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École & Cinéma

Ecole & Cinéma est un dispositif d'éducation à l'image mis en oeuvre au niveau national par l'association "Les Enfants de Cinéma", et qui a pour but de faire découvrir aux écoliers le cinéma en tant qu'art, dans toute sa diversité.

Dans le Haut-Rhin, la coordination Culture est assurée par le Cinéma Bel Air depuis 1998, en binôme avec la coordination Education Nationale départementale. Depuis 2014, c'est Amandine Kuhner qui le porte : organisation de formations et prévisionnements pour les enseignants, relations avec les salles partenaires, circulation de copies. Plus de 12.000 enfants sont inscrits sur le département et découvrent les films dans 19 cinémas et points de projections, de Saint-Louis à Ribeauvillé.

Le programme 2019/2020 sera très ... animal  :
Shaun le mouton, Katia et le crocodile, Le chien jaune de Mongolie, La tortue rouge.

Ecole & Cinéma

De MARK BURTON, RICHARD STARZAK avec Justin Fletcher, Omid Djalili, Richard Webber, Kate Harbour, Tim Hands Aventure Animation Comédie - Royaume-Uni/France - 2015 - VF - 1h25

SHAUN LE MOUTON

Shaun est un petit mouton futé qui travaille, avec son troupeau, pour un fermier myope à la ferme Mossy Bottom, sous l’autorité de Bitzer, chien de berger dirigiste mais bienveillant et inefficace. La vie est belle, globalement, mais un matin, en se réveillant, Shaun se dit que sa vie n’est que contraintes. Il décide de prendre un jour de congé, avec pour cela un plan qui consiste à endormir le fermier. Mais son plan fonctionne un peu trop bien et il perd rapidement le contrôle de la situation. Une chose en entraînant une autre, tout le troupeau se retrouve pour la première fois bien loin de la ferme et plus précisément : dans la grande ville. Mais comment un mouton peut-il survivre en ville ?

Nouvelle pépite de l'animation signée Aardman. À bêler de plaisir. Les studios d'animation Aardman ont encore frappé ! Apparu en 1995 dans le court métrage oscarisé Rasé de près, au côté de Wallace et Gromit, Shaun le mouton, héros d'une série télé rien qu'à lui depuis 2007, fête en beauté ses vingt ans d'existence avec un long métrage qui l'entraîne loin de sa paisible ferme. À quoi reconnaît-on un film d'animation réussi? Souvent, à ses premières images qui donnent le la. Ici, le récit désopilant et tendre, en une poignée de secondes, de l'enfance de Shaun, laisse augurer du meilleur. Et ne ment pas. Car, pendant l'heure et demie qui suit, les aventures de ce mouton futé vont cumuler inventivité scénaristique (savoureuse scène où l'on voit, appliquée à la lettre, la fameuse expression "compter les moutons pour s'endormir"), clins d'oeil malins (de Hannibal Lecter aux Beatles) et capacité à fédérer petits et grands. Bien plus qu'une simple suite de gags Et tout cela parce que Shaun, las de la vie répétitive et contraignante de la ferme, a décidé, un beau matin, de s'offrir une journée off où, bien évidemment, rien ne se passera comme prévu. Car son plan fonctionne si bien qu'il va totalement perdre le contrôle de la situation, se retrouver avec son troupeau et leur chien de garde sans repère dans la grande ville voisine. Où il va tenter de retrouver la trace de leur fermier devenu amnésique et que son talent dans la tonte des ovins a transformé en nouveau coiffeur à la mode! Et cette métropole va se révéler un terrain de jeu infini où le piège évident aurait été de verser dans la simple juxtaposition de gags. Or le duo Richard Starzak-Mark Burton, coauteurs de ce Shaun le mouton, prend garde à bien inscrire dans le déroulé de leur récit chacune des situations hilarantes qu'ils ont imaginées à grand renfort d'anthropomorphisme (le chien de garde forcé à s'improviser chirurgien, le passage par la case fourrière transformée en une prison digne de la série Oz). Et à bannir tout effet gratuit. Le tout sans dialogue puisque, seule entorse à l'anthropomorphisme ambiant, les animaux ne sont pas doués de parole. Bilan: le plaisir joyeux provoqué par ce film d'animation renvoie à la grande époque des Pixar...ou au premier Wallace et Gromit. La boucle est bouclée! Happy birthday, Shaun ! L'Express
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De Vera SIMKOVA avec Ywetta Hollauerová, Alois Minsky, Eva Dyková, Alena Cechová, Minka Malá Comédie - Tchécoslovaquie - 1966 - VF - 1h12

