Collège au Cinéma

 

Dispositif national d’éducation à l’image

Créé en 1989, Collège au cinéma s’adresse aux élèves de collèges.

Il est soutenu par les Conseils Généraux du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, le Ministère de la Culture et de la Communication (DRAC, CNC), le Ministère de l’Education Nationale.

Alsace Cinémas met en œuvre et coordonne Collège au cinéma en partenariat avec l’Académie de Strasbourg et l’Inspection Académique pour le département du Haut-Rhin.

Le dispositif est décliné depuis l’année scolaire 2003/2004 pour le département du Haut-Rhin et 2007/2008 pour le département du Bas-Rhin.

 

 

Objectifs

  • Amener les collégiens à une pratique culturelle du cinéma
  • Développer leur regard critique face à l’image
  • Acquérir et enrichir une culture cinématographique

Programmation

Afin de s’adapter aux acquis de chaque élève et son rapport à l’image, la programmation est scindée en deux niveaux : 6e/5e et 4e/3e.

Le choix des films se veut représentatif de la diversité des œuvres, des formats, des genres, des thèmes qu’offre le 7ème art. La programmation est généralement composée d’un film de patrimoine, d’un film français et d’un film étranger choisis parmi une liste d’œuvres de qualité soumise par le CNC. 

Collège au Cinéma

De Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli
Aventure Animation - France / Belgique - 2015 - 1h24

Phantom boy

Léo, un petit garçon de 11 ans, vit à New York et doit se rendre à l'hôpital pour connaître l'évolution de sa maladie. Il s'est découvert un don : celui de sortir de son corps et de voler à travers la ville. De son côté, Alex, un inspecteur de police, subit la fureur de son supérieur, lassé de ses erreurs. Par hasard, il croise la route d'un gangster à la gueule cassée, qui a décidé de mettre la ville sous sa coupe. Ses sbires blessent le policier, lequel rencontre Léo à l'hôpital. Bloqué par une jambe dans le plâtre, c'est Mary, une journaliste intrépide aidé à son insu par Léo, qui va tenter de mettre hors d'état de nuire le bandit mégalomane...

1er trimestre - Niveau 6èmes/5èmes

Il est très malade, cloué sur un lit d'hôpital. Mais le jeune Léo a un don secret. Quand vient le sommeil, son esprit s'échappe de son corps et s'en va flotter où bon lui semble. Ce « fantôme » bien vivant est le héros attachant imaginé par un tandem dont on avait adoré le dessin animé précédent, Une vie de chat. Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli planent toujours à la même hauteur, bien au-dessus et bien à l'ouest du tout-venant de l'animation. On retrouve avec délices leur dosage unique de gouaille et de poésie, et leur amour du film noir, revu et bricolé pour le plaisir du jeune public. Ils explorent, cette fois, un New York rêvé, dont les buildings ressemblent à de vertigineux géants de lumière et d'ombres chinoises. Nouvel univers, nouvelle enquête : Léo, le petit garçon, s'allie à un jeune flic et à une frétillante journaliste pour déjouer les plans de l'ennemi public numéro un. Mégalomane, retors, étique, la gueule déglinguée — quasi cubiste — sous son chapeau mou, à la fois drôle et inquiétant, cet épouvantail (doublé par Jean-Pierre Marielle) remporte la palme du « plus meilleur méchant » de dessin animé. Toute la trame de Phantom Boy est ainsi tissée de références et d'inventions : Léo est le rejeton fragile et astucieux de Batman et de Tintin. Mais la douceur des couleurs, la souplesse et la grâce du trait n'appartiennent qu'au film. Ludique et brillant, c'est un formidable conte sur le pouvoir du rêve : plus fort que la pesanteur et la maladie. Télérama
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de Jean-Pierre et Luc Dardenne avec Cécile de France, Thomas Doret, Jérémie Rénier
Comédie Dramatique - France/Belgique/Italie - 2011 -

Le gamin au vélo

Cyril, bientôt 12 ans, n'a qu'une idée en tête : retrouver son père qui l'a placé provisoirement dans un foyer pour enfants. Il rencontre par hasard Samantha, qui tient un salon de coiffure et qui accepte de l'accueillir chez elle pendant les week-ends. Mais Cyril ne voit pas encore l'amour que Samantha lui porte, cet amour dont il a pourtant besoin pour apaiser sa colère ...

