Loading
Logo Cinéma Bel Air
Abonnement à la newsletter

Films du mois

  • Légendes des pictos :
  • Séance suivie d'une rencontre |
  • Sous-titrage sourds et malentendants |
  • VF Version française |
  • Séance précédée ou suivie d'un repas
Rencontre

De Eva Husson avec Golshifteh Farahani, Emmanuelle Bercot, Zübeyde Bulut, Behi Djanati Atai, Evin Ahmad, Erol Afsin, Arabi Ghibeh
Drame - France - 2018 - VOST - 1h55

Les Filles du soleil

Au Kurdistan, Bahar, commandante du bataillon Les Filles du Soleil, se prépare à libérer sa ville des mains des extrémistes, avec l’espoir de retrouver son fils. Une journaliste française, Mathilde, vient couvrir l’offensive et témoigner de l’histoire de ces guerrières d’exception. Depuis que leur vie a basculé, toutes se battent pour la même cause : la femme, la vie, la liberté.

Rencontre avec le collectif de femmes du Rojava et le Collectif Féministe du 68  le vendredi 22 novembre à 19h.

La cinéaste allie un récit de guerre beau et original et un portrait passionné de combattante kurde, porté par la rayonnante Golshifteh Farahani qui crève l’écran. CultureBox
Rencontre

De Marc Dufaud, Thierry Villeneuve avec Daniel Darc, Frédéric Lo
Documentaire - France - 2019 - 1h45

Daniel Darc, Pieces of My Life

Chanteur de Taxi Girl, groupe culte des années 80 à l’aura sombre et romantique, Daniel Darc allait rapidement susciter toutes sortes de légendes urbaines. Les années 90 passent et sa trace se perd... Il faudra attendre 2004 et le miraculeux retour avec « Crève cœur » pour qu’il retrouve le succès, jamais démenti, jusqu’à sa disparition prématurée, ce 28 février 2013. A travers des images inédites et intimes filmées pendant 25 ans, Daniel Darc, Pieces Of My Life témoigne de sa façon de vivre, avec ses moments de fulgurance et d’excès, ses solitudes, ses errances et ses abîmes.

Rencontre le samedi 23 novembre à 21h avec Marc Dufaud, réalisateur, dans le cadre du Festival Supersounds, en partenariat avec Hiéro Colmar,

Au plus près du musicien dans un émouvant et sensible documentaire qui montre le merveilleux résistant qu'il était. Dans Blow Up, géniale websérie cinéphile diffusée sur Arte, Luc Lagier consacre certaines de ses vidéos à une actrice, un acteur, une réalisatrice ou un réalisateur, et s’interroge (si l’on cite le dernier en date) : “C’est qui, ou plutôt c’est quoi Sophia Loren ?” C’est cette question amusée et faussement naïve qui vient instantanément à l’esprit devant Daniel Darc, Pieces of My Life, portrait subjectif et non-exhaustif de l’ex-leader de Taxi Girl. Daniel Darc, Pieces of My Life Au plus près du musicien dans un émouvant et sensible documentaire qui montre le merveilleux résistant qu'il était. Dans Blow Up, géniale websérie cinéphile diffusée sur Arte, Luc Lagier consacre certaines de ses vidéos à une actrice, un acteur, une réalisatrice ou un réalisateur, et s’interroge (si l’on cite le dernier en date) : “C’est qui, ou plutôt c’est quoi Sophia Loren ?” C’est cette question amusée et faussement naïve qui vient instantanément à l’esprit devant Daniel Darc, Pieces of My Life, portrait subjectif et non-exhaustif de l’ex-leader de Taxi Girl. A ses commandes : Thierry Villeneuve et Marc Dufaud, ami intime qui n’a cessé de suivre et de filmer le Garçon sauvage (1993) au milieu des Enfants de la Blank (1995), des White Trash (1994) ou à la veille d’un aussi sublime qu’inattendu réveil, Rêve-Cœur, qui, en 2004, accompagnait la sortie de Crèvecœur, disque de la résurrection dont le film nous fait découvrir une partie des coulisses de la fabrication. Au “qui“ réducteur, Pieces of My Life choisit le “quoi”, et plutôt que d’offrir une image déglinguée du regretté chanteur, compose un kaléidoscope (é)mouvant. De Darc nous ne connaîtrons pas les secrets enfouis, les peines inavouables, les blessures encore vives, mais nous arpenterons, comme des pèlerins, les trottoirs parisiens qui l’ont vu bouger, visiterons sa chambre d’enfant, apprendrons son goût pour Godard, Kerouac ou Artaud. Le mythe Darc et ses innombrables coups d’éclat (la drogue, la scarification et le reste) ne sont ici pas auscultés. C’était quoi Daniel Darc ? Le duo préfère le caresser avec le naturel que permet la relation qui lie le filmé au filmeur, plutôt que de le broyer pour en extraire une vérité de toute façon impossible. Le documentaire ne se soucie d’ailleurs guère d’une quelconque exactitude biographique et se resserre autour d’une flopée d’images d’archives et de minces mais précieux témoignages de collaborateurs amis – le guitariste presque frère Georges Betzounis et le producteur Frédéric Lo. Alors c’était quoi Daniel Darc ? Une allure fragile de dandy, une voix douce et déchirée presque désincarnée, une façon de se mouvoir dans l’espace avec cette aura innommable qui éclaire les plus grands. C’était l’histoire aussi flamboyante que tragique d’un garçon sans vocation destiné à devenir l’une des plus scintillantes icônes new-wave des années 1980. Un fervent religieux au mal de vivre indomptable, qui, se souvient Marc Dufaud, comme l’écrivait Henry Miller sur Rimbaud, voulait “tout voir, tout sentir, tout épuiser, tout explorer, tout dire” et avait “fini par trouver sacré le désordre de son esprit”. C’était aussi bien plus qu’un nom bidouillé (Rozum), plus qu’une secousse musicale (Taxi Girl), avec ses tubes et ses bides. C’était une certaine idée romantique et poétique du punk, du rock et de l’artiste comme un résistant éperdu et merveilleux. Les Inrockuptibles
Rencontre

De Waad al-Kateab, Edward Watts avec -
Documentaire - Royaume-Uni/Etats-Unis - 2019 - VOST - 1h33

Pour Sama

Waad al-Kateab est une jeune femme syrienne qui vit à Alep lorsque la guerre éclate en 2011. Sous les bombardements, la vie continue. Waad tombe amoureuse, se marie avec Hamza et donne naissance à sa fille, Sama. Elle filme au quotidien les pertes, les espoirs et la solidarité du peuple d’Alep. Son mari médecin sauve des centaines de vies dans un hôpital de fortune. Le couple est déchiré entre la protection de leur enfant et leur combat pour la liberté.

Rencontre avec Amnesty International et l'Association Franco-Syrienne de Mulhouse le dimanche 17 novembre à 17h.

Séance supplémentaire le mercredi 20 novembre à 14h.

«For Sama» tient en Alep. Plongée avec les rebelles au cœur du conflit syrien jusqu’à la chute de la ville. Plus encore qu’un documentaire, For Sama, réalisé par le Britannique Edward Watts et la Syrienne Waad al-Khateab, essentiellement à partir d’images tournées par Al-Khateab à Alep entre 2011 et 2016, est un manifeste. Il embrasse les cinq années qu’auront duré le soulèvement contre Bachar al-Assad, puis le long et tragique siège de la ville par le régime syrien et l’aviation russe. Etudiante lors des premières manifestations contre Al-Assad, Al-Khateab s’engage dans la rébellion et se met à tourner pour témoigner de la situation - ses reportages ont souvent été primés à l’international. Des premiers élans de liberté au pilonnage de la ville et ses civils, elle a beaucoup filmé (à quoi s’ajoutent des plans réalisés au drone) et mis en forme For Sama telle une lettre à l’attention de sa fille née au milieu du conflit. Le début du film est particulièrement marquant : en gros plan, le bébé babille joyeusement, attrape ses pieds, sourit à ce que l’on devine être sa mère, lorsque fait irruption une violence totalement inattendue, des fortes détonations, puis une fuite éperdue, caméra affolée à la main, dans un hôpital, des flammes s’échappant au fond d’un couloir. C’est parmi ce qu’on a vu de plus poignant sur l’horreur d’un tel conflit pour des civils, sans doute car la caméra n’est pas là pour prendre acte, comme généralement, d’une tragédie advenue, mais qu’elle la vit dans ce qu’elle a de plus proche et quotidien. En l’occurrence, la chute d’un obus sur l’hôpital autonome créé par le mari d’Al-Khateab, le dernier en zone rebelle avant la reprise d’Alep, où le couple s’était installé pour être proche des blessés. C’est depuis ce point de vue, aux premières loges de la souffrance, qu’Al-Khateab a tourné, s’échappant parfois dans la ville, chez des amis, dernier carré de résistants jusqu’au-boutistes abandonnés par le monde. Si le film s’adresse à Sama, afin d’expliciter la décision de ne pas fuir malgré le danger, il vise très certainement aussi le public occidental resté bras croisés devant le massacre. On pourrait faire pas mal de reproches - scénarisation excessive, voix off écrite a posteriori, musique grandiloquente dont les images se seraient bien passées - et peut-être sont-ils à adresser à ses nombreux producteurs anglo-saxons. Mais son orientation marquée fait aussi de For Sama, en creux, une fascinante étude sur l’héroïsme, sa nécessaire part d’autopersuasion militante incluse, telle que l’on n’en voit plus par ici depuis la chute des grandes utopies. Sur un conflit déjà très documenté, il présente la rare qualité, chère à Walter Benjamin, d’être écrite non pas du point de vue des victimes (ni a fortiori des vainqueurs), mais de celui des vaincus. Libération
Sortie nationale

De Jessica Hausner avec Emily Beecham, Ben Whishaw, Kerry Fox, Phénix Brossard, Kit Connor, Sebastian Hülk, Lindsay Duncan, Leanne Best, David Wilmot, Goran Kostić, Andrew Rajan, Jessie Mae Alonzo, Jason Cloud
Science-Fiction Drame - Royaume-Uni/Autriche - 2019 - VOST - 1h40

Little Joe

Alice créé une nouvelle plante en faisant des croisements et la nomme "Little Joe", surnom qu'elle donne à son jeune fils. Mais soudain, toutes les personnes qui entrent en contact avec les plantations échangent leur corps...

Sortie nationale

De Jérémy Clapin avec Hakim Faris, Victoire Du Bois, Patrick d'Assumçao
Animation - France - 2019 - 1h21

J'ai perdu mon corps

À Paris, Naoufel tombe amoureux de Gabrielle. Un peu plus loin dans la ville, une main coupée s’échappe d’un labo, bien décidée à retrouver son corps. S’engage alors une cavale vertigineuse à travers la ville, semée d’embûches, et des souvenirs de sa vie jusqu’au terrible accident. Naoufel, la main, Gabrielle, tous trois retrouveront, d’une façon poétique et inattendue, le fil de leur histoire...