Katia et le crocodile

Dans la rue, Katia, brunette de huit ans, sa clé accrochée au cou par une ficelle, essaye de tuer le temps. Rencontré par hasard, un écolier lui confie les animaux de sa classe qu’il doit garder pendant les vacances : deux lapins, un petit singe, un étourneau qui parle, des souris blanches, une tortue et un bébé crocodile ! Katia ramène la ménagerie chez son grand-père, le violoniste. Minka, la petite sœur veut jouer avec les animaux et les laisse s’échapper… Grand-père laisse ouvert le robinet de la baignoire où niche le crocodile... celui-ci se sauve par la gouttière, l’étourneau s’envole, la tortue fait l’objet de trocs successifs, le singe parcourt les toits, les lapins vagabondent. La bande des enfants parcourt la ville à la recherche des fugitifs. Tout le quartier est en émoi. Quelle journée !

L'avis de Benshi : S’il y a bien un patrimoine cinématographique qui déborde d’inventivité, c’est bien le cinéma tchèque. Outre la force et la diversité formelle de ces films d’animations, il existe également de nombreuses pépites en prises de vues continues, encore malheureusement trop peu connues du grand public. Katia et le crocodile fait partie de ces bijoux immanquables qui suscitera, vous pouvez en être sûr, l’enthousiasme des jeunes spectateurs ! Ces derniers prendront un plaisir fou à découvrir la ménagerie pour le moins exotique de Katia, avant d’être entraînés dans un rythme totalement effréné, à la poursuite des animaux ! Si l’intrigue les tiendra en haleine, leurs zygomatiques ne seront pas en reste non plus, grâce aux gags burlesques et aux situations cocasses qui parsèment le film et contribuent à lui donner toute sa saveur. Il se dégage de Katia et le crocodile une vivacité et une énergie folle, propre à cette enfance fougueuse, qui insuffle au film un dynamisme unique ! Tout d’abord contenue, cette énergie va finalement s’étendre à toute la ville, à mesure que les nuées d’enfants envahissent les appartements, les rues, les toits et les rivières, avec malice et allégresse. A l’instar du Paris de Zazie dans le métro, Prague va se transformer en un vaste terrain de jeu, source de réjouissances certaines pour les petits spectateurs ! Alors qu’ils s’amuseront de ce joyeux bazar, les adultes quant à eux, apprécieront la façon dont cela bouscule et met à mal l’ordre établi, donnant au film un parfum subversif. Pour sublimer le tout on retrouve finalement dans Katia et le crocodile quelques trucages qui introduisent cette part de magie et d’insolite, propre à faire rêver le spectateur en l’amenant dans un ailleurs merveilleux. Tout ce long métrage, entre poésie et burlesque, est servi par une photographie sublime, nous offrant de magnifiques portraits d’enfants, qui ne seront pas sans vous rappeler les photographies d’un certain Robert Doisneau… Une véritable cure de bonne humeur qui captivera les jeunes spectateurs et fera ressurgir l’âme d’enfant de leurs parents.
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De Byambasuren Davaa avec Batchuluun Urjindorj, Buyandulam Daramdadi, Nansal Batchuluun, Nansalmaa Batchuluun Mongolie/Allemagne - 2005 - VF - 1h33

Le chien jaune de Mongolie

Nansal, une gamine de six ans, est l'aînée d'une famille de nomades du Nord de la Mongolie. Un jour, elle ramène chez elle un chien abandonné, mais son père pense qu'il va leur porter malheur et veut qu'elle s'en débarrasse. Nansal tente de le cacher, mais le jour où la famille déménage, elle doit abandonner le chien...

