Carol Duarte) et Guida (Julia Stockler), que les circonstances sont séparées malgré elles. Bien qu’elles ne puissent pas se voir, elles continuent de défier le patriarcat qui entoure leur vie. Guida, l'aînée de deux ans, est rebelle et veut un changement, tandis que sa petite sœur de 18 ans travaille pour devenir pianiste de concert. Elles rêvent toutes les deux de partir vivre leur vie loin de la domination de leur père boulanger (António Fonseca), très catholique : Euridice veut rejoindre un conservatoire à Vienne, et Guida voudrait juste aller n’importe où ailleurs. La décision de Guida de fuir l’emprise de sa famille en épousant spontanément un marin va remettre en question les normes familiales et causer une dispute permanente avec le père. À partir de ce moment, Guida et Euridice sont séparées et vont suivre des chemins différents. Un trope du cinéma, quand les frères et sœurs sont séparés et vivent à des kilomètres de distance, est que l'un réussisse sa vie et l'autre non mais ici, les deux femmes sont dans le deuxième cas : il s’avère qu’en effet, les marins ont bel et bien une fille dans chaque port et Guida, enceinte, se rend compte qu’elle n'est qu'une femme parmi d'autres. Bien résolue à ne pas de soumettre à cela, elle quitte son mari et ne rentre chez elle que pour découvrir que le papa n’est pas d'humeur à lui pardonner. Euridice se marie et c’est dans la chambre, ou dans la salle de bain, qu'Aïnouz fait basculer la forme du récit dans les temps modernes pour nous montrer des scènes de sexe très brutales, en utilisant comme accompagnement musical des airs plus contemporains. Euridice va finalement tomber enceinte et elle va devoir mener de front et son rôle de mère, et sa carrière de pianiste professionnelle, abandonnant certains de ses rêves en chemin. Ces deux femmes vivent des histoires de résistance, et la qualité de la narration est telle que les moments où elles se manquent de peu et se voient presque ne donnent pas l’impression d’être trop clichés. Les performances des actrices sont exemplaires et il y a un bonus supplémentaire pour les fans de cinéma brésilien (qui sert aussi de lien entre le passé et le présent) : un épilogue où apparaît la légendaire actrice brésilienne Fernanda Montenegro. Ce récit de type classique va délecter ceux qui aiment les drames à surprises et à retournements, tout en soulignant l'évolution de la place des femmes dans la société. CinEuropa
Sortie nationale

De Elia Suleiman avec Elia Suleiman, Ali Suliman, François Girard, Gael García Bernal
Comédie Dramatique - Palestine/France/Allemagne/Canada/Turquie - 2019 - VOST - 1h40

It Must Be Heaven

ES fuit la Palestine à la recherche d'une nouvelle terre d'accueil, avant de réaliser que son pays d'origine le suit toujours comme une ombre. La promesse d'une vie nouvelle se transforme vite en comédie de l'absurde. Aussi loin qu'il voyage, de Paris à New York, quelque chose lui rappelle sa patrie. Un conte burlesque explorant l'identité, la nationalité et l'appartenance, dans lequel Elia Suleiman pose une question fondamentale : où peut-on se sentir « chez soi » ?

A écouter : Elia Suleiman et Alice Winocour sur France Inter, On aura tout vu

Il n’était pas venu à Cannes depuis Le Temps qu’il reste, il y a dix ans. Elia Suleiman, 58 ans, fait un retour en force avec un film dans la ligne de ses comédies burlesques au sous-texte politique ravageur. Dans It must be heaven, le cinéaste palestinien ou, plutôt son personnage d’observateur muet du monde, quitte Nazareth et ses citronniers pour aller voir ailleurs si le ciel est moins lourd à porter. L’enfer est en Palestine, c’est donc que le paradis doit être autre part : quelque part à l’Ouest. De Paris à New-York, E.S. va donc trimballer son canotier et ses expressions de cinéma muet, tel un Buster Keaton siroteur d’arak, répondant à l’absurdité de l’époque par une inaliénable élégance (la palme du plus beau pyjama de la compétition lui revient sans conteste). Et voilà qu’on redécouvre Paris à travers ses yeux mi-amusés mi-médusés. Un Paris méconnaissable et pourtant familier : désert, muséifié, aseptisé. Une ville où la violence des rapports passe par l’obsession sécuritaire, l’omniprésence des uniformes et des règles, aussi absurdes soient-elles – voir cette scène hilarante où une batterie de flics se met à mesurer une terrasse de café pour vérifier sa « conformité » – où des policiers juchés sur des rollers pourchassent les délinquants avec une efficacité robotique. La moindre interaction semble codifiée par des procédures, y compris lorsqu’il s’agit de nourrir un SDF. Dans cet Occident convaincu de sa supériorité démocratique, E.S. cherche à vendre son film et c’est l’occasion d’un caméo férocement drôle. Un célèbre producteur français explique au cinéaste que son projet ne sera pas retenu : « Pas assez palestinien. Il pourrait se passer n’importe où... » Tel est bien le coup de génie de Suleiman qui nous dit en substance que la Palestine est partout et nulle part, comme si la violence du conflit interminable qui s’y déroule avait fini par s’exporter. Comme si nous, les Etats en paix, étions surtout devenus des as du maintien de l’ordre. Car à New-York aussi – la dernière étape d’E.S. – les armes sont partout, jusque sur les épaules des mères de famille. On y continue pourtant de considérer le Palestinien comme une créature exotique, survivance étrange d’un monde où la guerre existait, et le Moyen-Orient comme une cause perdue. « Le pitch est déjà à mourir de rire ! » répond la productrice américaine à qui un ami du cinéaste vient de résumer le prochain film de Suleiman : « une comédie sur la paix au Moyen-Orient ». Dans ce renversement de perspectives, l’auteur d’Intervention divine (2002), réussit une fable d’une terrible acuité politique mais sans jamais lâcher le ton burlesque qui a fait sa marque de fabrique. Une poésie du désespoir traversée soudain d’une pure mélancolie : « Vous êtes bizarres, vous les Palestiniens, dit un homme au cinéaste. Le monde entier boit pour oublier et vous êtes le seul peuple à boire pour vous souvenir. » En 1h37, E.S. n’aura prononcé que deux mots : Nazareth et Palestine. C’est là qu’il retournera, sur ce petit territoire au parfum de paradis perdu mais qu’une jeunesse éprise de liberté pourrait un jour, peut-être, retrouver. Télérama
Sortie nationale

De Dominik Moll avec Laure Calamy, Denis Ménochet, Valeria Bruni Tedeschi, Damien Bonnard, Bastien Bouillon, Nadia Tereszkiewicz
Drame - France - 2019 - 1h57

Seules les bêtes

Une femme disparaît. Le lendemain d’une tempête de neige, sa voiture est retrouvée sur une route qui monte vers le plateau où subsistent quelques fermes isolées. Alors que les gendarmes n'ont aucune piste, cinq personnes se savent liées à cette disparition. Chacune a son secret, mais personne ne se doute que cette histoire a commencé́ loin de cette montagne balayée par les vents d’hiver, sur un autre continent où le soleil brûle, et où la pauvreté́ n’empêche pas le désir de dicter sa loi.

