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De Judd Apatow avec Pete Davidson, Marisa Tomei, Bill Burr, Bel Powley, Maude Apatow
Comédie Dramatique - Etats-Unis - 2019 - VOST - 2h17

The King Of Staten Island

Il semblerait que le développement de Scott ait largement été freiné depuis le décès de son père pompier, quand il avait 7 ans. Il en a aujourd’hui 24 et entretient le rêve peu réaliste d’ouvrir un restaurant/salon de tatouage. Alors que sa jeune soeur Claire, raisonnable et bonne élève, part étudier à l’université, Scott vit toujours au crochet de sa mère infirmière, Margie, et passe le plus clair de son temps à fumer de l’herbe, à traîner avec ses potes Oscar, Igor et Richie et à sortir en cachette avec son amie d’enfance Kelsey. Mais quand sa mère commence à fréquenter Ray, un pompier volubile, Scott va voir sa vie chamboulée et ses angoisses exacerbées. L’adolescent attardé qu’il est resté va enfin devoir faire face à ses responsabilités et au deuil de son père.

Séance unique le 21 août

Concert accoustique de Pierre Walch à 20h30

Projection du film à 21h15

Fils d’un pompier mort en héros, un Tanguy accro à la fumette doit quitter le nid maternel… Une de ces comédies douces-amères où Judd Apatow excelle. À quel moment un drame bifurque-t-il vers la comédie ? Judd Apatow répond pied au plancher, dès l’ouverture de The King of Staten Island, par une tentative de suicide sur autoroute. Le drame, donc, c’est que son jeune héros, Scott (Pete Davidson, une révélation), décide d’en finir au volant de sa voiture. Il accélère, ferme les yeux, l’accident est inévitable. La comédie, elle, tient à ce qu’il se ravise à la dernière seconde, braque, froisse un peu de tôle, puis poursuit sa route en marmonnant des excuses et… en attachant sa ceinture. S’il n’est pas prêt à mourir, Scott n’est pas non plus équipé pour vivre. À 24 ans, ce Tanguy américain vivote donc chez maman, une infirmière énergique et aimante (merveilleuse Marisa Tomei), écrasé par le souvenir d’un père héroïque, soldat du feu décédé en intervention quand il avait 7 ans. Perdu entre l’enfance et l’âge adulte, ce grand dadais traînasse sans but entre les potes, les joints, sa liaison secrète avec une amie de toujours et son rêve absurde d’ouvrir un restaurant-salon de tatouages — il dessine comme un pied. Quand sa veuve de mère rencontre enfin un amoureux, elle envisage de le pousser hors du nid. « Tu me vires ? » Réponse géniale : « Non, je veux que tu trouves un logement avant l’été. » Intronisé « roi de la comédie potache » il y a quinze ans avec l’hilarant 40 Ans, toujours puceau, Judd Apatow a montré qu’il avait en fait le rire flou, entre deux eaux, grave et trivial à la fois. Il poursuit sur cette voie qui lui réussit, aidé par son coauteur et interprète, Pete Davidson. Largement autobiographique — le père du stand-upper, pompier, a disparu lors des attaques du 11 septembre 2001 —, The King of Staten Island brode un peu de fiction autour de sa personnalité étrange, son long corps maigre et tatoué, son air abêti par la fumette, mais aussi la douceur de son sourire plein de dents et son art de la vanne limite. Après Steve Carell et Seth Rogen, Davidson rejoint le club privilégié des hommes en cours de finition chéris par Apatow. Dans The King of Staten Island, Scott n’est le roi de rien du tout, même pas un petit prince de ce district oublié de New York, un coin ni cool ni gentrifié. « Même le New Jersey nous méprise », se lamente la bande de copains mi-dealers, mi-braqueurs, 100 % losers. Les filles, les femmes s’en sortent mieux, plus volontaires, plus dégourdies, inquiètes mais drôles, aussi — rien à voir avec des maîtresses d’école, quels progrès dans l’écriture depuis En cloque, mode d’emploi (2007) ! De toute façon, le problème est à chercher du côté du père. Comment se construire dans l’ombre d’un héros sans failles ? Faut-il marcher dans les pas de papa, quitte à flotter dans son costume ? Un brin trop long, ce film au rythme alangui distille un charme tenace, subtile alliance d’humour cru et de tendresse assumée, presque mièvre. Au royaume de la comédie triste, Judd Apatow conserve sa couronne. Télérama

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