Festival Les petites bobines, Avant-Première

De Momoko Seto
Animation Science-Fiction - France/Belgique - 2025 - VF - 1h15

Planètes

Dendelion, Baraban, Léonto et Taraxa, quatre akènes de pissenlit rescapés d’une succession d’explosions nucléaires qui détruisent la Terre, se trouvent projetés dans le cosmos. Après s’être échoués sur une planète inconnue, ils partent à la quête d’un sol propice à la survie de leur espèce. Mais les éléments, la faune, la flore, le climat, sont autant d’embûches qu’ils devront surmonter.

Rencontre avec Baptiste Deturche le vendredi 27 février à 14h au Palace d'Altkirch

D’abord réalisatrice de documentaires pour le CNRS, Momoko Seto a réalisé plusieurs courts-métrages d’animation. Planètes, qui a fait sensation à la Semaine de la Critique du Festival de Cannes 2025, apparaît, au regard de ses différentes productions, comme un aboutissement artistique… et politique. Les films documentaires et d’animation de Momoko Seto ne font évidemment pas mystère de son engagement écologique et de son combat pour la préservation de la biodiversité. Mais au lieu de simplement pointer ses semblables du doigt, la cinéaste tire de ses inquiétudes une inspiration esthétique abasourdissante. L’animation brille ici par une forme de photoréalisme que Seto semble vouloir pousser toujours plus loin de séquence en séquence. Les prises de vues réelles de l’eau, des plantes, les textures des minéraux, des sols, de la faune (grosses limaces, terrifiante, mante religieuse extraterrestre…) sont impressionnantes, empruntant largement aux codes du documentaire. Malgré l’absence de dialogues, Momoko Seto a choisi d’animer ses akènes de pissenlit comme des êtres doués d’intelligence et d’empathie, en ce sens qu’ils réagissent aux événements et montrent en permanence des signes d’affection et de solidarité les uns envers les autres alors que leur parcours pour retrouver un sol propice à leur développement est semé d’embûches. Là où le film aurait pu tomber dans le piège de la lenteur, du silence et de la métaphore visuelle excessive, il est au contraire rythmé par de nombreuses péripéties, tandis que le son est également d’une importance capitale : de petits gémissements enregistrés achève la personnification des akènes de pissenlit, permettant au spectateur d’éprouver une grande empathie à leur égard. Les bruits de la nature (souffle de vent, cris d’animaux, activité géologique…) sont toujours cohérents avec les milieux montrés à l’image. Enfin, la musique envoûtante et percutante de Quentin Sirjacq et Nicolas Becker accompagne superbement le rythme soutenu du métrage. À l’heure où nous rédigeons ce papier, le Festival d’Annecy 2025 n’est pas terminé et le palmarès n’est, de fait, pas dévoilé. Il apparaît très clairement que Planètes, qui concourt en compétition officielle, a toutes ses chances d’obtenir le Cristal du long-métrage : il s’agit d’un film à l’animation éblouissante, dont le caractère hybride tranche assez radicalement avec ce que nous avons l’habitude de voir. Avec sa très belle esthétique et son propos politique fort, cette œuvre singulière à la grande puissance onirique a toutes les chances de séduire le jury… et le public. à Voir à Lire

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