1er trimestre - Niveau 4èmes/3èmes

La course effrénée à vélo d'un enfant insoumis. Les frères Dardenne cernent un gamin de 10 ans, abandonné par son père, qui lutte pour trouver sa place dans la vie. Le gamin a 10 ans, les poings serrés dans les poches. C'est un bagarreur, insoumis, qui ne renonce jamais. Il a deux bonnes raisons d'être révolté : la première est d'avoir été placé dans un foyer, coupé de son père, confié à des éducateurs ; la seconde est l'explication qu'on lui a donnée, à laquelle il ne croit pas. Cyril, bonne bouille, boule de nerfs indomptable, refuse d'admettre que son père est parti, a déménagé, l'a abandonné, ne veut plus le voir. Comment faire confiance aux adultes, quand ils vous racontent de telles balivernes ? Cyril incarne le refus. Il fugue, cogne, mord, téléphone en douce, fonce sonner chez ce père dont il a, par principe, décidé d'excuser une absence et des défaillances qu'il espère provisoires. Il court, ici et là. Même la visite du logis où ils habitaient ensemble ne le convainc pas. Les faits sont têtus. Lui plus encore. Il ne veut pas les admettre. Toute la force du cinéma des frères Dardenne, dont le nouveau film était présenté en compétition à Cannes, dimanche 15 mai, est là, d'emblée, dans cette scène d'inspection fébrile des pièces vides dont Cyril ouvre les portes avec rage et dont il fouille les moindres recoins. Pas un mot, juste des gestes, accomplis avec une telle détermination qu'ils proclament le désarroi du gamin. L'émotion est perceptible alors que la caméra est sur la nuque. Le sentiment se transmet par la violence avec laquelle sont scrutés, manipulés, choyés ou rejetés les objets. Il en est ainsi du vélo, symbole du lien qui unit l'enfant au père, unilatéralement. Cyril y tenait plus qu'à tout, plus encore que les natifs du plat pays tiennent à cet emblème de la patrie d'Eddy Merckx. Le vélo était son ADN, et le père s'en est débarrassé, comme le père vendait le landau du nouveau-né dans L'Enfant (2005). C'est autour du vélo que se noue l'intrigue. Cyril n'a de cesse de le récupérer. Une certaine Samantha le lui retrouve, des voyous cherchent à le lui dérober. Le deux-roues véhicule l'idée d'une filiation brisée, d'une adoption possible, d'une délinquance potentielle. Ce clin d'œil au Voleur de bicyclette, de Vittorio De Sica (1948), est à la fois esthétique (goût des extérieurs, des décors naturels, des acteurs dépouillés d'artifices, d'une mise en scène privilégiant la sécheresse stylistique et la perception de la solitude humaine) et thématique (combat contre l'injustice et obsession d'une solidarité familiale dans un contexte de misère sociale). Courir après son vélo, pédaler sont des actes existentiels, une façon de lutter contre le découragement, de refuser l'engrenage des marginalités, de s'accrocher à la communauté humaine. Ce gamin, ce vélo, les Dardenne ne les quittent donc pas d'une semelle, accrochés à cet enfant sauvage et à son idée fixe. De Samantha (Cécile de France), qui accepte que l'enfant vienne passer les week-ends avec elle, nous verrons qu'elle tient un salon de coiffure mais nous ne saurons rien du passé, rien des motivations, ni pourquoi elle traite ce mal-aimé comme son fils. Elle l'a choisi. Lorsque son amant, excédé par les "exploits" de Cyril, la somme de se débarrasser de cette tête de pioche d'un : "C'est moi ou c'est lui !", elle n'hésite pas : "C'est lui !" Réplique quasi mystique. Rien n'est souligné, non plus, de ce qu'endure Cyril, dévoyé par un caïd local qui le pousse sur un mauvais coup, Cyril que l'on croit un instant ragaillardi par la sérénité lors d'un pique-nique, avant que ne soit suggérée sa condamnation à endurer le mal à perpétuité. La magie exemplaire du cinéma des Dardenne (deux Palmes d'or, pour Rosetta en 1999, L'Enfant en 2005) est celle d'un scénario et d'une mise en scène qui privilégient l'ellipse, font avancer l'histoire sans dialogues explicatifs, sondent la douleur en la filmant de biais. Elle est suggérée, plus que montrée, par des lieux, des objets - le vélo, une porte fermée, une vitre derrière laquelle se profile l'ombre d'un homme insensible, un téléphone portable qui sonne en vain -, mais aussi par de poignantes métaphores. Ainsi, un robinet qui coule à flots figure le chagrin de l'enfant, qui ne lâchera pas une larme. Sans temps morts, sans psychologie, sans pathos, osant, pour la première fois chez les Dardenne, quelques lumineuses envolées musicales, Le Gamin au vélo suscite une émotion d'autant plus pure qu'elle échappe au discours édifiant. Les armes utilisées par les deux frères sont hitchcockiennes autant qu'humbles et humanistes, à l'affût d'une rédemption. La messe est rude, le héros est au désespoir, mais résonne en filigrane la soif avide d'un Pater noster. Explorant l'âme en grattant l'os, ils orchestrent un thriller sentimental, et leur étude morale est digne d'Emmanuel Levinas. Le suspense sentimental est entretenu dans la certitude que "l'éthique est une optique". Le gamin au vélo est cet "enfant pâle" dont parlait le poète Henri Michaux. L'enfant abjuré, tombé de haut, en coma affectif, au bord de la disparition. Du grand art. Le Monde
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de Stephen Daldry avec Jamie Bell, Julie Walters, Gary Lewis
Comédie Dramatique - Grande-Bretagne - 1999 - VOST - 1h50