Un film d’animation d’une rare originalité, à la fois éloge du mouvement et de la sensualité. J’ai perdu mon corps, premier long métrage d’animation de Jérémy Clapin, semble assez simple à résumer : échappée d’un laboratoire où elle attendait d’être disséquée, une main humaine cherche son corps. L’héroïne de ce film est pour le moins surprenante. Pourtant, elle parvient à susciter une profonde et sincère empathie chez les spectateurs, tentant de traverser les rues encombrées de voitures, obligée de se battre contre des rats voraces dans les égouts de la ville. Le récit est cependant plus complexe, car il joue sur deux temporalités qui se font écho : l’avant et l’après main coupée. Mais passé et présent sont toujours teintés d’une superbe sensualité. Avant, il y avait Naoufel, jeune homme à lunettes issu d’une famille maghrébine, passionné par la musique et les sons, assoiffé de liberté et d’indépendance. Après la mort de ses parents, Naoufel fait fortuitement la connaissance d’une jeune femme au travers d’un interphone. Une rencontre des plus surprenantes où, alors que nous sommes au cinéma, le regard ne joue aucun rôle, puisque tout se passe grâce la voix. A l’ouïe. Un jeu de séduction qui, par son anticonformisme, fait naître une jolie émotion. La jeune femme en question s’appelle Gabrielle, qui compense son introversion en usant d’un sens de la répartie et d’un franc-parler à toute épreuve. Bibliothécaire, elle aime à contempler, de ses yeux profonds, les paysages déserts de l’Antarctique, rêvant, comme Naoufel, d’indépendance et de liberté. Ou quand l’oreille et l’œil apprennent à s’aimer. Par l’introduction de la pizza, au début et à la fin de l’intrigue, c’est l’odorat et le goût qui se trouvent manifestés à l’écran, d’une manière moins importante, mais tout aussi remarquable que la vue et l’ouïe. C’est surtout le sens du toucher qui occupe une place de choix, par la mise en scène de cette main en mouvement. La main, c’est le toucher, le contact de la paume et des doigts de Naoufel sur le bois qu’il travaille. La main, c’est aussi le prolongement du bras, et donc, c’est le mouvement, comme les images du cinématographe. C’est un double hommage que Jérémy Clapin rend au septième art : non seulement la main coupée célèbre l’image-mouvement, le mouvement filmé, mais elle célèbre aussi l’animation comme art cinématographique par excellence. En effet, contrairement à la prise de vue réelle, le cinéma d’animation ne se contente pas de saisir et restituer le mouvement. Il fabrique un mouvement et une temporalité uniques, propres au récit et au film. Par ailleurs, le réalisateur pose un regard sombre mais optimiste sur une société déchirée, culturellement divisée et qu’il faut raccommoder, à l’image de la main orpheline partie à la recherche de son corps. Singulier, sensible et émotionnellement puissant, J’ai perdu mon corps est bien parti pour être l’un des meilleurs films d’animation de 2019. Avoir-alire
Film précédé du court métrage : Souffle court (5’) de Pierre-Marie Adnet, Jean-Luc Dessertaine et Guillaume Pochez
Sortie nationale

De Marco Bellocchio avec Pierfrancesco Favino, Maria Fernanda Cândido, Fabrizio Ferracane, Fausto Russo Alesi, Luigi Lo Cascio
Drame - Italie/France/Brésil/Allemagne - 2019 - VOST - 2h32

Le Traître

Au début des années 80, la guerre entre les parrains de la mafia sicilienne est à son comble. Tommaso Buscetta, membre de Cosa Nostra, fuit son pays pour se cacher au Brésil. Pendant ce temps, en Italie, les règlements de comptes s’enchaînent, et les proches de Buscetta sont assassinés les uns après les autres. Arrêté par la police brésilienne puis extradé, Buscetta, prend une décision qui va changer l’histoire de la mafia : rencontrer le juge Falcone et trahir le serment fait à Cosa Nostra.

Marco Bellocchio met en scène avec force et sobriété la relation entre un fameux repenti de la Cosa Nostra et le juge Falcone. L’Église, la politique, le terrorisme : Bellocchio n’a jamais eu peur de se mesurer à de grands symboles tout en les analysant toujours à l’aune d’éléments intimes, infimes, inconscients. C’est encore le cas à travers cette « étude » d’un repenti fameux de Costra Nostra, Tommaso Buscetta, dont les révélations furent décisives dans la lutte contre la mafia, provoquant la condamnation de 475 personnes. Après avoir fui la Sicile au début des années 80, pressentant que la guerre qui sévissait alors entre plusieurs parrains ne l’épargnerait pas, Tommaso s’installe au Brésil avec sa femme et ses enfants. Il y passe du bon temps, mais il est arrêté par la police brésilienne, qui le torture – une scène hallucinante le montre dans un hélicoptère, où on l’oblige à parler tandis qu’un autre hélico vole juste à côté, avec sa femme suspendue dans le vide ! Extradé en Italie, fatigué, rescapé d’une tentative de suicide et voulant protéger sa famille, Tommaso rencontre le juge Falcone et décide de collaborer avec lui, trahissant donc son serment d’allégeance à Cosa Nostra fait très tôt dans sa jeunesse. Ce qu’il commence à révéler est d’une importance capitale puisqu’il décortique tout le système, à savoir le mode d’organisation pyramidal de Cosa Nostra, avec, à la base, ses simples soldats travaillant pour le compte d’un chef de commission. Courageux sans doute, loyal par certains côtés, tartuffe par d’autres, ce Buscetta est fascinant. Pour autant, Bellocchio prend soin de ne jamais en faire un héros, ni un traître charismatique. Ce personnage qui ne se dit pas « repenti » et qui reste fidèle à l’esprit originel de Cosa Nostra, selon lui dévoyé par la course au profit devenue démoniaque, ne confesse jamais ses crimes, ne réclame pas pardon. Il est prudent, parcimonieux, avisé, c’est ce qui plaît au juge Falcone, lequel séduit son interlocuteur par son intelligence. Le film saisit sobrement leur lien, fondé sur un respect mutuel, à bonne distance. Mais c’est surtout la reconstitution du maxi-procès de Palerme (de février 1986 à 1987) qui marque le plus. Dans les confrontations des accusés, l’ambiance tumultueuse de la salle du tribunal, le cantonnement des mafieux derrière les barreaux comme des fauves en cage, on assiste là à un étrange théâtre, entre l’opéra-comique et les jeux du cirque, où l’arène suinte la bestialité. Sur le caractère agreste et arriéré des caïds, sur l’obsession sexuelle de Buscetta qui a toujours « préféré baiser que commander », sur la Sicile en général (le dialecte, le poids de la famille, les codes d’honneur de Cosa Nostra), Bellocchio sème avec rigueur ses indices, comme les pièces d’un puzzle. Celui d’une tragédie sourde, secrète, étrangère aux effets spectaculaires comme au réalisme trop criant. On y devine la parano forcément galopante du traître une fois qu’il a parlé, on y voit aussi le côté délirant du cocon mis en place. Tout le monde est aux petits soins avec lui, le surprotège. Il est logé dans le Palais de Justice, un peu comme s’il était à l’hôtel. Une cage dorée à l’intérieur de laquelle on le voit faire du vélo ! Aussi le film baigne-t-il dans une atmosphère parfois irréelle, où les cauchemars et la hantise font surface. Un phénomène inéluctable dans ce monde dominé par des hommes sanguinaires et suicidaires, soudés à leur arme, enfermés dans une logique folle, qui les entraîne à sacrifier leurs propres fils. Télérama
Sortie nationale

de Peter Strickland avec Marianne Jean-Baptiste, Gwendoline Christie, Fatma Mohamed
Fantastique Thriller - Royaume-Uni - 2019 - VOST - 1h58

In fabric

La boutique de prêt-à-porter Dentley & Soper's, son petit personnel versé dans les cérémonies occultes, ses commerciaux aux sourires carnassiers. Sa robe rouge, superbe, et aussi maudite qu'une maison bâtie sur un cimetière indien. De corps en corps, le morceau de tissu torture ses différent(e)s propriétaires avec un certain raffinement dans la cruauté.

Interdit aux moins de 12 ans

Film projeté en salle Ciné K au Kinepolis à partir du 20 novembre.

Horaires du 20 au 26 novembre ici.

D’entrée de jeu, le générique 70’s juxtapose des photographies donnant un avant-goût de ce qui nous attend : les trognes perplexes d’une masse avide de clients compressés à la vitrine d’un grand magasin se mélangent aux sourires convenus de gravures de mode. Puis, une main ligotée, des visages d’individus torturés, des mannequins amochés derrière un vitrage délabré procurent de délicieux frissons. L’ensemble est panaché des détails d’une robe en soie mystérieuse, écarlate, caressée par des doigts outrageusement vernis… Bienvenue dans le monde déviant de Peter Strickland. Et un conseil, laissez-vous porter par le effluves vénéneuses de son récit sans chercher les clés de l’intrigue, mince comme une feuille de papier à cigarette : Sheila (Marianne Jean-Baptiste, parfaite), modeste employée de banque esseulée, décide de rompre sa solitude grâce aux petites annonces. Pour son premier rendez-vous galant depuis des lustres, elle fait l’acquisition d’une superbe robe rouge dans un grand magasin. Mais dès qu’elle revêt sa parure, elle est sujette à d’étranges symptômes… Choisi par la chanteuse Björk pour filmer son concert en 2014 (Biophilia Live) – signe de reconnaissance entre deux artistes extraterrestres ? – le réalisateur anglais Peter Strickland vit depuis quelques années en Hongrie. Il a réalisé précédemment deux longs-métrages d’épouvante avec un certain succès critique : Berberian Sound Studio en 2013 et The Duke of Burgundy en 2015. S’inscrivant dans cette lignée, In Fabric confirme que le réalisateur appartient à la catégorie d’artistes dont l’univers est unique, malgré des références évidentes au Giallo d’Argento. Or, si la prouesse technique qui consiste à filmer une robe tueuse passant de main en main est indéniable, on est surtout frappé par la manière instinctive avec laquelle Peter Strickland façonne un monde de déséquilibrés perpétuellement ballottés entre humour et horreur. Il introduit en effet, de façon systématique et avec un plaisir évident, de légers décalages dans la vie quotidienne qu’il décrit, de minuscules grains de sable visant à gripper les rouages d’une société trop huilée et en altérer la réalité. La sphère policée du prêt-à-porter est la cible évidente de cette satire du consumérisme : les postures et l’attitude conventionnelle des grands magasins anglais servant clairement de punching ball. Le cinéaste utilise aussi la métaphore d’une machine à laver en roue libre, étayant une vision de l’humanité aussi extravagante que tendue : les personnages sont au bord d’un précipice, sujets au déraillement de leurs névroses, prêts à libérer la bête qui sommeille en eux. Peter Strickland retrouve d’ailleurs ici l’actrice Fatma Mohamed, véritable muse inspiratrice de sa filmographie. Il lui offre dans In Fabric un rôle mémorable de vendeuse à l’allure sophistiquée, sorte de geisha au sourire aussi crispé que carnassier, propre à hanter vos nuits. À l’image de la robe dont il épouse le trajet, In Fabric est ainsi dérangeant, sanglant et profondément habité. Bande à part
Sortie nationale / Les RDV d'ATTAC et de la LDH, Rencontre

De Costa-Gavras avec Christos Loulis, Alexandros Bourdoumis, Ulrich Tukur, Josiane Pinson, Dimitris Tarlow
Drame - France/Grèce - 2019 - VOST - 2h07

Adults in the Room

Derrière des portes closes, une histoire universelle : celle d’un peuple emprisonné dans sa dette colossale. L’arbitraire de l’austérité imposée prime sur l’humanité et la compassion. Une histoire où chacun joue sa partition, où les personnages ne sont ni bons ni diaboliques, mais mûs par leurs intérêts. Un piège asphyxiant et des moyens de pression sur nos héros pour les diviser. Une tragédie grecque des temps modernes.

Diffusion au Kinepolis salle Ciné K du 6 au 26 novembre. Horaires du 13 au 19 novembre ici.

Horaires du 20 au 26 novembre ici.

Diffusion au Bel Air du 27 novembre au 3 décembre.

Rencontre avec ATTAC et la Ligue des Droits de l'Homme le jeudi 28 novembre à 20h au Bel Air.

