Les inclassables, Rencontre

De Adrian Lyne avec Tim Robbins, Elizabeth Peña, Danny Aiello, Matt Craven, Pruitt Taylor Vince
Fantastique Horreur Drame - Etats-Unis - 1990 - VOST - 1h53

L'Echelle de Jacob

Jacob Singer est un blessé de la guerre du Vietnam rapatrié aux États-Unis. Depuis son retour au pays, il est obsédé par les images de cette guerre qui hantent son esprit. Il se sent pourchassé par des démons sans visages et sent autour de lui des forces hostiles qui cherchent à le tuer.

Rencontre avec Eric Peretti, programmateur du LUFF de Lausanne.

Dans la carrière d’Adrian Lyne – qui avait refait surface en 2022, à 81 ans, avec le thriller érotique Eaux profondes —, ce film d’horreur paranoïaque de 1990 fait figure d’anomalie. Tim Robbins, profil d’Américain moyen, regard de possédé, y interprète un vétéran du Vietnam reconverti employé des postes, évoluant à travers un New York de cauchemar : immeubles délabrés, rues fumantes, souterrains sinistres. Victime d’hallucinations, il est, de surcroît, hanté par la mort de l’un de ses fils, présence d’autant plus perturbante qu’elle est incarnée à l’écran par Macaulay Culkin, propulsé enfant star la même année grâce à Maman, j’ai raté l’avion !, avant d’être broyé par Hollywood. Avec son soldat brisé par les expérimentations chimiques de l’armée US, L’Échelle de Jacob s’apparente à un Johnny Got His Gun mental. Une telle fiction sur le trouble de stress post-traumatique n’avait, en pleine guerre du Golfe, aucune chance de trouver son public aux États-Unis. Accalmies poignantes Elle est devenue culte, a posteriori, pour ses démons humanoïdes aux visages déformés, qui doivent autant à la peinture (William Blake, Francis Bacon) qu’à la photographie (Diane Arbus, Joel-Peter Witkin). Conçues avec des effets spéciaux mécaniques façon « body horror » — voir l’incroyable séquence du brancard, avec un couloir d’hôpital qui se mue en accès à l’Enfer —, les créatures inspireront ensuite l’industrie du jeu vidéo (Silent Hill, Resident Evil). Trente-cinq ans après la sortie, ce sont moins les scènes chocs qui frappent que les accalmies, poignantes, par contraste : chaleur hivernale du foyer familial, harmonies délicates du piano de Maurice Jarre, douceur paradoxale d’un chiropracteur — saisissant Danny Aiello, dans sa période faste, après Do the Right Thing. Ces éclaircies s’annoncent dès l’entame, où, dans le fracas du Vietnam, des GI dorment paisiblement…Télérama

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