Billy Elliot

Dans un petit village minier du Nord-Est de l'Angleterre, Billy, onze ans, découvre avec stupeur qu'un cours de danse partage désormais les mêmes locaux que son club de boxe. D'abord effaré, il devient peu à peu fasciné par la magie de la gestuelle du ballet, activité pourtant trop peu virile au regard de son père et de son frère Tony, mineurs en grève. Billy abandonne les gants de cuir pour assister discrètement aux leçons de danse professées par Mme Wilkinson. Repérant immédiatement un talent potentiel, elle retrouve une nouvelle énergie devant les espoirs que constitue Billy. Les frustrations larvées explosent au grand jour quand son père et son frère découvrent que Billy a dépensé l'argent consacré au cours de boxe pour des cours de danse. Partagé entre une famille en situation de crise et un professeur de ballet têtu, le jeune garçon embarque alors dans un voyage à la découverte de lui-même.

2ème trimestre - Niveau 6èmes/5èmes

La rencontre fortuite d’un jeune garçon avec la passion. Un classique qui fit de Jamie Bell une étoile ! Premier long-métrage de Stephen Daldry (The hours, The reader), Billy Elliot laissait d’ores et déjà présager les inflexions très british du style de son réalisateur. Dès sa sortie, le film obtint de nombreuses récompenses, parmi lesquelles cinq prix au British Independent Film Award et le Hitchcock d’or au Festival du film britannique de Dinard. Le succès fut tel que Stephen Daldry lui-même mit en scène une comédie musicale inspirée du film : Billy Elliot, the Musical. La réussite du long-métrage étant évidemment subordonnée au choix de son interprète principal, celui-ci se devait d’être aussi bon comédien que danseur. Le cinéaste auditionna donc plus de deux mille adolescents avant de dénicher la perle rare et de choisir Jamie Bell (Jumper,L’Aigle de la Neuvième Légion) pour interpréter le personnage de Billy Elliot. A l’image du film Les virtuoses de Mark Herman, Billy Elliot est un drame social qui trouve sa place dans l’Angleterre minière des années 80, sous le conservatisme cruel de la période Thatcher. Avec la passion de la danse pour toile de fond, l’œuvre aborde des thèmes inépuisables tels que le droit à la tolérance, la constance des lieux communs, ou encore le passage à l’âge adulte. A travers l’univers raffiné de la danse classique et la grisaille terne du quotidien d’une famille de mineurs, Stephen Daldry évoque la rencontre brutale de deux mondes dissemblables. De Tchaïkovsky à T-Rex en passant par The Clash, Billy Elliot bénéficie d’une bande sonore en adéquation parfaite avec les sentiments qu’il suscite. Les chorégraphies sont magistralement orchestrées, et l’interprétation rageuse de Jamie Bell en sublime encore davantage les pas. A plusieurs reprises, la simplicité et la photographie irréprochable du film poétisent des séquences par ailleurs assez ordinaires. Et c’est là que réside la véritable réussite de Billy Elliot, la candeur de la mise en scène rehaussant les situations et les caractères des protagonistes. Si le long-métrage s’abîme parfois dans les méandres du sentimentalisme et se trouve par trop consensuel, il n’en reste pas moins une œuvre élégante, à la fraîcheur enfantine. Un classique à regarder en famille ! Avoir-alire
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De Moussa Toure Avec Souleymane Seye Ndiaye, Malamine Drame, Laïty Fall
Drame - France/Sénégal/Allemagne - 2012 - VOST - 1h27

