
De Pierre Coffin avec Pierre Coffin, Trey Parker, Allison Janney, Christoph Waltz, Jeff Bridges
Animation - Etats-Unis/France - 2026 - VF - 1h30
Des Minions et des monstres
L’histoire turbulente, absurde et évidemment vraie des Minions et la manière dont ils ont conquis Hollywood, sont devenus de véritables stars de cinéma, ont tout perdu, ont libéré des monstres dans notre monde, puis ont tenté de sauver la planète du chaos qu’ils avaient créé.
Les Minions sont de retour après quatre ans d’absence et c’est Pierre Coffin, le créateur original des petits monstres, qui reprend les manettes. Leur quête éternelle — trouver le plus grand méchant à servir — se voit soudain détournée par une autre fascination : celle du cinéma lui-même, de ses mythes, de ses figures et de son pouvoir d’enchantement. C’est ainsi que Pierre Coffin réinvente sa mythologie, en décidant de se servir des Minions comme vecteur cinéphilique. Ces personnages, qui ont toujours fonctionné comme des corps comiques en perpétuel mouvement, deviennent ici les spectateurs émerveillés puis les créateurs d’un art qui les dépasse et les transforme. Leur voyage est désormais culturel, traversant les époques, les genres et les imaginaires qui ont façonné l’histoire du septième art. Le film adopte alors la forme d’une promenade ludique et généreuse dans les grandes traditions du cinéma populaire. L’hommage se révèle particulièrement appuyé envers l’âge d’or hollywoodien. On y retrouve l’esprit des maîtres du burlesque, de Charlie Chaplin à Harold Lloyd en passant par Buster Keaton, dont le sens du gag visuel et de la mécanique corporelle irrigue une grande partie de la mise en scène. Les Minions apparaissent comme les héritiers naturels de cette tradition : personnages au langage charabiesque rappelant Chaplin quand il chante dans Les Temps modernes, définis avant tout par leur expressivité physique et leur capacité à transformer le moindre décor en terrain de jeu. Le film convoque également l’héritage plus anarchique de Mel Brooks ou de Jerry Lewis, dont il reprend le goût du pastiche, de l’excès et de la parodie affectueuse. Mais Des Minions et des monstres ne se limite pas à la seule comédie. Il embrasse également tout un pan du cinéma fantastique et horrifique, multipliant les références aux monstres classiques des studios Universal comme aux productions gothiques de la Hammer. Momie, savants fous, créatures gigantesques et robot envahisseur deviennent autant de prétextes à revisiter des iconographies immédiatement reconnaissables. Le film joue avec ces figures sans jamais les moquer, préférant célébrer leur pouvoir d’évocation et la richesse de leur héritage visuel. Cette volonté de rendre hommage au cinéma se manifeste aussi dans son esthétique d’animation. Pierre Coffin et ses équipes adoptent une approche qui dépasse la simple virtuosité technique pour rechercher une véritable dimension artisanale. Les textures, les éclairages et les compositions de plans semblent constamment dialoguer avec différentes époques de l’histoire du cinéma. Certaines séquences évoquent la douceur du Technicolor, d’autres la photographie expressionniste des films de monstres classiques ou encore les artifices des premiers effets spéciaux. L’animation devient ainsi un laboratoire où se rencontrent plusieurs traditions visuelles, dans un mélange particulièrement séduisant de nostalgie et de modernité. Au-delà de son plaisir immédiat et de sa profusion de références, Des Minions et des monstres possède une véritable dimension de transmission. En puisant dans un patrimoine cinématographique qui s’étend du burlesque muet aux grands films de monstres du XXe siècle, Pierre Coffin construit un pont entre plusieurs générations de spectateurs. Les plus jeunes y verront une aventure trépidante portée par l’énergie inépuisable des Minions, tandis que les cinéphiles plus avertis reconnaîtront les multiples clins d’œil à des œuvres fondatrices et à des artisans majeurs de l’histoire du cinéma. Cette double lecture permet au film de réunir parents, grands-parents et enfants autour d’un même écran, chacun y trouvant un niveau de lecture qui lui est propre. Dans une époque où la culture cinématographique tend parfois à se fragmenter, le long métrage rappelle avec une rare générosité que les images d’hier continuent de nourrir celles d’aujourd’hui. En faisant dialoguer les mythologies du passé avec les outils de l’animation contemporaine, Pierre Coffin offre une œuvre qui célèbre autant le plaisir de la découverte que celui de la mémoire, invitant les spectateurs de tous âges à partager un même amour du cinéma. Au final, Des Minions et des monstres apparaît moins comme une simple extension de la franchise que comme une célébration du cinéma lui-même. Pierre Coffin y transforme ses célèbres créatures en guides enthousiastes à travers un siècle d’images, offrant un divertissement qui fonctionne à la fois comme une aventure familiale, une déclaration d’amour aux grands genres populaires et un hommage chaleureux à tous ceux qui ont contribué à faire du cinéma une fabrique inépuisable de rêves et de monstres. à Voir à Lire