Séance supplémentaire le jeudi 5 décembre à 14h15.

Ronde de portraits en clair-obscur autour d’une disparition. Une enquête captivante menée les pieds dans la neige et la tête dans le cyberespace. Quel est le point commun entre des fermiers vivant sur un plateau reculé et enneigé des Causses et des adolescents arnaqueurs de la grouillante ville d’Abidjan, en Côte d’Ivoire ? Ce film policier, justement, palpitant et élaboré, signé par l’auteur de l’inoubliable Harry, un ami qui vous veut du bien (2000) — un cinéaste toujours intéressant depuis, pour ses films comme pour ses séries (Tunnel, Eden). Adapté d’un roman noir de Colin Niel, Seules les bêtes débute avec la disparition d’Évelyne ­Ducat, quadragénaire dont la voiture a été retrouvée dans un coin perdu de Lozère. L’intrigue, pleine de trous et de suspense, repose sur les points de vue successifs de cinq personnages, concernés de près ou de loin par le drame, mais pas forcément au même moment. D’abord, c’est Alice (Laure Calamy), une assistante sociale ayant l’habitude de faire sa tournée dans la région, qui apprend la nouvelle à la télévision. Cette femme sémillante, optimiste, dont la relation avec son mari agriculteur se distend, entretient une liaison avec un autre agriculteur, ­Joseph (Damien Bonnard), solitaire et bourru, qui semble lui cacher quelque chose. Et si cet amant était lié à la disparition ? Après Alice, c’est au tour de Joseph de prendre en charge le récit, puis de Marion, une jeune serveuse qui s’est éprise d’Évelyne (Valeria ­Bruni Tedeschi), la femme qui a disparu, de vingt ans son aînée… Les différents chapitres dévoilent des éléments de l’énigme, tout en créant, à chaque fois, de nouvelles zones d’ombre. Cette construction, qui pourrait être tarabiscotée, fournit au contraire une narration fluide. Qui captive, provoque autant de frissons que de jubilation. Car au fil de cette histoire criminelle reposant sur une cyberarnaque opérée à cinq mille kilomètres des Causses, Seules les bêtes prend parfois un tour absurde et grotesque, comme dans le cinéma des frères Coen. Celui qui se fait pigeonner dans cette affaire fait sourire, pour le moins, aveuglé qu’il est, à la fois enfermé et blotti dans une sorte de bulle. C’est, du reste, un trait commun à tous les personnages, que le destin fait cruellement s’entrecroiser. En France ou en Côte d’Ivoire, chacun dans sa solitude porte un secret, un besoin d’amour crucial. Dominik Moll fait ainsi correspondre entre eux des gens isolés, de conditions sociales et d’âges différents, qui cherchent à échapper à leur morne quotidien. Grâce à une interprétation très solide (Denis Ménochet en tête), Seules les bêtes se révèle au bout du compte un éloge malicieux de la crédulité, sans laquelle il n’y aurait point de film… Celui-là, mais aussi tous ceux que l’on se fait dans sa tête. Télérama
Film précédé du court métrage : Je suis Thalès (2’) de Florent Hill
Le cinéma regarde la psychanalyse, Rencontre

De Ridley Scott avec Harrison Ford, Rutger Hauer, Sean Young, Edward James Olmos, M. Emmet Walsh
Science-Fiction - Etats-Unis - 1982 - VOST - 1h57

Blade Runner

Dans les dernières années du 20ème siècle, des milliers d'hommes et de femmes partent à la conquête de l'espace, fuyant les mégalopoles devenues insalubres. Sur les colonies, une nouvelle race d'esclaves voit le jour : les répliquants, des androïdes que rien ne peut distinguer de l'être humain. Los Angeles, 2019. Après avoir massacré un équipage et pris le contrôle d'un vaisseau, les répliquants de type Nexus 6, le modèle le plus perfectionné, sont désormais déclarés "hors la loi". Quatre d'entre eux parviennent cependant à s'échapper et à s'introduire dans Los Angeles. Un agent d'une unité spéciale, un blade-runner, est chargé de les éliminer. Selon la terminologie officielle, on ne parle pas d'exécution, mais de retrait..

Rencontre avec Jean-Clet Martin, auteur de Ridley Scott - Philosophie du monstrueux, le vendredi 13 décembre à 19h15, animée par Joel Fritschy, en partenariat avec Espace analytique et l'Association Psychanalytique Internationale, et la librairie 47° Nord

Après un accueil frileux à sa sortie, Blade Runner est peu à peu devenu culte, modèle de science-fiction souvent copié, rarement égalé. Quand on le revoit, on retrouve toute sa modernité visionnaire : la ville polluée, les manipulations génétiques, les écrans géants de publicités lumineuses sur les gratte-ciel, le visiophone, le pouvoir digital de rentrer à l’intérieur d’une photo en allant beaucoup vite que dans Blow up… Ce que Ridley Scott préfigure du futur, avec cette adaptation d’un livre phare de Philip K. Dick, reste étonnant, car concret. Du quartier chinois grouillant aux immeubles désaffectés, chaque décor est primordial. Composé d’éléments familiers, rattaché au passé (le film noir), cet univers est d’autant plus fascinant qu’on a la sensation de l’habiter. C’est un cinéma de l’immersion, que Denis Villeneuve reconduit dans la suite (Blade Runner 2049, à l’affiche). Dans un Los Angeles pluvieux, Rick Deckard (Harrison Ford) est donc un ancien flic qui reprend du service, chargé d’éliminer quatre « réplicants » en fuite, des androïdes presque humains, plus qu’humains, parfois. Donner une âme au réplicant, entretenir l’ambiguïté autour du statut de Deckard, mais aussi de la mystérieuse Rachel (Sean Young), voilà ce qui fait l’attrait majeur de ce film policier et, contre toute attente, sentimental : il recèle une histoire très originale d’amour dangereux. Télérama
Rencontre

De Elizabeth Castle, Christina King avec Madonna Thunderhawk, Marcella Gilbert
Documentaire - Etats-Unis - 2018 - VOST - 1h07

Warrior Women

De l’occupation de la prison d’Alcatraz en 1969 au combat contre le pipe-line de Standing Rock en 2016, Warrior Women raconte la vie de Madonna Thunder Hawk, l’une des fondatrices de l’American Indian Movement. 50 ans de combats pour les droits des autochtones et pour la Terre menés par des femmes puissantes, courageuses et rebelles. Warrior Women explore la conjugaison singulière entre activisme politique et le fait d’être mère, et montre comment l’héritage militant se transmet et se transforme de génération en génération dans un contexte agressif, ou le gouvernement colonial réprime violemment la résistance autochtone. Les peuples autochtones, premiers gardiens de la terre qu’il devient urgent d’écouter

