De NANNI MORETTI avec Nanni Moretti
Documentaire - Italie/France - 2018 - VOST - 01h20

SANTIAGO, ITALIA

Après le coup d’État militaire du général Pinochet de septembre 1973, l’ambassade d’Italie à Santiago (Chili) a accueilli des centaines de demandeurs d’asile. À travers des témoignages, le documentaire de Nanni Moretti raconte cette période durant laquelle de nombreuses vies ont pu être sauvées grâce à quelques diplomates italiens.

Artistes, ouvriers, enseignants… des Chiliens se souviennent devant Nanni Moretti de l’Italie qui les avait accueillis après le coup d’Etat de Pinochet. Que reste-t-il de l’Italie des années 1970 ? De ce pays qui avait accueilli à bras ouverts les communistes et socialistes chiliens fuyant la répression de Pinochet ? Rien, ou si peu, répond Nanni Moretti dans ce beau documentaire, à voir aussi comme un portrait en creux de l’Italie d’aujourd’hui. Ou plutôt de ce qu’elle n’est plus, gouvernée par une alliance de populistes et d’extrémistes de droite qui regardent passer (ou couler) les bateaux de migrants sans lever le petit doigt. Au fil des récits d’une vingtaine de témoins, Santiago, Italia raconte cet épisode de solidarité entre deux peuples : après le putsch contre Salvador Allende, l’ambassade italienne à Santiago est restée ouverte, sauvant des centaines de demandeurs d’asile dont la plupart ont fini par faire leur vie en Italie. Sous le regard bienveillant de l’auteur de Journal intime, des artistes (Carmen Castillo, Patricio Guzmán), des entrepreneurs, des ouvriers, des avocats, des enseignants ou encore des diplomates livrent leurs souvenirs, en italien ou en espagnol. Les images d’archives restituent aussi cette période rouge et noire. Mais ce sont leurs paroles, habitées et pleines d’émotion, qui donnent le plus de vie et de chair à cette épopée militante. Tous disent « l’expérience merveilleuse » que fut le Chili de l’Unité populaire, le réveil brutal dans un « pays atroce », où la nouvelle vie des révolutionnaires d’hier consiste à « rester enfermé », ou évoquent le procès en incompétence d’Allende par des médias que téléguident la droite et les Américains. Racontant ses quarante-cinq jours de torture dans la sinistre villa Grimaldi, une femme se souvient avoir conseillé à une détenue de ne pas parler car le remords, contrairement à la douleur physique, ne s’arrête jamais. Une autre, dénoncée sous la torture, souffle : « Si l’aveu d’un camarade a pu faire cesser sa souffrance, alors il a bien fait de parler. » Puis vient l’évocation heureuse, souvent drôle de la vie au sein de l’ambassade italienne : le grand salon transformé en dortoir, les va-et-vient permanents entre l’étage des femmes et celui des hommes, les enfants jouant « au réfugié et au gendarme » au bord de la piscine… Cette parenthèse étrange d’un exil en son propre pays prend fin avec le départ des réfugiés pour l’Italie, l’un des seuls pays d’Europe de l’Ouest à ne pas avoir reconnu la junte. Le film s’achève sur cette phrase, terrible, de l’un des ex-réfugiés, accueilli et intégré il y a fort longtemps par un autre pays que le sien : « Quand je suis arrivé en Italie, le pays ressemblait à celui qu’Allende avait rêvé. Aujourd’hui, elle me fait penser à ce que le Chili a de pire. » Télérama

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