/ Séance à la demande pour les scolaires

De Bonni Cohen, Jon SHENK avec Al Gore
Documentaire - Etats-Unis - 2017 - VF / VOST - 01h38

UNE SUITE QUI DERANGE : LE TEMPS DE L'ACTION

L’ex vice-président Al Gore poursuit infatigablement son combat en voyageant autour du monde pour former une armée de défenseurs du climat et exercer son influence sur la politique climatique internationale.  Les caméras le suivent en coulisse, saisissent des moments publics et privés, drôles et émouvants :  alors que les enjeux n’ont jamais été aussi importants, il défend l’idée que les périls du changement climatique peuvent être surmontés par l’ingéniosité et la passion des hommes.

Lycéens

Un sequel plus abouti, qui ne transige jamais sur l’importance politique et citoyenne dans la lutte contre le réchauffement climatique, tout en offrant à la pédagogie l’émotion qui manquait à la première mise en garde cinématographique d’Al Gore. Après ses débuts à Sundance, en janvier 2017, puis son passage à Cannes, le documentaire Une suite qui dérange : le temps de l’action entreprend un tour du monde des salles qui tombe à point pour redorer le blason de la COP21 aux yeux des sceptiques, et ainsi éclabousser un peu plus l’opportunisme et la vision à court terme du président Donald Trump. Ce dernier ne s’est-il pas empressé, à son arrivée au pouvoir, de mettre un climato-sceptique à la tête de l’agence environnementale ? De défaire les décisions de son prédécesseur, notamment en imposant la soustraction américaine de l’accord de Paris, allant à l’encontre d’un consensus des chefs d’État de la planète inédit sur ces questions environnementales ? Décidé avant l’avènement du clown de la télé-réalité, ce sequel d’Une Vérité qui dérange (2006), qui faisait suite aux deux désastreux mandats de George W. Bush, sur les questions écologiques (on évitera de parler du reste), invite le spectateur à se réapproprier les enjeux citoyens universels, qu’aucun ogre au monde ne peut, ou du moins ne doit contrecarrer. Il est donc temps de passer à l’action. Al Gore, respectable narrateur de ce film, que l’on voyait encore en novembre 2016 auprès de Leonardo DiCaprio, son jeune apôtre, dans le docu Before the Flood, assène une fois de plus son discours d’action, et non plus de prévention, celui qu’il brandit depuis le début des années 90, avec ferveur, mais aussi avec la retenue des grands hommes politiques, c’est-à-dire jamais dans l’excès, la désinformation ou le sensationnalisme. No Fake News, c’est promis, juré, craché sur la tombe des imposteurs. Celui qui fut vice-président de Clinton et promis au poste de président des USA (l’ancien homme politique perdit à quelques voix près dans un État clé, défaite que l’on peut estimée a posteriori comme l’une des plus funestes pour l’histoire des XXe et XXIe siècles), a rangé ses habits de politicien pour ceux de ponte de l’écologie, moins gourou qu’influenceur essentiel qui a su garder des connexions avec les grands de ce monde, dans les domaines qui comptent : la politique, l’industrie, l’humanitaire. a méthode ? Le mot, la pédagogie. Il prêche la bonne parole écologique d’État en État, de pays en pays, lors de séminaires aux quatre coins du monde, où ses élèves sont chargés de trouver les arguments à répandre et semer au gré du vent, pour vaincre l’obscurantisme d’une vision passéiste du capitalisme qui place forcément les énergies fossiles au cœur du moteur économique. Véritable ode à Al Gore, Une suite qui dérange pourrait presque s’apparenter à l’apologie d’un illuminé religieux si, la personnalité mesurée, mais néanmoins extrêmement obstinée dans sa dévotion, du Démocrate n’évitait pas les parallèles lourds avec la Bible (ici-et-là, une référence, mais rien de bien chargé). Gore est américain, mais avant tout un citoyen du monde qui comprend les enjeux géo-politiques, la complexité des problématiques liées à l’industrialisation (voir ses efforts en coulisses, dans la dernière partie du film, lors de la COP21, pour convaincre l’Inde d’adhérer au projet de réduction des émissions de CO2). Son cours ne se résume pas à rabâcher des leçons ; son talent d’orateur, il le place dans une réflexion personnelle où chacun est amené à redéfinir son comportement à la planète et à l’autre. Contrairement au film de 2006, plutôt rasoir, Une Suite qui dérange trouve cette fois-ci le ton juste, manifestant de l’émotion quand il le faut. Les nombreux inserts de vidéos spectaculaires démontrant la multiplication des catastrophes naturelles ne versent pas dans la pornographie du bon sentiment, ils sont toujours accompagnés des termes justes pour replacer les grands désastres de ce XXIe siècle dans leur contexte (la crise des migrants, par exemple, avec un retour providentiel sur la crise climatique en Syrie). L’émoi d’Al Gore, le soir d’une intervention à Paris, un vendredi 13 novembre 2015, n’est pas feinte. Lui, à l’instar des documentaristes Bonni Cohen et Jon Shenk, ne se situe pas dans le pathos, ni dans la naïveté qui entachait le discours de son compatriote Leonardo DiCaprio, dont on avait l’impression qu’il découvrait le monde en 2016. Nourri de ses échecs politiques et face à la perspective d’un basculement inexorable vers des décisions politiques toujours plus suicidaires, Al Gore, plus combatif que jamais, convainc dans un film qui, s’il n’apprendra rien de nouveau à ceux qui adhéraient déjà à ses thèses, permet une incursion inédite dans la conférence de Paris et ses confidences. Il permet également de mieux appréhender l’obstacle Donald Trump par ceux qui agissent de l’intérieur. Remarquablement équilibrée dans son dosage entre pédagogie et émotion, cette invitation à l’action est surtout le manifeste d’un homme de l’establishment, mais néanmoins insoumis dans sa cause, qui saura convaincre les plus dubitatifs et les plus récalcitrants, tout en offrant une sérieuse base de réflexion pour les générations à venir. Avoir-alire

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