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Sortie nationale

De Olivier Babinet avec Ellen Dorrit Petersen, Jean-Benoît Ugeux, Gustave Kervern, India Hair, Sofian Khammes
Comédie - France/Belgique - 2019 - 1h29

Poissonsexe

Alors que Miranda, la dernière baleine au monde, fait la une des journaux, Daniel, physicien obstiné, tente de redonner aux poissons l’envie de copuler. Célibataire désabusé, il est lui-même hanté par le désir d’être père et compte bien traiter ce problème scientifiquement. Le hic c’est qu’à Bellerose il y a seulement 3 femmes en âge de procréer, soit une chance sur 6232,33 de rencontrer la mère de ses futurs enfants. Pourtant un jour, en sauvant de la noyade un étrange poisson à pattes, Daniel va réapprendre à tomber amoureux.

Attention, les séances initialement prévues les 12, 13, 18 et 21 septembre sont annulées

Olivier Babinet, le réalisateur de Poissonsexe, est un homme qui sait se faire désirer. Quatre ans après la sortie de Swagger (2016), documentaire musico-social plébiscité à la fois par la critique et le public, le nouvel opus du natif de Strasbourg sort cette semaine dans les salles de cinéma. Poissonsexe est un film ostensiblement engagé et passionnant. Refusant tout manichéisme facile, le metteur en scène propose sa vision du monde actuel. Avec ce long métrage, il dresse un bilan amer, sans concession, d’une société où l’homme a épuisé la nature, d’un monde sans avenir. En découvrant cette histoire, on ne peut manquer de songer au drame de Peter Brosens et Jessica Hope Woodworth, La Cinquième saison (2012). Pour rappel, les auteurs y décrivaient les habitants d’un petit village des Ardennes qui découvrent, impuissants, que le cycle de la nature est brisé : il n’y a plus d’abeilles, les arbres meurent, les poules ne donnent plus. Mais une différence fondamentale marque ces deux productions : dans La cinquième saison, les personnages, pour la plupart paysans, apparaissaient comme les victimes désarmées de cette mort de la nature. Avec Poissonsexe, l’homme ne semble jamais ni soumis, ni innocent. Dans la société évoquée par Olivier Babinet, il s’illustre en tant que Dieu omnipotent. C’est lui qui, à force de vouloir dominer son environnement, ne réussit qu’à le polluer et le détruire. C’est lui qui constate son échec, s’en attriste parfois, mais continue à vouloir agir sur son milieu. Dans cette perspective, il n’est sans doute pas anodin que le livre de chevet du personnage de Lucie soit Ainsi parlait Zarathoustra. En effet, c’est dans cet ouvrage que, pour la première fois, le concept de surhomme est abordé. Dans le film, le "surhomme", faussement interprété, tente de corriger les déséquilibres engendrés et il en crée d’autres, plus importants encore. En l’occurrence, il s’agit d’une équipe de chercheurs, incapable d’envisager la procréation animale, sans recours à la science. C’est aussi ce personnage de femme forte et émancipée, joué par Ellen Dorrit Petersen, qui veut gérer seule et de façon froide, dépassionnée, savante, toutes les étapes de sa grossesse. Et c’est également une proche de Daniel qui ne songe qu’à rationaliser les relations amoureuses et en améliorer l’efficacité, grâce aux sites de rencontre en ligne. Dans ce tableau peu reluisant, les créatures fictionnelles qu’incarnent Gustave Kervern et India Hair sont de véritables marginaux. Ce sont pourtant eux qui seront porteurs d’humanité et de lumière pour l’avenir. Un peu d’optimisme, c’est plutôt bienvenu dans cette période de crise environnementale. Avoir-alire

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