Rencontre le samedi 14 décembre à 20h30 avec Colette Riehl, ethnologue

Ce documentaire engagé rend hommage aux guerrières de la cause amérindienne. Et à l’égérie qui permit à leur culture de survivre. « En pays indien, les gens disent : quand vous voulez de belles paroles, invitez les hommes. Mais si vous voulez que quelque chose se passe, allez chercher les femmes. » Elles-mêmes issues de familles amérindiennes, les réalisatrices Christina D. King et Elizabeth A. Castle font entendre ces mots au début de Warrior Women, un documentaire qu’elles consacrent à une femme puissante. Née en 1940 dans une réserve sioux des États-Unis, elle porte un nom beau comme un coup de tonnerre : Madonna Thunder Hawk n’a jamais cessé de se battre pour son peuple. Parce que la terre de son enfance fut sacrifiée, engloutie après la construction d’un barrage, elle a voulu ensemencer la vie, transmettre aux plus jeunes la culture indienne, à laquelle les enfants de sa génération étaient arrachés, envoyés de force dans des pensionnats et rééduqués par des Blancs. En créant la « survival school » We Will Remember, Madonna Thunder Hawk a apporté un enseignement qui a permis à l’identité des siens de survivre. Son histoire croise les grands moments d’une lutte politique marquée par la création de l’American Indian Movement, en 1968, et l’affirmation du Red Power, dans le sillage du Black Power. Aujourd’hui, le combat des « Peaux-Rouges » rejoint les préoccupations écologiques de toute une partie de l’Amérique, comme l’a montré la mobilisation contre l’oléoduc de Standing Rock, en 2016. Et le savoir des Indiens, sur l’importance de l’eau ou le rôle de certaines plantes, pourrait servir dans une survival school globalisée. Ce film qui tombe à pic rassemble une histoire passionnante en une durée trop modeste (à peine plus d’une heure). Mais, pour toutes les guerrières de la cause indienne, Warrior Women représente une reconnaissance à laquelle, en dépit de leur force, elles n’avaient jamais accédé. Télérama
Avant-Première

De Tatsushi Ohmori avec Haru Kuroki, Kirin Kiki, Mikako Tabe, Mayu Tsuruta, Shingo Tsurumi, Megumi Takizawa, Saya Kawamura, Mayu Harada, Mizuki Yamashita, Chihiro Okamoto, Fuyuka Kooriyama
Drame - Japon - 2018 - VOST - 1h40

Dans un jardin qu'on dirait éternel

Noriko et Michiko viennent de terminer leurs études. En attendant de savoir à quoi consacrer leur vie, elles sont poussées par leurs parents vers l'art ancestral de la cérémonie du thé...

Avant-première à l’occasion de la Journée Internationale du thé suivie d’une dégustation.

Sortie nationale

De Rubaiyat Hossain avec Rikita Nandini Shimu, Novera Rahman, Parvin Paru, Mayabi Rahman, Shahana Goswami
Drame - Bangladesh/France/Danemark/Portugal - 2019 - VOST - 1h35

Made In Bangladesh

himu, 23 ans, travaille dans une usine textile à Dacca, au Bangladesh. Face à des conditions de travail de plus en plus dures, elle décide avec ses collègues de monter un syndicat, malgré les menaces de la direction et le désaccord de son mari. Ensemble, elles iront jusqu’au bout.

Diffusion en salle Ciné K du Kinepolis du 4 au 17 décembre puis au Cinéma Bel Air.

Horaires de la salle Ciné K du 11 au 17 décembre ici.

“Made in Bangladesh”, chronique sensible d’une exploitation. Une fronde d’ouvrières dans l’usine qui les soumet : une chronique fictionnée et renseignée sur la condition de ces femmes batailleuses. C’est une étiquette qui se niche dans nos vêtements, trois mots à consonance familière, dont on ignore la réalité cachée derrière. Made in Bangladesh, le deuxième film d’une réalisatrice de 38 ans originaire du Bengale, aurait pu s’appeler “Made in China”, se dérouler sur un autre continent, il nous aurait plongé.e.s tout aussi fidèlement dans l’une de ces usines de textile implantées dans une région pauvre du monde, employant exclusivement des femmes. Pourquoi elles ? Parce que plus malléables que les hommes, apprend-on : des ouvrières passives et corvéables à merci. A la suite d’un incendie, les salariées d’une fabrique à Dacca décident de tenir tête à leurs patrons en créant un syndicat. Made in Bangladesh retrace leur bataille, un long périple administratif qui leur vaudra de multiples tentatives d’intimidation. Dans le leading role, une belle entêtée jouée par une inconnue (la gracieuse Rikita Shimu), saisie dans son environnement professionnel et intime sans surcharger la barque documentaire. On songe à Useless de Jia Zhang-ke, même si le film trouve une manière plus modeste, et sans doute moins affirmée, de cerner les corps et les espaces : avec bienveillance et suavité. Mais cette douceur n’est qu’apparente, et souligne par contraste ces gestes répétitifs et aliénants d’une exploitation permise, comme le rappelle opportunément une scène de visite des directeurs anglo-saxons, par les politiques occidentales de délocalisation. Les Inrocks
Film précédé du court métrage : Je suis une ouvrière (2') de de Claudine Van Beneden et Pierre Simboiselle (au Bel Air)
Sortie nationale

de Fabienne Berthaud avec Cécile de France, Narantsetseg Dash, Tserendarizav Dashnyam
Drame - France - 2019 - VOST - 1h40

Un monde plus grand

Partie en Mongolie chez des éleveurs de rennes pour enregistrer des chants traditionnels, Corine pensait pouvoir surmonter la mort de Paul, son grand amour. Mais sa rencontre avec la chamane Oyun bouleverse son voyage, elle lui annonce qu’elle a reçu un don rare et doit être formée aux traditions chamaniques. De retour en France, elle ne peut refuser ce qui s’impose désormais à elle : elle doit repartir pour commencer son initiation… et découvrir un monde plus grand.

Diffusion au Kinepolis, Salle Ciné K, à partir du 30 octobre.

Horaires salle Ciné K Kinepolis du 11 au 17 décembre ici.