Sortie nationale

de Fabienne Berthaud avec Cécile de France, Narantsetseg Dash, Tserendarizav Dashnyam
Drame - France - 2019 - VOST - 1h40

Un monde plus grand

Partie en Mongolie chez des éleveurs de rennes pour enregistrer des chants traditionnels, Corine pensait pouvoir surmonter la mort de Paul, son grand amour. Mais sa rencontre avec la chamane Oyun bouleverse son voyage, elle lui annonce qu’elle a reçu un don rare et doit être formée aux traditions chamaniques. De retour en France, elle ne peut refuser ce qui s’impose désormais à elle : elle doit repartir pour commencer son initiation… et découvrir un monde plus grand.

Diffusion au Kinepolis, Salle Ciné K, à partir du 30 octobre.

Horaires du 13 au 19 novembre ici.

Horaires du 20 au 26 novembre ici.

Cécile de France brille en femme dévastée se découvrant un don de chaman dans un film dépaysant, plaisant et très efficace signé Fabienne Berthaud. "Tu as le choix entre les marabouts africains, les chamans mongols ou les moines tibétains". Quand on propose à Corine, une ingénieur du son complètement détruite par la mort de son mari après des années de maladie, d’aller se régénérer en collectant des ambiances, des prières et des chants pour une série de documentaires sur la spiritualité, la jeune femme demande juste la destination la plus lointaine, sans se douter que ce voyage l’entrainera vers des contrées encore plus extraordinaires, celles des esprits, et vers la découverte d’un pouvoir personnel on ne peut plus déstabilisant. Tel est le point de départ d’Un monde plus grand, le nouveau film de Fabienne Berthaud (appréciée notamment pour Frankie et Pieds nus sur les limaces), dévoilé aux Giornate degi Autori de la 76e Mostra de Venise. Inspiré par l’expérience réellement vécue par Corine Sombrun et par son livre Mon initiation chez les chamanes adapté par la réalisatrice avec Claire Barré, le film propulse donc le personnage principal (la Belge Cécile de France) dans les paysages époustouflants, sillonnés en mini-van puis à cheval, de la steppe du Nord de la Mongolie, jusqu’à un campement tsaatan. Cornaquée par l’interprète Naara (Narantsetseg Dash), Corine y découvre les coutumes étonnantes de ce peuple d’éleveurs de rennes jusqu’à une soirée bouleversante où elle entre en transe sauvage en enregistrant une séance de chamanisme dirigée par Oyun (Tserendarizav Dashnyam). "Qu’est-ce qui s’est passé ?" demande-t-elle après avoir repris ces esprits, obtenant des réponses stupéfiantes : "cette femme est un chaman. Elle a failli mourir", "l’esprit du loup est venu en toi, il t’a donné ses pouvoirs, tu dois maintenant apprendre à t’en servir; si tu ne fais pas ce que les esprits veulent pour toi, ta vie sera encore pire. Les chamans peuvent communiquer avec l’esprit des morts, mais pendant la transe, il vont dans le monde noir et ils doivent retrouver le chemin de leur corps". Secouée, mais rejetant ce qu’elle estime des "conneries de sorcier", Corine repart en Europe où elle s’aperçoit rapidement que les sons enregistrés de la séance chamanique la font instantanément basculer dans un autre monde. Une fois levée (via une IRM du cerveau) l’hypothèse d’une atteinte physique et malgré l’inquiétude de ses proches (Ludivine Sagnier, Arieh Worthalter) qui soupçonnent un déséquilibre psychologique, elle décide, dans l’espoir de renouer un contact avec son mari décédé, de repartir en Mongolie pour être initié par la chaman Oyun… Assez difficile à priori à restituer au cinéma sans passer par le fantastique, le passionnant sujet des portes de la perception est traité dans Un monde plus grand à travers une aventure individuelle simple et accessible à un large public. Portée par une excellente Cécile de France, le film tire le meilleur profit des paysages spectaculaires de la Mongolie et de quelques séquences de transe fascinantes pour envelopper le récit dans une couverture bien équilibrée entre la plongée ethnographique et la narration cinématographique classique, l’ensemble se révélant à la fois dépaysant, plaisant et très efficace autour d’une trajectoire où le retour à la nature et l’éveil spirituel sont synonymes de renaissance. CinEuropa
Festival Augenblick - Invité d'honneur Christian Petzold

De Christian Petzold avec Franz Rogowski, Paula Beer, Godehard Giese, Lilien Batman, Barbara Auer
Drame - Allemagne/France - 2018 - VOST - 1h40

Transit

De nos jours, à Marseille, des réfugiés de l'Europe entière rêvent d'embarquer pour l'Amérique, fuyant les forces d'occupation fascistes. Parmi eux, l'Allemand Georg prend l'identité d'un écrivain mort pour profiter de son visa. Il tombe amoureux de Marie, en quête désespérée de l'homme qu'elle aime et sans lequel elle ne partira pas...

A écouter : On aura tout vu sur France Inter : La chute du mur de Berlin racontée par le cinéma (avec entre autres Christian Petzold)

Georg n’est d’abord qu’un errant sans identité, à peine inquiet, alors qu’autour de lui le monde s’affole. Des gens se cachent pour échapper à des forces fascisantes qui ­occupent Paris. Serait-ce l’année 1940 ? Non : une époque plus incertaine, qui pourrait être la nôtre. Ballotté par les événements, Georg est contraint de s’enfuir avec un ami moribond, en train, vers le sud. Il a pris l’identité d’un écrivain allemand qui s’est suicidé, dont il a récupéré un manuscrit inachevé et deux lettres. L’une est signée par son épouse, désespérée, qui l’attend à Marseille. Belle idée, c’est en lisant ces écrits que Georg (Franz Rogowski) devient quelqu’un : un personnage romanesque, un passeur qui va faire des rencontres décisives dans Marseille, ville de transit. L’auteur de Barbara et de Phoenix adapte le roman d’Anna Seghers, publié en 1944, qui retraçait la situation de réfugiés fuyant la persécution nazie et se retrouvant coincés sur le Vieux-Port, en attente d’un hypothétique visa et d’un bateau pour les Etats-Unis ou le Mexique. Histoire que la romancière avait elle-même vécue et dont René Allio avait déjà signé une adaptation, presque réaliste, en 1991. Le regard de Christian Petzold est plus allégorique et mystérieux. L’intérêt du film est de conjuguer la menace et le calme, l’alarme et l’attente. On évolue dans un temps et un lieu intermédiaires, provisoires : une niche qui vire à la souricière. Mais aussi un sas ouvert au désir et à l’imaginaire, ­appuyé par la voix off d’un narrateur (Jean-Pierre Darroussin) à la fois ­clairvoyant et retenu. Télérama
Festival Augenblick - Jeunesse

De Sarah Winkenstette
Comédie Drame - Allemagne - 2019 - VOST - 1h28

ZU WEIT WEG

Le village de Ben, 11 ans, sera bientôt englouti par une mine de charbon à ciel ouvert. Sa famille et lui déménagent dans la ville d’à côté mais Ben ne parvient pas à s’intégrer dans sa nouvelle école, ni même dans sa nouvelle équipe de football, son seul plaisir. L’arrivée d’un autre nouvel élève, réfugié syrien prénommé Tariq va venir bouleverser son quotidien morose. Les deux enfants déracinés ont plus en commun qu’ils n’osent l’admettre.

Festival Augenblick - Jeunesse

De Wolfgang Lauenstein, Christoph Lauenstein avec Axel Prahl, Alexandra Neldel, Erik Borner
Animation Comédie - Allemagne - 2019 - VO non sous-titrée - 1h24

La Grande cavale

Marnie, une chatte naïve, qui ne connait le monde qu’à travers la télévision, est témoin des préparatifs d’un cambriolage. Chassée de sa maison par le malfaiteur, elle trouve de l’aide auprès de trois animaux extravagants, un chien de garde peureux, un âne qui rêve d’être une star de cirque et un coq zen. Accusés à tort d’être les voleurs, les quatre compères vont se lancer dans une aventure cocasse pour prouver leur innocence.

Une sympathique initiation au polar en milieu rural, où une chatte détective enquête sur une série de cambriolages. Après Léo et les Extraterrestres (2018), les frères Lauenstein signent un nouveau long métrage joliment animé en 3D : un polar ludique en milieu rural, truffé de références à Hitchcock – l’héroïne s’appelle Marnie. En dépit d’un humour un peu rustaud sur le monde paysan, le film séduit par ses personnages d’animaux attachants. L’histoire en deux mots : Dans la campagne allemande, une chatte détective et ses trois acolytes (un chien de garde peureux, un étrange zèbre, un coq adepte du yoga) enquêtent sur une série de cambriolages. Les voleurs s’introduisent dans les maisons du village, sans effraction, pour dérober des bijoux et des tableaux apparemment sans valeur… L’argument pour leur donner envie : La Grande Cavale est une sympathique initiation au polar, qui multiplie les clins d’œil aux classiques de Hitchcock : des acrobaties de cambrioleurs sur les toits, comme dans La Main au collet (1955) ; une chaise roulante en référence à la Fenêtre sur cour (1954) ; les héros dans un champ, poursuivis par un biplan, façon La Mort aux trousses (1959). Ce qu’ils vont apprendre : Ne jamais se fier aux apparences, telle pourrait être la morale du film. Le personnage le plus élégant, le plus intelligent, le plus cultivé y est aussi le plus retors. Le moment qu’ils vont vraiment aimer : Au début de l’histoire, sa propriétaire interdit à Marnie de sortir de la maison. Gavée de gâteaux et de séries policières, elle transforme son domicile en terrain d’investigations, équipée d’un périscope et accompagnée par deux peluches inanimées en guise d’adjoints. Merveilleuse ode à l’imagination. Télérama
Festival Augenblick - Focus documentaire - 30 ans de la chute du mur

De Bartosz Konopka avec -
Documentaire - Allemagne/Pologne - 2009 - VOST - 51min

Rabbit à la berlin

Chassés de partout, les lapins de garenne se retrouvent enfermés entre 2 hauts grillages lors de la création du Mur de Berlin en 1949. Un vrai refuge : préservés des prédateurs par des sentinelles qui les surveillent 24 heures sur 24, ils ont à leur disposition de l’herbage à foison et des abris antichars pour se protéger du soleil. Les hommes, même s’ils ont un comportement étrange, ne leur tirent plus dessus. Jusqu’au jour où quelques rebelles décident de creuser sous le Mur. Film précédé d’un court métrage de Thomas Heise : À quoi bon faire un film sur ces gens-là ? (1980, 32’, VOST). Thomas Heise filme pour ce premier documentaire d’étude une mère et ses fils qui, au cours d’un goûter, ne parviennent pas à se souvenir de la première fois où ils ont eu à faire à la police. Le naturel avec lequel les protagonistes vivent leurs vies de petits délinquants hors de toute idéologie, et la position de l’auteur, qui accepte leur mode de vie sans le juger, lui a valu une interdiction de projection publique jusqu’à la Chute du Mur.