Une famille nomade mongole, ses croyances, ses difficultés, ses espoirs. L’ambivalence d’un peuple tourné vers sa terre et la modernisation. Octobre 2004, les spectateurs français découvraient L’histoire du chameau qui pleure, la première fiction déjà très singulière et prometteuse de la jeune Mongole Byambasuren Davaa [1], réalisée avec Luigi Forlani en 2003 pour son cycle de fin d’études. Très inspiré d’un rituel que lui racontaient ses grands-parents étant petite - le recours à la musique pour aider une chamelle à mettre bas et à offrir toute l’affection et le lait nécessaires à son petit -, la réalisatrice mettait subtilement en lumière dans son documentaire narratif l’amour dont nous avons tous besoin pour vivre. Qui plus est quand climat et précarité riment avec survie. Aujourd’hui, la jeune femme s’attache à témoigner de la ferveur bouddhiste qui animait encore son peuple il y a peu - notamment, la croyance en un lien sacré entre l’homme et le chien faisant partie intégrante du cycle de la réincarnation -, et à prolonger la transmission des contes et légendes de sa terre, d’autant qu’elle a pris conscience du rôle qu’avait joué la ville dans sa propre "ignorance" [2]. Une révélation que son dernier film préserve étonnamment intacte, malgré un récit en partie autobiographique et l’incursion récurrente d’un regard suggestif, empreint de merveilleux. Le parcours initiatique que vit Nansa - son apprentissage de la terre, des animaux, de la peur, du chagrin, l’interdit posé par son père méfiant à l’égard du chien -, sa découverte des légendes et des rites ancestraux auprès d’une vieille femme, s’inspirent largement de la morphologie des contes populaires et de ce qu’a vécu Byambasuren Davaa, enfant, en Mongolie, auprès de sa mère et de sa grand-mère. Des images fortes, annonciatrices de mauvais augure ou hautement symboliques, illustrant une filiation et une transmission, viennent chevaucher des séquences purement descriptives de la vie agraire et familiale des vastes plaines. Le propos n’est pas de juger ni d’influencer. Si l’émotion sert magnifiquement le mythe ou l’éclosion du drame, via un univers onirique jalonné de suspense et d’angoisse, la jeune réalisatrice nous offre, avec Le chien jaune de Mongolie, une œuvre réflexive gorgée d’espoir et un précieux document historique et social. Se situant à la lisière de ses personnages, "symboles" de toute une population et de plusieurs générations, Byambasuren Davaa se penche avant tout sur les interrogations, doutes et espoirs que suscite la modernisation chez les nomades mongols. Comment les adultes peuvent-ils encore faire confiance, sacraliser le chien abandonné par ceux qui partent pour la ville et qui erre parmi les loups ? Comment les enfants peuvent-ils comprendre la méfiance et les recommandations de leurs parents ? De même, elle illustre la difficulté des parents à transmettre à la fois à leurs enfants le goût pour la terre, les croyances ancestrales et l’érudition. Une position délicate, magistralement traitée, qui recquiert l’autorité adéquate pour les préserver des dangers et la souplesse nécessaire pour leur donner très tôt un fort esprit d’indépendance. Avoir-alire
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De Michael Dudok de Wit avec Emmanuel Garijo, Tom Hudson, Baptiste Goy, Axel Devillers, Barbara Beretta Animation - France/Belgique/Japon - 2016 - 1h20

La Tortue rouge

À travers l’histoire d’un naufragé sur une île déserte tropicale peuplée de tortues, de crabes et d’oiseaux, La Tortue rouge raconte les grandes étapes de la vie d’un être humain.

