Les RDV d'ATTAC et de la LDH

De Jean-Gabriel Leynaud
Documentaire - France/Allemagne - 2024 - VF - 1h34

Le Sang et la boue

Le quotidien de Numbi, une petite ville du Congo où des mineurs extraient à mains nues le coltan, « or gris » de nos appareils électroniques, des creuseurs aux policiers qui traquent les trafiquants, aux femmes qui trient les minerais ou vendent leurs corps, aux enfants tiraillés entre l’école et la mine.

Rencontre avec ATTAC et la Ligue des Droits de l'Homme.

On est à Numbi, ce gros village ou cette petite ville construite autour de l’exploitation de la montagne où, dans sa boue, on trouve du coltan ; matière indispensable à la construction des appareils électroniques utilisée dans les smartphones ou les ordinateurs pour ne citer qu’eux. Les montagnes sont douces, entourées d’une nature verdoyante : un paysage magnifique. Comme le dit l’un des protagonistes de ce film si tragique qu’il semble fictionnel : « Le Congo, c’est un paradis : on a tout ! Mais nous vivons en enfer ». L’enfer, Jean-Gabriel Leynaud le montre sous toutes ses coutures. En suivant le quotidien des habitants de cet endroit où l’on atterrit dans l’espoir de survivre plutôt que de vivre, Leynaud parvient à raconter la réalité de cette exploitation aux enjeux mondiaux. Ici, les prix d’achat et de revente sont fixés par les marchés internationaux, ne permettant pas une rémunération fixe pour les locaux. Pas de grosses machines ni d’industrie, les creuseurs « mangent la montagne » avec leurs pelles comme tout outil, dans l’espoir de décrocher un filon leur permettant de nourrir leur famille sur le long therme. La caméra de Leynaud suit la vie d’un des creuseurs, un bonnet bleu constamment vissé sur la tête, comme pour l’identifier comme le personnage principal de ce film tragique. Ancien enfant soldat, il creuse maintenant pour nourrir sa fille et sa femme, que ses frères kidnappent bientôt car il n’a pas eu les moyens de payer sa dot. L’injustice frappe à toutes les portes et de nouveaux personnages se rajoutent petit à petit à l’histoire : un acheteur/revendeur forcé de payer la police corrompue pour aller vendre le coltan jusqu’à la ville, une femme chassée de chez elle après être tombée enceinte suite à un viol, se prostituant pour vivre, un professeur tentant de faire comprendre l’importance des études et la dangerosité d’aller travailler comme creuseurs à des enfants auxquels on ne laisse guère le choix à la maison… Injustices venues du gouvernement congolais, injustices dictées par les multinationales étrangères exploitant le coltan pour fabriquer des appareils électroniques vendus en Europe et partout dans le monde. En mettant des images, et surtout des vies et des visages, sur ce que l’on sait déjà de l’exploitation des ressources dans les pays d’Afrique, Leynaud touche en plein cœur. On se demande combien de temps il a dû passer sur place pour gagner la confiance de ceux qu’il filme et pour réussir à obtenir ces images si délicates : la corruption et la violence de la police, un accident mortel au cœur de la montagne... En mettant l’accent sur les personnes, leurs problématiques, leurs quotidiens et leurs rêves, le metteur en scène permet de toucher au plus profond le spectateur. Que faire quand on est le dernier maillon d’un système bien huilé dont le monde entier est complice ? Sans donner de leçon et avec humanité, ce documentaire puissant dénonce cet état de fait et nous amène à réfléchir à notre propre complicité passive. Un film à visionner pour mieux voir le monde. Abus de ciné

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