Durée Rabbit à la Berlin : 38 mn + À quoi bon faire un film sur ces gens-là ? 32 mn = Durée totale : 1h10

A écouter : Interception sur France Inter : Berlin, derrière le mur, la liberté

A écouter : On aura tout vu sur France Inter : La chute du mur de Berlin racontée par le cinéma (avec entre autres Christian Petzold)

A écouter : Foule continentale : A Cologne, filmer la communauté musulmane et fêter la réunification (avec Mehmet Akif Büyükatalay, réalisateur de Oray)

Festival Augenblick - Focus documentaire - 30 ans de la chute du mur

De Werner Herzog, André Singer avec Mikhail Gorbachev, Werner Herzog, Ronald Reagan, Margaret Thatcher, James A. Baker
Documentaire - Allemagne/Autriche/USA/Royaume-Uni - 2018 - VOST - 1h30

Meeting Gorbachev

Sur une période de six mois, Werner Herzog s’entretient à plusieurs reprises avec Mikhaïl Gorbatchev, ancien président de l’Union Soviétique désormais âgé de 87 ans. Ils parlent de politique, immanquablement, des six ans durant lesquels l’homme russe a siégé à la tête de l’URSS, de perestroïka et de glasnost, et de la réunification également, puisque c’est un aspect plus étroitement lié à la biographie du cinéaste ayant grandi dans l’Allemagne d’après-guerre. Entrelaçant les conversations avec des images d’archives – dont le choix même est inévitablement emblématique – André Singer et Werner Herzog brossent le portrait de l’un des hommes ayant marqué le XXe siècle, et avec lui, sans doute d’une certaine âme russe.

A écouter : Interception sur France Inter : Berlin, derrière le mur, la liberté

A écouter : On aura tout vu sur France Inter : La chute du mur de Berlin racontée par le cinéma (avec entre autres Christian Petzold)

A écouter : Foule continentale : A Cologne, filmer la communauté musulmane et fêter la réunification (avec Mehmet Akif Büyükatalay, réalisateur de Oray)

Festival Augenblick - Films de l'année

De Florian Henckel von Donnersmarck avec Tom Schilling, Sebastian Koch, Paula Beer, Saskia Rosendahl, Oliver Masucci
Thriller Drame - Allemagne - 2018 - VOST - 1h31

L'Oeuvre sans auteur - Partie 1

À Dresde en 1937, le tout jeune Kurt Barnet visite, grâce à sa tante Elisabeth, l'exposition sur "l'art dégénéré" organisée par le régime nazi. Il découvre alors sa vocation de peintre. Dix ans plus tard en RDA, étudiant aux Beaux-arts, Kurt peine à s'adapter aux diktats du « réalisme socialiste ». 

Le jeune Kurt visite avec sa tante, Elisabeth, un musée qui, malgré les commentaires terribles du guide, naturellement converti au national-socialisme, fonde ses espoirs dans un art résolument moderne et personnel. Le ton est donné à cette saga dense, qui raconte presque vingt-cinq ans de la vie d’un peintre, dans une Allemagne de l’Est, accablée par son histoire nazie et communiste. Car L’œuvre sans auteur est tout à la fois l’histoire de ce jeune homme, peintre au grand talent, que celle de son pays dont on saisit, dès les premières séquences, le poids de la culpabilité face aux yeux du monde. Florian Henckel von Donnersmarck récidive avec un film à la forte empreinte romanesque et historique. On lui connaît le très brillant La vie des autres qui disait déjà la difficulté de l’Allemagne à panser ses plaies avec le communisme. Le cinéaste élargit sa propre défiance vis-à-vis de son pays, en faisant partir son récit de l’avant Seconde Guerre mondiale, où, entre autres, des médecins sans scrupule, participaient à la disparition d’aliénés mentaux, au nom d’une race aryenne à cultiver. Bien sûr, le film souffre de sa réalisation très convenue. La mise en scène classique ne cherche pas l’originalité. Parfois même, les procédés cinématographiques comme cette caméra qui tourne autour de la jeune tante, dans une musique entêtante, font verser le récit dans le pathos et le romantisme suranné. Pour autant, la forme se dépasse très vite tant, d’une part, l’interprétation des comédiens est excellente, et d’autre part, l’histoire emporte le spectateur dans un florilège de sentiments et d’émotions. Heureusement, le cinéaste ne force pas sur le tragique. Le scénario évite l’écueil du tire-larmes grâce notamment à la psychologie de son personnage principal, Kurt, tout entier pétri de détermination et de pudeur. On peut évidemment, sans excès, critiquer le manichéisme qui oppose notamment le père de la compagne de Kurt, un gynécologue sans scrupule et profondément antipathique, et les autres personnages qui ne sont que bonté et dévotion. Néanmoins, le récit est si dense, si beau qu’on en oublie les ficelles d’un scénario qui choisit peut-être la facilité. On ne peut pas regarder ce film sans se révolter contre le sort qui était réservé aux malades mentaux et aux handicapés, sous l’Allemagne nazie. Certes, on sait que si, les gens voulaient avoir une place dans la société, ils devaient adhérer au parti de Hitler, mais force est de constater que les auteurs de pareils crimes étaient animés de pulsions psychopathiques. Le cinéaste nuance sa vision radicale de l’Allemagne en illustrant aussi la force de la manipulation de la dictature. Il montre combien le peuple s’était lui-même enfermé dans cette politique de la terreur, sans parvenir à en sortir. Surtout, le long métrage prouve que la barbarie nazie n’a pas fait que traumatiser les pays occupés, mais qu’elle a concerné avant tout la population allemande, qui a subi les bombardements des voisins européens et la tyrannie du régime d’Hitler. L’œuvre sans auteur est un film brillant et intelligent, qui donne la part belle à l’acte de création. Les peintures que le jeune Kurt exécute devant le spectateur sont d’une incroyable beauté, au point que l’on se demande, pendant tout le film, s’il s’agit de la reconstitution de la vie d’un peintre réel, dont les œuvres auraient été retrouvées. On ne saura pas, mais peu importe. Il y a la démonstration que l’art sauve de tout, même de la peur et de la bêtise. Avoir-alire
Festival Augenblick - Films de l'année

De HENCKEL VON DONNERSMARCK Florian avec Tom Schilling, Sebastian Koch, Paula Beer, Saskia Rosendahl, Oliver Masucci
Thriller Drame - Allemagne - 2018 - VOST - 1h39

L'Oeuvre sans auteur - Partie 2

Désormais installés en RFA, Kurt et Ellie tentent de se reconstruire loin de leur famille, tout en découvrant les joies de la liberté à l'Ouest. Accepté dans une prestigieuse école d'art berlinoise où il n'est plus contraint aux diktats du « réalisme socialiste », Kurt s'épanouit et affirme son style jusqu'à en repousser les limites. 

Le jeune Kurt visite avec sa tante, Elisabeth, un musée qui, malgré les commentaires terribles du guide, naturellement converti au national-socialisme, fonde ses espoirs dans un art résolument moderne et personnel. Le ton est donné à cette saga dense, qui raconte presque vingt-cinq ans de la vie d’un peintre, dans une Allemagne de l’Est, accablée par son histoire nazie et communiste. Car L’œuvre sans auteur est tout à la fois l’histoire de ce jeune homme, peintre au grand talent, que celle de son pays dont on saisit, dès les premières séquences, le poids de la culpabilité face aux yeux du monde. Florian Henckel von Donnersmarck récidive avec un film à la forte empreinte romanesque et historique. On lui connaît le très brillant La vie des autres qui disait déjà la difficulté de l’Allemagne à panser ses plaies avec le communisme. Le cinéaste élargit sa propre défiance vis-à-vis de son pays, en faisant partir son récit de l’avant Seconde Guerre mondiale, où, entre autres, des médecins sans scrupule, participaient à la disparition d’aliénés mentaux, au nom d’une race aryenne à cultiver. Bien sûr, le film souffre de sa réalisation très convenue. La mise en scène classique ne cherche pas l’originalité. Parfois même, les procédés cinématographiques comme cette caméra qui tourne autour de la jeune tante, dans une musique entêtante, font verser le récit dans le pathos et le romantisme suranné. Pour autant, la forme se dépasse très vite tant, d’une part, l’interprétation des comédiens est excellente, et d’autre part, l’histoire emporte le spectateur dans un florilège de sentiments et d’émotions. Heureusement, le cinéaste ne force pas sur le tragique. Le scénario évite l’écueil du tire-larmes grâce notamment à la psychologie de son personnage principal, Kurt, tout entier pétri de détermination et de pudeur. On peut évidemment, sans excès, critiquer le manichéisme qui oppose notamment le père de la compagne de Kurt, un gynécologue sans scrupule et profondément antipathique, et les autres personnages qui ne sont que bonté et dévotion. Néanmoins, le récit est si dense, si beau qu’on en oublie les ficelles d’un scénario qui choisit peut-être la facilité. On ne peut pas regarder ce film sans se révolter contre le sort qui était réservé aux malades mentaux et aux handicapés, sous l’Allemagne nazie. Certes, on sait que si, les gens voulaient avoir une place dans la société, ils devaient adhérer au parti de Hitler, mais force est de constater que les auteurs de pareils crimes étaient animés de pulsions psychopathiques. Le cinéaste nuance sa vision radicale de l’Allemagne en illustrant aussi la force de la manipulation de la dictature. Il montre combien le peuple s’était lui-même enfermé dans cette politique de la terreur, sans parvenir à en sortir. Surtout, le long métrage prouve que la barbarie nazie n’a pas fait que traumatiser les pays occupés, mais qu’elle a concerné avant tout la population allemande, qui a subi les bombardements des voisins européens et la tyrannie du régime d’Hitler. L’œuvre sans auteur est un film brillant et intelligent, qui donne la part belle à l’acte de création. Les peintures que le jeune Kurt exécute devant le spectateur sont d’une incroyable beauté, au point que l’on se demande, pendant tout le film, s’il s’agit de la reconstitution de la vie d’un peintre réel, dont les œuvres auraient été retrouvées. On ne saura pas, mais peu importe. Il y a la démonstration que l’art sauve de tout, même de la peur et de la bêtise. Avoir-alire
Festival Augenblick - Focus documentaire - 30 ans de la chute du mur

De Helke Misselwitz avec Helke Misselwitz
Documentaire - RDA - 1989 - VOST - 1h56

Winter ade

Peu avant l’effondrement de la RDA, Helke Misselwitz voyage en train d’un bout à l’autre du pays, interrogeant des femmes est-allemandes d’âges et de milieux divers. Elles lui dévoilent leurs frustrations personnelles et professionnelles, leurs espoirs et leurs aspirations et ce faisant, dessinent le portrait d’une société en mutation.

A écouter : Interception sur France Inter : Berlin, derrière le mur, la liberté

A écouter : On aura tout vu sur France Inter : La chute du mur de Berlin racontée par le cinéma (avec entre autres Christian Petzold)

A écouter : Foule continentale : A Cologne, filmer la communauté musulmane et fêter la réunification (avec Mehmet Akif Büyükatalay, réalisateur de Oray)

Rencontre

De Blaise Harrison avec Thomas Daloz, Salvatore Ferro, Léo Couilfort, Nicolas Marcant, Néa Lueders, Emma Josserand, Johana Untersinger, Thomas Jansson, Emma Daloz, Liam Gras
Drame - France - 2019 - 1h38

Les Particules

Pays de Gex, frontière franco-suisse. P.A. et sa bande vivent leur dernière année au lycée. À 100 mètres sous leurs pieds, le LHC, l’accélérateur de particules le plus puissant du monde, provoque des collisions de protons pour recréer les conditions d’énergie du Big Bang, et détecter des particules inconnues à ce jour. Tandis que l’hiver s’installe et que P.A. voit le monde changer autour de lui, il commence à observer des phénomènes étranges, des modifications dans l’environnement, de façon imperceptible d’abord, puis c’est tout son monde qui semble basculer...

Rencontre avec Blaise Harrison, réalisateur, dans le cadre de La Quinzaine en actions, proposée par La Quinzaine des Réalisateurs, le lundi 27 novembre à 14h.

