De Judith Godrèche avec Tess Barthélémy, Valérie Dréville, Victor Bonnel, Ariane Labed, Maïwène Barthélémy
Drame - France/Belgique - 2026 - VF - 1h57
Mémoire de fille
Annie Ernaux est sollicitée pour une signature de son dernier ouvrage dans la ville de son enfance, Rouen. Alors qu'elle s'y rend, elle est prise d'un vertige et replonge dans le souvenir de l'été 1958, celui de sa première nuit avec un homme. Nuit dont l'onde de choc s'est propagée violemment dans son corps et sur le reste de son existence.
Cette séance vous est proposée gratuitement par la Collectivité européenne d’Alsace.
Au-delà du film, cette action s’inscrit dans l’engagement de la Collectivité en matière de lutte contre les violences faites aux femmes, thématique reliée à la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, chaque année le 25 novembre.
Un stand d’accueil sera disponible avant la séance pour sensibiliser et communiquer sur les dispositifs de signalement, ainsi que sur l’action de nos services pour accompagner les victimes de violences.
Entrée libre dans la limite des places disponibles
Annie Ernaux (jouée par Valérie Dréville), de nos jours ou presque, revient à Rouen, cette ville où elle a commencé ses études de lettres en 1960, pour une lecture sur scène, et nous voilà projetés « cet été-là », devant cette « fille de 1958 », cette « autre » qu’elle fut avant tout le reste : sur son tourne-disque, la jeune et bouillonnante Annie, pas encore 18 ans, écoute une chanson de Brassens, en hurle les paroles, fait des mines devant son miroir, pique des meringues dans l’épicerie de sa mère au rez-de-chaussée de la maison familiale, ou reprend sa meilleure copine quand celle-ci fait des fautes grammaticales. Brusque, sûre d’elle-même et déjà amoureuse des mots, la jolie brunette à lunettes est euphorique à l’idée de quitter son « trou » à la campagne et son milieu populaire et catho pour être animatrice de colonie de vacances. « Tu ne connais pas les règles », la taquine son amie. Le menton fier, cette « ignorante sociale » répond : « Je ne suis pas gourde, j’apprendrai. » Ce qu’apprendra Annie ? Que la collectivité, y compris féminine, peut être le théâtre de micro-humiliations, mais, surtout que l’amour, celui dont on rêve grâce à la littérature, est loin, très loin, du sexe, surtout quand celui-ci se découvre, dans le mépris et la violence, avec H, le chef des animateurs qui aime beaucoup les « nouvelles ». Être une fille, à l’époque et aujourd’hui Précipité, au plus près du visage d’Annie, de quelques mois primordiaux dans une vie, et dans des années 1950 à la reconstitution certes précise, mais qui ressemblent aux années 1980 ou 2020 quand il s’agit d’être dépossédée de son corps et de ses illusions, puis, même désillusionnée, de se construire un avenir… Judith Godrèche n’adapte pas Mémoire de fille, d’Annie Ernaux, elle s’en empare avec une fièvre toute personnelle, et compréhensible au vu de sa propre histoire, en mettant puissamment en lumière les thèmes centraux du livre : la honte, la mémoire de cette honte, et le désir d’appartenance, de reconnaissance, jusqu’à l’aveuglement. Sa mise en scène, toute de fluidité, de ruptures, et en caméra subjective — ce que regarde Annie, ce qui lui servira bien plus tard, comme chair d’écriture — capte la vie de la colonie dans tous ses mouvements : séquences douces avec les enfants, petites complicités féminines vraies ou fausses (parfaites Louise Labeque, Maïwène Barthèlemy, et Anja Verderosa !), soirées festives et alcoolisées entre moniteurs. Autant de moments sous-tendus par le piège à venir, cette violence sèche d’une « première fois » où, sans même avoir besoin de nudité, la réalisatrice autopsie la brutalité masculine. D’autres « rapports » auront lieu, et rarement un film a été aussi franc et sensible sur une jeune fille qui veut se croire élue, et se donne dans une forme d’absence à son corps… Dire là combien Judith Godrèche a trouvé en sa propre fille, Tess Barthélemy, une interprète idéale, grands yeux écarquillés, tour à tour gauche, orgueilleuse, stupéfiée par son statut d’objet, puis libérée par des discours féministes, mais tragiquement pragmatique sur ce qu’elle peut devenir. Un magnifique film, jamais daté, sur le fait d’être une fille. Et de ne jamais l’oublier. Télérama
