Programmation du 24 mai au 13 juin



  • Du 10 mai au 30 mai

    i am not your negro

    de Raoul Peck
    Documentaire - France/Etats-Unis/Suisse/Belgique - 2016 - VOST - 1h34

    En juin 1979, l'auteur noir américain James Baldwin écrit à son agent littéraire pour lui raconter le livre qu'il prépare : le récit des vies et des assassinats de ses amis Martin Luther King Jr, Medgar Evers, membre de la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP) et Malcolm X. En l'espace de cinq années, leur mort a traumatisé une génération. En 1987, l'écrivain disparaît avant d'avoir achevé son projet. Il laisse un manuscrit de trente pages, «Remember this House», que son exécuteur testamentaire confie plus tard à Raoul Peck («L'Ecole du pouvoir», «Lumumba»). Avec pour seule voix off la prose de Baldwin, le cinéaste revisite les années sanglantes de lutte pour les droits civiques, les trois assassinats précités, et se penche sur la recrudescence actuelle de la violence envers les Noirs américains...

    C'est un film empreint de colère mais aussi nimbé de sagesse, à la croisée de l'intime et de l'universel. La méditation d'un homme noir sur sa condition, qui, à force de lucidité, rejoint la cause de tous les opprimés. Raoul Peck, réalisateur haïtien au parcours rigoureux (Lumumba, Quelques jours en avril), l'a construit exclusivement à partir des mots de James Baldwin, écrivain noir et penseur majeur de la question raciale aux Etats-Unis. Il s'appuie d'abord sur un manuscrit de 1979 (« Remember this house »), projet de livre qui ne verra jamais le jour tissé autour de trois leaders de la lutte pour les droits civiques, Martin Luther King, Malcolm X, Medgar Evers, tous assassinés avant 40 ans. A partir de ce socle traumatique, il remonte aux sources de l'exclusion et de la violence, indissociables de l'identité américaine.
    Parce que « les Blancs doivent chercher à comprendre pourquoi la figure du nègre leur était nécessaire », Baldwin déconstruit l'image du Noir dans le cinéma hollywoodien, brillante et glaçante analyse d'extraits de films qui nous renvoie, a posteriori, à notre rang de spectateur complice. Percutantes, ses interventions à la télévision exhortent — hier comme aujourd'hui — l'Amérique blanche à un douloureux examen de conscience. Votre rêve est un leurre ; votre histoire, une fiction ; votre mode de vie, le témoignage d'une « pauvreté émotionnelle abyssale », assène l'écrivain au fil d'un vertigineux entrelacement d'archives où dialoguent les luttes du passé contre la ségrégation et les flambées actuelles de violences raciales.
    Lumière crue jetée sur la nation américaine, jusque dans ses structures politiques et mentales les plus profondes, ce vibrant film hommage dénonce, secoue, autant qu'il montre la voie d'une possible fraternité. — Télérama