Dans ce film en apesanteur, à l’image élégante, l’adolescence est une étrangeté, un univers inquiétant, à la limite du fantastique. Il dort beaucoup, a le regard fuyant ou, à l’inverse, scrutateur, marmonne des trucs bizarres d’une voix hyper traînante. Est-il retardé ? Autiste ? On s’interroge un bon moment avant de commencer à comprendre. En fait, P.A. — il se fait ainsi appeler sans doute pour qu’on oublie son vrai prénom, Pierre-André — est tout simplement un adolescent, mais qui, sous l’œil original de Blaise Harrison, devient une sorte d’extraterrestre. Aussitôt qu’il apparaît, ce lycéen nous intrigue par son opacité et son profil de chanteur de rock (un petit air de Richard Ashcroft, du groupe The Verve). Il nous fait aussi un peu rire, tant il paraît totalement à côté de ses pompes. Il vit à la frontière franco-suisse, dans le pays de Gex, entre le lac de Genève et les montagnes du Haut-Jura. Une région où se trouve un ­laboratoire de recherche nucléaire, le LHC, l’accélérateur de particules le plus puissant du monde, qui récrée les conditions d’énergie du big bang. P.A. le visite avec ses camarades de lycée, il tourne autour, l’observe, touche la terre qui se trouve dans ses parages. Comme si ce lieu produisait des ondes que lui seul pouvait détecter. Film d’hiver, de nuit et de feu, Les Particules baigne dans une atmosphère d’inquiétude engourdie, à la lisière du fantastique. On voit P.A. dans le bus des matins blafards l’amenant au lycée, on le voit se morfondre en classe, répéter avec son groupe de rock bruitiste, gober avec ses potes un champignon hallucinogène ou faire la rencontre d’une fille dans une fête. Des épisodes de teen movie aperçus mille fois ailleurs, mais qui ont ici une tonalité particulière, due au filmage élégant en apesanteur, au rythme ralenti, aux cadrages singuliers, qui excluent du champ la plupart des adultes, parents ou profs. Blaise Harrison, qui signe ici son premier film de fiction après plusieurs documentaires remarqués (Armand 15 ans l’été, L’Harmonie), sait créer un monde de soi, un lent trip éveillé mixant angoisse et phénomènes surnaturels, en mettant à profit les forêts et les massifs environnants. L’hébété P.A. cacherait-il un superpouvoir ? Dans une scène de collision nocturne avec un animal sauvage, il semble doué de prémonition. A d’autres moments, il semble aussi perdre pied face à une réalité de moins en moins tangible, où tout menace de lui échapper. C’est cette incertitude bien entretenue, malgré quelques redondances, qui fait le prix de ce passage initiatique, conçu comme un voyage des confins. Celui d’un adolescent qui quitte sa léthargie d’alligator pour s’élever vers l’amour. Télérama
Séance à la demande pour les scolaires

De Roman Polanski avec Louis Garrel, Jean Dujardin, Emmanuelle Seigner, Mathieu Amalric, Olivier Gourmet, Melvil Poupaud, Grégory Gadebois, Vincent Grass, Didier Sandre, Hervé Pierre, Eric Ruf, Théo Hellermann
Historique Drame - France/Pologne/Royaume-Uni - 2019 - 2h12

J'accuse

Pendant les 12 années qu'elle dura, l'Affaire Dreyfus déchira la France, provoquant un véritable séisme dans le monde entier. Dans cet immense scandale, le plus grand sans doute de la fin du XIXème siècle, se mêlent erreur judiciaire, déni de justice et antisémitisme. L'affaire est racontée du point de vue du Colonel Picquart qui, une fois nommé à la tête du contre-espionnage, va découvrir que les preuves contre le Capitaine Alfred Dreyfus avaient été fabriquées. À partir de cet instant et au péril de sa carrière puis de sa vie, il n'aura de cesse d'identifier les vrais coupables et de réhabiliter Alfred Dreyfus.

5 janvier 1895. Dans la cour froide de l’École militaire, à Paris, présentée comme une étendue de désolation, se déroule une cérémonie solennelle. Celle de la dégradation militaire d’Alfred Drey­fus. On est saisi par ce qui est décrit, en détail. Un militaire s’approche de Dreyfus, exsangue, et lui arrache ses épaulettes, ses insignes, les piétine, puis casse son épée en deux. Des gens, amassés au loin derrière des grilles, crient leur haine. Par le biais de cette mise en scène semblable à une exécution publique, Polanski concentre l’humiliation subie par le capitaine juif innocent. L’affaire Dreyfus, on la connaît tous. Mais pas forcément en profondeur, pas forcément en ayant en tête le nom de Marie-Georges Picquart. C’est pourtant lui, un lieutenant-colonel, anti­sémite déclaré, qui a largement con­tribué à innocenter Alfred Dreyfus, condamné, rappelons-le, en 1894 pour intelligence avec l’ennemi, et déporté sur l’île du Diable, au large de la Guyane. Où on le voit, détenu dans des conditions effroyables. Ce supplice nous arrive par bribes. Car c’est ailleurs, à Paris, dans une ambiance ­cafardeuse, sans couleur vive sinon celle du sang, que se situe le cœur de l’action, portée par ce Picquart, donc, ­célibataire et amant d’une femme mariée. Officier consciencieux et émérite, il est présent le jour de la dégradation. Comme tous ses confrères de l’état-major, il se félicite alors de la condamnation du traître Dreyfus. Rondement menée, l’enquête offre à Picquart l’occasion d’une promotion. Il se retrouve ainsi à la tête du Bureau des statistiques, autrement dit dans le service du renseignement français. Cette nouvelle tâche, à dire vrai, lui déplaît. Et lorsqu’un officiel subalterne, Hubert Henry (Grégory Gadebois, formidable en bloc de rancœur prêt à se sacrifier), lui fait visiter « la maison », rien n’est fait pour dissiper son malaise. Le bâtiment est sale et ­malodorant, vieillot, oppressant, et les hommes qui y travaillent sans grande discipline ressemblent à des cloportes. Polanski fait de ce lieu étriqué l’antre, fascinant, de la cabale. Où une part de la vérité se niche au fond des tiroirs, sur des documents archivés, des bouts de papier dérisoires, fines pellicules parfois en miettes. C’est dans sa minutie opiniâtre que J’accuse fait mouche, dans sa manière de sonder un univers étriqué, de décrire précisément les ­éléments matériels de la machination, ­tripatouillage grossier en réalité, digne d’une sinistre farce. La reconstitution méticuleuse des faits n’empêche pas Polanski de donner du souffle à son récit. La petite (voire microscopique !) histoire et la grande se combinent ici à merveille. Après avoir fait le ménage et imposé de nouvelles règles de conduite au sein de son service, Picquart est alerté par des indices troublants. Les investigations secrètes qu’il mène alors, en détective scrupuleux, rapprochent le film du thriller d’espionnage. Savamment construit, en recourant parfois à des flash-back, Polanski parvient à condenser les multiples rebondissements judiciaires et politiques d’une affaire qui s’étendit sur douze années. Entre les filatures et les procès, la réunion secrète avec Zola et Clemenceau, l’assassinat d’un avocat et un duel à l’épée, J’accuse rassemble énormément d’éléments qui en font aussi un film d’aventures. Palpitant. Servie par de grands comédiens de théâtre, la galerie de portraits y est remarquable : les ministres et les plus hauts gradés de l’état-major rivalisent d’infamie, de bêtise autosatisfaite, de bouffonnerie. À travers eux se dessine le portrait d’une France traumatisée par la défaite de 1870 et rongée par l’antisémitisme de salon. Certains ne manqueront pas de pointer une instrumentalisation fâcheuse de l’affaire, Polanski projetant ici une bonne part du harcèlement dont lui-même se sent victime. Ce ­serait oublier que ce sentiment de persécution, de paranoïa, de claustration, traverse la plupart de ses films. Méconnaissable, Louis Garrel inquiète en Dreyfus tout raide, rendu fantomatique par l’injustice criante. Au premier plan, Jean Dujardin est plus en chair, mais lui aussi garde une forme d’indépendance opaque. On ne peut pas dire qu’il soit attachant. Ce qui le caractérise tient uniquement, ou presque, dans sa quête obsessionnelle de la vérité. En plaçant ainsi ces deux personnages en miroir mais à distance loin l’un de l’autre, J’accuse valorise le sens de l'honneur militaire. Télérama
Les RDV d'ATTAC et de la LDH, Avant-Première, Rencontre

De Roland Nurier avec -
Documentaire - France - 2019 - VOST - 1h41

Le Char et l'olivier, une autre histoire de la Palestine

L'histoire de la Palestine, de son origine à aujourd'hui, loin de ce que les médias appellent le conflit israélo-palestinien. Experts internationaux, historiens, diplomates des Nations unies, juristes en Droit International mais aussi, témoignages de simples citoyens... Un éclairage primordial basé sur des éléments factuels incontestables, pour se débarrasser des clichés et idées reçues !

Rencontre avec Roland Nurier, réalisateur, le dimanche 6 octobre à 17h, animée par ATTAC, la Ligue des Droits de l'Homme, et l'AFPS (association France Palestine Solidarité)

De Boris Lojkine avec Nina Meurisse, Fiacre Bindala, Bruno Todeschini, Grégoire Colin, Ousnabee Zounoua
Drame - France/Centrafrique - 2019 - VOST - 1h30

Camille

Jeune photojournaliste éprise d'idéal, Camille Lepage part en Centrafrique couvrir la guerre civile qui se prépare. Ce qu’elle voit là-bas changera son destin...

Un récit sensible qui rend hommage à la photoreporter Camille Lepage, tuée en 2014 en Centrafrique, et sort de l’ombre un pays oublié des médias. C’est le portrait gigogne d’une photojournaliste courageuse et idéaliste, assassinée en Centrafrique lors d’un déplacement avec des miliciens. Mais aussi, en creux, celui d’un pays situé dans l’angle mort de l’actualité. Installée à Bangui entre octobre 2013 et mai 2014, Camille Lepage a couvert la guerre civile opposant les rebelles de la Séléka aux milices d’autodéfense villageoises, les anti-balaka, avant de tomber dans une embuscade le 12 mai 2014. Dans son premier long métrage, Hope, Boris Lojkine racontait, avec une précision documentaire, le périple de migrants africains vers l’Europe. C’est avec le même réalisme sans fioritures qu’il rend hommage à la jeune reporter de 26 ans et retrace les évolutions du conflit. Le fait d’avoir tourné in situ, avec des équipes et des acteurs locaux, contribue à la force de ce film, qui touche par son empathie, la simplicité brutale des séquences. Le réalisateur colle aux basques de son héroïne pour capter les manifestations de rue, les moments d’accalmie trompeuse, les déchaînements de violence. Formidable de naturel, Nina Meurisse campe une jeune femme déterminée, émouvante, désireuse de témoigner, mais également de s’intégrer au pays et à sa population. Cette dimension permet au film d’échapper à une évocation purement corporatiste du photoreportage. S’il met en scène, très justement, les réalités de la profession — l’indifférence des rédactions françaises, les questions déontologiques sur le terrain —, le réalisateur explore des interrogations plus universelles sur l’altérité : que signifie être blanche en Afrique ? Est-il vraiment possible de créer des liens avec une population dont on ne partage pas les souffrances quotidiennes ? « Tu es d’un côté de l’objectif et eux de l’autre », lui explique l’un de ses confrères. À la fois témoin, protagoniste et héritière, malgré elle, du passé colonial, Camille est sans cesse renvoyée à sa position d’étrangère. Condamnée à être per­pétuellement en porte-à-faux, alors même que son implication sincère lui coûtera la vie. Au-delà de la peinture sensible, très humaine, d’un destin brisé, ce beau film raconte, avec beaucoup de pudeur, l’histoire d’une relation (en partie) impossible. Télérama
Avant-Première, Rencontre

De Jean-Michel Bertrand
Documentaire - France - 2019 - 1h28

Marche avec les loups

Après avoir disparu pendant près de 80 ans et malgré les obstacles, les loups sont en train de retrouver leurs anciens territoires. Ce film raconte le grand mystère de la dispersion des loups : comment les jeunes loups quittent le territoire qui les a vus naître, et la façon dont ces aventuriers partent à la conquête de nouveaux territoires. Deux années durant, Jean-Michel Bertrand a mené une véritable enquête pour tenter de comprendre le fonctionnement complexe et erratique de ces jeunes loups, leurs rencontres avec leurs semblables et les opportunités de se mettre en couple. Dans le sillage des loups nomades, le film nous raconte comment ceux-ci doivent traverser des territoires hostiles déjà occupés par leurs semblables et dans lesquels ils ne sont pas les bienvenus, ou d’autres, plus nombreux, colonisés par les humains. Heureusement, subsistent des territoires sauvages connus seuls de ces aventuriers... Après « La Vallée des Loups » sorti en 2017 et qui a enregistré plus de 200.000 entrées, « Marche avec Les Loups » poursuit l’aventure de Jean-Michel Bertrand avec la nature.

