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Sortie nationale

De Massoud Bakhshi avec Sadaf Asgari, Behnaz Jafari, Babak Karimi, Fereshteh Sadr Orafaee, Forough Ghajebeglou, Zakieh Behbahani, Fereshteh Hosseini, Arman Darvish, Ramona Shah, Faghiheh Soltani
Thriller Drame - Iran/ France/Allemagne/Suisse/Luxembourg - 2019 - VOST - 1h29

Yalda, la nuit du pardon

Iran, de nos jours. Maryam, 22 ans, tue accidentellement son mari Nasser, 65 ans. Elle est condamnée à mort. La seule personne qui puisse la sauver est Mona, la fille de Nasser. Il suffirait que Mona accepte de pardonner Maryam en direct devant des millions de spectateurs, lors d’une émission de téléréalité. En Iran cette émission existe, elle a inspiré cette fiction.

Yalda veut dire "La grande naissance" en perse classique. Il s’agit d’une fête zoroastrienne qui célèbre le solstice d’hiver, nuit pendant laquelle un producteur peu scrupuleux va profiter de l’opportunité de sa longueur exceptionnelle pour obtenir le pardon d’une femme à l’égard de celle qu’on accuse d’avoir tué son père. Le réalisateur nous prévient en l’occurrence, dès l’ouverture du film, que son récit est tiré d’une émission iranienne véritable, où, à la façon des télé-réalités qui envahissent le petit écran, des prévenus sont confrontés aux enfants de leurs victimes, qui ont, loi du talion oblige, droit de vie et de mort sur eux. La jeune Maryam débarque ainsi menottée dans le studio de télévision, où elle devra s’expliquer sur l’accident de son vieux mari, dont elle n’a pas su se débrouiller et qui a conduit à sa mort. C’est une toute jeune fille, mariée à un homme de plus de soixante ans, riche, quand elle n’est qu’une petite domestique pauvre. On savait que la télé-réalité emprunte des voies des plus obscures. Ici, même la justice adhère à ce système terrible où une femme devra décider devant des millions de téléspectateurs du destin funeste d’une condamnée. Le producteur s’en donne à cœur joie dans cette entreprise morbide, pourvu qu’il attire le plus possible de réactions des téléspectateurs et que l’audience augmente. Le présentateur cherche le buzz par tous les moyens, pendant que la jeune veuve et la fille se déchirent, dans une interprétation de la vérité très subjective. Le huis clos a aussi ses moments satiriques - par exemple, l’intervention de ces étudiantes de l’université d’application de la morale - et l’on constate que la foule que compose le public penche plus volontiers pour le pardon que la vengeance. On ne pourrait pas imaginer en France la mise en pâture, devant des millions de téléspectateurs, d’un condamné par la justice. Le propos se passe en Iran, un pays renfermé sur lui-même, aussi fascinant et beau qu’il est traversé par les contradictions d’une religion saisie par le pouvoir en place, comme une manière de contrôler le peuple et de museler les contestations. Massoud Bakhshi, connu pour son expérience de documentariste, oppose deux univers dans un pays en pleine transformation, encore hanté par le spectre du fondamentalisme religieux. Face aux classes riches, dont les affaires ont certes été malmenées par des années d’embargo, il y a les classes pauvres, personnifiées ici par la figure de cette jeune Myriam. Elle lutte pour faire entendre sa vérité, mais finalement cède à la peur de mourir en s’abaissant devant la femme qui devra la pardonner ou pas. La télévision, entre les deux, se vautre dans la douleur, le conflit, comme autant d’occasions pour attirer le chaland et exciter les foules. Il y a, dans ce triste spectacle de la comédie humaine, quelque chose qui aspire au dégoût et à la colère. Le réalisateur ne débat pas frontalement de la question des femmes en Iran. Il questionne le droit pour les classes populaires à sortir de leur condition sociale et à faire valoir une parole libre. Le film aborde des sujets très complexes comme l’avortement, le mariage quasi forcé, et naturellement cette tradition du talion qui paraissent d’un autre temps. On regrettera peut-être une mise en scène un peu excessive. Les larmes et les cris vont bon train dans ce récit, mais, manifestement, il s’agit d’un effet courant dans le cinéma iranien. La force du long-métrage demeure dans la manière dont le réalisateur met en lumière la modernité d’un pays, à travers un studio de télévision rutilant, confrontée à des lois traditionnelles cruelles et une hypocrisie généralisée. Les femmes occupent le devant de la scène. Elles incarnent le pouvoir, tout en se soumettant à des voilages qui couvrent la féminité de leur regard. Elles incarnent la vie, tout en renonçant parfois au droit d’être une mère honorable, et une épouse résolument libre. Cette modernité ambiguë de l’Iran transparaît dans le générique de début de Yalda, où l’on découvre la ville tentaculaire de Téhéran, débordant d’embouteillages, dans une symphonie de lumières artificielles. Ainsi, ce film donne à découvrir un cinéma rare sur les écrans français, dont la violence sociale n’aura pas de peine à résonner dans les consciences. Avoir-alire

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