/ Shalom Europa

De MICHAL AVIAD avec Liron Ben-Shlush, Menashe Noy, Oshri Cohen
Drame - Israël - 2018 - VOST - 01h33

WORKING WOMAN

Orna travaille dur afin de subvenir aux besoins de sa famille. Brillante, elle est rapidement promue par son patron, un grand chef d'entreprise. Les sollicitations de ce dernier deviennent de plus en plus intrusives et déplacées. Orna prend sur elle et garde le silence pour ne pas inquiéter son mari. Jusqu’au jour où elle ne peut plus supporter la situation. Elle décide alors de changer les choses pour sa famille, pour elle et pour sa dignité.

Dès le début de la projection, le ton est donné. Michal Aviad annonce la couleur, elle dédie son film aux femmes. Pas aux femmes riches, belles et puissantes qui se sont exprimées lors du mouvement #MeToo, même si elle ne remet pas en question les moments difficiles que celles-ci ont pu vivre, mais aux autres, les anonymes, celles qu’on n’entend pas, qui n’osent pas parler. Celles qui sont femmes de ménage, secrétaires, employées de bureau, et qui n’ont pas le luxe de pouvoir se mettre à dos un employeur. Féministe engagée, Michal Aviad n’en est pas à son coup d’essai. Elle a déjà signé plusieurs documentaires et un long métrage de fiction, qui mettent en lumière des destins de femmes. Elle les sublime, leur donne la parole et une place. Working Woman s’inscrit pleinement dans cette démarche. La réalisatrice nous immerge dans un film d’une justesse angoissante. A travers un scénario sensible et plein de ressources, elle évoque le destin d’une héroïne ordinaire (Orna), qui travaille, ne fait pas de vague. Il s’agit d’une épouse et d’une mère irréprochables, comme on dit. Le long métrage s’ouvre sur des bruits de pas. Ceux d’une jeune femme décidée, bien dans sa tête, bien dans son corps. Heureuse. Accrocheuse. Elle change de vie, vient de trouver un nouvel emploi. L’avenir lui sourit. Mais la violence s’insinue graduellement. Sans qu’on la remarque. D’abord encourageant et gentil, le personnage de Benny, le nouveau patron d’Orna, se transforme peu à peu en une figure oppressante. Cela commence par une remarque, l’air de rien, sur la façon de se coiffer, de s’habiller. Rien de méchant, en apparence. Des conseils maladroits sous couvert de bienveillance, ceux d’un professionnel aguerri à une assistante débutante. Un engrenage dangereux s’enclenche, sans qu’Orna et nous-mêmes n’en comprenions le sens. Pourtant, le regard franc de Michal Aviad incrimine totalement le personnage. C’est lui le chef. Il a le pouvoir. Il domine. Quoi qu’il fasse, il est en position de force. Même lorsqu’il s’excuse. Même lorsqu’il est absent. Orna se replie sur elle-même. Le processus de culpabilisation est en marche. Il ne va pas la lâcher. Benny ne peut pas être si mauvais, puisqu’il est capable de remords, puisqu’il l’aide. Mais il est là, toujours, tout le temps. Le soir au téléphone, en déplacement, chaque fois un peu plus près. En présence de Benny, l’inquiétude d’Orna croît indéniablement, devient oppressante. Ce film nous dépeint la solitude de la jeune femme face à cette situation anxiogène. Orna a peur d’en parler à son mari (Ofer) ou à sa mère. Parce qu’au début ce n’est pas grave, ça ne vaut pas la peine d’être mentionné. Et puisqu’ensuite, ça le devient trop. La honte est là, qui l’envahit. Comment expliquer à ses proches quelque chose qu’on ne comprend pas soi-même ? Et puis, il y a toujours un problème plus conséquent, un stress plus grand : la maladie des enfants, les soucis financiers, etc. Ces contrariétés quotidiennes, communes à beaucoup de familles, montrent bien que le harcèlement concerne tout le monde. Comme si nous avions besoin de preuves. A cela s’ajoute la question du consentement : elle est primordiale tout au long du film. Orna dit non. Le répète. Le crie. Elle se braque. Son corps entier est l’illustration de sa répulsion. De son refus. Pourtant, Benny continue. Ce n’est pas qu’il ne veut pas voir. Il s’en moque, tout simplement. Son plaisir à lui, ses émotions, ses sentiments, ses besoins sont les seuls qui comptent. Le talent de Michal Aviad ne s’arrête pas au scénario, qu’elle a coécrit avec Sharon Azulay Eyal et Michal Vinik. Le film démontre un réel sens de l’esthétisme. Par ailleurs, les comédiens tantôt touchants, violents ou acharnés, donnent vie à des personnages d’un réalisme saisissant et d’une pertinence remarquable. Malgré tout, Working Woman demeure jusqu’au bout un film sur une jeune femme forte, pleine de ressources et d’assurance. Si elle s’enfonce dans un tourment qui la dépasse, Orna est un personnage pugnace et lumineux. C’est une jeune femme qui nous ressemble, à laquelle il est facile de s’identifier. Elle ne baisse pas les bras. Ses instants de faiblesses sont magnifiés par la bienveillance de la caméra. Orna nous emporte avec elle dans cette histoire, et notre empathie envers elle, accompagnant son parcours, nous fait respirer et frissonner à sa cadence. Avoir-alire

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