La pirogue

Un village de pêcheurs dans la grande banlieue de Dakar, d’où partent de nombreuses pirogues. Au terme d’une traversée souvent meurtrière, elles vont rejoindre les îles Canaries en territoire espagnol.
Baye Laye est capitaine d’une pirogue de pêche, il connaît la mer. Il ne veut pas partir, mais il n’a pas le choix. Il devra conduire 30 hommes en Espagne. Ils ne se comprennent pas tous, certains n’ont jamais vu la mer et personne ne sait ce qui l’attend.

2ème trimestre - Niveau 4èmes/3èmes

Sur le bateau de fortune des hommes perdus. C’est un cri d’humanité que nous jette à la face le réalisateur sénégalais Moussa Touré. Point n’est besoin d’être cinéphile pour apprécier son travail. Même si cela aide. C’est un drame de l’exil, ou plutôt un drame comme il s’en produit trop souvent quand la pauvreté pousse à tenter l’exil. La sortie de ce titre francophone coïncide-t-elle avec la venue du chef de l’État au sommet de la francophonie en terre africaine ou n’est-elle que le fruit du hasard ? La question ne nous a pas taraudés au point de la poser à qui de droit. L’important est que l’œuvre existe et parvienne enfin à nous atteindre, après sa sélection à Cannes en mai dernier dans la section Un certain regard. Comme le démontre le film, la lumière attirera toujours les papillons. Et la lumière c’est, une fois de plus, celle des capitales occidentales, tandis que le malheureux insecte rêvant de s’y brûler, c’est celui qui a la peau noire et le malheur d’être né avec le passeport d’un pays africain, même si c’est bien souvent, ironie du sort, l’Imprimerie nationale française qui a procédé à sa confection. À son tour, Moussa Touré, homme sympathique né en 1958 à qui l’on doit plusieurs collaborations dont deux longs métrages ainsi que la création d’un festival de cinéma dans la capitale sénégalaise, nous raconte l’histoire de ces infortunés poussés par le désespoir. Comme nous sommes à Dakar, la voie maritime est choisie pour l’exil, d’autant plus que nous sommes dans un village de pêcheurs, dont un peut conduire dans son bateau la trentaine de passagers de différentes ethnies qui n’ont comme point commun que l’ignorance des dangers qu’ils vont avoir à affronter. Ainsi qu’on peut s’en douter, le rafiot est de fortune (il n’y a bien que lui), le pilote modérément expérimenté et la météo ne sera pas toujours clémente, au contraire, ce qui permet au demeurant une scène navale digne d’Hollywood, sans doute la plus convaincante qu’on a jamais vue en provenance d’une œuvre du continent noir. En effet, après une introduction à terre destinée à nous présenter le cadre de vie de ceux qui vont devenir les personnages, le film en mer prend le parti du huis clos, choix logique mais périlleux tant il implique une sûreté dans le placement de la caméra. Choix qui, cependant, dans le meilleur des cas, permet à la dramaturgie de bénéficier de ce sentiment de contraction, de resserrement, qui est la résultante du respect des trois unités du théâtre classique. Un film juste et touchant tourné en numérique, une nouveauté sur le continent africain. Et l’occasion de rappeler que, de 2003 à 2011, des milliers d’embarcations semblables à celle du film ont permis au rêve de prendre corps, quelle qu’en soit l’issue. Les drames de l’immigration sur les côtes italiennes, des films forts comme Terraferma d’Emanuele Crialese, nous l’avaient un peu fait oublier. L'Humanité
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De Leo McCarey Avec Leota Lorraine, Charles Laughton, Mary Boland
Comédie Romantique - Etats-Unis - 1932 - VOST -

L'extravagant Mr Ruggles

Comme son père avant lui, Marmaduke Ruggles «appartient» au duc de Burnstead, dont il est le domestique fidèle et stylé. Un jour, il apprend avec stupeur que son maître l'a perdu au poker. Sa surprise se change en consternation quand il découvre que son nouvel employeur, Egbert Froud, est un citoyen américain. Le voilà contraint de suivre Froud aux Etats-Unis, jusqu'à Red Gap, dans l'Etat de Washington. Sur place, il constate peu à peu que ses nouveaux maîtres sont en réalité de récents parvenus. De plus, madame Froud, la maîtresse de maison, espère que Ruggles pourra faire de son époux un parfait gentleman...

