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Chronique

Juin.   

 « Au milieu de l’hiver, j’ai découvert en moi un invincible été » dis-je sotto voce. 
-  Oui, c’est beau, mais pas tout à fait juste.
-  Quoi donc ?
-  La formulation.
-  Tiens donc.
-  Oui. Au milieu de l’hiver, j’apprenais enfin qu’il y avait en moi un été invincible, voilà la bonne citation. C’est d’Albert Camus in L’été, « Retour à Tipasa », 1952.
-  N’empêche que j’aime bien l’invincible été, petit pédant.
-  Soit, vieux cuistre.
-  J’aime cette idée de se découvrir, ou de s’apprendre, un invincible été (plutôt qu’un increvable cancer). Et de se dire Dieu (?!) merci. Se rappeler qu’il a permis d’en traverser, des hivers Potemkine et des automnes de glace, et des printemps en carton, se souvenir qu’on se le cachait bien au fond cette invincible été, ce cœur de réacteur, qu’on veillait à bien le garder niché, inexpugnable, à l’abri même si, malgré les efforts, ici et là, de temps en temps et plus tard de loin en loin, il s’en trouvait l’une ou l’autre, quasar à venir, pour manquer de l’éteindre. Et pour, ensuite, souffler, incendiaire, sur les braises.
-  Il me semble ne pas tout capter… 
-  Tout juste et ce n’est pas près de changer. Mais je poursuis…  Cet invincible été, disais-je donc, cet invincible qui éclaire Orlando, les tortues, la belle de Gaza (il en reste), le cœur fou, le corps fou aussi (comme en Grèce), un jour garçon, l‘autre jour fille. Un invincible été qui fait de, moi, capitaine de jeux faits d’amours et d’Azar, le héros d’un rendez-vous avec Pol Pot (lointain écho de l’épigraphe d’Appointment in Samarra / John O’Hara, 1934) au lieu-dit Greenhouse. Cf. Règlements de comptes à OK Corral (John Sturges, 1957). Et ils sont où, pour me défendre, le moine et le fusil et les pistolets en plastique ? Va savoir. En attendant, cet invincible été projette, comme sur un mur dans ma tête, mes ombres et ses lumières.  Cet invincible été qui, une affaire de principe, finira un jour, un jour finit toujours par finir, sur un étonnement « C’est pas moi là six pieds sur terre ?!».
-  Je crois que tu as un truc avec l’anaphore, la coda et l’invincible été.
-  Et toi avec mon épée dorée. 
-  Touché. Un air de famille, non ?  

                    M.

PS : certains films ne connaitront ni le printemps ni l’été ni l’automne, pas même l’hiver de nos yeux…
Occupied city, Etat limite, L’ombre du feu, Bushman, L’échappée, Heroico, Le temps du voyage, Mon pire ennemi, Là où Dieu n’est pas, Les maitres du temps, La mémoire éternelle, Rapture, Marilu rencontre avec une femme remarquable, Blaga’s lessons, … Encore et encore des rencontres qui ne se feront pas. Nous aurions aimé les proposer mais la place nous fait encore et toujours cruellement défaut. Avec un écran unique (dans tous les sens du terme), on peut accomplir des prodiges mais pas de miracles…  
 

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