Les RDV d'ATTAC et de la LDH, Rencontre

De Akio Fujimoto avec Muhammad Shofik Rias Uddin, Shomira Rias Uddin
Drame - Japon/France/Malaisie/Allemagne - 2025 - VOST - 1h39

Les Fleurs du manguier

Dans l'espoir de retrouver leur famille dispersée, Shafi, 4 ans, et sa sœur Somira, 9 ans, quittent un camp Rohingyas du Bangladesh pour rejoindre la Malaisie. Guidés par leur regard d’enfant, ils entreprennent une traversée périlleuse.

Rencontre avec la Cimade dans le cadre du Festival Migrant'scène.

Les pressions internationales n’y ont pas fait grand-chose : les Rohingyas, une minorité musulmane du Myanmar (l’ancienne Birmanie), privés de citoyenneté depuis 1982, continuent d’être discriminés dans ce pays d’Asie du Sud-est à la population majoritairement bouddhiste. L’été 2017, la persécution a viré au nettoyage ethnique et forcé sept cent cinquante mille Rohingyas à l’exil pour fuir les viols et les massacres perpétrés par l’armée. Travaillant au Myanmar depuis douze ans, le cinéaste japonais Akio Fujimoto a été sensibilisé au sort tragique, et longtemps tabou, du peuple rohingya. Il lui rend un hommage d’une vibrante empathie dans une fiction très documentée. Les Fleurs du manguier débute dans un camp de réfugiés surpeuplé au Bangladesh, où Shafi, 4 ans, sa sœur Somira, 9 ans, et leur mère préparent leur départ clandestin en bateau pour une vie qu’ils espèrent meilleure. Objectif : la Malaisie, où s’est déjà exilée une partie de leur famille. Un pays dont la religion officielle est l’islam, mais où ils ne sont pas forcément les bienvenus. Rayons de soleil dans l’obscurité Traversée maritime périlleuse sur un navire surpeuplé, violence cynique des passeurs, longues marches erratiques dans la forêt, traque féroce des policiers… C’est peu dire que le réalisateur ne ménage pas ses spectateurs. Sur le fond comme sur la forme : une bonne partie des scènes nocturnes, éclairées à la seule lueur fragile de lampes de poche, sont difficilement lisibles. Mais cette âpreté narrative et esthétique a le mérite de préserver le film du pathos. La force des Fleurs du manguier, sa beauté malgré tout tiennent à son point de vue inlassablement fixé à hauteur d’enfants. Le regard distancié de Shafi et Somira sur des événements dont ils ne comprennent pas toutes les implications permet, sans adoucir les horreurs traversées ni tomber dans le cliché de l’innocence perdue, d’éviter, au sortir de la projection, d’avoir un moral totalement plombé. Le refuge dans les jeux que les deux petits parviennent à préserver, la complicité entre leurs deux formidables jeunes comédiens — frère et sœur dans la vie — sont comme des rayons de soleil dans l’obscurité. Et la mise en scène parvient à transcender son naturalisme par une envolée presque fantastique dans une bouleversante séquence finale. Télérama

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