Plein Air au Bel Air

De Kirk Jones avec Robert Aramayo, Maxine Peake, Peter Mullan, Shirley Henderson, Scott Ellis Watson
Biopic Comédie Dramatique - Grande-Bretagne - 2025 - VOST - 2h01

Plus fort que moi

Brillant et passionné de football, avec un avenir prometteur devant lui, la vie de John Davidson, 15 ans, semble s'effondrer en 1983 lorsqu'il est subitement atteint du syndrome de Gilles de La Tourette. Un film drôle, touchant, profondément humain, qui célèbre l’amitié et la vie tout en nous éclairant sur une maladie largement méconnue et incomprise.

Plat du jour : Scottish meatbread et compagnie végétale

Concert : Nadejda (rock)

En 2019, John Davidson est décoré de l’ordre de l’Empire britannique par Élisabeth II en personne. La cérémonie se passe dans le meilleur des mondes protocolaires jusqu’à ce que l’heureux récipiendaire adresse un tonitruant « Fuck the Queen ! » à Sa Majesté. Contrairement aux apparences, ce sympathique Écossais n’est pas un antimonarchiste enragé : sa propension à insulter son prochain est, en fait, un symptôme du syndrome de Gilles de la Tourette (SGT) dont il souffre depuis son adolescence. Après une scolarité chaotique, John Davidson a grandement contribué à faire connaître et mieux comprendre au Royaume-Uni cette maladie neurologique caractérisée par des tics moteurs, et donc vocaux, en participant à plusieurs documentaires et en animant des groupes de soutien aux enfants et aux adultes atteints du SGT. Son parcours de résilient est reconstitué dans une comédie sociale comme savent si bien les réaliser les Britanniques, où, à la manière de The Full Monty et de Billy Elliot, les existences les moins glamours deviennent la matière d’une fiction euphorisante portée par une énergie et une bande-son d’époque (New Order, Pulp, Oasis, Fatboy Slim, etc.) qui déménagent. La leçon de vie de Plus fort que moi (titre moins percutant que le I Swear, « Je jure », original) pourra paraître un peu trop édifiante, et la dernière demi-heure aurait gagné à être raccourcie. Mais la grande réussite du film est de parvenir à faire rire des malheurs de son personnage tout en le respectant grâce à une empathie et à une bienveillance jamais mièvres. Si la coprolalie de John déclenche souvent des moments hilarants (un entretien d’embauche où les manifestations du SGT sont décuplées par le trac, une rencontre avec une jeune « Tourette » qui vire au concours d’insultes), elle a, aussi, des conséquences tragiques — une scène glaçante de lynchage après une agression verbale mal comprise. L’équilibre entre humour, tension et émotion est parfaitement dosé, Kirk Jones parvenant même à mêler les trois dans une formidable séquence de procès. Robert Aramayo, vainqueur surprise du Bafta du meilleur acteur au détriment de Leonardo Di Caprio et Timothée Chalamet, y est bluffant, capable de nous tirer des larmes de rire… et des larmes tout court, quand son regard exprime la douleur d’un homme qui rêve d’avoir une vie normale tout en sachant que ce ne sera jamais vraiment possible. Fuck, quel comédien ! Télérama

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