Cécile de France brille en femme dévastée se découvrant un don de chaman dans un film dépaysant, plaisant et très efficace signé Fabienne Berthaud. "Tu as le choix entre les marabouts africains, les chamans mongols ou les moines tibétains". Quand on propose à Corine, une ingénieur du son complètement détruite par la mort de son mari après des années de maladie, d’aller se régénérer en collectant des ambiances, des prières et des chants pour une série de documentaires sur la spiritualité, la jeune femme demande juste la destination la plus lointaine, sans se douter que ce voyage l’entrainera vers des contrées encore plus extraordinaires, celles des esprits, et vers la découverte d’un pouvoir personnel on ne peut plus déstabilisant. Tel est le point de départ d’Un monde plus grand, le nouveau film de Fabienne Berthaud (appréciée notamment pour Frankie et Pieds nus sur les limaces), dévoilé aux Giornate degi Autori de la 76e Mostra de Venise. Inspiré par l’expérience réellement vécue par Corine Sombrun et par son livre Mon initiation chez les chamanes adapté par la réalisatrice avec Claire Barré, le film propulse donc le personnage principal (la Belge Cécile de France) dans les paysages époustouflants, sillonnés en mini-van puis à cheval, de la steppe du Nord de la Mongolie, jusqu’à un campement tsaatan. Cornaquée par l’interprète Naara (Narantsetseg Dash), Corine y découvre les coutumes étonnantes de ce peuple d’éleveurs de rennes jusqu’à une soirée bouleversante où elle entre en transe sauvage en enregistrant une séance de chamanisme dirigée par Oyun (Tserendarizav Dashnyam). "Qu’est-ce qui s’est passé ?" demande-t-elle après avoir repris ces esprits, obtenant des réponses stupéfiantes : "cette femme est un chaman. Elle a failli mourir", "l’esprit du loup est venu en toi, il t’a donné ses pouvoirs, tu dois maintenant apprendre à t’en servir; si tu ne fais pas ce que les esprits veulent pour toi, ta vie sera encore pire. Les chamans peuvent communiquer avec l’esprit des morts, mais pendant la transe, il vont dans le monde noir et ils doivent retrouver le chemin de leur corps". Secouée, mais rejetant ce qu’elle estime des "conneries de sorcier", Corine repart en Europe où elle s’aperçoit rapidement que les sons enregistrés de la séance chamanique la font instantanément basculer dans un autre monde. Une fois levée (via une IRM du cerveau) l’hypothèse d’une atteinte physique et malgré l’inquiétude de ses proches (Ludivine Sagnier, Arieh Worthalter) qui soupçonnent un déséquilibre psychologique, elle décide, dans l’espoir de renouer un contact avec son mari décédé, de repartir en Mongolie pour être initié par la chaman Oyun… Assez difficile à priori à restituer au cinéma sans passer par le fantastique, le passionnant sujet des portes de la perception est traité dans Un monde plus grand à travers une aventure individuelle simple et accessible à un large public. Portée par une excellente Cécile de France, le film tire le meilleur profit des paysages spectaculaires de la Mongolie et de quelques séquences de transe fascinantes pour envelopper le récit dans une couverture bien équilibrée entre la plongée ethnographique et la narration cinématographique classique, l’ensemble se révélant à la fois dépaysant, plaisant et très efficace autour d’une trajectoire où le retour à la nature et l’éveil spirituel sont synonymes de renaissance. CinEuropa
Sortie nationale

de Laurent Micheli avec Mya Bollaers, Benoît Magimel, Els Deceukelier
Comédie Dramatique - France/Belgique - 2018 - 1h30

Lola vers la mer

Alors que Lola, jeune fille transgenre de 18 ans, apprend qu’elle va enfin pouvoir se faire opérer, sa mère, qui devait la soutenir financièrement, décède. Afin de respecter ses dernières volontés, Lola et son père, qui ne se sont pas vus depuis deux ans et que tout oppose, sont obligés de se rendre jusqu’à la côte belge. En chemin, ils réaliseront que l’issue du voyage n’est peut-être pas celle à laquelle ils s’attendaient…

Diffusion au Kinepolis salle Ciné K à partir du 11 décembre.

Horaires du 11 au 17 décembre au Kinepolis salle Ciné K

De Alice Winocour avec Eva Green, Matt Dillon, Zélie Boulant-Lemesle, Lars Eidinger, Sandra Hüller, Alexey Fateev, Jan Oliver Schroeder, Nancy Tate, Marc Fischer
Action Drame - France/Allemagne - 2019 - VOST - 1h47

Proxima

Sarah est une astronaute française qui s’entraine avec acharnement au Centre spatial de Cologne, unique femme au milieu des astronautes européens. Elle vit seule avec sa fille de sept ans, Stella, qu’elle couve d’un amour inquiet, se sentant coupable de ne pas pouvoir lui consacrer plus de temps. Quand Sarah est choisie pour partir à bord d’une mission spatiale d’un an, baptisée Proxima, sa vie et celle de Stella sont bouleversées.

Diffusion en salle Ciné K du Kinepolis du 11 au 31 décembre et au Bel Air du 1er au 5 janvier.

Horaires du 11 au 17 décembre au Kinepolis salle Ciné K.

A écouter : Elia Suleiman et Alice Winocour sur France Inter, On aura tout vu

Astronaute, elle s’entraîne dur et se prépare à laisser sa fille sur Terre. Un film spatial original, où l’intime prime sur le spectaculaire. De Claire Denis (High Life) à James Gray (Ad Astra), on assiste à un renouveau du film spatial qui passe désormais par l’intime. Proxima participe de ce courant, à ceci près qu’il ne quitte pas le plancher des vaches. Sa seconde originalité repose sur son héroïne, astronaute et mère. Sarah (Eva Green) s’apprête à partir un an pour une galaxie lointaine. Elle s’en réjouit, mais cela n’est simple ni pour elle ni pour sa fille, Stella, 8 ans, avec qui elle vit seule. Sarah doit se familiariser avec la séparation et s’organiser. Heureusement, le père, conciliant, prendrait en charge l’enfant. L’éloignement de Sarah et Stella commence sur Terre. De la base d’entraînement de l’Agence spatiale européenne, à Cologne, au cosmodrome de Baïkonour, Proxima décrit de manière très documentée comment Sarah s’entraîne physiquement et mentalement à vivre dans l’espace. On la voit courir allongée (!), tourbillonner dans une centrifugeuse, répéter les exercices périlleux (certains sous l’eau), s’isoler en quarantaine. À travers cette mise à l’épreuve, on reconnaît le tropisme d’Alice Winocour (Augustine, Mary­land) pour un cinéma corporel, médical. Un cinéma vigoureux, occupé au centre par une femme. Le combat de Sarah est d’autant plus louable qu’elle est seule au milieu d’hommes et doit vaincre le machisme ambiant. Son équipage comprend deux autres astronautes, russe et américain. Si le premier est affable, le second (Matt Dillon) la prend de haut. Avant de ravaler son sexisme, bluffé, comme nous, par les performances de sa partenaire. Reste qu’elle est humaine, qu’elle a des failles. C’est ce qui rend Eva Green si convaincante. À la fois machine de guerre et femme ordinaire qui craque dans les toilettes, elle est surtout une mère troublante. Car remuée à l’idée de laisser sa fille, qui sait, peut-être pour toujours — la mort fait partie des risques du voyage. Stella (étonnante Zélie Boulant-Lemesle, jamais mièvre, toujours juste) ne l’ignore pas. Tout ce qui se joue entre elles, le cœur du film, est abordé avec déli­catesse et droiture. Leur lien tendre, qu’on ressent fusionnel, est fait d’écoute et d’intelligence, ce qui n’empêche pas les tensions, les peurs, les faiblesses. Aucune n’est parfaite — Stella est une enfant éveillée mais qui souffre entre autres de dyslexie. Un moment, face à Sarah qui s’inquiète des mauvais résultats en maths de sa fille, le père tempère : « Pourquoi veux-tu qu’elle soit absolument normale ? Comme si nous, on l’était. » Il faut en effet être un peu dingue pour monter dans une fusée. C’est aussi cette part d’extravagance que Proxima prend joliment en compte. En cultivant l’imaginaire, malgré la discipline imposée. On voit ainsi les trois cosmonautes bivouaquer et se réciter à la belle étoile des poèmes. On entend Sarah confier dans un blog comment elle perçoit le monde sous un jour neuf et étrange. De son côté, Stella a ses échappées fantasques, ses jeux, ses secrets. Proxima est un film à la fois lunaire et pragmatique. À mesure que le jour J (le décollage) approche, une forme de suspense silencieux monte, de même que l’émotion. L’arrivée des astronautes, le public amassé, le compte à rebours, la réalisatrice filme tout cela en suggérant bien la solennité du moment, mais sans rompre le fil de l’intimité. L’envol final a ceci de magnifique qu’il est vécu par la mère, mais aussi par sa fille. Télérama
Sortie nationale

de Robert Eggers avec Willem Dafoe, Robert Pattinson
Fantastique Horreur Thriller - Etats-Unis/Canada - 2019 - VOST - 1h49

The lighthouse

Dans les années 1890, deux gardiens de phare viennent relever l’équipe précédente sur un îlot éloigné des terres. Ils doivent y rester quatre semaines mais la tempête empêchera le bateau de venir les chercher. Le plus vieux des deux cache un secret que son assistant voudrait connaître.

