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Sortie nationale / Rencontre

de Danille Lessovitz avec Fionn Whitehead, Leyna Bloom, McCaul Lombardi Drame - Etats-Unis - 2018 - VOST - 1h42

Port Authority

C’est l’histoire d’une rencontre, entre un jeune homme blanc qu’on prend pour un loser et qui tente de survivre dans un New York qui ne veut pas de lui, et une « famille » de danseurs noirs et queer de Harlem adeptes du « voguing ». Parmi eux, il y a une fille superbe. Mais voilà, elle n’est pas seulement une fille superbe.

Jusqu' au 15 octobre au Kinépolis, salle Ciné K (Salle 3). Horaires ici.

Ce premier long métrage est une vibration de couleurs et d’émotions, dans un New York lumineux et fascinant. Danielle Lessovitz donne à voir un film généreux, sensible, raconté comme un hymne à la tolérance. Paul débarque en pleine nuit à New York. Il est censé retrouver sa sœur, dont il n’a qu’une photo sur son téléphone mobile, et qui, évidemment, ne viendra pas. Il se réfugie dans le métro, où après s’être fait agresser, il reçoit l’aide d’un jeune homme, pour son malheur et son bonheur à la fois, qui le conduit dans un foyer d’hébergement en plein Brooklyn, à la station Port Authority. Pour son malheur, car on ne sait pas trop bien qui est cette personne qui le secourt, tant il apparaît autant charitable que manipulateur. Pour son bonheur, car l’histoire nous invite dans ce quartier de Brooklyn où cohabitent des communautés attachantes et éclectiques, dont cette troupe de jeunes danseurs, gays et transsexuels noirs, qui partagent, plus ou moins légalement, un appartement où ils s’adonnent à leur art. Cette communauté très fraternelle organise des sortes de concours de danse hip-hop, qui constituent une forme de rituel de passage pour se faire admettre dans leur famille. Il s’agit de ce qu’on appelle la culture du Ballroom. Pour autant, Danielle Lessovitz, qui signe là un premier film bluffant, ne se contente pas de décrire cette communauté culturelle. Elle pose sa caméra sur des visages qui disent la dureté de l’existence. Mais ces corps traduisent également, à travers leur art, le principe même de résilience. Port Authority est le nom de la station de bus où se passe ce conte urbain. Il y a d’ailleurs dans la photographie et la façon de filmer, une manière qui évoque les romans de Paul Auster. La réalisatrice nous invite dans cette partie de la ville, finalement comme si nous en avions toujours été des hôtes privilégiés. Son point de vue est en effet empreint de générosité, de douceur, en même temps qu’il dénonce, sans tapage, un système d’autorégulation sociale où la débrouille se substitue à ce qui devrait être le rôle de l’Etat. Les gens survivent dans cette existence-là, composant avec leur passé, leurs rêves d’avenir et leurs désillusions. Paul, qui est le héros principal de ce récit, débarque dans cet univers avec, derrière lui, une enfance en famille d’accueil et des années d’incarcération. Il a vingt ans. Danielle Lessovitz n’en rajoute pas dans la complaisance sociale. Tout se joue dans la manière dont ce comédien hors pair, Fionn Whitehead, communique. Ses yeux trahissent la douceur, la colère, la souffrance et la force tout à la fois. Il donne la voix à Wye, une jeune femme magnifique, interprétée avec grâce par une Leyna Bloom solaire. La réalisatrice laisse a priori ses comédiens composer avec les émotions, et le couple que tous les deux incarnent semble avoir toujours existé. La musique est un personnage à part entière, dans cette chronique douce amère d’un New York du désenchantement et de l’espérance en même temps. Elle offre la vie à cette communauté de jeunes Noirs, dont le combat est autant celui qui donne corps à leur fraternité, qu’une lutte en faveur de la tolérance. Les identités sont multiples chez tous les personnages, particulièrement chez Paul et Wye qui, à travers leur relation amoureuse, tentent de s’assumer dans leur moi composite. La réalisatrice évite avec brio les poncifs de l’identité sexuelle. Au contraire, elle fabrique des personnages avec plusieurs vies, plusieurs identités. La photographie, qui accompagne New York et les personnages, participe à faire de ce récit un hymne poignant et chaleureux, à la jeunesse et au droit à être. Avoir-alire

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