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Sortie nationale

De Anthony Chen avec Zhou Dongyu, Liu Haoran, Qu Chuxiao, Ruguang Wei, Baisha Liu
Drame - Chine - 2023 - VOST - 1h37

Un hiver à Yanji

C’est l’hiver à Yanji, une ville au nord de la Chine, à la frontière de la Corée. Venu de Shanghai pour un mariage, Haofeng s’y sent un peu perdu. Par hasard, il rencontre Nana, une jeune guide touristique qui le fascine. Elle lui présente Xiao, un ami cuisinier. Les trois se lient rapidement après une première soirée festive. Cette rencontre intense se poursuit, et les confronte à leur histoire et à leurs secrets. Leurs désirs endormis dégèlent alors lentement, comme les paysages et forêts enneigées du Mont Changbai.

Il est là par hasard, au milieu d’un mariage où il se sent de trop. Le téléphone ne cesse d’appeler pour le prévenir qu’il a raté sa séance de psychothérapie. Mais le hasard l’entraîne dans un bus touristique où il va rencontrer la jeune guide puis son ami, SS, avec lesquels il va s’engager sur un voyage d’un retour à la vie. Un hiver à Yangi est d’abord marqué par un soin très appliqué à la photographie. Si le propos parle en effet de voyage, il était absolument indispensable de transformer les paysages en une expérience esthétique, philosophique et poétique. Anthony Chen y parvient parfaitement, d’autant que ses trois personnages principaux s’y engouffrent merveilleusement bien. La nature facilite ainsi la révélation intérieure de trois protagonistes, tant à l’égard d’eux-mêmes qu’entre eux trois. Le développement peut paraître long, comme souvent pour les films projetés à Cannes. Ici, le format relativement long est nécessaire pour appréhender la complexité des trois personnages qui se retrouvent sur un point : un vide abyssal à combler. Anthony Chen refuse d’amener son récit à marche forcée. Au contraire, il laisse le temps à ses personnages de s’affirmer les uns les autres. Tout se joue dans l’échange de regards, dans le frottement d’un doigt contre une main. Il n’y a aucune recherche d’érotisme, et pourtant la sensualité effleure en permanence entre les trois amis. Le réalisateur opte pour une mise en scène subtile, sensible, qui offre la possibilité aux spectateurs de se faire une idée sur les relations qui se nouent entre eux. Il ne faut pas minorer dans ce récit de voyage la portée très politique du propos. Une scène absolument merveilleuse met en perspective un troupeau de chevreuils qui se sont perdus le long de la frontière de la Corée du Nord, solidement fermée par des grillages. Cette scène très évocatrice dénonce avec beaucoup de subtilité l’artificialité des frontières, a fortiori dans tous les pays du monde où se pose de manière égale la question de la discrimination sociale. Comme dit un des personnages, un voleur échappé de la Corée du Nord a plus de valeur vénale qu’un citoyen né en Corée du Sud, honnête et travailleur. Un hiver à Yangi est un récit initiatique d’une très grande beauté où les personnages convoquent le spectateur à donner un sens à son existence et à savoir faire les choix qui s’imposent. Il ne faut surtout pas s’illusionner par la magnificence des paysages. Les trois personnages déroulent en réalité des plaies personnelles qui annoncent le meilleur, dès lors qu’ils s’assument dans leur vérité toute personnelle. On aura donc appréhendé cet objet de cinéma, noble et délicat, comme un témoignage existentiel et philosophique majeur.

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