Diffusion au Kinepolis salle Ciné K à partir du 18 décembre

Puissant appel de phare. Le duo Dafoe-Pattinson irradie dans le deuxième film, à l’image très travaillée, de l’Américain Robert Eggers. The Lighthouse commence par nous frapper d’emblée par sa saisissante photographie : cadre carré (format 1:19), noir et blanc tranchant, reproduisant la texture et les contrastes des pellicules orthochromatiques des années 20. Pour obtenir un tel résultat, l’Américain Robert Eggers (dont c’est le second long métrage, après le remarqué The Witch en 2015), a tourné en 35 mm, avec des lentilles d’avant-guerre et des filtres spécialement fabriqués pour l’occasion. Goémon Un travail si appliqué dans la reproduction d’une image ancienne peut faire craindre l’exercice de style nostalgique, mais le film vaut heureusement plus que son indéniable somptuosité plastique. Le talent du chef opérateur contribue à faire exister un lieu, quasiment de manière tactile, par la minéralité même de la pellicule : une île isolée au milieu d’une mer démontée, des roches anguleuses battues par les vagues, un monde humide jusqu’à l’écœurement jonché de goémon et de fientes de mouettes. C’est dans ce bout de terre perdue que, au début du XXe siècle, débarquent le vieux loup de mer Thomas Wake (Willem Dafoe) et le jeune Ephraim Winslow (Robert Pattinson) pour en garder le lugubre phare. Le plus âgé se montre vite excessivement autoritaire, ne réservant à l’autre que les tâches les plus ingrates, en lui interdisant formellement de grimper en haut de la tour, près de la lumière incandescente où il semble s’abandonner à de drôles de métamorphoses. Que raconte The Lighthouse ? L’intérêt du film est qu’on n’est jamais très sûr de vraiment le savoir. C’est l’histoire d’une rivalité masculine tordue, puisant librement dans tout l’imaginaire de la littérature marine, de la mythologie grecque à Herman Melville, jusqu’à déboucher sur un fantastique à la Lovecraft, qui n’est peut-être rien d’autre que la description d’un cas de folie… Mais le récit repose peut-être surtout sur ses deux formidables acteurs, par le fait même de les réunir seuls dans un lieu isolé pour leur demander de déployer une palette de jeu qui va du silence bourru à de colériques monologues, de beuveries déchaînées à de très inquiétants délires. Eggers avoue qu’il ne les a pas ménagés, notamment en les soumettant au froid et aux intempéries du désolé et volcanique cap Forchu, à l’extrémité sud de la Nouvelle-Ecosse. Cette réalité physique et météorologique du tournage est précieuse, elle marque les corps et ancre le film dans une matérialité qui l’empêche de n’être que la vision capricieuse d’un talentueux et cultivé démiurge. Certes, les excès qui font la force The Lighthouse risquent à tout moment de devenir ses défauts, on peut les trouver fatigants à la longue, parfois trop théâtraux, flirtant dangereusement avec un symbolisme facile. Mais le film l’emporte finalement par sa foi quasi primitive dans le cinéma, comme machine à enregistrer du vent et des vagues, à pousser les corps à ébullition, à brasser des cauchemars. Libération
Sortie nationale

de Satoshi Kon
Animation Fantastique Romantique Drame - Japon - 2001 - VOST - 1h27

Millenium actress

Chiyoko Fujiwara est une ancienne gloire du cinéma japonais. Aujourd'hui, âgée de 70 ans, elle vit recluse chez elle. Un jour, un homme vient lui rendre visite pour l'interviewer sur son passé. Il lui remet une clé, que Chiyoko avait perdu voilà 30 ans. Devant le journaliste et son caméraman elle se met à raconter son histoire. Une vie pleine d'amour et de passion, passée à rechercher un étrange inconnu, celui-là même qui lui a un jour remis cette clé en lui faisant la promesse de se revoir...

Diffusion en salle Ciné K du Kinepolis à partir du 18 décembre.

Un bijou, inédit en salle jusqu'alors, de Satoshi Kon, grand auteur de l'animation japonaise éclipsé en Europe par l'aura de Hayao Miyazaki. Satoshi Kon n'est pas le nouveau génie de l'animation nippone. C'est un grand cinéaste tout court. Si le cinéma asiatique et américain cherche de plus en plus son inspiration visuelle dans l'animation, Satoshi Kon, de toute évidence cinéphile "classique", semble concevoir ses dessins animés comme des films en prises de vue traditionnelles, sans effets spéciaux et avec de vrais acteurs. Si Hayao Miyazaki est un artiste visionnaire, à l'instar de Federico Fellini ou Akira Kurosawa, l'univers de Satoshi Kon est indissociable des techniques et des possibilités de l'animation, prolongement pictural du cinéma qui repousse les limites du rêve et de l'imagination. Cette constatation s'applique également aux meilleurs films de science-fiction japonais, dont les réalisateurs ont depuis longtemps délaissé les prises de vue réelles au profit du dessin puis des images de synthèse. Millennium Actress, son deuxième film après le génial thriller conceptuel Perfect Blue, est encore meilleur et prolonge le précédent. Deux journalistes de la télévision, dont un ancien assistant de studio, vont interviewer une vieille dame, ex-grande vedette du cinéma qui vit désormais recluse. L'entretien permet d'évoquer à la fois l'histoire du siècle, la guerre, les différentes périodes du cinéma japonais, et le destin professionnel et privé de l'actrice. Le fil d'or reliant ces retours en arrière est une clé confiée par un mystérieux inconnu que la jeune femme aimera et poursuivra toute sa vie après une unique et brève rencontre. Perfect Blue était un polar horrifique, Millennium Actress un mélodrame. Mais les deux films partagent la même ambition et la même idée du cinéma, follement inventive, riche et ambitieuse ; le désir aussi de parler en même temps de la société du spectacle, de la confusion des sens et des sentiments. Satoshi Kon mêle l'histoire du Japon et de son cinéma, les extraits de films et la biographie de son héroïne avec une virtuosité qui doit tout au montage et rien aux possibilités spécifiques de l'animation. Les deux reporters voyagent dans le temps, en témoins muets puis en commentateurs et enfin participent à l'action. On pense à Resnais et à Un jour sans fin de Harold Ramis. La dimension conceptuelle du film précédent demeure, mais elle s'enrichit d'une émotion à fleur de peau. L'angoisse de la sexualité cède la place à la projection amoureuse, l'horreur à la désillusion. Satoshi Kon s'intéresse toujours autant à la psychologie féminine (le but de la vie de son héroïne n'est pas de trouver son amant rêvé, mais d'être sans cesse à sa recherche), au rôle et à la situation aliénante de la femme dans la société japonaise. Les Inrocks

