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Rencontre

De Diako Yazdani avec Kojin, Diako Yazdani
Documentaire - France - 2019 - VOST - 1h27

Toutes les vies de Kojin

Dans un documentaire à la première personne, Diako Yazdani, réfugié politique en France, retourne voir sa famille au Kurdistan irakien et leur présente Kojin un jeune homosexuel de 23 ans qui cherche à exister au sein d’une société où il semble ne pas pouvoir trouver sa place. Avec humour et poésie, le réalisateur livre un portrait émouvant où les rencontres des uns et des autres invitent à une réflexion universelle sur la différence.

Rencontre avec Diako Yazdani, réalisateur, le jeudi 12 mars à 20h, en partenariat avec la CIMADE et Autre Regard.

Un documentaire à la première personne qui détaille de manière poignante le calvaire d’un jeune homosexuel d'aujourd’hui, au Kurdistan irakien. Mèche blonde dissimulée par une visière de casquette, top moulant sous la fermeture Eclair du survêt, poils de barbe défiés par un trait net de rouge à lèvres : lui, c’est Kojin, le héros de ce documentaire, et vous allez l’aimer. Il est jeune, doux, mais persécuté dans son pays en raison de son homosexualité. Parce qu’il est un homme qui aime être un homme, qui se travestit parfois en femme, joliment et même de manière un peu ado, un peu Bowie. On est au Kurdistan irakien, en 2019. A la fin du film, Kojin aura bougé en Allemagne, en transit dans un camp parmi d’autres réfugiés. Obtiendra-t-il le droit de poser ses bagages, enfin libre ? Odieux suspense. En attendant, sous l’œil bienveillant de la caméra et du primo-réalisateur iranien Diako Yazdani (réfugié politique en France), le voilà lancé dans une croisade, celle des mots et du dialogue qu’il veut à tout prix, désespérément et gentiment, instaurer entre lui (l’homosexuel) et ceux qui le rejettent tel un pestiféré (une bonne partie de la société). Lui et sa caméra se promènent et ne récoltent que des propos haineux, vindicatifs ou ignorants, de la bouche d’à peu près tout le monde. Mais le film ne se complaît pas dans le constat navrant d’un obscurantisme (qui serait un autre type d’œillères) et ouvre au contraire son spectre de nuances pour recueillir des voix magnifiquement dissonantes : anonymes éclairé·es, spécialiste de poésie orientale qui en dévoile toutes les coquineries, famille du réalisateur dont le traditionalisme consent pourtant à considérer la différence de Kojin, échangeant à plusieurs reprises avec lui, preuve qu’une entente est possible… Bien sûr, il y a la moue crispée de la mère, que les aveux du jeune homme défrisent et dégrisent. Il y a les sœurs, qui demandent à leur frère de cacher leurs cheveux à l’écran – dissimulés, séance tenante, par un gribouillis de feutre rose. On rit. A eux deux, ils font se tordre quelques langues, trembloter les lois, mettent à mal quelques doctrines Le charme de ce film, c’est la douceur résignée de Kojin ayant trouvé pour alliée l’indignation facétieuse de Diako. Sa force de subversion, c’est sa fraternité. A eux deux, ils font se tordre quelques langues, trembloter les lois, mettant à mal quelques doctrines aussi, en particulier celles d’un incroyable personnage de charlatan, faux médecin et imposteur – mais écrire cela, c’est déjà trop, trop possiblement à charge contre Toutes les vies de Kojin, qui doit nécessairement composer avec le risque d’être épinglé pour blasphème. En défendant le principe de liberté, du droit fondamental à être différent, Diako et Kojin prennent un risque immense, que le film ne tait pas, et on y pense sans cesse, tandis que les deux garçons – amis, jumeaux, alter ego – dégustent ensemble un plat de pâtes, la nuit de Noël. Ils vont ensuite dehors fumer une cigarette, grelottant dans leurs doudounes et la fraîche Allemagne, riant d'une absurdité jusqu’aux larmes en se rappelant que beaucoup, ici, se soucient plus de la santé de leurs chiens que de leur sort. Les Inrockuptibles

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