    Un président afro-américain aux USA pour rien ? Raoul Peck convoque l’âme littéraire de James Baldwin pour connecter les luttes des droits civiques passées à la situation actuelle aux USA. Des correspondances essentielles et passionnantes qui font de ce documentaire un modèle du genre.
    Prix du Meilleur documentaire à Philadelphie, Prix du Public à Toronto et à Berlin (sans oublier la Mention spéciale du jury œcuménique), digne nominé à l’Oscar du Meilleur Documentaire en 2017, I am not your Negro n’est pas un documentaire lambda venant tenter sa chance en salle. Cette production franco-américaine est d’ores et déjà l’un des 35 plus gros succès de l’histoire du documentaire aux USA avec un score solide de 6.9M$.
    Au-delà de la valeur politique, historique et sociologique du film, il faut d’ores et déjà saluer ses qualités cinématographiques qui légitiment sa présence sur grand écran. On pourrait évoquer son montage pointilleux, ample, entre archives passées rares et documents vidéos et photographiques contemporains, son jeu constant sur les couleurs -des clichés d’hier auxquels on a rétabli la couleur et ceux du présent flanqués d’un magnifique noir et blanc-, pour assumer les correspondances incessantes entre les époques qui forgent l’essentiel d’un message sur la nécessité de combattre préjugés et inégalités dans un pays qui ne s’est pas défaussé de son passé.
    L’approche de Peck est d’autant plus artistique, que pour donner du poids à l’accablant message, il recourt à une narration audacieuse qui brouille les pistes. Il s’agit de laisser parler les textes limpides de l’écrivain afro-américain James Baldwin. Des essais, pensées, échantillons miraculeux de ses œuvres, lus par Samuel L. Jackson en VO et JoeyStarr en VF.
    L’écrivain qui avait fui l’Amérique dont il désapprouvait le traitement des noirs (sa remarque sur l’hypocrisie du bonheur blanc, complètement artificiel affiché par Hollywood est tellement criant de vérité) pour s’installer en France, reprend vie, à la première personne, affirmant ainsi la pertinence de ses écrits d’hier sur l’actualité brûlante des USA. Ses évocations de la ghettoïsation persistante, de la manipulation des médias défavorable à la communauté noire, de la labellisation ethnique pour les masses, et surtout de la lutte pour le pouvoir auquel les Blancs ne souhaitent pas renoncer, dans le refus d’un partage, et qui opèrent donc symboliquement un travail d’autorité et de répression, toutes ses évocations ne pourraient-elles pas être le portrait franc et catégorique de l’Amérique d’aujourd’hui, frappée régulièrement par -entre autres- de nombreuses bavures policières qui alimentent les faits divers ?
    Peck illustre ainsi le tiraillement d’une jeunesse aliénée, née en Amérique, mais réduite à une citoyenneté de deuxième catégorie, dont on verse le sang, sur le sol d’une nation bâtie sur un mythe commun, celui de l’héroïsme blanc, de l’apaisement mirage par la consommation, et le refus de remettre en question en profondeur, à l’échelle fédérale, cette illusion historique d’une nation d’immigrés unie, cimentée par des valeurs de liberté et de profusion, forgée dans la douleur (génocide indien, souvent mentionné ici, de façon toujours subtile, et évidemment l’assujettissement du peuple noir). Les mots de Baldwin sur l’enfant noir qui, un jour, dans le miroir, découvre sa différence d’épiderme, justifient à eux seuls le sens de la lutte, dans la perpétuation insupportable des discriminations.
    La réflexion de Baldwin, dont les mots sont pesés, opulents, d’une portée énorme, et celle de Raoul Peck, se mêlent, de par le montage, le choix des textes et des témoignages audiovisuels. Peck investit sa propre histoire et celle d’Haïti, dont il est originaire, à l’instar de Baldwin. Il enrichit le film d’une interrogation sur son apport personnel dans un combat sans fin. La révolte contre un système vertical, oui, mais sous quelle forme ?
    Cette pensée commune s’intègre dans l’assimilation des combats héroïques des personnalités d’hier qui y ont laissé leur vie. Medgar Evers, Malcolm X et Martin Luther King Jr, trois hommes différents mais aux destinées tragiques identiques, illustrent dans le film la diversité des luttes. Peck leur accorde un poids fondamental, de par la proximité de Baldwin avec ses trois compagnons.
    Malgré des dissensions sur la forme que pouvait avoir le romancier, notamment avec Malcom X, dont il refusait toutefois l’image facile imposée par les médias blancs, à savoir celle d’un combattant uniquement raciste et violent, ce qui est réducteur, l’héritage assimilé par Baldwin, de par son parcours de vie et ses rencontres avec les grands leaders des droits civiques, dépasse le seul critère de la couleur pour se fonder sur une sociologie et une perception complexes de l’Histoire du pays.
    Malgré son envie ici et là de rage envers certains Blancs américains, l’auteur d’Another Country réfutait la haine, la violence, mais était toujours prompt au combat, dans ses ouvrages ou sur les plateaux de télévision. Sa pensée, telle qu’elle est déclinée dans I am not your Negro, est lumineuse dans une Amérique tentée par le repli sur soi et l’obscurantisme d’une consommation qui rime avec végétation intellectuelle.
    Après la fin de la post-production, la nation américaine est tombée ironiquement dans les mains d’un populiste, à l’équipe de campagne invariablement blanche. L’un de ses ministres, Ben Carson, ironiquement de couleur noire, a décrit les ancêtres du peuple noir comme des "immigrés", provoquant un tollé compréhensible.
    Le contexte politique américain, mais également mondial (il est également question dans le film de la France et de son passé colonial que certains aimeraient voir comme un fait de l’ordre de l’Histoire, de la tradition et du culturel !), rend le documentaire d’autant plus indispensable.
    Une très grande oeuvre, tout simplement. Avoir-alire.com

     

    Sortie nationale

  • du 17 mai 29 mai

    album de famille / albüm

    de Mehmet Can Mertoglu

    avec Sebnem Bozoklu, Murat Kiliç, Mufit Kayacan

    Comédie dramatique - Turquie/France/Roumanie – 2016 – VOST – 1h43

    En Turquie, un couple marié, approchant la quarantaine, tente à tout prix de garder secrète l’adoption d’un bébé en constituant un album de photo fictif... 

