Sortie nationale

De Muayad Alayan avec Adeeb Safadi, Sivane Kretchner, Ishai Golan, Hanan Hillo, Maisa Abd Elhadi, Kamel El Basha, Jan Kühne, Rebecca Esmeralda Telhami
Drame - Palestine/Pays-Bas/Allemagne/Mexique - 2018 - VOST - 02h12

The Reports on Sarah and Saleem

Sur fond de conflit politique, une jeune israélienne, Sarah, et un jeune palestinien Saleem, s'éprennent l'un de l'autre. Leur aventure déclenche un jeu dangereux de duperie entre ceux qui détiennent le pouvoir et ceux qui ne le détiennent pas.

Jérusalem était déjà au cœur du conflit israélo-palestinien bien avant que Donald Trump ne rende la situation encore plus compliquée. La fureur qui a explosé quand le président américain a reconnu Jérusalem comme capitale de l’État israélien ne fait que rendre les événements relatés par Muayad Alayan dans son deuxième long-métrage encore plus brûlants et auguraux. Le film, The Reports on Sarah and Saleem montre une ville où deux communautés cohabitent mais où le pouvoir et l’influence ne sont dans les mains que d’une force dominante. L’excellent scénario de Rami Alayan, le frère du réalisateur (qui a raflé pour ce travail, toujours à Rotterdam, le Prix spécial du jury), fait ingénieusement se déployer dans un même drame une liaison adultère entre une tenancière de café juive, Sarah (Sivane Kretchner), et un livreur arabe du nom de Saleem (Adeeb Safadi), et un thriller avec des implications politiques et sociales. Quand Saleem et Sarah se disputent en public, à Bethléem, leurs conjoints respectifs se rendent compte qu’ils sont cocus. Les conséquences de cela vont faire de Salim la cible des forces de sécurité israélienne. Le passage de l’histoire de la liaison à sa fin brutale porte l’attention non plus sur Sarah et Saleem mais sur leurs conjoints, l’officier israélien David (Ishai Golan) et Bisan (Maisa Abd Elhadi), qui est enceinte. La réaction de ces derniers est caractérisée par un fascinant équilibre entre douleur et loyauté, tandis qu’ils apprennent à accepter que la publicité autour de la liaison va affecter leurs vies et leurs carrières. Dans leurs réactions, il y a de l’amour et de la haine. La nature théâtrale du scénario, qui rappelle par moments le style du maestro iranien Asghar Farhadi, fait que le film repose en grande partie sur l’art des quatre comédiens principaux (plus Hanan Hillo dans le rôle de Maryam l’avocate de Saleem) et en effet, leurs performances tout en nuances tirent le récit dans des directions inattendues. Le tableau qui est fait ici de Jérusalem est tout aussi intrigant. La ville est présentée ici comme une cité où tout le pouvoir administratif est dans les mains des forces israéliennes, de sorte qu’elles peuvent inculper des ennemis devant les tribunaux quand cela leur chante. Sarah détient la clef du destin de Saleem – ce n’est pas par hasard que dans leurs vies professionnelles, il est livreur pour le commerce florissant de la jeune femme. Le déséquilibre des pouvoirs saute aux yeux partout. Ainsi, dans son combat pour obtenir justice pour son mari, Bisan est dépendante du bon vouloir des autres, mais il faut noter que la situation de David fait pendant à la sienne, car la trahison de sa femme va avoir des conséquences sur sa carrière. C’est un scénario riche en retournements de situation qui rappelle fortement le cinéma de Sydney Pollack, et devrait non seulement plaire aux festivals mais également trouver son public partout dans le monde. CinEuropa

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