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Sortie nationale

De Dominik Moll avec Laure Calamy, Denis Ménochet, Valeria Bruni Tedeschi, Damien Bonnard, Bastien Bouillon, Nadia Tereszkiewicz
Drame - France - 2019 - 1h57

Seules les bêtes

Une femme disparaît. Le lendemain d’une tempête de neige, sa voiture est retrouvée sur une route qui monte vers le plateau où subsistent quelques fermes isolées. Alors que les gendarmes n'ont aucune piste, cinq personnes se savent liées à cette disparition. Chacune a son secret, mais personne ne se doute que cette histoire a commencé́ loin de cette montagne balayée par les vents d’hiver, sur un autre continent où le soleil brûle, et où la pauvreté́ n’empêche pas le désir de dicter sa loi.

Séance supplémentaire le jeudi 5 décembre à 14h15.

Ronde de portraits en clair-obscur autour d’une disparition. Une enquête captivante menée les pieds dans la neige et la tête dans le cyberespace. Quel est le point commun entre des fermiers vivant sur un plateau reculé et enneigé des Causses et des adolescents arnaqueurs de la grouillante ville d’Abidjan, en Côte d’Ivoire ? Ce film policier, justement, palpitant et élaboré, signé par l’auteur de l’inoubliable Harry, un ami qui vous veut du bien (2000) — un cinéaste toujours intéressant depuis, pour ses films comme pour ses séries (Tunnel, Eden). Adapté d’un roman noir de Colin Niel, Seules les bêtes débute avec la disparition d’Évelyne ­Ducat, quadragénaire dont la voiture a été retrouvée dans un coin perdu de Lozère. L’intrigue, pleine de trous et de suspense, repose sur les points de vue successifs de cinq personnages, concernés de près ou de loin par le drame, mais pas forcément au même moment. D’abord, c’est Alice (Laure Calamy), une assistante sociale ayant l’habitude de faire sa tournée dans la région, qui apprend la nouvelle à la télévision. Cette femme sémillante, optimiste, dont la relation avec son mari agriculteur se distend, entretient une liaison avec un autre agriculteur, ­Joseph (Damien Bonnard), solitaire et bourru, qui semble lui cacher quelque chose. Et si cet amant était lié à la disparition ? Après Alice, c’est au tour de Joseph de prendre en charge le récit, puis de Marion, une jeune serveuse qui s’est éprise d’Évelyne (Valeria ­Bruni Tedeschi), la femme qui a disparu, de vingt ans son aînée… Les différents chapitres dévoilent des éléments de l’énigme, tout en créant, à chaque fois, de nouvelles zones d’ombre. Cette construction, qui pourrait être tarabiscotée, fournit au contraire une narration fluide. Qui captive, provoque autant de frissons que de jubilation. Car au fil de cette histoire criminelle reposant sur une cyberarnaque opérée à cinq mille kilomètres des Causses, Seules les bêtes prend parfois un tour absurde et grotesque, comme dans le cinéma des frères Coen. Celui qui se fait pigeonner dans cette affaire fait sourire, pour le moins, aveuglé qu’il est, à la fois enfermé et blotti dans une sorte de bulle. C’est, du reste, un trait commun à tous les personnages, que le destin fait cruellement s’entrecroiser. En France ou en Côte d’Ivoire, chacun dans sa solitude porte un secret, un besoin d’amour crucial. Dominik Moll fait ainsi correspondre entre eux des gens isolés, de conditions sociales et d’âges différents, qui cherchent à échapper à leur morne quotidien. Grâce à une interprétation très solide (Denis Ménochet en tête), Seules les bêtes se révèle au bout du compte un éloge malicieux de la crédulité, sans laquelle il n’y aurait point de film… Celui-là, mais aussi tous ceux que l’on se fait dans sa tête. Télérama
Film précédé du court métrage : Je suis Thalès (2’) de Florent Hill

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