Festival Augenblick - Compétition longs métrages

De Marie Kreutzer avec Léa Seydoux, Catherine Deneuve, Jella Haase, Laurence Rupp, Sylvester Groth
Drame - Autriche/Allemagne/France - 2026 - VOST - 1h55

Gentle Monster

Lucy et Philip sont heureux, ils viennent d’emménager avec leur fils dans une maison de campagne près de Munich. Un matin, leur vie bascule lorsque la police se présente à leur domicile pour arrêter Philip et saisir ses ordinateurs. Bouleversée, Lucy cherche la vérité sur son mari. Qui est-il réellement ? Doit-elle l’éloigner de son fils ?

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Le « monstre doux » du titre n’est pas encagé dans quelque laboratoire ou zoo, mais dort nu, tout contre Lucy (Léa Seydoux), dans une paisible campagne allemande, non loin de Munich. C’est son mari, son amant, le père de son garçonnet. Un homme qu’elle croyait connaître, et dont elle apprend un matin, par la police, qu’il est impliqué dans un trafic d’images pédopornographiques. Le nouveau long métrage de la réalisatrice autrichienne Marie Kreutzer (après Corsage, relecture féministe d’un moment de la vie de Sissi, en 2022) s’inscrit dans le vaste mouvement, aussi bien littéraire que cinématographique, qui met au jour, depuis plusieurs années, tous les visages de la masculinité toxique. Dévoilé dans le contexte de la compétition cannoise, il peut rappeler le tranchant Anatomie d’une chute, de Justine Triet (Palme d’or 2023), probablement l’un de ses modèles. Car, ici, à nouveau, c’est au sein du couple et de la cellule familiale que l’altérité effrayante, l’inconnu vertigineux surgissent, entachant le passé et le présent, compromettant le futur. Parmi les qualités du film : la suggestion réussie d’un amour conjugal réciproque et charnel, avant la déflagration, et la précision des paliers psychologiques par lesquels passe ensuite l’héroïne. Lucy veut la vérité, que la police, s’abritant derrière la loi, lui cache en partie, et sa terreur concerne, d’abord, l’éventualité d’agressions sexuelles à l’encontre de l’enfant du couple. Mais la jeune femme, musicienne et idéaliste, s’accroche aussi, pour esquiver le pire, aux vagues espoirs que chaque nouveau mensonge de son mari (l’acteur autrichien Laurence Rupp, excellent) lui laisse. Léa Seydoux émouvante et captivante D’un volontarisme plus voyant sont les scènes de vie familiale de la jeune policière en charge de l’enquête. Cette dernière s’occupe d’un père dont la démence sénile a révélé la propension aux gestes outrageants envers les aide-ménagères qui se succèdent chez lui. Or sa fille, inflexible et clairvoyante sur ces sujets dans l’exercice de son travail, se montre plus aveuglée, voire négligente, dans la sphère intime. Autre mâle nocif du film, le vieil homme, à la fois irresponsable et coupable, sert surtout à parachever la démonstration de la réalisatrice. Les apparitions de Catherine Deneuve, en mère éclairée, à la fois distante et aimante, apportent, au passage, une plus-value cinématographique, tout comme les séquences où Lucy s’adonne à son art, qui devient son exutoire, chez elle ou en public : revisiter au piano, façon musique bruitiste, des standards de la pop… Léa Seydoux est sobre, émouvante et captivante, dans ce parcours qui mène de l’incrédulité au dessillement inconsolable. Gentle Monster, « monstre doux », voilà qui rappelle le titre d’un livre récent et majeur, signé Neige Sinno, sur un sujet voisin : Triste Tigre. Télérama

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