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Chronique

Les choses de la vie, donc.

Cela faisait un moment que je me promettais de replonger dans « Les choses de la vie ». Il est des livres et des films qui vous poursuivent, vous accompagnent comme ça, allez savoir pourquoi (et on finit, avec temps, par en avoir une petite idée). J’entamais donc le confinement, terme désormais consacré pour désigner l’enfermement volontaire, au soleil avec Paul Guimard. Quelques semaines plus tard, dans la grisaille, je refermais la parenthèse avec Claude Sautet en revoyant pour la xème fois « Les choses de la vie », la faute à Michel Piccoli. Et dans l’intervalle ? Les choses de la vie...

« C’est sur la peau de mon cœur que l’on trouverait des rides. Je suis déjà un peu parti, absent. Faites comme si je n’étais pas là. Ma voix ne porte plus très loin. Mourir sans savoir ce qu’est la mort, ni la vie. Il faut se quitter déjà ? Ne me secouez pas. Je suis plein de larmes. » Ce sont les derniers mots écrits par Henri Calet (1904-1956), en coda de «Peau d’ours », roman ultime et inachevé, conclusion d’une existence.

On me pardonnera de rembobiner… Au cœur du printemps, au creux de l’internement, mon vieil ami (Laurent Chennevelle / 1969-2020) tirait sa révérence, emportant avec lui une vie d’amitié et d’autres petites choses, tout un chemin qui remonte à 1988, au printemps. Il y eu certes ici et là, des distances géographiques, des silences, la vie qui allait son cours, encore. Des mouvements, des amours, des voyages, des enfants. Pour autant, fidèles l’un à l’autre, nous poursuivions, reprenions nos conversations là où nous les avions laissées quelques jours, quelques mois plus tôt. Nous nous étions choisis, affinités électives on appelle cela je crois, et nous ne nous sommes plus quittés. La formule est connue : l’amitié, c’est l’amour, sans le sexe. Parce que c’était lui, parce que c’était moi. Un classique.

Il y a peu, si peu de gens dont l’attention qu’ils nous portent nous fait exister un peu plus, avec un peu plus d’intensité. Avec lui, c’était ça : l’impression d’exister, en un peu mieux. Point. Pas de superlatifs, d’hyperbole ou d’effets de manche. Ce n’est pas le genre de la maison. On ne dira rien ici du reste, rien qui ne soit plus intéressant ou important que : un ami, intime, définitif et intact. Un singe en hiver.

Alors oui, il y eut cela et bien d‘autres choses encore : le travail de loin, la famille de près, les gens de loin, l’angoisse de près et la peur si proche des gens de loin, cependant, pour un peu, chanceux, à certains moments, on eut dit le Sud avec un temps qui durait longtemps.
Des moments de joie ici et là, et de la grâce et du répit. Mais aussi, tout le temps, partout, et matin et midi et soir, comme une potion funeste, la camarde qui battait son infernal rappel et de nos facultés se faisait le capitaine: « N’oublie pas que tu vas mourir » (2ème film de Xavier Beauvois, celui de « Des hommes et des dieux »), « Pour qui sonne le glas » (le film comme le livre et le poème de John Donne « No man is an island ») et « It’s time… to die » (conclusion du monologue de Rutger Hauer dans « Blade Runner »). Bien entendu on aura (ré)entendu parler des pestes de Camus et de La Fontaine et de Jack London. On les aura (re)lus peut-être. On aura vu le monde éparpillé façon puzzle, réduit à de petits rectangles, de pauvres fenêtres, comme autant de lucarnes aux portes de nos cellules. Et le cinéma dans tout ça ? Partout et nulle part. En tout cas pas là où se trouve sa place première et naturelle : au cinéma. Est-ce que les distanciations en tout genre auront raison de nous ? Et de lui ? Feront-elles la peau à ce vieux rêve qui bouge ? L’avenir, la peur, la paresse, vous, moi, les choses de la vie nous le diront.

M.

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