    Un premier long métrage qui pose un regard distancé sur la classe moyenne turque. Un couple tente de cacher l’adoption de son enfant et recompose les images.
    Peut-on réécrire l’histoire en en falsifiant les cadres ? Un couple va tenter le coup dans la Turquie d’aujourd’hui où l’infertilité est considérée comme une tare. Avant de les rencontrer, nous avions assisté à la saillie très clinique d’un taureau, observé le résultat biologique sous la lentille d’un microscope, visité un aquarium dans lequel une murène se glissait comme une soie imprimée à travers des anneaux disposés dans son aquarium. De l’autre côté de la vitre, languissent quelques spécimens humains. Mehmet Can Mertoglu aura installé ses longs plans fixes, ses panneaux de verre trompeurs. De l’eau à la plage, il n’y a qu’un pas. C’est là que nous rencontrons Bahar et son époux Cuneyt. Ils se font photographier par des amis comme si ces portraits en pied représentaient le seul objectif d’une échappée plutôt coincée. Bahar porte un ventre arrondi de femme enceinte. Faux, le ventre. Fausse, la grossesse. Un processus d’adoption est en cours, à dissimuler absolument. Ils sont tous deux fonctionnaires. Lui enseigne l’histoire au lycée. Elle est employée de l’administration fiscale. Nous allons à leur suite maussade nous égarer vers différents bureaux de différentes institutions comme autant de culs-de-sac. Dans des décors toujours succincts, les personnages proféreront des propos volontiers atterrants, teintés d’absurdité et d’un léger égarement.
    Bahar, Cuneyt et leurs éventuels interlocuteurs sont traités à distance ironique, voire pire. Ils refusent une première petite fille au prétexte « qu’elle a l’air syrienne ou kurde ». Au second voyage en direction d’un autre orphelinat, Bahar pense qu’avoir rêvé de betteraves est de bon augure. Son mari ne la dément pas. Proviseur du lycée où exerce Cuneyt, directeurs de maison d’enfants abandonnés, commandant de police, les échanges avec ces figures responsables croisent l’ordinaire de l’indifférence tatillonne.
    Au long de ce film en pointillé, le réalisateur sème toutes sortes d’indices. L’emballement des prix de l’immobilier, l’engouement pour des écoles privées baptisées « leader » ou « succès », les plateaux de télévision où il est impossible d’évoquer le « problème kurde » sans recourir à la publicité pour pacifier le studio. Ne pas oublier la justice forcément « laxiste » et les enfants qui ne se donnent plus de mal, écho grinçant d’une citation d’Ataturk lue sur une fresque à la gloire de l’éducation : « Ma seule espérance est dans la jeunesse. » Les enfants sont bien seuls. Une obsession a envahi l’espace : le foot, le foot, le foot. Prétexte ici à tous les vocables racistes ou homophobes jetés comme de rien. Les parties ne disent pas le tout, mais Mehmet Can Mertoglu se place sous les auspices, revendiqués, de Pierre Etaix et Jacques Tati. Il a choisi pour chef opérateur Marius Panduru, qui a travaillé avec le Roumain Corneliu Porumboiu sur Policier adjectif et 12 h 08 à l’est de Bucarest. D’instantané en instantané, l’album se crée, les véritables péripéties absentes de ses feuilles. Comme partout. Au générique de fin, une belle pièce musicale de Gounod, le Veau d’or. L'Humanité
  • du 18 mai au 28 mai

    l'homme aux mille visages
    / el hombre de las mil caras

    De Alberto Rodriguez

    Avec Eduard Fernández, José Coronado, Marta Etura

    Policier, Drame, Biopic, Thriller – Espagne -  VOST- 2017 – 2H03

    Francisco Paesa, ex agent secret espagnol, est engagé pour résoudre une affaire de détournement d’argent risquant d’entrainer un scandale d’Etat. L’homme y voit l’opportunité de s’enrichir tout en se vengeant du gouvernement qui l'a trahi par le passé. Débute alors l’une des plus incroyables intrigues politiques et financières de ces dernières années : l’histoire vraie d’un homme qui a trompé tout un pays et fait tomber un gouvernement.

