Festival Télérama

De Paul Thomas Anderson avec Leonardo DiCaprio, Sean Penn, Chase Infiniti, Benicio del Toro, Regina Hall
Action - Etats-Unis - 2025 - VOST - 2h42

Une bataille après l'autre

Bob Ferguson est un ancien révolutionnaire paranoïaque et désabusé, qui a jadis œuvré avec son ex, Perfidia, au sein du French 75, un groupe militant voué au renversement du gouvernement américain. Seize ans plus tard, Bob vit seul avec sa fille, Willa, quand celle-ci disparaît soudainement. Bob soupçonne son vieil ennemi d’antan, le Colonel Steven J. Lockjaw, d’être responsable de sa disparition. Il décide alors de renouer avec ses anciens frères d’armes pour retrouver sa fille, quitte à confronter les fantômes de son passé.

Il y a des films où depuis la bande-annonce jusqu’au cadrage, en passant par le montage jusque la direction d’acteurs, tout semble taillé sur mesure. Une bataille après l’autre est un long-métrage d’aventure et d’humour qu’on regarde comme on écoute une œuvre de musique classique où les sons semblent d’une facilité déconcertante sous les doigts du pianiste alors même qu’il s’agit d’une pièce des plus virtuoses qu’il soit. Paul Thomas Anderson offre ainsi un spectacle vertigineux de rires, de rythme et de précision. Chaque scène, chaque séquence semblent taillés dans du diamant qui recèle mille et une surprises. Voilà donc un film qu’il faut voir et revoir sans jamais avoir le sentiment de l’avoir totalement appréhendé. D’abord, parce que cette histoire de militants poursuivis par un militaire véreux et nauséabond est d’emblée totalement surréaliste. Le réalisateur américain n’hésite pas légitimer ce qui est en réalité du terrorisme pur, a fortiori dans un camp au bord de la frontière mexicaine qui ressemble étrangement aux prisons trumpiennes où croupissent de pauvres candidats à l’exil. Ensuite, parce que ce qui pourrait être sans queue ni tête se révèle comme un formidable conte contemporain qui flirte généreusement avec le film d’espionnage et d’aventure. On pense en bien meilleur aux films d’aventure comme Le magnifique ou l’incorrigible où Jean-Paul Belmondo en son temps bravait le rire et le rythme avec une frénésie réjouissante. Le héros, ou plutôt l’antihéros, est interprété par le formidable Leonardo DiCaprio. L’acteur incarne un ancien extrémiste de gauche qui survit seize plus tard entre l’alcool, la drogue, et le paranoïa. Il éduque seul sa fille adolescente dont la mère a disparu après un braquage raté et extravagant dans une banque. Sa démarche boiteuse, sa perte totale de repères et sa maladresse le font ressembler à un pantin désarticulé, loin de l’archétype de l’aventurier prêt à toutes les prouesses. En réalité, le sauvetage du protagoniste n’est pas tant lié à son ingéniosité et sa fougue, mais à la complexité assumée d’anciens exilés d’Amérique du Sud ou d’Afro-Américains qui rendent hommage à son engagement d’hier dans la lutte contre les discriminations et l’exclusion. Il y a quelque chose de complètement iconoclaste que d’entendre Bob pousser des cris de révolutionnaire communiste dans une Amérique pétrie de capitalisme et de rejet des minorités. DiCaprio n’est pas le seul acteur à crever l’écran. Sean Penn habite l’affreux militaire dans un corps déséquilibré et une série de grimaces complètement désarmantes. L’acteur joue un vrai méchant, comme on les aime au cinéma, qui n’a aucun scrupule à assouvir ses fantasmes et son désir de domination, en arguant son irrésistible capacité à détourner les lois pour sa seule jouissance. Sa cruauté est tellement poussée à l’extrême qu’il en devient un personnage mythique et inoubliable à l’instar d’un Dark Vador. Nul ne sait ce que deviendra ce film dans l’histoire du cinéma. Toujours est-il qu’Une bataille après l’autre résonne déjà comme un film culte. La musique qui accompagne en permanence le récit est particulièrement réussie, en sus d’un détricotage de tout ce l’on a déjà connu dans le cinéma d’humour et d’action. Le film convoque le rire, l’aventure et le sens du rythme dans un genre qui se contrefiche des normes en la matière. Chacun, quel que soit l’âge, trouvera dans ce flot palpitant d’images, un symbole, un clin d’œil à sa propre génération, comme si Paul Thomas Anderson avait su rassembler dans un seul film toute la multiplicité du monde. à Voir à Lire

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