Lycéens et apprentis au cinéma

 

Un dispositif national d’éducation à l’image

Créé en 1998, Lycéens et apprentis au cinéma s’adresse aux élèves de  lycées d’enseignement général, de lycées professionnels et agricoles et de centres de formation des apprentis (CFA).

Lycéens et apprentis au cinéma est soutenu par la Région Grand Est, le Ministère de la Culture et de la Communication (DRAC, CNC) et le Ministère de l’Education Nationale.

Alsace Cinémas met en œuvre et coordonne le dispositif en partenariat avec l’Académie de Strasbourg.

La Région Alsace a été pionnière en finançant l’opération dès la rentrée scolaire 1999/2000.

 

 

 

Objectifs

  • Amener les élèves à une pratique culturelle du cinéma
  • Développer leur regard critique face à l’image
  • Acquérir et enrichir une culture cinématographique

Programmation

Le choix des films se veut représentatif de la diversité des œuvres, des formats, des genres, des thèmes qu’offre le 7ème art.

Pour cela, la programmation est composée d’un film de patrimoine, d’un film français au choix et d’un film étranger choisis parmi une liste d’œuvres de qualité soumise par le CNC.

Programmation 2018/2019 : Blow out, Fatima ou Je suis le peuple, Les oubliés

Lycéens au Cinéma

de Philippe Faucon avec Soria Zeroual, Zita Hanrot, Kenza Noah Aïche
Drame - France / Canada - 2015 - 1h19

Fatima

Fatima vit seule avec ses deux filles : Souad, 15 ans, adolescente en révolte, et Nesrine, 18 ans, qui commence des études de médecine. Fatima maîtrise mal le français et le vit comme une frustration dans ses rapports quotidiens avec ses filles. Toutes deux sont sa fierté, son moteur, son inquiétude aussi. Afin de leur offrir le meilleur avenir possible, Fatima travaille comme femme de ménage avec des horaires décalés. Un jour, elle chute dans un escalier. En arrêt de travail, Fatima se met à écrire en arabe ce qu'il ne lui a pas été possible de dire jusque-là en français à ses filles.

Dans une veine naturaliste, un cinéma social que ne renierait pas les frères Dardenne, Philippe Faucon dresse le portrait de deux générations de femmes. Comme dans les premiers films des cinéastes belges, la comédienne principale joue ici pour la première fois devant une caméra. Soria Zeroual incarne ainsi Fatima, au plus près de son parcours, ne parlant elle-même pas le français. Fatima, immigrée en France de première génération, est une femme-courage qui de petits en boulots en petits boulots se démène pour offrir à ses deux filles une vie meilleure. Son quotidien est émaillé par une violence sociale souvent insidieuse, celle de la bourgeoise qui l’emploie, le regard que lui renvoient les parents des camarades de ses filles, lui faisant ressentir le poids de la différence ou encore celle de la propriétaire qui refuse de louer son appartement à une femme voilée. Sans oublier la colère plus frontale de sa plus jeune fille à son égard, une colère qu’elle puise dans la non-acceptation de la vie laborieuse de sa mère et d’une société qui l’ostracise. Dans le giron familial, Fatima parle arabe tandis que ses filles lui répondent en français. Nesrine (Zita Hanrot) est une aînée modèle dont la soif de réussite est à l’image de sa maîtrise de la langue de Molière. On devine qu’elle a dû très tôt aider sa mère dans ses démarches administratives et s’enrichir de lectures qui ont forgé son identité. Souad la cadette (Kenza Noah Aïche) apparaît, quant à elle, en rupture avec un environnement familial dont elle a honte et dont les expressions imagées et provocatrices ressemblent à celles de son environnement social. Cette réflexion sur le langage (on pense aussi à l’Esquive d’Abdellatif Kechiche) en dit long sur les capacités d’adaptation de nos héroïnes, sur les difficultés de s’approprier une culture qui n’est pas la leur et va bien au-delà de la caractérisation des personnages. Fatima apprend le français comme elle peut en suivant des cours d’alphabétisation et en posant des questions à ses filles. Mais les difficultés de compréhension la handicapent au quotidien et la renvoient incessamment à ses origines. Fatima s’oublie en mettant toute son énergie à contenter ses filles avec qui elle entretient des rapports aimants mais elle va transcender ses difficultés à communiquer avec elles en écrivant toutes ses impressions en arabe. Des mots contre l’aliénation, des mots éclatants qui lui permettront de s’accepter telle qu’elle est. Une colère créatrice qui donne à Fatima le pouvoir d’agir contre sa condition afin de ne pas s’endormir dans la résignation. Et dans ses préoccupations résonnent les vers d’Aimé Césaire dont le parcours a aussi été un combat : « J’accepte mes origines mais que vais-je en faire ? ». Car Fatima, personnage anonyme dont notre pays regorge, devient grâce au regard bienveillant que porte sur elle Philippe Faucon une figure universelle appelant à la dignité humaine. La grande force du film de Philippe Faucon est de s’affranchir progressivement des lieux communs grâce à la subtilité de son écriture et la justesse de l’interprétation des trois comédiennes - toutes magnifiques. Fatima est un film épuré (moins didactique que ne l’était Dans la vie) qui se refuse à tout sentimentalisme, un geste lumineux et humaniste qui nous semble important en ces temps de repli sur soi. Et rien que pour cela, on l’en remercie. Avoir-alire
Lycéens au Cinéma