    Flash-back sur l'un des plus grands scandales politiques de l'Espagne contemporaine. En novembre 1993, le tout-puissant chef de la Garde civile est suspecté d'avoir détourné de l'argent public, à hauteur de millions. En février 1994, Luis Roldán quitte le pays clandesti­nement après avoir reçu une convocation devant le juge. Pendant six mois, il est introuvable. Finalement, il est arrêté en février 1995 à l'aéroport de Bangkok, dans des circonstances troubles : l'ex-premier flic d'Espagne aurait accepté de se rendre contre l'abandon de la plupart des charges qui pesaient sur lui. Roldán sera fina­lement condamné à une lourde peine de prison. Et son « dossier » aura contraint deux ministres de l'Intérieur à la démission, avant de précipiter la défaite électorale du gouvernement socialiste de Felipe Gonzalez.
    La fuite de Roldán et l'entourloupe autour de sa reddition n'auraient pas été possibles sans l'entregent et les manoeuvres de Francisco Paesa, dit « Paco ». « L'homme aux mille visages », c'est lui : un peu agent secret chargé des coups les plus tordus, un peu conseiller financier expert en blanchiment d'argent et fraude fiscale, un peu diplomate d'opérette, un peu homme d'affaires louches... et beaucoup escroc. Le film raconte comment Paco aurait utilisé Roldán pour se venger des mauvaises manières du gouvernement espagnol à son égard et, au passage, gagner des milliards de pesetas.
    Cette arnaque de haut vol, Alberto Rodriguez la reconstitue comme un thriller plein de punch. Son récit, dopé à l'humour noir, est puissamment addictif, malgré sa complexité — c'est un tour de force scénaristique de réussir à ne pas égarer le spectateur dans un tel labyrinthe de manipulations croisées et de coups de billard à trois bandes. Il est, aussi, d'un machiavélisme redoutable. Car rien n'est jamais sûr dans cette histoire, certes tirée de faits réels, mais dont on sait, dès la première séquence, qu'elle contiendra « des mensonges ». Le narrateur — un séduisant pilote de ligne, bras droit de Paco — n'a jamais existé, même s'il apparaît comme le témoin privilégié des exploits du faussaire. Comme pour tous les témoins, ses souvenirs sont incomplets. Et partiaux. Des informations exposées dans la première demi-heure du film sont contredites, voire démenties quelques scènes plus tard. Et quand Paco demande à Mme Roldán si les révélations « désagréables » con­cernant son mari sont vraies, la jeune femme répond, ironique : « Quelle importance ? Nous sommes en Espagne. »
    Alberto Rodriguez avait déjà exploré cette « zone grise » entre les apparences et la vérité dans La Isla minima (2015). Dans ce passionnant polar sur l'Andalousie post-franquiste des années 1980, un policier progressiste dévoilait sa part d'ombre face à un inspecteur cynique qui se révélait terriblement séduisant. C'est la même ambiguïté qui caractérise le héros de L'Homme aux mille visages, incarné, entre bonhomie et sécheresse, par le génial Eduard Fernández. Paco est un être sans le moindre scrupule, qui fait mine de protéger son client pour mieux le trahir, qui met en danger sa nièce adorée et dupe son meilleur ami pour arriver à ses fins. Mais un être fascinant par son mystère. Insaisissable jusqu'au bout... — Télérama
  • du 21 mai au 28 mai

    la colère d'un homme patient / tarde para la ira

    De Raúl Arévalo

    Avec Antonio de la Torre, Luis Callejo, Ruth Diaz

    Thriller, Drame – Espagne – VOST – 2017 – 1h32

    Curro est le seul à avoir été arrêté pour le braquage d'une bijouterie, qui a fait un mort. Il sort de prison après avoir été purgé une peine de huit ans. Maintenant, il ne pense qu'à recommencer une nouvelle vie avec les siens, sa femme Ana et leur fils. Ana travaille dans un bar et rencontre par hasard José, homme solitaire qui ne parle pas beaucoup mais est très vite accepté et apprécié de la famille. Alors que Curro pensait reprendre une vie normale, rien ne va se passer comme prévu. Lui et ses autres amis braqueurs devront répondre de leurs actes...

