De Akinola Davies Jr. avec Ṣọpẹ́ Dìrísù, Efon Wini, Godwin Egbo, Chibuike Marvellous Egbo, Tosin Adeyemi
Drame - Nigéria/Royaume-Uni - 2025 - VOST - 1h33
Un jour avec mon père
Récit semi-autobiographique se déroulant sur une seule journée dans la mégalopole nigériane, Lagos, pendant la crise électorale de 1993. Un père tente de guider ses deux jeunes fils à travers l'immense ville alors que des troubles politiques menacent.
Les premières images d'un long métrage comptent. C'est encore plus vrai pour Un jour avec mon père du cinéaste britannico-nigérian Akinola Davies Jr., en salles mercredi 25 mars. On découvre deux frères dans une cour qui s'ennuient un peu. Ils se chamaillent autour de leur bouillie, jouent avec leurs personnages en papier. Quand la caméra se détourne d'eux, elle se porte vers des feuilles malmenées par le vent et, plus haut, sur la ronde des oiseaux dans le ciel, un motif récurrent dans le film. L'atmosphère paraît inhabituelle alors que la séquence évoque le quotidien. Bientôt, les enfants retournent dans la maison, le pas hésitant sans que l'on ne sache pourquoi. Apparaît alors un homme, serviette autour des reins : c'est leur père. Très vite, on comprend qu'ils passent rarement du temps avec lui. "Je te verrai dans mes rêves", lançait plus tôt la voix juvénile d'un narrateur. La journée s'annonce donc exceptionnelle quand le père propose à ses fils de le suivre à Lagos, la capitale économique du Nigeria. Sope Dirisu (rendu célèbre par la série Gangs of London) est Folarin, le père d'Olaremi et d'Akinola,11 et 8 ans, interprétés respectivement par Chibuike Marvellous Egbo et Godwin Egbo, frères à la ville. Akinola n'est autre que le double fictionnel du cinéaste qui partage un récit inspiré de son enfance et de celle de son frère, son coscénariste. Un jour avec mon père d'Akinola Davies Jr., ce sont 24 heures inoubliables dans la vie de deux garçons dans un pays en pleine crise politique et sous l'emprise d'une féroce junte militaire conduite par le général Ibrahim Babangida. Le récit se situe en 1993, au Nigeria. L'homme d'affaires Moshood Abiola, alias MKO, est en passe de remporter l'élection présidentielle. Folarin, Kapo pour ses amis, est l'un de ses fervents partisans. Sa détestation des militaires n'a d'égal que l'espoir placé en Abiola, dont le nom rime désormais avec espoir. L'escapade familiale se déroule une dizaine de jours après les évènements de Bonny Camp, une rafle réputée sanglante, qui n'aurait pourtant pas fait de victimes selon la propagande de la junte. Les spéculations vont d'ailleurs bon train dans le car qui emmène le trio vers Lagos. Guidés par papa La ville grouille de militaires. La caméra ne manque pas de s'attarder sur eux et les regards haineux que leur lance Folarin. À Lagos, Papa est venu chercher son dû dans l'usine dans laquelle il travaille. Mais c'est l'occasion de faire découvrir la capitale à ses fils, à pied, en voiture ou encore en moto-taxi. Akinola Davies Jr. guide l'audience dans un monde qui n'existe plus. Comme une vieille photo, son film a la patine du temps grâce à une colorimétrie qui fait écho aux images d'archives qui traversent la fiction. On s'en aperçoit dans une séquence clé qui se déroule dans un bar où Folarin a ses habitudes. C'est à la télé que les clients découvrent que le changement politique attendu est sérieusement compromis. Cette journée du 12 juin 1993, évoquée par Akinola Davies Jr., est gravée dans la mémoire des Nigérians. En 2024, elle a été déclarée "jour de la démocratie" – ce qu'elle n'avait pas été – par l'ancien président nigérian Muhammadu Buhari. La mécanique du souvenir Un jour avec mon père est la petite histoire dans la grande Histoire du Nigeria. Avec onirisme, Akinola Davies Jr. reconstitue méticuleusement des moments inédits et complices entre un père et ses fils. Tout en installant l'action de son film dans un cadre temporel bien précis – la journée –, il se libère du temps. Les frontières spatio-temporelles sont floues dans ce récit mais des petits indices permettent de ne pas perdre complètement pied. Le film, qui a permis à une coproduction nigériane de débarquer sur la Croisette grâce à un cinéaste de la diaspora, apparaît comme un rappel indirect du dynamisme de Nollywood, l'industrie du cinéma au Nigeria dont les œuvres, qui gagnent en qualité au fil des ans, ne sont pas sélectionnées à Cannes. À l’instar de tous les grands festivals, il a une appétence pour le cinéma d'auteur. Avec son premier long métrage, Akinola Davies Jr. a donné vie à un moment suspendu et mystérieux, à la fois récit d'enfance et fresque politique à l'esthétique affirmée. Un jour avec mon père a été repéré par le jury de la Caméra d'or au dernier festival de Cannes qui lui a décerné une mention. Intuition confirmée par le Bafta (les César britannique) du premier film décroché par Akinola Davies Jr. France Info Culture