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De Joseph L. Mankiewicz avec Gene Tierney, Rex Harrison, George Sanders
Fantastique Romantique Drame - Etats-Unis - 1947 - VOST - 1h44

L'aventure de Madame Muir

Faisant fi de l'opinion de sa belle-famille, Lucy Muir décide, peu après la mort de son époux, d'aller s'installer sur la côte anglaise. Elle découvre un cottage isolé et l'achète, sans se soucier de sa réputation de maison hantée. La jeune femme ne tarde pas à recevoir la visite de l'ancien propriétaire, un fantôme, le capitaine Daniel Gregg, un vieux loup de mer bourru et maladroit, dont elle occupe l'ancienne chambre à coucher. Le capitaine s'est mis en tête de chasser Lucy de ce qu'il considère encore comme sa maison. Lucy s'obstine et résiste. Petit à petit, une étrange complicité naît entre le marin et la jeune veuve. Peu après, Lucy tombe sous le charme de Miles Fairley, un séducteur que le capitaine perce à jour aisément...

3ème trimestre - 4èmes/3èmes

Un chef-d'œuvre bouleversant sur la désillusion et la fuite du temps. L'histoire du cinéma hollywoodien est parsemée de rêveries et de récits d'amour teintés de fantastique, de Peter Ibbetson d'Henry Hathaway à Edward aux mains d'argent de Tim Burton, en passant par le Portrait de Jennie de William Dieterle. Mais L'Aventure de Madame Muir reste en ce domaine onirique et précieux un must indépassable. Mankiewicz, peintre de la femme, dresse le portrait d'une jeune veuve indépendante et moderne qui, dans l'Angleterre du début du siècle, décide d'aller vivre seule avec sa petite fille et sa domestique dans une maison au bord de la mer. La demeure est hantée par le fantôme du capitaine Glegg, mais la perspective de partager son toit avec un spectre excite davantage Madame Muir qu'elle ne l'épouvante. Le fantôme du marin bourru et séduisant devient le confident de la jeune femme, et une relation amicale s'installe entre eux, à peine voilée par leur différence de condition (l'une vit, l'autre pas). Hélas, Madame Muir se laisse prendre par les sirènes du réel et tombe dans le piège d'un coureur de jupons (le toujours délectable George Sanders). Jaloux et déçu, le fantôme préfère s'éclipser et effacer son souvenir de la mémoire de celle qu'il aime. Il faudra attendre une vie entière et la venue de la mort pour que les amoureux se retrouvent enfin. Et le spectateur, à chaque nouvelle vision, de retenir ses larmes. Mankiewicz, scénariste de renom avant de passer à la réalisation, préféra pour ses premiers films se concentrer sur le travail de la mise en scène, et filmer les scénarios des autres. On sait pourtant que ce cinéaste de la parole procéda à la réécriture de nombreux dialogues, qui portent la signature de son humour ironique et de son immense culture. L'Aventure de Madame Muir n'est que son quatrième long métrage. Pour un cinéaste censé faire ses gammes, le résultat évoque pourtant l'idée de chef-d'œuvre parfait, tant par la beauté visuelle que par les thèmes abordés (la fuite du temps, la solitude, la désillusion, les chimères du rêve mais aussi de la réalité). Le cinéaste sublime la photogénie de Gene Tierney et trouve en Rex Harrison le complice idéal avec qui partager le plaisir du verbe, tandis que la splendide partition de Bernard Herrmann parvient à elle seule à créer une atmosphère fantastique et mélancolique. On est même en droit de préférer ce film à la suite de l'œuvre du cinéaste, certes plus personnelle, décidée et écrite par lui, mais dont la brillance et l'intelligence laissent souvent moins de place à l'émotion et au romantisme. Les Inrockuptibles

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