Les RDV d'ATTAC et de la LDH

De Raoul Peck avec Damian Lewis, George Orwell, George W. Bush, Viktor Orbán, Colin Powell
Documentaire - Etats-Unis - 2025 - VOST - 1h59

Orwell: 2+2=5

1949. George Orwell termine ce qui sera son dernier mais plus important roman, 1984. ORWELL : 2+2=5 plonge dans les derniers mois de la vie d'Orwell et dans son œuvre visionnaire pour explorer les racines des concepts troublants qu'il a révélés au monde dans son chef-d'œuvre dystopique : le double discours, le crime par la pensée, la novlangue, le spectre omniprésent de Big Brother... des vérités sociopolitiques qui résonnent encore plus puissamment aujourd'hui.

Rencontre avec ATTAC et la Ligue des Droits de l'Homme le vendredi 20 mars à 20h

A écouter : «Orwell 2+2 = 5», le nouveau film de Raoul Peck pour qui George Orwell est «un frère» (Tous les cinémas du monde, RFI)

A voir : 1984 ou Le meilleur des mondes - Georges Orwell versus Aldous Huxley (Arte)

Lors de la première mondiale dans la salle préférée de Godard au Festival de Cannes, quand le générique arrive, les applaudissements sont faibles, mesurés, puis soudain, ils déferlent dans la salle comme une vague interminable devant le réalisateur. Car Orwell 2+2=5 est un film qui laisse sans voix. Sa puissance évocatrice est évidente, brutale, nette. Le documentaire qui s’ouvre comme une biographie tiède et polie du célèbre romancier britannique aborde tout de suite ce que l’écrivain a dénoncé : l’écrasement de l’humanité par la guerre et l’abus de pouvoir. La vérité s’étale comme une plaie béante, qu’il s’agisse des conflits en Ukraine, à Haïti, en Afrique, ou ailleurs, et l’arrivée au pouvoir de femmes et d’hommes, enfin surtout d’hommes d’ailleurs, qui n’ont pas peur des mots, du populisme, pour imposer le dictat de leur ambition. Comme d’habitude, Raoul Peck ne fait pas un simple documentaire. Il met en scène un instrument politique au service de l’ignorance du monde. Car la seule clé qui subsiste dans la démocratie demeure la capacité des peuples à se soulever et à refuser la domination. On sait pourtant depuis l’œuvre de La Boétie sur la Servitude Volontaire que le pouvoir fonctionne par la déformation de la vérité et la peur, quand elle ne mobilise pas des tortures physiques ou psychologiques, à tous les niveaux des états ou même des organisations de travail. Orwell 2+2=5 a pour objet d’ouvrir de nouveau les consciences devant ce qui se joue depuis que l’homme existe. Les romans 1984 ou La ferme des animaux ont pourtant explicitement dénoncé ces états de fait. Mais comme en pédagogie, il faut rappeler les évidences, répéter les discours, ce qu’entreprend le cinéaste dans une langue directe et sans fard. En ce sens, Orwell 2+2=5 n’est pas qu’un discours politique obstiné et manipulatoire. C’est une œuvre extrêmement bien écrite qui mêle les éléments biographiques de l’auteur, appuyés sur son journal intime, des illustrations passées ou contemporaines, des extraits des romans de l’écrivain et de films qui ont adapté ses écrits. Peck affiche des slogans sortis de 1984 ou accompagne sa structure narrative du cri du porc noir, identifiable dans La ferme des animaux. De fait, le lien entre l’œuvre de l’écrivain satirique et visionnaire et celle du documentariste militant devient évident, loin de tout manichéisme, toute manipulation idéologique, mais dans une objectivation que ce capitalisme mondialisé, à la solde des dictature, doit trouver un nouveau modèle où la notion de démocratie ne sera pas un vain mot. Peck dresse un constat saisissant qui renvoie à la responsabilité du spectateur, sans pour autant faillir à la culpabilisation ou la mise en cause. De manière inlassable revient la scène où un opérateur demande à un pauvre quidam s’il compte quatre ou cinq doigts levés dans sa main, car nous sommes aussi un peu ce quidam poussé à affirmer des contre-vérités sous le joug de la terreur ou se soumettre par dépit à la rage des puissants. Voilà peut-être un des films les plus intéressants des projections cannoises de 2025, lequel aurait pu largement gagner sa place dans la compétiton officielle. Raoul Peck et Georges Orwell ne forment plus qu’un, dans un discours qui nous changera pour longtemps. à Voir à Lire

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