Sortie nationale

De Benedikt Erlingsson avec Halldora Geirhardsdottir, Davíd Thór Jónsson, Magnús Trygvason Eliassen, Ómar Guðjónsson, Jóhann Sig
Comédie - Islande/France/Ukraine - 2018 - VOST - 01h41

WOMAN AT WAR

Le film est présenté à la Semaine Internationale de la Critique au Festival de Cannes 2018 Halla, la cinquantaine, déclare la guerre à l’industrie locale de l’aluminium, qui défigure son pays. Elle prend tous les risques pour protéger les Hautes Terres d’Islande… Mais la situation pourrait changer avec l’arrivée inattendue d’une petite orpheline dans sa vie…

Entre conte poétique et récit d’aventures, le combat singulier d’une femme bien déterminée à défendre l’environnement. Le réalisateur islandais Benedikt Erlingsson confirme ici un sens aigu de l’humour et un amour inconditionnel des étendues sauvages déjà remarqués dans son premier long-métrage Des chevaux et des hommes réalisé en 2013. Au beau milieu d’une plaine aux tons verts dégradés, une femme, qui n’a rien d’une jeune écervelée, lance un câble sur une ligne haute-tension et fait ainsi disjoncter l’électricité de l’usine voisine. Une fois sa tâche accomplie, elle se presse de retrouver la chorale qu’elle anime car Halla n’est pas qu’une farouche militante pour l’environnement, elle est aussi professeur de chant. Puis, sur son vélo, elle regagne sa petite maison aux murs ornés de portraits de Mandela et Ghandi. Sous cette allure débonnaire celle qui se cache sous le pseudonyme de « Femme de la montagne » mène une guerre secrète contre l’industrie locale de l’aluminium. Ses actions sont de plus en plus audacieuses et ont même permis de faire cesser les négociations entre le gouvernement islandais et une multinationale pour la construction d’une nouvelle fonderie. Elle est alors devenue l’ennemi numéro 1 d’un État plus prompt à défendre son économie que son environnement. Un vague cousin lui prête main forte discrètement mais efficacement. Au cœur de cette vie finalement bien organisée tombe une nouvelle qu’elle n’attendait plus. Sa demande d’adoption vient d’aboutir et une fillette l’attend en Ukraine. Elle comprend alors qu’elle va devoir faire un choix entre son destin d’héroïne des temps modernes et son destin de mère. Pas facile de percer le mystère de cette femme aux diverses facettes qui se coule avec le même flegme dans cette lutte extrême ou dans sa routine quotidienne. Le mystère est encore renforcé par la présence de sa sœur jumelle (jouée par la même actrice) qui lui ressemble trait pour trait et qui, dans un premier temps, ne sait rien de ses activités. C’est ainsi qu’au milieu de décors de toute beauté, le film prend des allures d’intrigue policière. Bénéficiant d’une mise en scène alerte, le récit nous entraîne à la poursuite de celle qui fait figure de terroriste aux yeux des autorités. Poursuivie par des drones ou des hélicoptères, elle escalade les collines, se cache dans des fossés, se vêt de peaux de bêtes afin de nous plonger dans une ambiance poétique du plus bel effet propre à nous ramener sans violence ni drame vers le cœur de notre sujet, qui n’est autre que la défense de ces contrées vierges. Ni les gags exagérément répétitifs de l’arrestation d’un jeune touriste étranger transformé en bouc émissaire, ni les apparitions récurrentes d’un groupe de musiciens surgissant à l’improviste à l’arrivée d’un moment significatif ne parviennent à entacher l’humour décalé de ce film écologiquement drôle, bien servi par la prestation impressionnante de son actrice principale : elle incarne merveille ce personnage dont la détermination calme rallie immédiatement le spectateur à sa cause, ce qui fait tout l’intérêt de ce film d’action poétique. Aborder un sujet aussi crucial avec autant de légèreté a été le pari de Benedikt Erlingsson : le résultat est excellent. Avoir-alire

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