Maison commune

De Cédric Klapisch avec Garance Clavel, Zinedine Soualem, Renée Le Calm, Olivier Py, Simon Abkarian
Comédie - France - 1996 - VF - 1h25

Chacun cherche son chat

A travers une histoire de chats et d'une jeune fille qui a perdu le sien, évocation de la vie d'un quartier parisien où plusieurs mondes cohabitent, se confrontent, se rencontrent, organisés en réseaux de communication complexes.

Rencontre avec l’asociation La Maison commune

Une jungle de béton. On déboise, on ratisse, on démolit. Paris change de visage. Perdue dans cette jungle, la frêle voix d’une jeune fille résonne… Enervée et inquiète : « J’ai arrosé tes fleurs pendant tes vacances, tu pourrais bien t’occuper de mon chat… » Eh bien non ! Dans une ville aussi grande, aussi peuplée, pas facile de trouver de l’aide. On entre dans un immeuble, un appartement, un salon, on s’approche du visage de la « désespérée ». Rassurez-vous, Chloé, qui aime tant son chat (parce qu’elle n’a pas d’homme dans sa vie ?), va très vite trouver, grâce à ses relations de voisinage, une vieille dame complaisante. Pourtant, madame Renée n’a pas l’air commode : haute comme trois pommes, vive comme l’éclair, un franc-parler de parigote « rentre-dedans »… « Vous lui voulez quoi à madame Renée ? », grogne-t-elle en entrouvrant sa porte avec méfiance. Madame Renée n’a pas son pareil pour di- re à Chloé, à toute allure et de sa voix cassée, ses quatre vérités : « Quoi, vous payez votre café 10 francs ? Vous êtes folle !… Et votre chat, il s’appelle Gris-Gris et il est noir, fallait l’appeler Noiraud… Et qu’est-ce qu’il est gras ! » On a graffité sur sa porte « fuck la vioque »… mais la vioque, elle, crie de sa fenêtre au joueur de batterie d’en face qui l’abrutit : « Ferme ta gueule… ou ferme ta fenêtre ! » Avec elle, Gris-Gris est sous bonne garde. L’impossible arrive tout de même : il disparaît. La vieille dame est bouleversée. Elle nous fait même une déprime. Logique, elle qui assure avoir « été souvent déçue par les hommes, jamais par les bêtes ! ». L’idée forte de Cédric Klapisch est d’avoir pris prétexte de cette histoire de chat pour explorer un village : le 11e arrondissement de Paris. Rue de la Roquette, rue des Taillandiers, rue de Lappe, rue Keller… Un vrai quartier et ses vrais habitants. Madame Renée… est bel et bien madame Renée. Cédric Klapisch l’a filmée dans son appartement, telle qu’il l’avait trouvée (elle aurait préféré passer chez le coiffeur), et les mots qu’elle prononce sont les siens. Comme madame Odile ou madame Ménard… Car la moitié des acteurs de ce film n’en sont pas. Les décors non plus. Du déjà-vu, peut-être. Mais pas à ce degré d’osmose entre amateurs et professionnels, de sorte qu’il est impossible de déceler les vraies concierges des fausses. Pas au point qu’une petite dame de la rue soit l’égale de la jeune première (Garance Clavel, une découverte). Madame Renée n’est pas de toutes les scènes, mais on ne voit qu’elle. Pourtant, dans ce film-mosaïque, il y a une sacrée galerie de personnages, tous savoureux. On se promène des uns aux autres, de la minette à la ménagère. Mais aussi d’un lieu à un autre, du branché au vieillot, du studio de photos de mode au bistrot à l’ancienne. On entend aussi bien une chanson de Portishead que « Paris, rei-neu du mon-deu… ». Pour notre plus grand plaisir. On a le sourire jusqu’aux oreilles à voir les uns cohabiter avec les autres. Sacré Gris-Gris ! Son nom l’emporte sur sa couleur, et pour une fois le chat noir porte bonheur. On ne quitte pas le quartier, mais on emprunte des chemins compliqués. Car l’itinéraire n’est pas fléché. Un chat peut en cacher un autre. Sur une petite place, on se retrouve, on se croise, mais on ne se rencontre pas vraiment. Une ruelle se jette dans une rue qui elle-même débouche dans une autre et donne forme à un parcours labyrinthique… comme les sentiments. Parfois, on tourne en rond. Et puis, l’impasse : les baisers ne se posent pas toujours sur la bouche désirée. Paris est, ici, une carte du Tendre dont nous avons souvent en main le « mauvais plan ». Après Riens du tout et Le Péril jeune, Cédric Klapisch confirme ses dons pour un cinéma comique et humaniste, plein de vie et de vitalité. Au début, tout le monde cherche le chat de Chloé. Prétexte ! Chacun ne fait que chercher un peu d’amitié, et certains, même, l’amour. Ici, la ville a un cœur qui bat. Les hommes peuvent tomber des toits comme les chats, et les femmes se perdre dans Paris quand elles ont perdu leur mari. Tous ont besoin de câlins. Miaou…Télérama

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