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École & Cinéma

Ecole & Cinéma est un dispositif d'éducation à l'image mis en oeuvre au niveau national par l'association "Les Enfants de Cinéma", et qui a pour but de faire découvrir aux écoliers le cinéma en tant qu'art, dans toute sa diversité.

Dans le Haut-Rhin, la coordination Culture est assurée par le Cinéma Bel Air depuis 1998, en binôme avec la coordination Education Nationale départementale. Depuis 2014, c'est Amandine Kuhner qui le porte : organisation de formations et prévisionnements pour les enseignants, relations avec les salles partenaires, circulation de copies. Plus de 12.000 enfants sont inscrits sur le département et découvrent les films dans 19 cinémas et points de projections, de Saint-Louis à Ribeauvillé.

Le programme 2019/2020 sera très ... animal  :
Shaun le mouton, Katia et le crocodile, Le chien jaune de Mongolie, La tortue rouge.

Ecole & Cinéma

De Vera SIMKOVA avec Ywetta Hollauerová, Alois Minsky, Eva Dyková, Alena Cechová, Minka Malá Comédie - Tchécoslovaquie - 1966 - VF - 1h12

Katia et le crocodile

Dans la rue, Katia, brunette de huit ans, sa clé accrochée au cou par une ficelle, essaye de tuer le temps. Rencontré par hasard, un écolier lui confie les animaux de sa classe qu’il doit garder pendant les vacances : deux lapins, un petit singe, un étourneau qui parle, des souris blanches, une tortue et un bébé crocodile ! Katia ramène la ménagerie chez son grand-père, le violoniste. Minka, la petite sœur veut jouer avec les animaux et les laisse s’échapper… Grand-père laisse ouvert le robinet de la baignoire où niche le crocodile... celui-ci se sauve par la gouttière, l’étourneau s’envole, la tortue fait l’objet de trocs successifs, le singe parcourt les toits, les lapins vagabondent. La bande des enfants parcourt la ville à la recherche des fugitifs. Tout le quartier est en émoi. Quelle journée !

L'avis de Benshi : S’il y a bien un patrimoine cinématographique qui déborde d’inventivité, c’est bien le cinéma tchèque. Outre la force et la diversité formelle de ces films d’animations, il existe également de nombreuses pépites en prises de vues continues, encore malheureusement trop peu connues du grand public. Katia et le crocodile fait partie de ces bijoux immanquables qui suscitera, vous pouvez en être sûr, l’enthousiasme des jeunes spectateurs ! Ces derniers prendront un plaisir fou à découvrir la ménagerie pour le moins exotique de Katia, avant d’être entraînés dans un rythme totalement effréné, à la poursuite des animaux ! Si l’intrigue les tiendra en haleine, leurs zygomatiques ne seront pas en reste non plus, grâce aux gags burlesques et aux situations cocasses qui parsèment le film et contribuent à lui donner toute sa saveur. Il se dégage de Katia et le crocodile une vivacité et une énergie folle, propre à cette enfance fougueuse, qui insuffle au film un dynamisme unique ! Tout d’abord contenue, cette énergie va finalement s’étendre à toute la ville, à mesure que les nuées d’enfants envahissent les appartements, les rues, les toits et les rivières, avec malice et allégresse. A l’instar du Paris de Zazie dans le métro, Prague va se transformer en un vaste terrain de jeu, source de réjouissances certaines pour les petits spectateurs ! Alors qu’ils s’amuseront de ce joyeux bazar, les adultes quant à eux, apprécieront la façon dont cela bouscule et met à mal l’ordre établi, donnant au film un parfum subversif. Pour sublimer le tout on retrouve finalement dans Katia et le crocodile quelques trucages qui introduisent cette part de magie et d’insolite, propre à faire rêver le spectateur en l’amenant dans un ailleurs merveilleux. Tout ce long métrage, entre poésie et burlesque, est servi par une photographie sublime, nous offrant de magnifiques portraits d’enfants, qui ne seront pas sans vous rappeler les photographies d’un certain Robert Doisneau… Une véritable cure de bonne humeur qui captivera les jeunes spectateurs et fera ressurgir l’âme d’enfant de leurs parents.
Ecole & Cinéma

De Michael Dudok de Wit avec Emmanuel Garijo, Tom Hudson, Baptiste Goy, Axel Devillers, Barbara Beretta Animation - France/Belgique/Japon - 2016 - 1h20

La Tortue rouge

À travers l’histoire d’un naufragé sur une île déserte tropicale peuplée de tortues, de crabes et d’oiseaux, La Tortue rouge raconte les grandes étapes de la vie d’un être humain.