Tout commence par une tempête en haute mer. Des vagues géantes déploient leur fureur, envahissent l'écran. Immersion totale. Perdu, affolé, happé et ballotté, un naufragé se débat, point dérisoire au cœur d'une formidable montagne d'eau en mouvement. Entre l'homme et la nature, tout commence, donc, dans le fracas d'une guerre inégale. Sauf que La Tortue rouge est l'ample et émouvant récit d'une réconciliation. Mieux, d'une fusion amoureuse. Ce somptueux film d'animation (prix spécial à Cannes, dans la section Un certain regard) est bien plus qu'un récit écolo comme les autres. Il s'enivre de la beauté des éléments, du vivant comme du minéral, avec la force des grands récits mythologiques. Lorsque la mer, enfin calmée, recra­che le héros, à peine vif, sur une île déserte, on croit pourtant voir poin­dre une énième histoire exotique, ­façon Robinson Crusoé. Fausse piste, ou plutôt erreur de perspective. L'être humain, ici, n'est pas le jouet du décor. Et la nature n'est pas une réserve d'accessoires à la disposition de son ingéniosité. C'est une puissance mys­térieuse, à la fois impassible et changeante, accueillante et rétive... Au début, l'homme veut faire l'homme. Il croit à la chimère d'une con­quête, d'une mise au pas. Il s'acharne. Il fabrique un radeau de fortune, avec ce qui lui tombe sous la main. Mais la mer ne veut pas le laisser partir. Dix fois, cent fois, il échoue avant de gagner le large, coulé par une force énigmatique et invisible. Exactement comme le film qui, dix fois, cent fois, déjoue nos attentes, nos habitudes de spectateur. Il faut du temps, à lui comme à nous, pour changer de point de vue, laisser l'arrière-plan devenir l'es­sentiel : le cycle du ressac sur le sable lisse, le chant des bambous agités par le vent, le rythme des jours qui ­défilent, lents et réguliers, comme la respiration d'un dormeur. Animé « à la main » et à l'ancienne, à l'aquarelle et au fusain, ce conte contemplatif — et totalement sans paroles — s'exprime à travers la lumière changeante et le jeu des couleurs — or du soleil, plomb de l'orage, mercure d'une nappe d'eau douce... L'île est-elle vraiment magique ? Epuisé, en haillons, l'homme sans nom et sans mots divague. Son sommeil, à même le sable, se peuple de visions. Mais c'est bien éveillé, sous le soleil, qu'il trouve celle qui, inlassablement, coule son embarcation et l'empêche de fuir. C'est une immense tortue rouge qui, comme dans l'un de ces mythes aussi vieux que les rochers et l'eau, se transforme en femme à l'immense chevelure rousse emmêlée. L'île devient, dès lors, le lieu d'une vie à deux — puis à trois, lorsqu'un enfant naît et gran­dit. Bonheur primitif, quotidien, rythmé par la course malicieuse des cra­bes voleurs, l'étirement des ombres, le ­crépitement des ondées passagères. Et cycle tranquille des siestes et des rires, de la pêche et de la cueillette. Rien d'ennuyeux dans la douceur naïve de ces silhouettes enfin apaisées qui épousent leur environnement, ­jus­que dans ses déchaînements de ­violence (inoubliable et spectaculaire ­séquence de tornade). Du Néerlandais Michaël Dudok De Wit, on aimait le sens de l'épure, les jeux graphiques sur l'ombre et la lumière, toute une poésie méditative qu'il exprimait dans ses courts métrages. Dans Le Moine et le Poisson, une partie de pêche tournait au ballet cocasse entre le pêcheur rondouillard et sa proie, pour se terminer, déjà, par une rêveuse réconciliation. Dans Père et fille (oscar du meilleur court métrage 2001), tous les chemins menaient aussi à la mer, à sa ligne énigmatique, entre vie et mort. Mais son premier long métrage est plus réussi encore, avec son supplément d'animisme à la japonaise. Dans sa description de la nature, dans chaque souffle de vent et dans chaque brindille, le film reflète l'influence du studio Ghibli, des maîtres Isao Takahata et Hayao Miyazaki. Ce sont eux, d'ailleurs, qui ont sollicité le cinéaste, qui ont présidé à la naissance du film, produit, en France, par le studio Prima Linea. Démarche historique, puisque La Tortue rouge est leur toute première collaboration avec un artiste étranger et extérieur au studio. A ce conte original, ils ont trouvé une place de choix sur la carte de leur univers, à l'ouest des forêts magiques de Princesse Mononoké et de l'océan de Ponyo sur la falaise. Quelque part sur le tropique du chef-d'œuvre. Télérama

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