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Chronique

« «Remember when» is the lowest form of conversation.» Tony Soprano

Parler.  

Savoir parler et savoir se taire. Le choix peut se faire de se taire beaucoup et de parler peu. A la Ventura. Question de tempérament. Ou l’inverse. A la Benigni. N’empêche, rappelons que parler, produire de la parole est éminemment central, éminemment essentiel, éminemment humain (l’homme est un zoon politikon, parait-il). La parole qui se transmet, la parole qui véhicule, la parole qui se donne, la parole qui s’échange, la parole qui se respecte, la parole qui lie / lit, la parole qui créer les possibles et la parole qui, ici ou là, des fois s’envole. Qui s’envole, qui s’envole… Faut voir. Et quand bien même… Et alors ? Les écrits restent, dit-on, les écrits restent peut-être mais allez dire ça au bibliothécaire d’Alexandrie ! Mais je m’égare…

Fabrice Lucchini, avec gourmandise, a dit un jour « les femmes on les fait d’abord jouir par l’oreille », non qu’il s’agisse là de pratiques fétichistes, exotiques ou contre nature, non, les femmes donc, il faut leur parler, comme les chevaux, leur murmurer à l’oreille, pas pour les dompter, pas pour les domestiquer et leur grimper dessus (ce n’est pas l’envie qui manque mais chacun sait qui commande, et ce ne sont pas les hommes, quoi qu’on puisse en dire ou en penser), les femmes donc il faut leur parler à l’oreille pour être apprivoisé par le mystère de leur plaisir, par leur mystère tout court. Et… Et… Mais je m’égare…

Antônio Carlos Jobim. Joao Gilberto. Bossa nova. « Desafinado ». Desafinado ça veut dire désaccordé.  C’est le titre d’une belle chanson en forme d’invite à… la chanson, au parler en musique, à chanter donc. Chanter juste ou chanter faux, mais chanter ! Car c’est l’expression du cœur, de l’âme et du reste. De la même manière, disons : parler juste ou parler faux mais parler ! Car c’est l’expression du cœur, de l’âme et du reste. Il faut parler même pour ne rien dire, même à tort et à travers car les mots qui surgissent, les mots indomptés, sauvages des fois, mustangs, disent des choses que nous ignorons d’eux, eux de nous et nous de nous. Et, au demeurant, ne dit-on pas des mots qu’ils nous trahissent ? Ils nous trahissent en ce qu’ils peuvent s’avérer traitres, qu’ils jouent à se jouer de nous mais traitres aussi dans le sens qu’ils nous révèlent, à notre corps défendant, aux autres comme à nous-mêmes.

Parler donc de ce qui ne va pas (les sujets sont nombreux) et de ce qui va (les sujets sont nombreux), de ce qui semble bien ou bon ou pas, parler d’aujourd’hui et de demain, se parler à soi certes et aussi, et surtout parler aux autres, se parler entre nous tout en évitant de ne parler que dans l’entre soi. Voilà aussi ce à quoi sert le cinéma. Et là, je ne m’égare plus.

M.

PS : A propos de parler, nous avons proposé aux différent.e.s aspirant.e.s à la magistrature municipale de parler cinéma. Sans grand succès, à l’heure qu’il est. Que doit-on en conclure ?

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