Rencontre avec Jean-Michel Bertrand, réalisateur, le samedi 30 novembre à 20h, en partenariat avec le RECIT.

CINÉ-MA Différence

De Jon Favreau avec Donald Glover, Beyoncé Knowles, James Earl Jones, Chiwetel Ejiofor, Alfre Woodard
Aventure Animation - Etats-Unis - 2019 - VF - 1h58

Le Roi Lion

Au fond de la savane africaine, tous les animaux célèbrent la naissance de Simba, leur futur roi. Les mois passent. Simba idolâtre son père, le roi Mufasa, qui prend à cœur de lui faire comprendre les enjeux de sa royale destinée. Mais tout le monde ne semble pas de cet avis. Scar, le frère de Mufasa, l'ancien héritier du trône, a ses propres plans. La bataille pour la prise de contrôle de la Terre des Lions est ravagée par la trahison, la tragédie et le drame, ce qui finit par entraîner l'exil de Simba. Avec l'aide de deux nouveaux amis, Timon et Pumbaa, le jeune lion va devoir trouver comment grandir et reprendre ce qui lui revient de droit...

On n'y croyait pas vraiment au départ, mais nous voilà totalement conquis : le remake du classique de 1994 est une réussite extraordinaire. Immense soupir de soulagement à la sortie de la projection du Roi lion. Le remake en « live action » du classique de 1994 n'est pas un raté ! Il est même mieux que cela. L'auteure de ces lignes, fan inconditionnelle de l'original et qui n'attendait pas grand-chose de cette redite, a éprouvé le même plaisir (ou presque) devant le film de Jon Favreau que lorsqu'elle a découvert pour la première fois le roi des dessins animés. On a envie de hisser le réalisateur d'Iron Man et du Livre de la jungle (version 2016) sur le trône de Mufasa, de le remercier d'avoir respecté l'œuvre tout en la pimentant de subtiles variantes et en l'enrichissant d'une technologie époustouflante. Cet équilibre entre hommage et renouveau était difficile à trouver et l'on sent sa fragilité sur certaines scènes clés, lorsqu'il faut veiller à conserver le réalisme qui sied à ces vrais-faux animaux de synthèse tout en leur insufflant quelque chose de suffisamment humain pour qu'ils puissent nous émouvoir. Cela fonctionne la plupart du temps et les rares faux-pas ne sont que des vétilles vite oubliées tant le rendu général est stupéfiant. Ces animaux 100 % numériques sont tellement réalistes que ça en devient presque effrayant : la façon dont la musculature des lions roule sous leur pelage, le vent dans leurs poils, la lente rumination des girafes, les bonds des antilopes, le trottinement du phacochère, la finesse du rongeur qui grimpe à une branche ou le délicat battement d'ailes d'un insecte… Rien n'est faux et pourtant tout l'est. Quatre-vingt-six espèces animales ont été créées et animées à la main. Disney a fait appel à l'expertise du studio MPC (qui avait déjà travaillé sur le remake de Dumbo) pour perfectionner la simulation des muscles, de la peau et de la fourrure. À cela s'ajoutent les mouvements de caméras que l'on croirait issues d'un matériel de tournage traditionnel et le soin particulier apporté à la modélisation 3D des décors et des détails… De ce point de vue, si Avatar avait été une claque, Le Roi lion est une double gifle. La prouesse technique est au rendez-vous, la poésie aussi dans les couleurs et la façon dont Favreau s'amuse avec la nature. Certains diront que rien ne peut égaler le dessin animé en la matière, mais l'émotion nous a souvent saisis dans ce film, notamment dans les échanges entre Mufasa et son adorable peluche de fils. On applaudit également des deux pattes le casting. On retrouve avec délice la voix paternelle et solennelle de James Earl Jones (Mufasa en VO). Donald Glover (Simba) est drôle et tendre, Zazu (John Oliver) pérore fidèle à lui-même. Scar est moins doucereux, davantage dans la franche félonie. Son physique d'écorché vif et la voix de Chiwetel Ejiofor le rendent dangereux, même si, soyons honnête, rien ni personne ne remplacera Jean Piat (voix française du dessin animé) ni Jeremy Irons (voix anglaise du dessin animé). Seule Beyoncé (Nala) ne semble pas tout à fait à sa place avec son timbre trop mature pour être celui d'une jeune lionne fougueuse, surtout lorsqu'elle donne la réplique au juvénile Donald Glover. La magie de leur parade nuptiale sur le son de Can You Feel the Love Tonight n'opère pas totalement… Pas grave, on se rattrape largement avec Timon (Billy Eichner) et Pumbaa, interprété par Seth Rogen né et fait pour jouer le phacochère (il convoitait secrètement le rôle depuis longtemps). Leurs numéros musicaux, leur cabotinage, leurs répliques ont droit à un léger lifting qui les rend encore plus irrésistibles et comiques que dans l'original. Pour favoriser l'alchimie entre les acteurs du film, Jon Favreau et son équipe ont utilisé ce qu'ils appellent la technique de la « boîte noire » : plutôt que de laisser les comédiens enregistrer leur texte seuls derrière un micro, le réalisateur les a réunis et les a laissés librement agir dans une salle noire équipée de six caméras pour renforcer le réalisme des interactions et rendre leur prestation plus «organique». Entre ces curieux procédés, la technologie poussée à son maximum, le safari de six mois pour observer la faune et la flore africaine (ils en ont tiré quelque 240 000 photos), on se demande combien la petite aventure du Roi lion a bien pu coûter… Qu'importe. Et si c'était finalement Le Roi lion, et non pas Avengers: Endgame, qui battra le record d'Avatar au box-office (2,787 milliards de dollars de recettes en 2009) ? Le film de Jon Favreau a tout pour être le casse du siècle. Le Point
Rencontre

De Gilles Vernet avec Nicolas Hulot
Documentaire - France - 2016 - 1h28

Tout s'accélère

Gilles est un ancien trader devenu instituteur dans le 19ème arrondissement de Paris. Il s'interroge avec ses élèves de CM2 sur l'accélération vertigineuse de notre monde. Fasciné par leurs réflexions sur notre mode de vie et notre rapport au temps, il décide de les filmer puis d'aller à la rencontre d'experts du sujet. Pourquoi nos sociétés recherchent-elles toujours plus de croissance ? A quel impératif obéit cette accélération alors même que ces enfants de 10 ans mettent en évidence ses limites ?

Rencontre avec les Docteurs Xavier MATTELAER, et Karine MEUNIER, médecins de Soins Palliatifs, accompagnés de différents professionnels de la région : journalistes, psychologues, philosophes etc...

Soirée au profit des Soins Palliatifs

Tarif unique : 15 €

Filmés dans leur classe de CM2, et aidés par des experts, des enfants évaluent notre rapport au temps et tissent un lien avec les générations. Joyeux et préoccupé à la fois. On se souvient de la leçon de vie qu’offrait en 2002 le documentaire de Nicolas Philibert « Être et Avoir », plongée patiente et sensible dans la classe unique d’une école en Auvergne. C’est à hauteur d’enfants que le réalisateur Gilles Vernet a engagé il y a trois ans la conversation avec des jeunes de CM2 d’une école parisienne. Ancien trader plongé au cœur des marchés financiers et boursiers jusqu’en 2001, voilà que le professeur des écoles a quitté urgences et court terme pour interroger ses élèves, représentatifs de la France plurielle, sur leur rapport au temps présent et futur. Ce temps qui fait défaut à beaucoup et dont la course folle semble pousser l’humanité dans une fuite en avant destructrice. Le rêve commun d’un monde meilleur dans l’avenir aurait été remplacé par la menace de sombrer dans les abîmes que nous creusons derrière nous. Une fuite en avant en somme. Miracle du cinéma, les enfants face aux caméras jouent le jeu avec la spontanéité qui les caractérise. Une ritournelle joyeuse ponctue les chapitres abordés : « Tout s’accélère dans l’univers/depuis que l’homme est sur terre… On va manquer d’atmosphère » (1). Avec l’aide parfois des maths et de la déduction Gilles Vernet décline en plusieurs séquences au tableau noir de sa classe la somme de nos aspirations à ralentir, alors que tout s’accélère. Le documentaire alterne les pépites tirées des propos des gamins bien de leur temps et les réflexions, les repères, que suscitent leurs remarques chez des experts, cinq au total, bien intentionnés et suggestifs. On goûte ici les commentaires du physicien Étienne Klein (chroniqueur à La Croix) et principalement du sociologue et philosophe allemand Harmut Rosa (2), qui s’exprime en anglais. Les diagnostics sur les effets de l’accélération du temps se succèdent, implacables. Le constat de cette course mondiale, fruit de la désynchronisation entre rythmes naturels, technologiques, sociaux, et surtout économiques, est suivi par le partage de solutions tout aussi radicales. Comme le suggère Étienne Klein, s’interroger sur l’accélération du temps amène à s’interroger sur ce qui est essentiel pour chacun et plus largement pour nos sociétés. Et donc à poser des choix à propos de la vie et de la mort. Rien de moins. Gilles Vernet tente avec succès dans ce film (2) de tisser des liens entre les générations pour un projet commun. En temps et en heure. Les enfants, bons élèves, évaluent à leur façon leurs parents et grands – parents ayant quitté depuis longtemps les bancs de l’école pour la vraie vie. Pour autant ces jeunes urbains seront-ils mieux armés que leurs aînés pour maîtriser l’espace et le temps ? Rien ne l’assure. Les enjeux sont de taille. Pour mieux illustrer le propos, le film est rythmé par des images où dominent les arbres des forêts, sentinelles durables au regard de notre course perpétuelle et quasi universelle contre la montre. À l’école du temps, voilà un bon calcul à faire connaître à un large public. La Croix
Rencontre

De NOVEL Anne-Sophie
Documentaire - France - 2019 - 1h10

LES MEDIAS LE MONDE ET MOI

Fake News, infobésité, rejets des médias, défiance à l'égard des journalistes, etc. La presse a du plomb dans l'aile, et le public semble en avoir ras le bol des informations déversées du matin au soir sur les ondes. Pourquoi et comment en sommes-nous arrivés là ? Est-il possible de renouveler le métier journalistique ? D'adopter une autre posture entre producteur et consommateur d'info ? À travers cette enquête, la réalisatrice, elle-même journaliste, partage son expérience, ses questionnements, et investigue les effets de la fabrique de l’information sur notre conception du monde. Dans un périple qui nous mène du Danemark aux états-Unis, en passant par la France et le Royaume-Uni, cette introspection s'enrichit de nombreux échanges. L'enthousiasme de nos interlocuteurs et les exemples mis en avant prouvent que ça marche : n'est-il pas temps, dans la profession, et avec le public, d'envisager de nouveaux chemins de faire ?