De Hinde Boujemaa avec Hend Sabry, Lofti Abdelli, Jamel Sassi, lkbal Harbaoui, Belhassen Harbaoui, Hakim Boumassoudi
Drame - Tunisie/Belgique/France - 2019 - VOST - 1h30

Noura rêve

5 jours, c’est le temps qu’il reste avant que le divorce entre Noura et Jamel, un détenu récidiviste, ne soit prononcé. Noura qui rêve de liberté pourra alors vivre pleinement avec son amant Lassad. Mais Jamel est relâché plus tôt que prévu, et la loi tunisienne punit sévèrement l’adultère : Noura va alors devoir jongler entre son travail, ses enfants, son mari et son amant, et défier la justice...

Dans Noura rêve, drame tunisien où la matière intime sert d’écrin à la critique sociétale, deux scènes structurantes confrontent l’héroïne aux agents d’un incessant contrôle moral. Dans la première, une juriste, qui accompagne Noura dans ses démarches de divorce, lui intime de penser davantage au bien-être de ses enfants, instillant le poison de la culpabilité dans son cœur de mère. Dans la seconde, un escadron de policiers à la patte bien graissée transforme une déposition pour cambriolage en une inquisition des mœurs qui ne dit pas son nom. Subtil dans ses dosages malgré d’évidentes inflexions démonstratives (la cinéaste Hinde Boujemaa vise à dénoncer l’injustice de la loi sur l’adultère en Tunisie, infraction passible de cinq ans de prison), Noura rêve trouve d’habiles manières de signifier les assauts symboliques menés par les hommes dans l’intimité de sa lumineuse héroïne (Hend Sabri, star dans le monde arabe). On voudrait évidemment voir triompher cette femme amoureuse, modeste employée de blanchisserie que le film découvre sous un jour radieux, à l’ombre de sa passion secrète avec un garagiste. L’absence de son escroc multirécidiviste de mari, emprisonné pour un énième larcin, fait office de sauf-conduit provisoire aux deux amants en attendant l’aboutissement de la procédure de divorce enclenchée dans son dos. Mais c’était négliger l’ombre portée sur leurs projets par le titre du film, où s’annonce la déconvenue sur l’air railleur de «tu rêves, ma grande». Le mari est libéré plus tôt : le rêve se déchire. Aussitôt, Hinde Boujemaa enserre ses personnages dans des jeux de surcadrages où s’incarne spatialement l’emprisonnement de Noura, ramenée dans le giron du conjoint légal alors que celui-ci s’échine à forcer le mystère de sa soudaine froideur. Noura rêve s’inscrit ainsi dans la veine de ce cinéma tunisien où se documentent les mutations d’une société post-printemps arabe qui tarde à défaire les femmes d’un ordre oppressant. Saisi dans des décors et lumières soignés, le Tunis populaire s’y voit paré d’habits de velours où une certaine joliesse fait son lit (ainsi cette cour intérieure sertie de céramiques murales où s’alanguit Noura), quitte à détonner parfois avec la violence sociale présentée. Si la nature abjecte et impensable de la vengeance du mari sur son rival constitue l’acmé dramatique du récit, le film paraît n’assumer qu’à moitié cette outrance et se dérober un peu rapidement à ce qui aurait pu constituer son nœud d’ambiguïté le plus fécond. Libération
Séance à la demande pour les scolaires

De STEPANOVA Maria, KATCHANOV Roman, HYEON-JIN Yi, RUBY Lee, VYKHODSEVA Katerina
Animation - Corée du Sud/Russie/Lituanie/Irlande - 2019 - VF - 40min

Pirouette et le sapin de Noël

Un programme de courts-métrages pour fêter la magie de Noël avec les tout-petits, dès 2 ans.

Séance du 7 décembre à 14h en partenariat avec le Lerchenberg
Marché de Noël du Lerchenberg le 7 et 8 décembre de 10h à 19h. Exposants d’artisanat local  animations. Réduction d’1 € sur une boisson sur présentation du ticket de cinéma.

Tarif unique : 5 €

“Pirouette et le sapin de Noël” : quatre films d’animation pour réchauffer l’hiver des enfants. Sur le thème de saison des fêtes de Noël, cette guirlande de quatre courts métrages d'animation distribués par KMBO propose des histoires d’amitié et d'entraide. À partir de 3 ans. Les histoires en deux mots : Un petit garçon se lie d’amitié avec un lièvre facétieux dans Lapin des neiges (Lee Ruby et Yi Hyeon-Jin, 2018). Un pauvre chaton esseulé tente d’amadouer un homme qui l’ignore dans Conte d’une nuit (Maria Stepanova, 2018). Une petite fille voit sa moufle se transformer en chiot pour son plus grand bonheur dans La Moufle (Roman Katchanov, 1967). Pirouette le poney, Lili le cochon, Gaston le chat, Mateo la vache, Jules le coq partent en quête d’un sapin pour leur amie Mirabelle la brebis dans Pirouette et le sapin de Noël (Katerina Vykhodseva, 2018) L’argument pour leur donner envie : À la fin du programme, dans la dernière scène de Pirouette et le sapin de Noël, enfin il apparaît, sur son traîneau chargé de cadeaux et tiré par un renne : l’ours de Noël en personne. Ce qu’ils vont apprendre : Que la solitude n’est pas une fatalité. Que l’amitié se construit en faisant un pas désintéressé vers l’autre. Qu’un petit rien peut rendre heureux. Une paire de chaussettes offerte à un lapin, par exemple. Qu’au cinéma les dialogues sont parfois inutiles : les trois premiers courts métrages en sont dépourvus, la communication passe par les regards, les gestes, les attentions. Que le cinéma d’animation regroupe plusieurs techniques : papier découpé, marionnettes, dessin animé... Le court qu’ils vont vraiment aimer : Celui qui donne son titre au programme, le dernier, et aussi le plus long (24 mn), Pirouette et le sapin de Noël, dans lequel une bande d’animaux échoue à trouver le sapin de Noël qui devait orner la maison. Après réflexion, ils réalisent que la place d’un sapin est dans la forêt, pas dans un salon. Décoré de boules et de guirlandes, le pommier du jardin de la brebis fera un arbre de Noël de substitution. Et hop, un peu d’écologie en prime. Télérama
Sortie nationale

De Louis-Do de Lencquesaing avec Laura Smet, Marthe Keller, Léa Drucker, Thierry Godard
Comédie Dramatique - France - 2019 - 1h30

La Sainte Famille

Jean, universitaire réputé, se retrouve ministre de la Famille, alors même qu’il est perdu dans les événements qui secouent la sienne.

