Lancement projet Cinéma Bel Air

De Bertrand Usclat, Martin Darondeau avec Pauline Clément, Julien Frison, Laurent Stocker
Comédie - France - 2026 - VF - 1h15

De la Comédie-Française

Dans 3 heures, Nina dévoile sa première mise en scène à la Comédie-Française. Mais dans l’agitation des dernières répétitions, rien ne se passe comme prévu : retards, coups de stress, problèmes techniques et problèmes d’égo secouent la troupe. Pourtant, Nina n’a pas d’autre choix que d’aller jusqu’au bout car s’il y a bien une règle d’or à la Comédie-Française, c’est qu’on n’annule pas. Commence alors une course contre la montre pour sauver la représentation.

Le mercredi 14 octobre à 20h. ENTRÉE LIBRE

Tous les acteurs font partie de la Comédie Française. Cela tombe plutôt bien car cette comédie très originale se passe exactement dans le mythique théâtre de la place Colette à Paris. On est à quelques heures de la première d’une représentation de Shakespeare, un peu en miroir à l’unité de temps et de lieu si chère au théâtre classique. La metteuse en scène est sous pression car les contretemps et les épreuves s’accumulent, au risque de l’empêcher de jouer la pièce. De la Comédie-Française est moins un exercice comique qu’une véritable immersion dans l’univers très fermé de l’institution. Les comédiens se prêtent avec beaucoup de joie à cette farce pleine d’ironie qui égratigne avec tendresse les professionnels du célèbre théâtre, il est vrai bien protégés par leur statut. Chacun en rajoute dans les traits de son personnage, avec un goût certain de l’emphase, pour ne pas dire de l’hystérie. On est certes au cinéma, mais au cœur même de la Maison de Molière : il ne faut pas s’étonner que les acteurs jouent avec une théâtralité assumée. Même Molière fait son apparition, pour le plaisir des spectateurs, rappelant au passage que le mythique théâtre a été le siège de la contestation politique sous Louis XIV, le dramaturge se jouant des codes sociaux de l’époque. La comédienne principale, Pauline Clément, a contribué à l’écriture du film. Cela se ressent : elle connaît tous les recoins de l’institution et tous les ressorts propices aux quiproquos comme au rire. Les deux cinéastes, Martin Darondeau et Bertrand Usclat, précisent dans le générique, non sans une pointe de sarcasme, qu’ils ne sont pas issus du sérail de la Comédie-Française, là où tous les acteurs, sans exception, en font partie. On découvre combien le jeu entre les planches et le devant d’une caméra obéit à des règles très particulières. À ce titre, les comédiens font la démonstration de leur talent en s’adaptant avec une remarquable aisance à toutes les formes de mise en scène. D’une certaine manière, Martin Darondeau et Bertrand Usclat dénoncent en filigrane les conditions actuelles de la création en France. Une ministre de la Culture, qui n’est pas sans rappeler une récente femme politique, apparaît en véritable oiseau de mauvais augure pour annoncer la baisse des subventions. Alors, que dire des nombreuses petites troupes qui, partout en France, survivent déjà difficilement de leurs créations si la Comédie-Française elle-même voit ses subsides diminuer ? Le poids des normes est également critiqué par les cinéastes à travers le personnage du régisseur en chef, sans cesse contraint dans ses initiatives par des réglementations en tout genre. De la Comédie-Française met en valeur le patrimoine français. Le théâtre est extrêmement bien filmé et bien cadré, permettant aux spectateurs qui n’ont jamais eu la chance d’y entrer de découvrir la beauté et la noblesse du lieu. Les appareils mis à disposition sur chaque scène pourraient faire pâlir de jalousie la plupart des théâtres français. En tout cas, le film rappelle le rôle essentiel de la Comédie-Française dans la transmission et la défense de la tradition théâtrale française depuis des décennies. À l’heure où la judiciarisation semble l’emporter sur le débat raisonné, De la Comédie-Française prend le risque de montrer une grande dame du théâtre français fumant du shit et jubilant à se perdre dans les lieux, sous l’influence du produit illicite. Quoi de mieux qu’une comédie pour célébrer ce lieu mythique où Molière, jusqu’à son dernier souffle, ne manqua jamais une seule représentation ? à Voir à Lire

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