/ Rencontre

De Jeanne Herry avec Sandrine Kiberlain, Gilles Lellouche, Miou-Miou, Élodie Bouchez, Youssef Hajdi, Olivia Coté
Drame - France/Belgique - 2018 - 01h50

Pupille

Théo est remis à l'adoption par sa mère biologique le jour de sa naissance. C'est un accouchement sous X. La mère a deux mois pour revenir sur sa décision... ou pas. Les services de l'aide sociale à l'enfance et le service adoption se mettent en mouvement. Les uns doivent s'occuper du bébé, le porter (au sens plein du terme) dans ce temps suspendu, cette phase d'incertitude. Les autres doivent trouver celle qui deviendra sa mère adoptante. Elle s'appelle Alice et cela fait dix ans qu'elle se bat pour avoir un enfant. Pupille est l'histoire de la rencontre entre Alice, 41 ans, et Théo, trois mois.

Rencontre avec Enfance et Familles d’adoption le dimanche 31 mars à 15h

Après le très réussi Elle l’adore, Jeanne Herry se tourne vers ce sujet sensible rarement abordé au cinéma qu’est l’adoption, à travers un film choral rempli d’une réjouissante chaîne de solidarité collective dont elle déroule si harmonieusement les maillons que jamais l’ombre de l’ennui ne se profile. C’est une mécanique de précision qui se met en place autour de Théo, que sa mère biologique ne souhaite pas prendre en charge, jusqu’à sa rencontre avec sa mère adoptive. Respectueuse de la chronologie des événements, cette fiction très proche de la réalité se veut à la fois démonstrative et délicate. Dès l’accouchement démarre le ballet des médecins et des psychologues, suivi de près par celui des assistantes sociales, des conseils familiaux et des familles d’accueil. La réussite de cette œuvre captivante repose d’une part sur une mise en scène tout juste suggestive qui, en orchestrant une chorégraphie de regards croisés entre tous les intervenants, tisse une chaleureuse toile d’humanité et d’autre part sur un habile équilibre entre émotion jamais forcée et souci du détail, le tout enrobé d’une légèreté de ton cependant compatible avec la mise en valeur d’une belle conscience professionnelle. Car bien loin de nous plonger dans les méandres de services sociaux kafkaïens, la réalisatrice choisit de nous décrire avec bienveillance et naturel mais sans jamais rien omettre des combats, des doutes et des difficultés de chacun les coulisses d’une administration incroyablement humanisée incarnée pour la circonstance par une généreuse brochette de comédiens à l’efficacité imparable. Au cœur de cette ruche bourdonnante d’instants souvent cocasses mais parfois douloureux évolue Jean, l’assistant familial, un personnage doux et délicat, pétri de failles et doutes quant à un métier qu’il juge de plus en plus ingrat mais que sa rencontre avec ce petit enfant désarmé et désarmant revigore. Remisant son costume de mâle pur et dur pour se faire le chantre de l’homme au foyer solide, responsable et drôle dans un couple inversé (c’est sa femme qui travaille à l’extérieur, lui reste à la maison pour s’occuper des enfants qu’on lui confie), Gilles Lellouche nous offre une version totalement inédite de son talent à travers l’un de ses rôles les plus marquants. Le lien qui se noue entre ce tout-petit et ce grand gaillard attendrira même les plus réfractaires à l’émotion. Autour de lui, tout un aréopage de femmes à la personnalité affirmée mais au dévouement constant participent activement à cette ode au collectif. Karin, sorte de double féminin de Jean, s’investit avec autant de conscience que lui dans sa tâche de grande ordonnatrice des adoptions. Leur complicité professionnelle se teinte d’une esquisse d’histoire amoureuse que Sandrine Kiberlain, à la fois enfantine et déterminée, entoure de tact et d’authenticité. Face à elle, Alice, la candidate à l’adoption, glisse imperceptiblement de la vulnérabilité à une inébranlable certitude et remet sur le devant de la scène ce discret petit soldat qu’est Elodie Bouchez dont on avait oublié l’éclat, pendant qu’Olivia Côte fait merveille dans la peau de cette femme énergique, sans cesse entre fermeté et empathie. Enfin, à qui d’autre qu’à la douce Miou-Miou, Jeanne Herry, (sa fille dans la « vraie vie ») pouvait-elle confier le rôle de la coordonnatrice posée et compréhensive ? Dans un monde régi par la méfiance et le cynisme, cette réhabilitation enthousiaste du collectif au service de l’humain ouvre une rare parenthèse enchantée qu’il serait dommage de rater. Avoir-alire

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