Rencontre autour du thème "Médias : de quoi parlons-nous ?" avec Anne-Sophie Novel, réalisatrice, docteure en économie, proposée par le Centre Porte Haute

Sortie nationale

De Dominik Moll avec Laure Calamy, Denis Ménochet, Valeria Bruni Tedeschi, Damien Bonnard, Bastien Bouillon, Nadia Tereszkiewicz
Drame - France - 2019 - 1h57

Seules les bêtes

Une femme disparaît. Le lendemain d’une tempête de neige, sa voiture est retrouvée sur une route qui monte vers le plateau où subsistent quelques fermes isolées. Alors que les gendarmes n'ont aucune piste, cinq personnes se savent liées à cette disparition. Chacune a son secret, mais personne ne se doute que cette histoire a commencé́ loin de cette montagne balayée par les vents d’hiver, sur un autre continent où le soleil brûle, et où la pauvreté́ n’empêche pas le désir de dicter sa loi.

Film précédé du court métrage : Je suis Thalès (2’) de Florent Hill
Sortie nationale

De Elia Suleiman avec Elia Suleiman, Ali Suliman, François Girard, Gael García Bernal
Comédie Dramatique - Palestine/France/Allemagne/Canada/Turquie - 2019 - VOST - 1h40

It Must Be Heaven

ES fuit la Palestine à la recherche d'une nouvelle terre d'accueil, avant de réaliser que son pays d'origine le suit toujours comme une ombre. La promesse d'une vie nouvelle se transforme vite en comédie de l'absurde. Aussi loin qu'il voyage, de Paris à New York, quelque chose lui rappelle sa patrie. Un conte burlesque explorant l'identité, la nationalité et l'appartenance, dans lequel Elia Suleiman pose une question fondamentale : où peut-on se sentir « chez soi » ?

Il n’était pas venu à Cannes depuis Le Temps qu’il reste, il y a dix ans. Elia Suleiman, 58 ans, fait un retour en force avec un film dans la ligne de ses comédies burlesques au sous-texte politique ravageur. Dans It must be heaven, le cinéaste palestinien ou, plutôt son personnage d’observateur muet du monde, quitte Nazareth et ses citronniers pour aller voir ailleurs si le ciel est moins lourd à porter. L’enfer est en Palestine, c’est donc que le paradis doit être autre part : quelque part à l’Ouest. De Paris à New-York, E.S. va donc trimballer son canotier et ses expressions de cinéma muet, tel un Buster Keaton siroteur d’arak, répondant à l’absurdité de l’époque par une inaliénable élégance (la palme du plus beau pyjama de la compétition lui revient sans conteste). Et voilà qu’on redécouvre Paris à travers ses yeux mi-amusés mi-médusés. Un Paris méconnaissable et pourtant familier : désert, muséifié, aseptisé. Une ville où la violence des rapports passe par l’obsession sécuritaire, l’omniprésence des uniformes et des règles, aussi absurdes soient-elles – voir cette scène hilarante où une batterie de flics se met à mesurer une terrasse de café pour vérifier sa « conformité » – où des policiers juchés sur des rollers pourchassent les délinquants avec une efficacité robotique. La moindre interaction semble codifiée par des procédures, y compris lorsqu’il s’agit de nourrir un SDF. Dans cet Occident convaincu de sa supériorité démocratique, E.S. cherche à vendre son film et c’est l’occasion d’un caméo férocement drôle. Un célèbre producteur français explique au cinéaste que son projet ne sera pas retenu : « Pas assez palestinien. Il pourrait se passer n’importe où... » Tel est bien le coup de génie de Suleiman qui nous dit en substance que la Palestine est partout et nulle part, comme si la violence du conflit interminable qui s’y déroule avait fini par s’exporter. Comme si nous, les Etats en paix, étions surtout devenus des as du maintien de l’ordre. Car à New-York aussi – la dernière étape d’E.S. – les armes sont partout, jusque sur les épaules des mères de famille. On y continue pourtant de considérer le Palestinien comme une créature exotique, survivance étrange d’un monde où la guerre existait, et le Moyen-Orient comme une cause perdue. « Le pitch est déjà à mourir de rire ! » répond la productrice américaine à qui un ami du cinéaste vient de résumer le prochain film de Suleiman : « une comédie sur la paix au Moyen-Orient ». Dans ce renversement de perspectives, l’auteur d’Intervention divine (2002), réussit une fable d’une terrible acuité politique mais sans jamais lâcher le ton burlesque qui a fait sa marque de fabrique. Une poésie du désespoir traversée soudain d’une pure mélancolie : « Vous êtes bizarres, vous les Palestiniens, dit un homme au cinéaste. Le monde entier boit pour oublier et vous êtes le seul peuple à boire pour vous souvenir. » En 1h37, E.S. n’aura prononcé que deux mots : Nazareth et Palestine. C’est là qu’il retournera, sur ce petit territoire au parfum de paradis perdu mais qu’une jeunesse éprise de liberté pourrait un jour, peut-être, retrouver. Télérama
Séance à la demande pour les scolaires

De STEPANOVA Maria, KATCHANOV Roman, HYEON-JIN Yi, RUBY Lee, VYKHODSEVA Katerina
Animation - Corée du Sud/Russie/Lituanie/Irlande - 2019 - VF - 40min

Pirouette et le sapin de Noël

Un programme de courts-métrages pour fêter la magie de Noël avec les tout-petits, dès 2 ans.

Séance du 7 décembre à 14h en partenariat avec le Lerchenberg
Marché de Noël du Lerchenberg le 7 et 8 décembre de 10h à 19h. Exposants d’artisanat local  animations. Réduction d’1 € sur une boisson sur présentation du ticket de cinéma

De François Armanet avec Jeanne Added, Jehnny Beth, Lou Doillon, Brigitte Fontaine, Charlotte Gainsbourg, Françoise Hardy, Imany, Camélia Jordana, Elli Medeiros, Vanessa Paradis, Christine and the Queens, Catherine Ringer
Documentaire - France - 2018 - 1h19

Haut les filles

En France, la révolution rock du jour se joue au féminin pluriel. Face aux clichés virils du rap et du rock, les femmes iconoclastes réinventent le corps, le désir, l’apparence, à rebours de tous les codes sur la beauté, le vêtement, la décence, le genre. Pourquoi et comment en est-on arrivé là ? Le rock usé, pour renaître, avait besoin d’une mue, de changer de rythme, de peau, de langue, de sexe. Le nouveau commando des filles a pris le pas, la parole, et joue la nouvelle manche. Au micro, sur scène ou dans la vie, dix chanteuses charismatiques tournent les pages de soixante ans de rock français.

Le rock français, côté femmes. Avec les interventions réjouissantes, entre autres, d’une Brigitte Fontaine explosive et d’une Elli Medeiros sans fard. « En France, on n’a pas de pétrole mais on a des pétroleuses », claironne la voix off de ce documentaire dédié au rock hexagonal au féminin. Rock au sens large, puisque les deux auteurs, plumes historiques et masculines du journal Libération, François Armanet et Bayon, font naître le mouvement avec Edith Piaf, quelques années avant les roulements de pelvis d’Elvis. Ensuite, la parole y est uniquement donnée aux femmes. Dix chanteuses françaises emblématiques, des années 1960 à nos jours : Françoise Hardy, Brigitte Fontaine, Elli Medeiros, Vanessa Paradis, Charlotte Gainsbourg, Imany, Jeanne Added, Lou Doillon, Jehnny Beth (Savages) et Camélia Jordana. Ces dix Marianne du rythme binaire, choisies avec intelligence, témoignent des difficultés rencontrées pour imposer leur voix dans une industrie et une société volontiers paternalistes. Leurs interviews face caméra, d’un intérêt inégal (une minute brute de décoffrage de Brigitte Fontaine ou d’Elli Medeiros vaut dix banalités de Vanessa Paradis), sont heureusement complétées par des archives savoureuses. Au micro d’une Mireille Dumas décontenancée par tant de naturel, Catherine Ringer, la moitié déglinguée des Rita Mitsouko, avoue qu’elle en pinçait, ado, pour François le bossu, le héros de la comtesse de Ségur… Au terme de ce portrait de groupe, on a la confirmation que le rock n’a jamais été une question de sexe, d’âge ou de revendication, mais d’attitude. Le mot de la fin revient à la doyenne du rock français, Brigitte Fontaine : « Je suis une vioque, mais je vous encule quand même. Avec un nougat de Montélimar, évidemment. » Télérama
Sortie nationale

De Karim Aïnouz avec Carol Duarte, Julia Stockler, Fernanda Montenegro, Gregório Duvivier, Antônio Fonseca
Romantique Drame - Brésil/Allemagne - 2018 - VOST - 2h20

La Vie invisible d'Euridice Gusmao

Rio de Janeiro, 1950. Euridice, 18 ans, et Guida, 20 ans, sont deux sœurs inséparables. Elles vivent chez leurs parents et rêvent, l'une d'une carrière de pianiste, l'autre du grand amour. A cause de leur père, les deux sœurs vont devoir construire leurs vies l'une sans l'autre. Séparées, elles prendront en main leur destin, sans jamais renoncer à se retrouver. Un mélodrame tropical, par le réalisateur de « Madame Satã ».

Bien qu’il ne soit pas très "cool" de le dire, les telenovelas brésiliennes sont parmi les contenus audiovisuels les plus formidables du monde : elles sont connues pour leurs intrigues riches en mélodrame et en éléments épiques, et passionne la nation comme peu d’autres émissions savent le faire. L’esprit de ces feuilletons ainsi que l’héritage du réalisateur américain Douglas Sirk peuvent se retrouver dans La Vie invisible d'Euridice Gusmāo, adaptation audacieuse par Karim Aïnouz du roman de Martha Batalha paru en 2015. Dans ce titre, présenté dans la section Un Certain Regard du Festival de Cannes, Aïnouz (Madame Satā) a condensé l'histoire du livre, qui s’étalait sur plusieurs décennies à partir de 1934, pour se concentrer sur les années 1950, une décennie qui est vite établie comme un temps où les femmes étaient encore considérées comme la propriété de leur père et de leur mari, mais où s'esquisse un changement. Aïnouz conserve en revanche la dimension épopée du roman, pour nous parler d'une famille divisée à travers des cadrages et une structure classiques. L’intrigue est racontée à travers une série de lettres entre deux soeurs, Euridice (Carol Duarte) et Guida (Julia Stockler), que les circonstances sont séparées malgré elles. Bien qu’elles ne puissent pas se voir, elles continuent de défier le patriarcat qui entoure leur vie. Guida, l'aînée de deux ans, est rebelle et veut un changement, tandis que sa petite sœur de 18 ans travaille pour devenir pianiste de concert. Elles rêvent toutes les deux de partir vivre leur vie loin de la domination de leur père boulanger (António Fonseca), très catholique : Euridice veut rejoindre un conservatoire à Vienne, et Guida voudrait juste aller n’importe où ailleurs. La décision de Guida de fuir l’emprise de sa famille en épousant spontanément un marin va remettre en question les normes familiales et causer une dispute permanente avec le père. À partir de ce moment, Guida et Euridice sont séparées et vont suivre des chemins différents. Un trope du cinéma, quand les frères et sœurs sont séparés et vivent à des kilomètres de distance, est que l'un réussisse sa vie et l'autre non mais ici, les deux femmes sont dans le deuxième cas : il s’avère qu’en effet, les marins ont bel et bien une fille dans chaque port et Guida, enceinte, se rend compte qu’elle n'est qu'une femme parmi d'autres. Bien résolue à ne pas de soumettre à cela, elle quitte son mari et ne rentre chez elle que pour découvrir que le papa n’est pas d'humeur à lui pardonner. Euridice se marie et c’est dans la chambre, ou dans la salle de bain, qu'Aïnouz fait basculer la forme du récit dans les temps modernes pour nous montrer des scènes de sexe très brutales, en utilisant comme accompagnement musical des airs plus contemporains. Euridice va finalement tomber enceinte et elle va devoir mener de front et son rôle de mère, et sa carrière de pianiste professionnelle, abandonnant certains de ses rêves en chemin. Ces deux femmes vivent des histoires de résistance, et la qualité de la narration est telle que les moments où elles se manquent de peu et se voient presque ne donnent pas l’impression d’être trop clichés. Les performances des actrices sont exemplaires et il y a un bonus supplémentaire pour les fans de cinéma brésilien (qui sert aussi de lien entre le passé et le présent) : un épilogue où apparaît la légendaire actrice brésilienne Fernanda Montenegro. Ce récit de type classique va délecter ceux qui aiment les drames à surprises et à retournements, tout en soulignant l'évolution de la place des femmes dans la société. CinEuropa
Le cinéma regarde la psychanalyse, Rencontre

