/ Rencontre, Festival du Film Palestinien

De Stefano Savona
Animation Documentaire - France/Italie - 2018 - VOST - 02h08

Samouni Road

Dans la périphérie rurale de la ville de Gaza, la famille Samouni s’apprête à célébrer un mariage. C’est la première fête depuis la dernière guerre. Amal, Fouad, leurs frères et leurs cousins ont perdu leurs parents, leurs maisons et leurs oliviers. Le quartier où ils habitent est en reconstruction. Ils replantent des arbres et labourent les champs, mais une tâche plus difficile encore incombe à ces jeunes survivants : reconstruire leur propre mémoire. Au fil de leurs souvenirs, “La route des Samouni” dresse un portrait de cette famille, avant, pendant et après l’évènement qui a changé leur vie à jamais.

Rencontre avec l'Association France-Palestine solidarité 68 le jeudi 4 avril à 20h

Un témoignage saisissant et nécessaire qui dénonce, à travers le destin tragique d’une famille de la bande de Gaza, les blessures à jamais inconsolables, laissées par le conflit entre Israël et la Palestine, grâce à l’alternance subtile d’images de reconstitution de guerre, d’images d’animation et d’images documentaires. Une petite fille au milieu des ruines de sa maison ouvre le film. Happée par l’émotion, elle se cache les yeux à travers un foulard pour taire les larmes. Le ton est donné, dès la première séquence, à cette immersion dans la vie des Samouni, une famille qui lutte pour survivre sur la bande de Gaza, reconstruire un bout de territoire perdu, et recouvrer la dignité perdue. Stefano Savona est anthropologue de formation. Ce regard particulier fabriqué par les sciences de l’homme est entièrement perceptible dans la façon dont la caméra s’invite aux côtés de cette famille résolue à préparer un mariage, malgré le deuil qui l’accable. C’est une caméra qui ne cherche pas à forcer le discours. Le sens du récit se construit au fur et à mesure des confidences que déposent les différents protagonistes ; il s’étoffe dans un subtil entrelacement de films d’animation et d’images réelles. En fait, le réalisateur reconstruit totalement la réalité d’avant et d’après le bombardement de Gaza en 2009, en jouant avec les temporalités et les subjectivités à l’œuvre dans pareille histoire. En effet, il ne prétend pas au réalisme. Il capte des émotions, des bouts de vie, et surtout il réécrit un massacre à travers ce qu’il en a compris des dires de cette famille et de la Croix-Rouge. Les Samouni ne sont pas des réfugiés comme les autres, sur les territoires occupés. Ce sont des paysans qui cultivent les saveurs, fruits et légumes. Ils ne se sentent pas concernés par un conflit qui les dépasse jusqu’à ce que l’armée israélienne, sans aucun discernement, ébranle une à une les propriétés qu’ils occupent et sur lesquelles ils travaillent, versant le sang d’innocents. Le cinéaste offre un regard tendre sur cette famille. Il refuse de verser dans le dogmatisme politique ou religieux. Il regarde ces personnes dans ce qu’elles ont de magnifique comme de pire. Ainsi, par exemple, il ne supprime pas les scènes où les petits garçons maltraitent les petites filles, au nom d’une idéologie religieuse machiste. A l’inverse, il ne lésine pas sur l’inhumanité avec laquelle les forces israéliennes ont mis à bas le peuple de Palestine. Le plus étonnant demeure la façon dont les Samouni ont manifestement intégré la mort et la destruction dans leur vie. En atteste la pudeur, voire même la légèreté parfois, avec laquelle ils traversent ces traumas de guerre, comme si la mort et la perte de leurs biens matériels faisaient partie de leur inconscient collectif. Des voix s’élèveront pour dénoncer le parti pris du cinéaste à l’égard de la cause palestinienne. Le reproche serait malhonnête car le réalisateur élabore le récit d’une guerre en introduisant dans son propos des images de synthèse et d’animation qui donnent au film une portée quasi fictionnelle. En sus, le cinéaste montre parfaitement bien la façon dont le Hamas s’approprie ces massacres pour nourrir un discours politique haineux. Néanmoins, la violence infligée à ce peuple est véritable. Le spectateur ressortira de ce film écrasé par la douleur d’une guerre incompréhensible et injuste. Avoir-alire

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