    Sous les apparences d’un petit western lo-fi, l’histoire d’une vengeance absurde au grand souffle existentiel.
    Un inconnu revient venger la mort d’un être aimé avec pour objectif de liquider ses bourreaux. Ce scénario, on en a vu des dizaines de déclinaisons, mais qu’est-ce qui fait que le premier long métrage d’un jeune inconnu, tricoté avec presque rien, supporte la comparaison avec quelques maîtres-étalons du genre ? Après avoir raflé quatre Goya (l’équivalent de nos César) en Espagne, voici Raoúl Arévalo lancé à la conquête du public français, déjà adoubé par un prix du jury et un prix de la critique au Festival international du film policier de Beaune.
    La Colère d’un homme patient raconte la traque acharnée d’anciens braqueurs par l’homme dont ils ont jadis défiguré et tué la petite amie. Le film commence alors que l’un d’entre eux (Luis Callejo, à l’affiche également de L’Homme aux mille visages d’Alberto Rodríguez) sort de prison. Pour l’approcher, notre Némésis barbu (Antonio de la Torre, acteur marmoréen) séduit sa fiancée et la garde en otage dans une maison de bord de mer. Débute alors un périple chahuté entre ce chasseur et son guide à travers l’Espagne.
    Deep Espagne
    Tourné en 16 mm, La Colère d’un homme patient frappe et séduit d’emblée par son économie de moyens, un dépouillement rugueux et une image sale qui participent de l’âpreté du récit tout en assumant à fond son esthétique de série B. Arévalo traque la deep Espagne, ses plaines et son climat poisseux, ses férias, ses motels déserts et ses ranches, les posant en toile de fond d’un western justicier montré sous un jour vain et absurde par la mise en scène.
    Le cinéaste de 37 ans met en cause la loi du talion à l’origine de ces représailles : le fameux “œil pour œil, dent pour dent” est constamment fragilisé par les doutes du héros confronté au déclin de sa colère. Les obstacles à sa haine tiennent autant à l’érosion du souvenir (qu’il tente de combattre en se repassant le meurtre de sa petite amie enregistré par une caméra de télésurveillance) qu’à la reconversion des agresseurs en braves pères de famille. Comment les haïr ? Faut-il les tuer ?
    L’oubli impitoyable
    Plus impitoyable que la vengeance, il y a l’oubli. Celui à l’œuvre chez ce triste prédateur réduit fatalement son passage à l’acte à un geste différé et mécanique, cérébral et désincarné – vidé de tout affect et n’apportant pas le repos intérieur escompté.
    Le film ordonne ainsi une ahurissante escalade de séquences punitives. Dévoyées de leurs enjeux habituels, d’une fureur dilatée, atroce et bizarre, elles rappellent la violence surréaliste accolée à certains grands noms (les Coen, Peckinpah), mais contenue (et c’est aussi à cela que tient son charme) dans un thriller brut et sans prétention. Les Inrocks
  • du 25 mai au 30 mai

    la vengeresse/ revengeance

    De Bill Plympton, Jim Lujan

    Avec Charley Rossman, Robert LuJane, Lalo Alcaraz

    Animation – Etats-Unis – VOST – 2017 – 1h11

    Face de Mort, ancien catcheur et motard devenu sénateur, embauche quatre redoutables chasseurs de primes. Leur mission : retrouver la jeune Lana et récupérer le précieux et compromettant objet qu’elle lui a volé.

    Une sorte d'amazone brune dérobe un document compromettant à un sénateur véreux, l'infâme « Face de mort », ex-catcheur à la gueule tatouée. Il lance aussitôt quatre chasseurs de primes et tout un gang de motards aux trous­ses de la mystérieuse jeune femme... Avis aux amoureux de Bill Plympton, pape américain de l'animation givrée pour adultes (interdite aux bambins) : ce nouveau long métrage est nettement moins déroutant et agité de la cafetière que les oeuvres précédentes, de Hair High aux Mutants de l'espace ou à The Tune. Moins d'expérimen­tations, de délires sexuels et d'em­bardées surréalistes.
    Certes, le maître n'a rien perdu de son humour graphique : on retrouve intacts son goût pour les silhouet­tes hybrides et grotesques (seins énor­mes, tailles riquiqui, nez géants...) ou les perspectives distordues d'une Amérique à la fois iconique et déglinguée, de désert poussiéreux en bas-fonds miteux. Le récit roule à tombeau ouvert sur des chemins plus classi­ques et moins tortueux que d'habitude. C'est un hommage goguenard à l'univers du polar et du film noir, comme l'était déjà son film précédent, Les Amants électriques. Mais, cette fois, les folies de Plympton font aussi une place à celles d'un autre : son coréa­lisateur, le petit nouveau Jim ­Lujan, qui signe le scénario, très influ­encé par l'ironie au troisième degré et l'ultraviolence du cinéma de Quentin Tarantino. Cette histoire de vengeance et de ­machinations multiples déborde de personnages excentri­ques, depuis le ­héros, l'enquêteur Rod Rosse, intrépide nabot à lunettes vigoureusement secondé par sa vieille maman, jusqu'aux membres illuminés, encagoulés, d'une secte aussi ­ridicule que dangereuse. Au final, même un Bill Plympton assagi reste toujours le plus dingue et le plus ­réjouissant des cinéastes. — Télérama

    Précédé du court métrage Jean-Luc de Arthur Peltzer (3')

  • Du 29 mai au 5 juin

    retour à forbach 

    de Regis Sauder

    Documentaire -  France – 2017 – 1h18


    Régis Sauder revient dans le pavillon de son enfance à Forbach. Il y a 30 ans, il a fui cette ville pour se construire contre la violence et dans la honte de son milieu. Entre démons de l'extrémisme et déterminime social, comment vivent ceux qui sont restés ? Ensemble, ils tissent mémoires individuelles et collectives pour interroger l'avenir à l'heure où la peur semble plus forte que jamais.