Tout commence par une tempête en haute mer. Des vagues géantes déploient leur fureur, envahissent l'écran. Immersion totale. Perdu, affolé, happé et ballotté, un naufragé se débat, point dérisoire au cœur d'une formidable montagne d'eau en mouvement. Entre l'homme et la nature, tout commence, donc, dans le fracas d'une guerre inégale. Sauf que La Tortue rouge est l'ample et émouvant récit d'une réconciliation. Mieux, d'une fusion amoureuse. Ce somptueux film d'animation (prix spécial à Cannes, dans la section Un certain regard) est bien plus qu'un récit écolo comme les autres. Il s'enivre de la beauté des éléments, du vivant comme du minéral, avec la force des grands récits mythologiques. Lorsque la mer, enfin calmée, recra­che le héros, à peine vif, sur une île déserte, on croit pourtant voir poin­dre une énième histoire exotique, ­façon Robinson Crusoé. Fausse piste, ou plutôt erreur de perspective. L'être humain, ici, n'est pas le jouet du décor. Et la nature n'est pas une réserve d'accessoires à la disposition de son ingéniosité. C'est une puissance mys­térieuse, à la fois impassible et changeante, accueillante et rétive... Au début, l'homme veut faire l'homme. Il croit à la chimère d'une con­quête, d'une mise au pas. Il s'acharne. Il fabrique un radeau de fortune, avec ce qui lui tombe sous la main. Mais la mer ne veut pas le laisser partir. Dix fois, cent fois, il échoue avant de gagner le large, coulé par une force énigmatique et invisible. Exactement comme le film qui, dix fois, cent fois, déjoue nos attentes, nos habitudes de spectateur. Il faut du temps, à lui comme à nous, pour changer de point de vue, laisser l'arrière-plan devenir l'es­sentiel : le cycle du ressac sur le sable lisse, le chant des bambous agités par le vent, le rythme des jours qui ­défilent, lents et réguliers, comme la respiration d'un dormeur. Animé « à la main » et à l'ancienne, à l'aquarelle et au fusain, ce conte contemplatif — et totalement sans paroles — s'exprime à travers la lumière changeante et le jeu des couleurs — or du soleil, plomb de l'orage, mercure d'une nappe d'eau douce... L'île est-elle vraiment magique ? Epuisé, en haillons, l'homme sans nom et sans mots divague. Son sommeil, à même le sable, se peuple de visions. Mais c'est bien éveillé, sous le soleil, qu'il trouve celle qui, inlassablement, coule son embarcation et l'empêche de fuir. C'est une immense tortue rouge qui, comme dans l'un de ces mythes aussi vieux que les rochers et l'eau, se transforme en femme à l'immense chevelure rousse emmêlée. L'île devient, dès lors, le lieu d'une vie à deux — puis à trois, lorsqu'un enfant naît et gran­dit. Bonheur primitif, quotidien, rythmé par la course malicieuse des cra­bes voleurs, l'étirement des ombres, le ­crépitement des ondées passagères. Et cycle tranquille des siestes et des rires, de la pêche et de la cueillette. Rien d'ennuyeux dans la douceur naïve de ces silhouettes enfin apaisées qui épousent leur environnement, ­jus­que dans ses déchaînements de ­violence (inoubliable et spectaculaire ­séquence de tornade). Du Néerlandais Michaël Dudok De Wit, on aimait le sens de l'épure, les jeux graphiques sur l'ombre et la lumière, toute une poésie méditative qu'il exprimait dans ses courts métrages. Dans Le Moine et le Poisson, une partie de pêche tournait au ballet cocasse entre le pêcheur rondouillard et sa proie, pour se terminer, déjà, par une rêveuse réconciliation. Dans Père et fille (oscar du meilleur court métrage 2001), tous les chemins menaient aussi à la mer, à sa ligne énigmatique, entre vie et mort. Mais son premier long métrage est plus réussi encore, avec son supplément d'animisme à la japonaise. Dans sa description de la nature, dans chaque souffle de vent et dans chaque brindille, le film reflète l'influence du studio Ghibli, des maîtres Isao Takahata et Hayao Miyazaki. Ce sont eux, d'ailleurs, qui ont sollicité le cinéaste, qui ont présidé à la naissance du film, produit, en France, par le studio Prima Linea. Démarche historique, puisque La Tortue rouge est leur toute première collaboration avec un artiste étranger et extérieur au studio. A ce conte original, ils ont trouvé une place de choix sur la carte de leur univers, à l'ouest des forêts magiques de Princesse Mononoké et de l'océan de Ponyo sur la falaise. Quelque part sur le tropique du chef-d'œuvre. Télérama

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