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Festival Augenblick - Films de l'année

De Veit Helmer avec Miki Manojlović, Denis Lavant, Paz Vega, Chulpan Khamatova, Maia Morgenstern
Comédie Dramatique - Allemagne - 2018 - VOST - 1h30

The Bra

Le conducteur de train Nurlan se rend à Bakou pour la dernière fois avant sa retraite. En traversant les quartiers de la ville, son train arrache un soutien-gorge bleu à une corde à linge. Pour échapper à son existence solitaire, Nurlan se lance dans la plus grande aventure de sa vie : retrouver la propriétaire de ce sous-vêtement...

Apparemment, à part le train de marchandise que Nurlan démarre et ramène à la gare tous les jours, le petit village de Bakou, en plein Azerbaïdjan, ne voit pas d’autres locomotives passer. Au point, d’ailleurs, que les habitants se sont installés sur les rails. Ils y jouent aux cartes, ils refont le monde, les femmes étendent leur linge. Et quand le signal du train se fait entendre, et que surtout le sifflet du petit garçon résonne entre les murs des habitations, chacun défait sa table et se presse pour échapper au monstre de métal. On pourrait même imaginer que le passage du train est la plus importante animation de la journée. Et à chaque fois, quelqu’un y laisse un drap, un ballon, que le vieux cheminot s’empressera de restituer à leur propriétaire. Jusqu’au jour où notre vieil héros solitaire accroche un soutien-gorge à la fenêtre de son train ... The bra est un film inclassable. Le réalisateur, Veit Helmer assez peu connu en France, malgré une œuvre plutôt abondante, joue autant avec les sons, les mimes de ses comédiens que les maquettes des trains, pour figurer leur longue balade à travers les paysages de l’Europe de l’Est. En permanence, le spectateur se demande s’il est tombé dans un conte pour enfants, une œuvre à la Michel Gondry, ou encore un récit mélancolique et sensible d’un Giuseppe Tornatore. Pour autant, il soigne sa photographie qui donne au film, une tonalité très gracieuse. Le cinéaste n’abuse jamais des effets esthétiques grandiloquents, sans doute faute de moyens, mais surtout par choix de centrer son récit sur des successions de couleurs et de sons, qui apportent à son récit un rythme impacté par la poésie. Elément important : The bra opte pour un cinéma sans dialogue, substituant aux paroles les bruits et les musiques. On ne s’ennuie pas dans cette histoire. La douceur de vivre, comme la cruauté des gens, sont dépeintes sans emphase. On suit le parcours désopilant et touchant de cet homme, qui, partant à la retraite, prépare son remplacement et surtout se presse de trouver l’heureuse propriétaire du soutien-gorge, dérobé par inadvertance. Tous les stratagèmes sont bons. Et l’humour devient rapidement l’axe central de la narration. Veit Helmer respecte ses personnages. Il ne les tourne pas en dérision. Il aime d’autant plus tous ces pays de l’ex-URSS, qu’il se plaît à les raconter depuis des années, dans des contes filmés. La sensualité, le désir et la mélancolie habitent ces contrées qui semblent lointaines, comme si elles avaient été attrapées dans un rêve, thème central de ce cinéma. Heureusement, tout finit bien, sauf sans doute, pour ces gens qui vivent ensemble, même s’ils ne parviennent pas toujours à échapper à la moquerie et la raillerie. Parce que c’est un long métrage qui raconte la fin de carrière d’un cheminot, la perception de cet univers ferroviaire est empreinte d’une grande sentimentalité. On est loin des films d’action, avec des machines qui défoncent l’air à vive allure ou des baisers fougueux sur des quais de gare. The bra est une variation mélancolique et douce sur l’exil intérieur, et la nostalgie d’un monde où les trains à vapeur reliaient les gens, même dans les villages les plus éloignés. En ce sens, cette fable délicate est un véritable pied de nez à la prédominance des trains à grande vitesse, aussi rapides que vecteurs de déshumanisation dans les rapports entre les gens. Avoir-alire

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