Les Jeudis de l'Architecture

De Bong Joon-ho avec Song Kang-ho, Lee Sun-kyun, Cho Yeo-jeong, Choi Woo-shik, Park So-dam
Thriller Drame - Corée du Sud - 2019 - VOST - 2h12

Parasite

Toute la famille de Ki-taek est au chômage. Elle s’intéresse particulièrement au train de vie de la richissime famille Park. Mais un incident se produit et les 2 familles se retrouvent mêlées, sans le savoir, à une bien étrange histoire…

Rencontre avec Charles Henner, architecte, et Sarah Favrat, dessinatrice, suivie d'un verre de l'amitié, le jeudi 9 janvier à 20h.

En partenariat avec la Maison Européenne de l'Architecture.

Bong Joon-ho réinvente le classique "film de maison", avec ses relations vénéneuses entre servants et employeurs, et fabrique un thriller au rythme fou, sans rien perdre de son regard attentif sur la société coréenne. Un coup de génie. La représentation de notre civilisation, telle que la donnait déjà Bong Joon-ho dans Snowpiercer, est celle d’un schéma pyramidal, dont le but de chacun serait d’en franchir les limites et ainsi atteindre un niveau de vie supérieur. La symbolique science-fictionnelle n’a désormais plus lieu et c’est bien au sein d’une famille de laissés-pour-compte dans le Séoul d’aujourd’hui qu’il pose sa caméra. Dans cette vision dictée par le déterminisme social, la famille de Ki-taek n’a pas d’autre espoir, pour survivre, que de voler leurs voisins plus riches. On les découvre ainsi en train de profiter gratuitement de leur wi-fi, sans le moindre scrupule. Et pourtant, il est difficile de condamner ces individus. Le seul fait de les voir en famille les rend inévitablement sympathiques (la bouille affable de Song Kang-ho y participe). De fait, on ne s’inquiète pas de voir se monter l’arnaque, puisque celle-ci se construit de manière assez classique, rappelant le récent Mademoiselle de Park Chan-wook, qui lui-même était une variation du classique La Servante (Kim Ki-Young, 1960). Il faut attendre, tout en profitant de cette mécanique délicieusement machiavélique, au moins une demi-heure avant que l’entreprise ne commence à se montrer suspecte. Autant dire que le public a largement le temps de s’attacher à ces personnages avant de s’inquiéter de leurs limites morales. Mais les choses continuent à s’aggraver peu à peu, et le suspense du film ne fait qu’augmenter, jusqu’à atteindre un niveau que l’on peut aisément qualifier d’horrifique. Tout le génie de Bong Joon-ho réside dans ce mélange de genres qu’il organise subtilement, là où beaucoup de réalisateurs auraient créé des points de ruptures brutaux (c’est notamment le cas de Jordan Peele, aux Etats-Unis). S’embarquer dans Parasite, c’est accepter de se perdre dans ses repères cinéphiliques et moraux. C’est accepter de s’amuser d’une comédie sociale, sans avoir peur d’assister en même temps à un thriller cruel et haletant, tout en ne l’ayant pas vu venir. C’est sans doute lorsque la violence sociale, qui apparaît au début comme le véritable antagoniste de cette banale histoire d’arnaque, devient violence physique que le film connaît sa première variation. Et pourtant, la violence semble alors comme une pièce du divertissement, presque jouissive. Le spectateur est déjà acquis à la cause des arnaqueurs. Plus tardif sera le moment où il va s’en apercevoir, plus le retour de bâton sera brutal. L’allégorie du train à plusieurs wagons a, en fait, laissé place à un jeu plus habile encore, qui nous confronte à un thriller social ultra violent et nous laisse face à nos réactions. Tout est malicieusement pensé pour nous faire douter de nos propres sentiments vis-à-vis de ces personnages : doit-on s’attacher à eux parce qu’ils ne font qu’essayer de sortir d’un carcan social ou doit-on les détester parce qu’ils laissent derrière eux des victimes ? La seule certitude, c’est qu’il ne faut pas compter sur Bong Joon-ho pour nous offrir un happy end moralisateur, afin de se donner bonne conscience. Avoir-alire
Le cinéma regarde la psychanalyse, Rencontre

De Safy Nebbou avec Juliette Binoche, Nicole Garcia, François Civil, Marie-Ange Casta, Guillaume Gouix, Charles Berling, Jules Houplain, Jules Gauzelin, Claude Perron, Laurène Savart, Angèle Humeau
Drame - France - 2018 - 1h42

Celle que vous croyez

Pour épier son amant Ludo, Claire Millaud, 50 ans, crée un faux profil sur les réseaux sociaux et devient Clara une magnifique jeune femme de 24 ans. Alex, l’ami de Ludo, est immédiatement séduit. Claire, prisonnière de son avatar, tombe éperdument amoureuse de lui. Si tout se joue dans le virtuel, les sentiments sont bien réels. Une histoire vertigineuse où réalité et mensonge se confondent.

Rencontre avec Daniel Lemler, psychanalyste, animée par Joël Fritschy.

Pour épier son ex, Claire, quinquagénaire, se fait passer sur Facebook pour Clara, 24 ans. Un thriller savamment construit, surprenant de bout en bout. Un jour, Claire est larguée par son jeune amant Ludo. L’humiliation est douloureuse pour cette universitaire de 50 ans, déjà quittée par son mari. Est-ce le début de la fin de sa vie amoureuse ? Pour épier Ludo, elle crée un faux profil Facebook : photo volée à l’appui, elle devient Clara, 24 ans, éclatante de charme et de jeunesse. Contactée par Alex, le coloc de Ludo, Claire se prend au jeu de la séduction virtuelle. Il tombe amoureux. Elle aussi. De subterfuges en fantasmes, Claire s’illusionne, perd pied. Mis à part les années, cet avatar n’est-il pas vraiment elle-même ? Le thème du double inspire Safy Nebbou. On se souvient de L’Empreinte de l’ange (2008) où Catherine Frot décidait de devenir mère à la place d’une ­inconnue. Et de L’Autre Dumas, en 2010, où Auguste Maquet, le nègre d’Alexandre Dumas, se faisait passer pour l’écrivain afin de séduire une femme. Se cacher derrière une nouvelle identité pour se réinventer, ou pour voler un bonheur auquel on pense avoir droit : cette obsession tenaille Claire. En adaptant le roman de Camille Laurens, le réalisateur aborde plusieurs vertiges : la peur de vieillir, bien sûr, et de l’abandon, mais aussi le mystère amoureux, où les mots et la voix de l’être désiré comptent autant que l’enveloppe charnelle. Le réalisateur donne, d’ailleurs, une construction savante au récit, surprenant jusqu’à la fin, et entretient le suspense par sa mise en scène des messages écrits et des appels téléphoniques. De même, une thérapeute-confidente ­(Nicole Garcia) finit par prendre des ­allures de détective, sur la belle musique de polar signée Ibrahim Maalouf. Plus que la toxicité des réseaux sociaux où tout peut s’inventer, c’est bien le mensonge, aux autres et à soi, qui est décortiqué dans ce thriller romanes­que et singulier. Face à François Civil, parfait en romantique moderne, Juliette Binoche a rarement été aussi fascinante : égarée ou sensuelle, elle fait fusionner Claire et Clara dans son apparence même, comme si l’amour la rajeunissait. Une nouvelle Mme de Merteuil pour ces liaisons dangereuses virtuelles. Télérama
Festival Les Vagamondes, En partenariat avec La Filature - Scène nationale