    C'est sa ville. Adorée et haïe. Celle qu'il a fuie, il y a longtemps, mais qui n'a jamais cessé de survivre en lui, comme un regret ou un remords. Régis Sauder (auteur du documentaire Nous, princesses de Clèves) revient à Forbach en 2014, à la suite de deux événements apparemment sans aucun lien : ses parents se sont fait cambrioler, sans que les voleurs emportent quoi que ce soit, probablement déçus par leur maigre butin. Pas très loin, à la mairie, lors du premier tour des municipales, un nom est revenu telle une litanie, au fur et à mesure des bulletins qui s'accumulent dans les urnes : «Florian Philippot, Florian Philippot, Florian Philippot»...
    C'est une drôle de ville, Forbach. Toute proche de l'Allemagne qui l'a d'ailleurs récupérée durant la Seconde Guerre mondiale. Il fut un temps où l'artère principale, la rue Nationale, s'appelait l'Adolf Hitler Strasse. Ça laisse des traces... Aujourd'hui, après la faillite du bassin houiller, la ville est vide, déserte, ruinée. En une série de plans magnifiques, le cinéaste aligne les boutiques et les maisons devant lesquels s'étalent des pancartes jaunies ou cabossées : « A vendre », « A louer ». Mais, parmi les gens de peu qui n'arrivent pas à boucler leurs fins de mois, personne n'a plus rien acheté depuis longtemps... Sauf qu'on ne s'en plaint pas. Ce n'est pas une terre où on geint. On a « hante », puisque, ici, le « a » remplace souvent le « o ». « A Forbach, on ne se raconte pas. On laisse la mémoire s'effacer. » Ce que refuse, précisément, le cinéaste, qui va tenter de retrouver avec sa caméra le fil de ces souvenirs perdus. Et comprendre par la même occasion avec l'aide de quelques copains restés là, eux, les causes du découragement planant sur la ville, tel un maléfice, et les raisons qui poussent les plus désespérés à se réfugier auprès du Front national.
    Il faut une vie pour remplir une maison et seulement un jour pour la vider. Les parents de Régis Sauder quittent le pavillon qu'ils ont occupé durant quarante-six ans et c'est leur fils qui entasse, dans le jardinet, les objets auxquels ils croyaient tenir et qu'ils n'ont pas emportés. Dans son ancienne chambre, s'est installé un petit Arabe de 11 ans, dont il tente en quelques secondes d'imaginer le destin. C'est cette image qui clôt en douceur ce beau documentaire lucide et cruel. Télérama

    Des récits pour les temps à venir
    Ce nouveau film remarquable est politique dans ses profondeurs.
    Régis Sauder est un cinéaste familier des territoires que l’on dédaigne, de leurs habitants souvent accablés de la double peine d’un sort difficile et des assignations sociales qui grèvent l’avenir. Il est né dans cette ville de Forbach, aux lisières de la Sarre. Honte sociale et violences scolaires le convaincront dès l’adolescence qu’il n’y construira pas sa vie. Un voyage intérieur le ramène à ce décor, à ce milieu, auprès de ceux qui sont restés. Là, il va expérimenter la valeur d’échange depuis la première personne du singulier. Une nécessité pour qui s’attache à ce que la singularité de chacun de ses interlocuteurs s’inscrive dans le temps et l’espace ainsi ménagés. Voisins, famille, amis, rencontres, de l’intime que le réalisateur met en jeu à la composition des voix plurielles, le film conjugue ce double récit. Vient se lier celui du tournage, qui s’est échelonné sur deux ans et demi à partir de mai 2014. Le vote Front national a explosé lors des municipales et place la ville sous de fâcheux éclairages. Les préoccupations de Régis Sauder ne sont pas étrangères à cette situation, mais elles émergent de profondeurs autrement significatives. On arrive avec lui au seuil du pavillon familial, qu’un cambriolage a mis sens dessus dessous. Ses mots finement remontent à la manière d’un pêcheur les lignes du passé. L’effacement menace. Tout ne peut être reconstitué. Le présent fera son office de revitalisation. Mohamed, Cherif, Sandrine, Flavia racontent le temps et ses parcours. Forbach a ses fantômes, ses mythes, ses réalités. Ses déserts et ses forces vives. Une jeunesse aussi pour laquelle les tables rases de la mémoire ne suffiront pas à faire tremplin. .. L'Humanité

    Rencontre avec Régis Sauder le 29 mai à 20h en partenariat avec Alsace Cinémas 

    Précédé du court métrage Les pieds sous la table de François Morel et MH Dufresne (8')

