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Chronique

«La résignation est un suicide quotidien.» H. de Balzac
«Le capital est seulement le fruit du travail et il n'aurait jamais pu exister si le travail n'avait tout d'abord existé.» A. Lincoln

Balzac et Lincoln.
Deux cinémas d’art et essai parisiens, emblématiques, des modèles d’engagement et d’exigence, ont fermé leurs portes en décembre 2011. Le Balzac et Le Lincoln. La raison ? Simplement pour dire : Stop ! Danger ! Signifier au public et aux institutionnels que maintenant le pronostic vital était engagé, la question de vie ou de mort des cinémas d’art et essai indépendants se posait, crue et violente. Cela s’est déroulé du 21 au 27 décembre derniers, c’était certes symbolique néanmoins il s’agissait des premières portes closes en 75 ans d’activité pour le Balzac et en 40 années  pour le Lincoln. Alors, pourquoi «stop !» et pourquoi «danger !» ? Pour une raison toute simple et toute bête : les cinémas indépendants risquent effectivement de mourir en emportant avec eux une histoire, une vision du monde et un peu de la vie de beaucoup de gens. En effet, les gros groupes (dont la Holding Lumières basée à Lille qui possède le Palace) ont jeté leur dévolu carnassier sur tous les films art et essai potentiellement porteurs d’entrées (et donc de recettes). Ce faisant, ils coupent l’oxygène, les vivres, les jarrets, les perspectives des indépendants (dont le Cinéma Bel Air). En fait, c’est tout simple, c’est tout bête mais, l’air de rien, tout dramatique. Comme une délocalisation, un non-remplacement d’un départ à la retraite, la réduction d’une aide sociale, un film non programmé, un crédit pour la recherche non renouvelé, la suppression d’un emploi… Tout simple, tout bête et pourtant redoutablement dévastateur. La préméditation constituant un facteur aggravant. La raison du plus fort. Pas du plus sensible. Pas du plus intelligent. Pas du plus généreux. Pas du plus soucieux des autres. Non. La raison du plus fort. Le pouvoir de l’argent et son corollaire la brutalité. La courte vue du gestionnaire. Point.  
Toute notre philosophie, les Amis du Bon Cinéma le savent, repose sur la défense des films d’auteurs de petite ou grande notoriété. Or, de plus en plus, les gros exploitants viennent poser leurs colombins dans nos jardins en nous barrant l’accès à un type de programmation susceptible de nous faire vivre. Cela ne nous arrêtera pas car oui, nous défendons, nous continuons de défendre tous les films, modestes ou non, dès lors qu’ils ont l’ambition de faire le pari de l’intelligence et de la sensibilité. Pour autant, malgré la volonté acharnée de la concurrence, nous ne saurions être réduits/catalogués/enfermés dans la case «salles des films perdus». Les mânes de Georges Méliès, de Henri Langlois et de Orson Welles, entre autres, étant sans aucun doute de son côté, le Cinéma Bel Air ne va pas se laisser éteindre le projecteur comme ça. Qu’on se le dise.              M.

PS : Il est de notoriété publique que celui qui s’avoue vaincu est mort. Partant de là, non seulement le Cinéma Bel Air résiste mais il se conjugue au futur. En effet, il est le premier cinéma Art et Essai sur la place mulhousienne à se doter d’un projecteur numérique. Cela lui permettra, comme d’habitude, d’être en phase avec son temps et ergo de redonner du lustre à son avenir.    
Il est de notoriété publique que celle qui s’avoue vaincue est morte. Louise Wimmer. Un beau film qui dit la chiennerie de l’époque. Une femme qui se bat, qui ne baisse pas les bras, bref une qui en a. Et dont le sourire n’est pas mort. Comme une métaphore du Cinéma Bel Air. A voir donc.
Et pour 2012 ? Nous vous souhaitons, nous nous souhaitons des Louise Wimmer en pagaille.

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