De Damien Hauser avec Shandra Apondi, IBRAHIM JOSEPH, Samson Waithaka, Michael Garama, Damien Hauser, Luisa Wolf, Newton Ronnoh
Science-Fiction
Drame - Suisse/Kenya - 2025 - VOST - 1h19
Memory of Princess Mumbi
En 2094, l'aspirant réalisateur Kuve filme un documentaire sur la Grande Guerre des années 2070, qui a effacé les technologies modernes et fait renaître les royaumes. S'attendant au désespoir à Umata, il y trouve des villageois vivant en paix. Il y rencontre l'actrice Mumbi, qui révèle la beauté des moments quotidiens. Le film se déroule à travers d'anciennes séquences tournées par Kuve dans les coulisses, montrant comment les gens trouvent un sens à un monde tragique et comment même les plus petits moments peuvent être d'une profonde beauté.
Le cinéma passionne les spectateurs, mais aussi ceux qui le fabriquent. Dans la suite de Bertrand Tavernier et bien d’autres cinéastes, Damien Hauser s’aventure, non sans audace, dans une fable futuriste sur son amour du septième art. Entre le documentaire, récit imaginaire et clip musical, Memory of Princess Mumbi déroule un projet de tournage de film, confronté aux aléas de l’amour, des tourments du monde et des imprévus liés à la production. On n’est pas loin de penser que ce premier long-métrage est pétri d’influences très personnelles, issues du parcours, sans doute laborieux, du cinéaste lui-même, avant qu’il ne puisse réaliser et diffuser propre son film. Si la question du cinéma traverse toute l’histoire, elle est nourrie par le portrait quasi transcendantal d’une actrice, cette fameuse Princesse Mumbi, qui, à elle seule, synthétise l’image de nombreuses comédiennes hollywoodiennes, les ravages du pouvoir en Afrique ainsi que le pouvoir de suggestion du désir et de la beauté. Memory of Princess Mumbi est peut-être l’un des films les plus originaux de la rentrée 2026. Le spectateur ressent l’influence de la Nouvelle Vague, agrémentée d’images générées par l’intelligence artificielle qui confèrent au récit une dimension supplémentaire. La poésie traverse toute la fable, avec une Afrique devenue légion, où la richesse des lieux de vie et des espaces côtoie les survivances de modes de vie traditionnels, ou du moins un retour aux traditions. En permanence, qu’il s’agisse de musique ou de cinéma, Damien Hauser renvoie à l’année 2020, signe peut-être que le continent africain, encore timide dans l’exportation de son cinéma, deviendra une terre majeure de création, dès lors qu’il se sera défait des scories de ses dictatures folles. Le style inqualifiable de ce film n’hésite pas à emprunter le trait critique, pour ne pas dire sarcastique, contre l’hégémonie des puissants, le patriarcat d’un autre temps, tout en se plaisant à dérouler une langue poétique, très féconde en recherches esthétiques. Les acteurs qui peuplent ce récit sont inconnus du grand public. Et pourtant, ils dégagent une lumière qui illumine l’écran et laisse présager une longue carrière. La Kényane Shandra Apondi, qui interprète la Princesse Mumbi, apporte au film une présence remarquable et donne corps à ce conte futuriste. Elle incarne avec une émotion très contenue la grâce d’une comédienne, hantée par le poids des traditions, et dont le cinéma semble la véritable issue pour donner un sens supérieur à son existence. Elle n’en rajoute jamais dans l’outrance sexuelle ou corporelle, face aux acteurs masculins qui, eux, caricaturent, non sans joie, la beauté au masculin. Le héros principal justifie, par exemple, le port d’une feuille sur sa joue par un accident qui l’aurait défiguré, avant de devenir une star mondiale adulée. L’ironie n’est jamais loin dans le discours de Damien Hauser. Le réalisateur suisse connaît bien l’univers audiovisuel de la publicité. Il s’en moque avec délectation dans des images grandiloquentes, excessives, où les couleurs, les effets visuels l’emportent sur le contenu. Dans certaines scènes, on pense à des péplums qui ont fait les grandes heures du cinéma hollywoodien. Et si, nous dit en substance le cinéaste, l’Afrique devenait, après une guerre mondiale tragique, le lieu du renouveau du cinéma, voire même le moteur de l’économie mondiale ? Il brouille les pistes et abandonne son spectateur qui trouvera dans cette suite d’images, toutes aussi belles les unes que les autres, des questionnements qui lui seront personnels. Car Memory of Princess Mumbi donne volontairement beaucoup d’espace à l’imagination des spectateurs. On se sent parfois emporté dans un tableau surréaliste de Dalí, où chacun peut trouver la signification qui lui convient. Mais en même temps, Damien Hauser pose une question grave : que va devenir le cinéma à l’heure où l’IA pourrait, sans complexe, détrôner la créativité des artistes, remplacer les comédiens par des figurines fictives et faire disparaître un grand nombre de métiers au service de la création cinématographique ? à Voir à Lire