De Sameh Zoabi avec Kais Nashif, Lubna Azabal, Yaniv Biton, Maisa Abd Elhadi, Nadim Sawalha, Salim Dau, Yousef 'Joe' Sweid, Amer Hlehel, Laëtitia Eïdo, Ashraf Farah, Ula Tabari
Comédie - Israël/Luxembourg/Belgique - 2018 - VOST - 1h37

Tel Aviv on Fire

Salam, un trentenaire palestinien vivant à Jérusalem, est stagiaire sur le tournage du soap arabe à succès «Tel Aviv on Fire». Tous les jours, il doit traverser un check-point pour aller aux studios à Ramallah. Un jour, il est arrêté par l’officier du check point, Assi, dont la femme est fan du soap. Pour la reconquérir, Assi va obliger Salam à changer le cours de l’histoire du feuilleton…

Brunch le dimanche 19 janvier après la séance de 11h = 10 € par personne sur réservation sur cinebelair@wanadoo.fr

Stagiaire, à 30 ans, sur un feuilleton d’espionnage ­palestinien à succès, Salam est arrêté à un check-point. Alors que son travail ne consiste qu’à aider l’actrice principale à bien prononcer l’hébreu, il se vante auprès d’un officier israélien d’être le scénariste… Mal (ou bien) lui en prend, car ce ­militaire, plus sentimental qu’il n’y paraît, tient dur comme fer à une fin heureuse, mais peu orthodoxe, pour le dernier épisode… Cette comédie insolite réussit à montrer une zone géopolitique des plus brûlantes avec un humour des plus pacifiques. Construite en allers-retours constants entre Ramallah et Jérusalem, et entre le feuilleton et ses coulisses, elle s’appuie sur un bel espoir : la fiction peut réconcilier les inconciliables, pour une nouvelle génération désireuse d’écrire sa propre histoire. Télérama
Rencontre, Festival Les Vagamondes, En partenariat avec La Filature - Scène nationale

De Yolande Zauberman avec Menachem Lang
Documentaire - France - 2018 - VOST - 1h46

M

«M» comme Menahem, enfant prodige à la voix d’or, abusé par des membres de sa communauté qui l’adulait. Quinze ans après il revient à la recherche des coupables, dans son quartier natal de Bnei Brak, capitale mondiale des Juifs ultra-orthodoxes. Mais c’est aussi le retour dans un monde qu’il a tant aimé, dans un chemin où la parole se libère... une réconciliation.  

Rencontre avec Yolande Zaubermann, réalisatrice, le lundi 20 janvier à 20h.

« M », enfant maudit Yolande Zauberman signe un documentaire bouleversant d’humanité sur des abus sexuels commis à l’encontre d’enfants dans une communauté juive ultraorthodoxe des environs de Tel-Aviv. Céline Rouden, le 19/03/2019 à 14:57 « M » est un cri de colère. Celui de Menahem Lang dont l’initiale du prénom a servi de titre au film et au livre qui l’accompagne (1). Abusé régulièrement dans son enfance, cet acteur israélien et ancien chanteur de chants liturgiques, a eu le courage il y a quelques années de dénoncer publiquement à la télévision ses agresseurs, créant un scandale retentissant dans son pays. C’est que le jeune homme aux yeux clairs et à la voix d’ange a grandi parmi les haredim (les « Craignant-Dieu »), « les plus orthodoxes des orthodoxes », à Bnei Brak dans les environs de Tel-Aviv. Il a fui la ville « des hommes en noir » à l’âge de 20 ans, a attendu encore dix ans pour parler des sévices subis enfants de la part de responsables religieux, et encore cinq ans pour retourner sur « les lieux du crime ». C’est ce retour, cette confrontation à la fois avec ce passé douloureux et cette communauté qui l’a élevée, que filme Yolande Zauberman dans ce documentaire bouleversant d’humanité, récompensé par le prix du jury au dernier festival de Locarno. Menahem avec sa rage contenue, son grand sourire, sa foi intacte, et son insatiable besoin de parler nous entraîne dans la topographie de son malheur : l’immeuble où l’a emmené le rabbin qui l’a violé, le cimetière où ce dernier a abusé de centaines d’enfants, la synagogue « où l’on m’a taillé mes papillotes, où j’ai passé ma bar-mitsva, où je me suis marié, où j’ai divorcé. Là aussi où on m’a violé », et enfin le quartier où réside son dernier agresseur, responsable de la Yechivah où il étudiait le Talmud, qu’il interpelle bruyamment depuis la rue. Ce faisant, il nous emmène à la découverte de cette communauté ultra-orthodoxe repliée sur elle-même, organisée en « dynasties » dirigées chacune par un Admor (un maître), où les enfants nombreux (sept à dix par famille) occupent une place centrale, où la sexualité est taboue, les mariages arrangés et où les différends se règlent devant le rabbin plutôt que devant la justice. Tourné majoritairement de nuit, filmant les visages en gros plan, le documentaire renforce cette atmosphère de huis clos étouffant dans lequel Menahem s’est retrouvé piégé. On s’attend à une communauté austère, hostile, impénétrable, on découvre une ville bruyante, joyeuse, bavarde. Des hommes (les femmes sont quasiment absentes) qui acceptent d’écouter, d’engager le dialogue avec Menahem, de se confier sur les abus qu’ils ont eux-mêmes subi et leur hantise du Galgal (le cercle vicieux) par lequel les victimes se transforment à leur tour en bourreaux. « Avec Menahem, j’avance portant ma caméra comme le joueur de flûte, et les enfants blessés apparaissent par magie et nous suivent », commente la réalisatrice. De cette libération spontanée de la parole, qui permet de mesurer avec effarement l’ampleur et la permanence des abus au sein de cette communauté, naît étrangement quelque chose de lumineux et de salvateur, notamment lors de l’émouvante séquence de retrouvailles avec ses parents. Une chaleur qui irradie tout le film et culmine lorsque Menahem, entouré des membres de son ancienne communauté, entonne spontanément un chant religieux comme en hommage à son innocence sacrifiée. La Croix
Festival Les Vagamondes, En partenariat avec La Filature - Scène nationale

De Stefan Haupt avec Jaume Torreguitart, Etsuro Sotoo, Jordi Bonet I Armengol
Documentaire - Suisse - 2014 - VOST - 1h29

Gaudi, Le Mystère de la Sagrada Familia

La Sagrada Família de Barcelone, un projet de construction unique et fascinant, poursuivi par Antoni Gaudí, architecte de génie. Mais aussi une histoire ponctuée de sombres abîmes et d’envolées sublimes. La biographie de cet édifice, toujours en construction depuis 1882 est le point de départ de ce film où la question de l’acte de création est au cœur du récit.

  • Légendes des pictos :
  • Séance suivie d'une rencontre |
  • Sous-titrage sourds et malentendants |
  • VF Version française |
  • Séance précédée ou suivie d'un repas

Prochainement