  • le 30 mai

    enfants autistes : bienvenue à l'école

    de Sophie Robert

    Documentaire – France – 2016 – 1h49

    Comment accompagner la scolarité d’un enfant autiste en milieu ordinaire ? Quels sont les pré requis de l’inclusion scolaire ? Comment adapter sa pédagogie à ces élèves différents ? Comment prévenir le harcèlement scolaire et faire des autres élèves les acteurs de l’inclusion ? Au fait, c’est quoi l’autisme ?
    Pour répondre à ces questions nous allons suivre en classe trois élèves autistes de profils très différents en interaction avec leurs professeurs et camarades : Victor, un enfant peu verbal pourvu d’une déficience cognitive ; Aniss, un enfant autiste typique sans déficience cognitive et Tristan, un enfant porteur du syndrome d’Asperger.
    En parallèle, trois enseignantes de maternelle et élémentaire, une AESH, une enseignante spécialisée et deux psychologues TEACCH et ABA, nous feront partager leur expérience de l’inclusion de façon concrète, enthousiaste et pragmatique.

    Rencontre avec Paul Franck, président de l’association Als’Asperger, et Rachel Ricard, directrice Développement et Qualité dans l’associationAdapei Papillons Blancs d’Alsace, le 30 mai à 20h

    Dans le cadre du Mois du Cerveau proposé par la Ville de Mulhouse

  • du 31 mai au 20 juin

    lou andreas-salomé

    De Cordula Kablitz-Post

    Avec Katharina Lorenz, Nicole Heesters, Liv Lisa Fries

    Drame historique, Biopic – Allemagne/ Suisse – VOST – 1h53

    Lou Andreas-Salomé, égérie intellectuelle, romancière et psychanalyste, décide d’écrire ses mémoires… Elle retrace sa jeunesse parmi la communauté allemande de Saint-Pétersbourg, marquée par le vœu de poursuivre une vie intellectuelle et la certitude que le sexe, donc le mariage, place les femmes dans un rôle subordonné. Elle évoque ses relations mouvementées avec Nietzsche et Freud et la passion qui l’a unie à Rilke. Tous ses souvenirs révèlent une vie marquée par le conflit entre autonomie et intimité, et le désir de vivre sa liberté au lieu de seulement la prêcher comme ses confrères…

    Sortie nationale

    Repas Fleurs et plantes sauvages le samedi 3 juin à 19h30 (séance : 20h30) = 7,50 euros/repas sur réservation avant le 2 juin au 03 89 60 48 99 ou cinebelair@wanadoo.fr

  • du 31 mai au 11 juin

    mister universo

    De Tizza Covi, Rainer Frimmel

    Avec Tairo Caroli, Wendy Weber, Arthur Robin

    Drame – Autriche/Italie – VOST – 2017 – 1H30

    Il était une fois...

    Il était une fois Tairo, jeune dompteur de fauves dans un petit cirque itinérant des villes et villages de la péninsule italienne. Effondré par la perte de son fer à cheval, son gage de chance et d’amour, Tairo va parcourir l'Italie, à la recherche de celui qui, jadis lui avait offert ce porte bonheur : Arthur Robin, ex Mister Univers, dit « l'homme le plus fort du monde ». Sur le mode de l’escapade, mêlant personnages réels et fiction,Tizza Covi & Rainer Frimmel continuent avec poésie et humour leur exploration de ces mondes marginaux qui luttent pour perdurer.

  • du 31 mai au 11 juin

    emily dickinson, a quiet passion

    De Terence Davies         

    Avec Cynthia Nixon, Jennifer Ehle, Jodhi May

    Biopic, Drame – Royaume-Uni/Belgique – VOST – 2017 – 2h05

    Nouvelle-Angleterre, XIXème siècle. Dans son pensionnat de jeunes filles de bonne famille, la jeune Emily Dickinson ne cesse de se rebeller contre les discours évangéliques qui y sont professés. Son père se voit contraint de la ramener au domicile familial, pour le plus grand bonheur de sa soeur Vinnie et de son frère Austin. Passionnée de poésie, Emily écrit nuit et jour dans l’espoir d’être publiée.  Les années passent, Emily poursuit sa recherche de la quintessence poétique. La rencontre avec une jeune mondaine indépendante et réfractaire aux conventions sociales ravive sa rébellion. Dès lors, elle n’hésite plus à s’opposer à quiconque voudrait lui dicter sa conduite.

    Personnage mystérieux devenu mythique, Emily Dickinson est considérée comme l’un des plus grands poètes américains.

