De Neeraj Ghaywan avec Ishaan Khattar, Vishal Jethwa, Janhvi Kapoor, Shalini Vatsa, Pankaj Dubey
Drame - Inde/France - 2025 - VOST - 1h59
Une jeunesse indienne - Homebound
Dans un village du nord de l’Inde, deux amis d’enfance tentent de passer le concours de police nationale, un métier qui pourrait leur offrir la dignité qu’ils n’osent espérer. Alors qu’ils touchent du doigt leur rêve, le lien précieux qui les unit est menacé par leurs désillusions…
L’un est musulman, l’autre est d’une caste inférieure. Tous les deux connaissent le rejet, la discrimination et l’opportunité qu’ils ont de passer un concours de police et de rentrer dans le corps de l’administration publique pourrait les sortir de cette condition misérable. Sauf qu’au cinéma, les choses ne se passent jamais comme prévues. "Une jeunesse indienne" revient après dix ans d’absence du cinéaste Neeraj Ghaywan, qui avait reçu un Prix à Cannes dans la même catégorie où le film concourt aujourd’hui. Il y a donc un savoir-faire certain dans l’art de raconter des histoires, d’amener le spectateur sur des routes multiples et imprévues, mais aussi, le cas présent, une tendance fâcheuse à se laisser aller aux excès lacrymaux. Toujours est-il que le long-métrage donne une image très critique de l’Inde, appuyée sur la connaissance que le réalisateur en a : la Constitution, qui proscrit la discrimination des castes inférieures ou des populations issues de l’immigration, n’est pas respectée ; les ouvriers sont bafoués dans leurs droits ; et la manière dont la crise de la Covid-19 a été gérée est lamentable. On n’est donc pas dans un conte joyeux, fait pour rêver, où les ailes de l’amitié l’emporteraient sur la réalité macabre : bien au contraire, les malheurs s’accumulent pour les deux jeunes hommes avec, en filigrane, le goût du sacrifice Le récit se démarque par d’indéniables qualités dans la manière dont la narration se décline pendant presque deux heures. On pourrait craindre un format trop long mais le rythme est optimal et permet de garder le spectateur en haleine jusqu’à l’issue finale, même si cette dernière est presque évidente. On salue le choix du réalisateur de planter un discours idéologique puissant qui tente de dénoncer les discriminations qui perdurent en Inde, ce grand pays très ambivalent, avec un taux de croissance incroyable, mais qui ne parvient ni à gérer sa population nombreuse, ni à la sortir de la misère endémique. Les jeunes rêvent de Dubaï et pourtant les deux héros s’accrochent à un rêve, un idéal patriotique, certains que l’embellie économique leur profitera et que leur pays leur donnera leur chance. Cela fait de ce film un récit avec des airs patriotiques qui ne cachent pas pour autant la réalité des conditions de vie difficiles pour les populations les plus vulnérables. Mais la fiction en rajoute trop dans les effets mélodramatiques qui alourdissent le propos. Beaucoup de sujets s’ajoutent à la trame principale, ce qui finit peut-être par laisser penser que le scénario est cousu de fil blanc. Il faut dire aussi que le film est très marqué culturellement, et que cet enchevêtrement d’évènements qui viennent se surajouter à la narration principale est courante dans les œuvres littéraires ou cinématographiques de l’Extrême-Orient. Le spectateur occidental doit donc tenir compte de cet aspect des choses et se décaler par rapport à sa vision narrative souvent très linéaire. "Une jeunesse indienne" demeure un joli moment de cinéma. Il est toujours heureux de regarder des personnes s’aimer en fraternité. Les bons sentiments ne nuisent pas au plaisir du cinéma, bien au contraire. Et il est à espérer que l’Inde trouvera après ce film des militants pour continuer à rendre possible l’application d’une Constitution qui proscrit la discrimination par catégories d’individus. à Voir à Lire
