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Plein Air au Bel Air

De Florian Zeller avec Anthony Hopkins, Olivia Colman, Mark Gatiss, Olivia Williams, Imogen Poots, Rufus Sewell, Ayesha Dharker, Roman Zeller, Scott Mullins, Evie Wray
Drame - France, Royaume-Uni - 2021 - VOST - 1h38

The Father

THE FATHER raconte la trajectoire intérieure d'un homme de 81 ans, Anthony, dont la réalité se brise peu à peu sous nos yeux. Mais c'est aussi l'histoire d'Anne, sa fille, qui tente de l'accompagner dans un labyrinthe de questions sans réponses.

Projection le 25 juillet dans le cadre du Festival Plein Air au Bel Air.

PASS SANITAIRE DEMANDE.

Ouverture du site et de la billetterie à 20h15. tarif plein : 8.50€ / Tarif réduit : 7€  (CEZAM, demandeurs d'emploi, CCAS, étudiants, invalides, Pass'temps) / 5.50€ (ABC, - 18 ans) / 3 € Carte culture

Concert Tribute to Dominique A à 20h45

Projection du film à 22h (séance à 21h45)

Pré-achat de billets possible (cliquer sur "Réserver")

Des détails qui clochent, une temporalité qui se brouille… Servi par d’impeccables acteurs, le dramaturge adapte sa pièce sur la maladie d’Alzheimer, dans une mise en scène onirique. Depuis qu’elle fascine les cinéastes, la maladie d’Alzheimer s’est vu administrer des traitements variés, allant du mélo romantique (N’oublie jamais, de Nick Cassavetes) au film d’horreur (Relic, de Natalie Erika James) en passant évidemment par le drame psychologique. Empathique portrait d’une femme de tête condamnée à la perdre précocement, Still Alice, de Richard Glatzer, valut ainsi à Julianne Moore l’Oscar de la meilleure actrice en 2015. Or le 25 avril dernier, la même statuette dorée est venue récompenser l’interprétation d’Anthony Hopkins dans le premier long métrage de Florian Zeller, tiré de sa pièce Le Père. Aux mêmes maux mimés, les mêmes honneurs ? En tout cas, contrairement au souvenir laissé par Still Alice, les atouts de The Father ne se limitent pas à la seule performance de sa star. Sous l’écume de la reconnaissance hollywoodienne — deux Oscars, dont celui du meilleur scénario adapté —, on découvre en effet une intrigante proposition de mise en scène. Avec l’aide de son coscénariste britannique, l’aguerri Christopher Hampton, Florian Zeller prend un parti pas si fréquent sur le grand écran (un comble) : se fier aux images. Ou plus exactement, et c’est de là que naît le trouble, nous amener progressivement à nous défier d’elles. La réussite de The Father, c’est qu’il ne parle pas d’Alzheimer, il le traduit. Les premières minutes, trompeuses, laissent craindre un drame familial ordinaire. Anne (Olivia Colman) rend visite à son père, Anthony (Hopkins donc), après qu’il a, une fois encore, congédié l’aide-soignante censée veiller sur son quotidien. Le vieil homme se justifie — l’indélicate lui aurait volé sa montre —, puis s’insurge : « Je n’ai besoin de personne ! » Dès qu’Anne retrouve l’obsédante tocante, planquée dans la cachette habituelle d’Anthony, on a compris : l’ancien ingénieur perd la mémoire. Autoritaire, cultivé, il donne encore le change et redouble d’efforts pour rester maître en son royaume, un grand appartement londonien au chic un peu daté. Confiné dans ce parfait décor bourgeois qui sent le studio de cinéma, le quasi-huis clos revêt une dimension étrangement factice dont Florian Zeller va savamment exploiter la plasticité. Comme au théâtre, où son univers a pu flirter avec Harold Pinter ou Nathalie Sarraute, il s’affranchit du réalisme : The Father fonctionne par bascules ou glissements successifs, jusqu’à tutoyer le fantastique. Un peu comme un rêve, où l’on sait qu’on est chez soi sans reconnaître les lieux pour autant. Çà et là, des détails clochent. Un tableau qui a toujours surplombé la cheminée a soudain disparu, ne laissant qu’une tache sombre sur le mur. Des chaises colorées vues dans la salle d’attente du médecin s’empilent désormais dans l’entrée de l’appartement. Il y a plus effrayant que ce jeu des sept erreurs. Qui est cet homme, assis dans le canapé d’Anthony, assurant être son gendre ? Oui ou non, Anne est-elle divorcée et en partance pour Paris ? Cette nouvelle infirmière, Laura, n’est-elle pas le sosie de Lucy, la fille préférée ? D’abord d’une sagesse frôlant la neutralité télévisuelle, la réalisation s’enhardit à mesure qu’elle explore le labyrinthe mental de l’octogénaire. Lorsqu’il pique une colère glaçante — « Je vous enterrerai tous ! » —, la caméra se met à tourner avec lui autour du salon. Un travelling avant dans un couloir devient lourd de menace : de chaque pièce peut surgir un(e) inconnu(e) et la porte qui ouvrait hier sur le palier dissimule à présent un placard… Les temporalités se brouillent aussi, on peut surprendre une conversation avant le dîner et l’entendre se répéter, mot pour mot, à la fin. Tout cela resterait platement théorique sans les interprètes, impeccables sans exception. D’un haussement de sourcil, d’un sourire rougissant, Olivia Colman en raconte plus qu’en dix pages de dialogues. Chacun de ses frémissements trahit l’amour déçu d’une ex-petite fille, son sens du devoir et son habitude des humiliations paternelles. Par sa modestie, sa profondeur, elle laisse un champ immense au spectateur, et à son partenaire la part du lion et les grands numéros d’équilibriste. Anthony Hopkins, 83 ans, arrive ainsi en majesté, habité de ses fantômes, le médecin d’Elephant Man, le majordome corseté des Vestiges du jour, et le plus mémorable, bien sûr, Hannibal Lecter, génie du mal dans Le Silence des agneaux, ce cannibale qui lui colle à la peau. Il s’en dévêt magistralement, au-delà de la pudeur, poignante mise à nu qui le laisse en pyjama, homme-enfant inconsolable ne sachant plus l’heure qu’il est. Sa montre perdue à jamais. Télérama

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