  • du 2 juin

    1336 jours,des haut,DÉBATS, MAIS DEBOUT

    De Claude Hirsch

    Documentaire – France – 2017 – 1h13

    L’aventure a duré 1336 jours ! 1336 jours pendant lesquels un noyau d’irréductibles se sont battus sans relâche contre Unilever. La grosse multinationale avait en effet décidé en 2010 de fermer son usine de conditionnement de thé et infusion à côté d’Aubagne, estimant qu’elle n’était pas rentable. Mais voilà ! Ces 82 personnes vont non seulement se battre pour que le rideau de fer ne s’abaisse pas définitivement sur les portes de l’usine mais cette bande d’entêtés va utiliser toutes les voies possibles et imaginables pour maintenir leur activité, leur emploi et prouver à ce trust international que l’entreprise reste viable !

    Rencontre + débat avec le PCF

  • du 7 juin au 27 juin

    le vénérable w

    De Barbet Schroeder

    Documentaire – France/Suisse – VOST – 2017 – 1h40

    Ce film est présenté en Séance Spéciale au Festival de Cannes 2017

    En Birmanie, le « Vénérable W. » est un moine bouddhiste très influent. Partir à sa rencontre, c’est se retrouver au cœur du racisme quotidien, et observer comment l'islamophobie et le discours haineux se transforment en violence et en destruction. Pourtant nous sommes dans un pays où 90% de la population est bouddhiste, religion fondée sur un mode de vie pacifique, tolérant et non-violent.

    Sortie nationale

  • du 7 juin au 12 juin

    une semaine et un jour

    De Asaph Polonsky

    Avec Shai Avivi, Evgenia Dodina, Tomer Kapon

    Drame, Comédie – Israel – VOST – 2016 – 1h38

    À la fin du Shiv’ah - les 7 jours de deuil dans la tradition juive - l’existence doit reprendre son cours. Tandis que Vicky, sa femme, se réfugie dans les obligations du quotidien, Eyal, lui, décide de lâcher prise… Avec un ami de son fils défunt, il partage un moment de liberté salvateur et poétique, pour mieux renouer avec les vivants...

    Dans le cadre du Festival Shalom Europa

  • Du 8 juin au 13 juin

    WEDDING DOLL

    De Nitzan Gilady

    Avec Moran Rosenblatt, Assi Levy, Roy Assaf

    Drame – Israel – VOST – 2017 – 1h22

    Hagit, jeune femme fragile vit avec sa mère Sarah. Elle travaille dans une usine de papier et tente de gagner son indépendance. Sarah est déchirée entre son désir de la protéger et sa propre volonté de vivre sa vie de femme. Alors qu’une relation entre Hagit et le fils du propriétaire de l'usine se noue, elle décide de le cacher à sa mère…

    Dans le cadre du Festival Shalom Europa

  • le 10 juin

    les voyeurs

    De Uri Zohar

    Avec Arik Einstein, Sima Eliyahu, Uri Zohar

    Comédie dramatique – Israel – VOST version restaurée– 2016 – 1h30

    Sur la plage, à Tel-Aviv, les aventures échevelées de deux amis qui ne veulent pas grandir. Elli, marié, guitariste et grand séducteur, galère pour gagner sa vie et trompe sa femme sans l’assumer. Gutte, beach boy bougon, voudrait multiplier les conquêtes mais manque singulièrement de tact. Tout se complique car Millie, la femme d’Elli et Gutte ont une relation d’amitié sincère et Gutte répugne de plus en plus à lui mentir…

    Dans le cadre du Festival Shalom Europa

  • le 11 juin

    les yeux plus gros que le ventre

    De Uri Zohar

    Avec Uri Zohar, Arik Einstein, Sima Eliyahu

    Comédie – Israel – VOST – 1974 – 1h15

    Benny Forman dirige une équipe de basket-ball, dont la réussite de la saison est en train de se jouer. Marié, père d'un enfant, il multiplie les aventures extraconjugales. Mais sa femme découvre ses infidélités . Parallèlement, son meilleur ami, qui est aussi le meilleur joueur de son équipe, ne supporte plus son comportement de plus en plus méprisant… Benny perd les pédales…

    Dans le cadre du Festival Shalom Europa

  • le 13 juin

    trois jours et un enfant

    De Uri Zohar

    Avec Oded Kotler, Shai Asharov, Yehudit Sola

    Drame – Israel – VOST version restaurée – 1967 – 1h 30

    Un étudiant se voit confier pendant trois jours la garde de l'enfant d'une femme qu'il a aimée. Pendant ces trois jours, il transfère sur l'enfant les sentiments d'amour et de haine qu'il ressent encore pour cette femme.

    Dans le cadre du Festival Shalom Europa

Cinéma Bel Air - Mentions légales - Site réalisé par Tack Tack