de Anna Roussillon
Documentaire - France - 2014 - VOST - 1h51

Je suis le peuple

« La révolution ? T’as qu’à la regarder à la télé ! », lance Farraj à Anna quand les premières manifestations éclatent en Egypte en janvier 2011. Alors qu’un grand chant révolutionnaire s’élève de la place Tahrir, à 700km de là, au village de la Jezira, rien ne semble bouger. C’est par la lucarne de sa télévision que, Farraj va suivre les bouleversements qui secouent son pays. Pendant trois ans, un dialogue complice se dessine entre la réalisatrice et ce paysan égyptien : lui, pioche sur l’épaule, elle, caméra à la main.  Leurs échanges témoignent du ballottement des consciences et des espoirs de changement : un cheminement politique lent, profond et plein de promesses…

Les battements de la politique égyptienne à travers le regard d’un paysan du sud de l’Egypte. Comment, lorsque l’on bêche la terre loin du tumulte de la place Tahrir, a-t-on vécu les révolutions successives qui ont tourmenté l’Egypte ? Dans son premier long métrage, la Française Anna Roussillon, qui a grandi au Caire, filme un contrechamp radical aux images en direct de foules en colère puis en liesse. Fille d’un chercheur et d’une galeriste, cette arabophone a posé ses valises et sa caméra chez Farraj, un modeste paysan de la vallée de Louxor. Je suis le peuple,projeté dimanche au Mucem de Marseille, marche très fort en festivals (primé à Hambourg, Belfort, Hongkong…), s’imposant comme un exceptionnel tableau à taille humaine des deux ans et demi d’instabilités politiques qui ont récemment émaillé l’Egypte. Pouls. A l’origine, Anna Roussillon, dont une grand-mère était égyptienne, avait l’envie de «faire un truc près de Louxor, en rapport avec le tourisme de masse». Nous sommes en août 2010. Très vite, le courant passe entre elle et Farraj, qui accepte de se faire filmer au champ comme à la maison. Alors Anna Roussillon reste un peu, pour voir. Un certain 24 janvier 2011, elle décide de retourner à Lyon, où elle enseigne l’arabe. Le lendemain éclate la révolution contre le régime Moubarak. La jeune cinéaste crève d’envie d’y retourner, mais l’aéroport cairote est bloqué… Malgré tout, Anna Roussillon tient son sujet : elle va suivre les battements de la politique égyptienne en prenant le pouls chez un paysan, turban autour de la tête, la peau halée par le soleil de plomb du sud de l’Egypte. Paradoxalement, le documentaire est un quasi-huis clos au village, qui attend désespérément le ravitaillement en bouteilles de gaz, toujours trop chères, malgré les revirements politiques. Surtout, derrière sa caméra, Anna Roussillon réussit à instaurer une relation d’amitié assez touchante avec Farraj. Bien que jamais visible à l’image, la documentariste est omniprésente. Ici, les femmes ne s’autorisent pas à parler politique. Farraj était un peu seul face à tout cela, à vibrer devant les coups de théâtre politiques depuis sa télé aux couleurs changeantes, ou en épluchant le journal parmi les enfants qui courent partout. Alors Anna Roussillon lance elle-même les débats, comme dans un dîner de famille. Dans des discussions parfois endiablées, le ton monte, et la mauvaise foi avec. D’abord antirévolutionnaire, puis vaillamment pro-Morsi, Farraj finit par rallier la protestation générale, jusqu’à aller au Caire et articuler du bout des lèvres «dégage Morsi». Or, Farraj n’est jamais plus à l’aise que dans le cadre familial, et surtout la stabilité, fût-elle islamiste ou militaire. Espoirs. Frôlant toujours la discussion de comptoir sans y tomber réellement, Je suis un peuple rappelle, par le petit bout de la lorgnette, combien la démocratie peut créer des espoirs aussi vite qu’elle les déçoit. Surtout, ce portrait montre à quel point les manœuvres politiques en hautes sphères ballottent les gens ordinaires, les atteignant dans leurs identités et leurs convictions les plus intimes. Libération
Lycéens au Cinéma

de Martin Zandvliet avec Roland Møller, Mikkel Boe Folsgaard, Joel Basman
Drame - Allemagne/Danemark - 2015 - VOST - 1h41

Les oubliés / Under Sandet

1945. Danemark.
Fin de la Seconde Guerre Mondiale.
Plusieurs soldats allemands, à peine sortis de l’adolescence, sont faits prisonniers par l’armée danoise et envoyés en première ligne pour désamorcer les mines enfouies le long de la côte. Pour eux, la guerre est loin d’être terminée. Inspiré de faits réels, Les Oubliés raconte cet épisode tragique de l’Histoire.

Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs
En relatant un épisode peu connu de l’histoire du Danemark, Martin Zandvliet nous livre un brillant plaidoyer sur l’inutilité de la vengeance. Une longue file de soldats hagards et dépenaillés marchent dans une rue. Un soldat danois frappe l’un d’entre eux jusqu’à le mettre à terre, pour la seule raison qu’il est allemand. La guerre vient de se terminer mais la haine de l’occupant est encore criante. Les victimes d’hier vont devenir les bourreaux d’aujourd’hui. Suivant la proposition des Anglais, les grands vainqueurs de cette guerre, les Danois utilisent de jeunes prisonniers de guerre allemands pour déminer leurs côtes, bafouant les accords de la Convention de Genève de 1929 qui interdisent de contraindre des prisonniers de guerre à effectuer des travaux dangereux ou pénibles. C’est ainsi que quatorze gamins âgés de 15 à 18 ans qui ne rêvaient que de retrouver leurs familles et de commencer enfin leur vie sont jetés dans un enfer explosif. Optant pour un style épuré, le réalisateur évite toute lourdeur guerrière. Il installe son décor sur une plage idyllique au sable blanc éclairée par un soleil permanent qui tranche avec la noirceur du sujet. La caméra s’attarde avec précision sur la beauté et la vulnérabilité de ces jeunes garçons. Elle nous fait partager leur effroi sans en occulter aucun détail mais nous transmet aussi la force de leurs rêves et de leur combat pour la survie. L’empathie est immédiate avec ceux que le sort a injustement désigné pour racheter les horreurs de la nation à laquelle ils appartiennent. Peu à peu, on s’intéresse davantage aux personnages qu’à l’intrigue, car il s’agit avant tout d’un film sur les êtres humains, autant capables de haine que de pardon. C’est avec émotion que l’on regarde se dessiner la fêlure intérieure du capitaine Rasmussen, (dans la peau duquel Roland Moller se glisse avec une infinie subtilité) chargé d’encadrer ces jeunes démineurs. Malgré son ressentiment extrême envers le peuple allemand et ses méthodes brutales, il finit par éprouver une sereine compassion pour ces adolescents qui vivent dans des conditions inhumaines. Quand il prend conscience de la cruauté de sa hiérarchie qui exige d’eux toujours plus, il se range de leur côté et reprend figure humaine. La grande force de ce drame impitoyable est aussi son réalisme. Grâce aux conseils d’experts militaires en matière d’explosifs, les scènes de déminage contribuent à maintenir un vrai climat de tension renforcé encore par le jeu à l’intensité magistrale de jeunes comédiens, débutants pour la plupart. Bien loin d’être un film sur la guerre, les Oubliés raconte avant tout une histoire humaine qui explore avec tact la beauté de la face cachée des êtres. Avoir-alire
Lycéens au Cinéma

de Brian de Palma avec John Travolta, Nancy Allen, John Lithgow
Thriller Drame - Etats-Unis - 1982 - VOST - 1h47

Blow out

Un soir, dans un parc, Jack Terry, ingénieur du son, enregistre des ambiances pour les besoins d’un film. Il perçoit soudain le bruit d’une voiture arrivant à vive allure. Un pneu éclate. Le véhicule fou défonce le parapet et chute dans la rivière. Jack plonge et arrache à la mort une jeune femme, Sally. Mais le conducteur est déjà mort...

Moment de bravoure du thriller par un De Palma au sommet. Filmer l’échec avec maestria. Tel est le cœur de ce thriller, peut-être le meilleur de De Palma, hommage croisé au Blow up d’Antonioni et au Conversation secrète de Coppola. Blow out est tiraillé entre la vie et la mort : la mise en scène, gourmande en morceaux de bravoure, filme les meurtres comme des scènes d’amour. Avec la conviction que le cinéma peut sauver le monde lorsque l’ingénieur du son John Travolta se bricole son propre film, mental comme sur pellicule, pour démontrer l’existence d’un complot. Mais cette énergie tient du désespoir lorsqu’elle est en permanence déjouée par des forces plus grandes (la politique, la fatalité ou même l’amour). Blow out est le dernier grand film des seventies : l’ère du soupçon entamé par le Watergate dégénère, la croisade citoyenne façon Les Hommes du Président y est corrigée par le film d’horreur et un romantisme névrosé, incarnés dans un final absolument bouleversant, à la fois midinette et sordide. Les Inrockuptibles

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