Chronique

Juillet.

- Un air de famille, non ?  
- C’est selon la définition et l’idée qu’on s’en fait, de la famille. S’agit-il de celle du sang ? Celle des larmes (lesquelles ?) ? Celles d’André Gide (« Familles je vous hais ») ? Celle, pathogène, d’un bouillon de culture ? La Sagrada Familia ?
- Je te trouve sévère.
- C’est comme tout : il y a à boire et à manger. Des fois ça saoule et des fois on se trouve gavé de trucs qui restent en travers de la gorge.
- Ben dis donc, y’a d’la joie.
- Il peut y en avoir, oui… sur un malentendu.
- Je crois que tu as des petites choses à régler.
- S’agissant de famille, je crois que nous avons tous des petites choses à régler…
- Bon… En même temps, ce n’est pas nécessairement lèpre, peste et choléra ?
- Pas toujours.
-  Et ça a à voir avec ton épée dorée, j’imagine ?
- Ça a à voir avec mon épée dorée. Tout a à voir avec cette histoire d’épée dorée. Mais ça a aussi à voir avec Voltaire pour qui « Le paradis terrestre est où je suis » même si, ces jours-ci, je nage dans le doute en espérant ne pas boire la tasse…
Las ! Nous en restâmes là, las. J’aurais peut-être pu / dû lui dire que la famille c’était aussi d’autres choses, pas forcément une vallée de larmes mais bon hein voilà.  Sur le chemin du retour vers je ne sais quoi, je ne sais où, une séance de cinéma sans doute, je me rappelais, caprice de la mémoire, qu’à l’occasion d’un dîner à l’anglaise (oxymore ?), un ami cher, un peu chien un peu docte, León, fier hidalgo, dit El Profesor. Chaud comme la braise, ardent comme le feu, il me racontait Laroy (ou Lereyne, selon les humeurs et les positions), Santosh, la fiancée du poète et autres conquêtes. Le tout en anglais, par coquetterie. Mais de guingois. « I remember I spent the summer with Carmen. Only the river flows, mon parfait inconnu, she said to me. All we imagine as light, I answered her. These days were perfect days. Indeed. Puis nous fûmes chassés par (tiens donc) le moine et le fusil et, ironie, les pistolets en plastique. Paradise lost (John Milton, 1667), mon ami, paradise lost and so are we… » Il avait, polyglotte et multilingue, cette propension à faire cohabiter les langues (au propre comme au figuré, la sienne et celles des autres, dans sa bouche et dans les leurs). Et les émotions aussi. Il avait la larme de fond à fleur de surface. Je me gardais bien de chercher là-haut, ici-bas et vice-versa matière à lui faire le procès du chien, ce cabot de Léon, andalou ou pas. D’autant qu’il me racontait ici et là des histoires de sa famille d’ailleurs, de là-bas, des histoires de bando republicano, de barrages qui tiennent, de foi qui se fissure et de digues qui rompent, d’Ernest « For whom the bell tolls » Hemingway, d’éternel retour ou d’incessants recommencements, de ventre fécond, de bête immonde et de banalité du mal… J’en perçois, étrangement, à travers l’espace et le temps, le fil, des échos et des effluves. Des tréfonds en remontent, il me semble, et le bruit et l’odeur.

M.

PS : certains films ne feront pas partie de la famille plurielle de ceux vus par chez nous… Fainéant.es, Adam change lentement, Excursion, Nomad, Une autre vie que la mienne, Les premiers jours, Tehachapi, Crépuscule, Sinjar naissance des fantômes, … Encore et encore des rencontres qui ne se feront pas. Nous aurions aimé les proposer mais la place nous fait encore et toujours cruellement défaut. Avec un écran unique (dans tous les sens du terme), on peut accomplir des prodiges mais pas de miracles… 

Brèves

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