De Ridley Scott avec Harrison Ford, Rutger Hauer, Sean Young, Edward James Olmos, M. Emmet Walsh
Science-Fiction - Etats-Unis - 1982 - VOST - 1h57

Blade Runner

Dans les dernières années du 20ème siècle, des milliers d'hommes et de femmes partent à la conquête de l'espace, fuyant les mégalopoles devenues insalubres. Sur les colonies, une nouvelle race d'esclaves voit le jour : les répliquants, des androïdes que rien ne peut distinguer de l'être humain. Los Angeles, 2019. Après avoir massacré un équipage et pris le contrôle d'un vaisseau, les répliquants de type Nexus 6, le modèle le plus perfectionné, sont désormais déclarés "hors la loi". Quatre d'entre eux parviennent cependant à s'échapper et à s'introduire dans Los Angeles. Un agent d'une unité spéciale, un blade-runner, est chargé de les éliminer. Selon la terminologie officielle, on ne parle pas d'exécution, mais de retrait..

Rencontre avec Jean-Clet Martin, auteur de Ridley Scott - Philosophie du monstrueux, le vendredi 13 décembre à 19h15, animée par Joel Fritschy, en partenariat avec Espace analytique et l'Association Psychanalytique Internationale, et la librairie 47° Nord

 

Après un accueil frileux à sa sortie, Blade Runner est peu à peu devenu culte, modèle de science-fiction souvent copié, rarement égalé. Quand on le revoit, on retrouve toute sa modernité visionnaire : la ville polluée, les manipulations génétiques, les écrans géants de publicités lumineuses sur les gratte-ciel, le visiophone, le pouvoir digital de rentrer à l’intérieur d’une photo en allant beaucoup vite que dans Blow up… Ce que Ridley Scott préfigure du futur, avec cette adaptation d’un livre phare de Philip K. Dick, reste étonnant, car concret. Du quartier chinois grouillant aux immeubles désaffectés, chaque décor est primordial. Composé d’éléments familiers, rattaché au passé (le film noir), cet univers est d’autant plus fascinant qu’on a la sensation de l’habiter. C’est un cinéma de l’immersion, que Denis Villeneuve reconduit dans la suite (Blade Runner 2049, à l’affiche). Dans un Los Angeles pluvieux, Rick Deckard (Harrison Ford) est donc un ancien flic qui reprend du service, chargé d’éliminer quatre « réplicants » en fuite, des androïdes presque humains, plus qu’humains, parfois. Donner une âme au réplicant, entretenir l’ambiguïté autour du statut de Deckard, mais aussi de la mystérieuse Rachel (Sean Young), voilà ce qui fait l’attrait majeur de ce film policier et, contre toute attente, sentimental : il recèle une histoire très originale d’amour dangereux. Télérama
Avant-Première

De Tatsushi Ohmori avec Haru Kuroki, Kirin Kiki, Mikako Tabe, Mayu Tsuruta, Shingo Tsurumi, Megumi Takizawa, Saya Kawamura, Mayu Harada, Mizuki Yamashita, Chihiro Okamoto, Fuyuka Kooriyama
Drame - Japon - 2018 - 1h40

Dans un jardin qu'on dirait éternel

Noriko et Michiko viennent de terminer leurs études. En attendant de savoir à quoi consacrer leur vie, elles sont poussées par leurs parents vers l'art ancestral de la cérémonie du thé...

Rencontre

De Elizabeth Castle, Christina King avec Madonna Thunderhawk, Marcella Gilbert
Documentaire - Etats-Unis - 2018 - VOST - 1h07

Warrior Women

De l’occupation de la prison d’Alcatraz en 1969 au combat contre le pipe-line de Standing Rock en 2016, Warrior Women raconte la vie de Madonna Thunder Hawk, l’une des fondatrices de l’American Indian Movement. 50 ans de combats pour les droits des autochtones et pour la Terre menés par des femmes puissantes, courageuses et rebelles. Warrior Women explore la conjugaison singulière entre activisme politique et le fait d’être mère, et montre comment l’héritage militant se transmet et se transforme de génération en génération dans un contexte agressif, ou le gouvernement colonial réprime violemment la résistance autochtone. Les peuples autochtones, premiers gardiens de la terre qu’il devient urgent d’écouter

Rencontre le samedi 14 décembre à 20h30 avec Colette Riehl, ethnologue

Ce documentaire engagé rend hommage aux guerrières de la cause amérindienne. Et à l’égérie qui permit à leur culture de survivre. « En pays indien, les gens disent : quand vous voulez de belles paroles, invitez les hommes. Mais si vous voulez que quelque chose se passe, allez chercher les femmes. » Elles-mêmes issues de familles amérindiennes, les réalisatrices Christina D. King et Elizabeth A. Castle font entendre ces mots au début de Warrior Women, un documentaire qu’elles consacrent à une femme puissante. Née en 1940 dans une réserve sioux des États-Unis, elle porte un nom beau comme un coup de tonnerre : Madonna Thunder Hawk n’a jamais cessé de se battre pour son peuple. Parce que la terre de son enfance fut sacrifiée, engloutie après la construction d’un barrage, elle a voulu ensemencer la vie, transmettre aux plus jeunes la culture indienne, à laquelle les enfants de sa génération étaient arrachés, envoyés de force dans des pensionnats et rééduqués par des Blancs. En créant la « survival school » We Will Remember, Madonna Thunder Hawk a apporté un enseignement qui a permis à l’identité des siens de survivre. Son histoire croise les grands moments d’une lutte politique marquée par la création de l’American Indian Movement, en 1968, et l’affirmation du Red Power, dans le sillage du Black Power. Aujourd’hui, le combat des « Peaux-Rouges » rejoint les préoccupations écologiques de toute une partie de l’Amérique, comme l’a montré la mobilisation contre l’oléoduc de Standing Rock, en 2016. Et le savoir des Indiens, sur l’importance de l’eau ou le rôle de certaines plantes, pourrait servir dans une survival school globalisée. Ce film qui tombe à pic rassemble une histoire passionnante en une durée trop modeste (à peine plus d’une heure). Mais, pour toutes les guerrières de la cause indienne, Warrior Women représente une reconnaissance à laquelle, en dépit de leur force, elles n’avaient jamais accédé. Télérama

De Hinde Boujemaa avec Hend Sabry, Lofti Abdelli, Jamel Sassi, lkbal Harbaoui, Belhassen Harbaoui, Hakim Boumassoudi
Drame - Tunisie/Belgique/France - 2019 - VOST - 1h30

Noura rêve

5 jours, c’est le temps qu’il reste avant que le divorce entre Noura et Jamel, un détenu récidiviste, ne soit prononcé. Noura qui rêve de liberté pourra alors vivre pleinement avec son amant Lassad. Mais Jamel est relâché plus tôt que prévu, et la loi tunisienne punit sévèrement l’adultère : Noura va alors devoir jongler entre son travail, ses enfants, son mari et son amant, et défier la justice...

Dans Noura rêve, drame tunisien où la matière intime sert d’écrin à la critique sociétale, deux scènes structurantes confrontent l’héroïne aux agents d’un incessant contrôle moral. Dans la première, une juriste, qui accompagne Noura dans ses démarches de divorce, lui intime de penser davantage au bien-être de ses enfants, instillant le poison de la culpabilité dans son cœur de mère. Dans la seconde, un escadron de policiers à la patte bien graissée transforme une déposition pour cambriolage en une inquisition des mœurs qui ne dit pas son nom. Subtil dans ses dosages malgré d’évidentes inflexions démonstratives (la cinéaste Hinde Boujemaa vise à dénoncer l’injustice de la loi sur l’adultère en Tunisie, infraction passible de cinq ans de prison), Noura rêve trouve d’habiles manières de signifier les assauts symboliques menés par les hommes dans l’intimité de sa lumineuse héroïne (Hend Sabri, star dans le monde arabe). On voudrait évidemment voir triompher cette femme amoureuse, modeste employée de blanchisserie que le film découvre sous un jour radieux, à l’ombre de sa passion secrète avec un garagiste. L’absence de son escroc multirécidiviste de mari, emprisonné pour un énième larcin, fait office de sauf-conduit provisoire aux deux amants en attendant l’aboutissement de la procédure de divorce enclenchée dans son dos. Mais c’était négliger l’ombre portée sur leurs projets par le titre du film, où s’annonce la déconvenue sur l’air railleur de «tu rêves, ma grande». Le mari est libéré plus tôt : le rêve se déchire. Aussitôt, Hinde Boujemaa enserre ses personnages dans des jeux de surcadrages où s’incarne spatialement l’emprisonnement de Noura, ramenée dans le giron du conjoint légal alors que celui-ci s’échine à forcer le mystère de sa soudaine froideur. Noura rêve s’inscrit ainsi dans la veine de ce cinéma tunisien où se documentent les mutations d’une société post-printemps arabe qui tarde à défaire les femmes d’un ordre oppressant. Saisi dans des décors et lumières soignés, le Tunis populaire s’y voit paré d’habits de velours où une certaine joliesse fait son lit (ainsi cette cour intérieure sertie de céramiques murales où s’alanguit Noura), quitte à détonner parfois avec la violence sociale présentée. Si la nature abjecte et impensable de la vengeance du mari sur son rival constitue l’acmé dramatique du récit, le film paraît n’assumer qu’à moitié cette outrance et se dérober un peu rapidement à ce qui aurait pu constituer son nœud d’ambiguïté le plus fécond. Libération

De Rubaiyat Hossain avec Rikita Nandini Shimu, Novera Rahman, Parvin Paru, Mayabi Rahman, Shahana Goswami
Drame - Bangladesh/France/Danemark/Portugal - 2019 - VOST - 1h35

Made In Bangladesh

himu, 23 ans, travaille dans une usine textile à Dacca, au Bangladesh. Face à des conditions de travail de plus en plus dures, elle décide avec ses collègues de monter un syndicat, malgré les menaces de la direction et le désaccord de son mari. Ensemble, elles iront jusqu’au bout.

Film précédé du court métrage : Je suis une ouvrière (2') de de Claudine Van Beneden et Pierre Simboiselle
  • Légendes des pictos :
  • Séance suivie d'une rencontre |
  • Sous-titrage sourds et malentendants |
  • VF Version française |
  • Séance précédée ou suivie d'un repas

Prochainement