Vous avez dit justice (s) ?
De Arnaud Dufeys, Charlotte Devillers avec Myriem Akheddiou, Laurent Capelluto, Natali Broods, Ulysse Goffin, Adèle Pinckaers, Alisa Laub, Marion de Nanteuil, Mounir Bennaoum
Drame - Belgique - 2025 - VF - 1h18
On vous croit
Aujourd'hui, Alice se retrouve devant un juge et n'a pas le droit à l'erreur. Elle doit défendre ses enfants, dont la garde est remise en cause. Pourra-t-elle les protéger de leur père avant qu'il ne soit trop tard ?
Rencontre avec le Collectif Walden avec Adeline Midez, juge d’instruction au Tribunal Judiciaire de Mulhouse et un.e enquêteur.trice du Commissariat de Mulhouse.
On vous croit, c’est ce que finira par affirmer la juge à deux enfants lassés de devoir encore et toujours évoquer des souvenirs douloureux qu’ils souhaiteraient oublier. De la même manière, ils aspirent à se débarrasser de la présence de ce père qu’on leur impose, alors qu’ils refusent de le voir. Mais avant d’en arriver à cette conclusion rassurante, les Belges Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys exposent, à travers un scénario dépouillé de toute emphase, les mécanismes par lesquels la justice jauge la vérité, de manière abrupte, sans jamais prendre parti, ni pour les victimes, ni pour l’accusé. Un jeune garçon en proie à une crise d’hystérie dans la rue face à une femme désemparée, une adolescente en colère bien peu coopérative, puis un peu plus tard le désarroi d’une mère face à la spirale infernale d’une institution sourde à ses appels au secours. Les premières images se télescopent comme autant d’indices pour annoncer la tension d’un récit confiné mais néanmoins prenant. Car cette mère et ses deux enfants sont, une nouvelle fois, convoqués au tribunal à la demande d’un père qui se prétend inquiet pour ses enfants, tandis que le garçon, preuves à l’appui, l’accuse d’inceste. Dans un bureau baigné d’une lumière crue emprisonnée dans un cadrage carré, un couple, bien à distance l’un de l’autre, est face à la juge. Leurs points de vue s’expriment à travers les paroles de leurs avocats, choisis parmi de vrais professionnels du barreau, de manière à assurer une totale authenticité. Basée sur l’observation et l’écoute, une mise en scène d’une sobriété absolue nous plonge au cœur de la complexité d’une lutte juridique dont on ignore et redoute l’issue. Pendant près d’une heure, l’austérité des termes juridiques se heurte à une mosaïque de sentiments, maintenant ainsi dans l’expectative une action que l’implacabilité du sujet ne laissait pas imaginer aussi poignante. Dans le rôle de la mère, Myriem Akheddiou, aperçue chez les frères Dardenne, est criante de vérité. Un plissement d’yeux, un mouvement des lèvres suffisent à traduire la moindre vague de la tempête émotionnelle qui la secoue. La peur, la colère, le doute, l’espoir : tout est passé au crible de trois caméras qui laissent filtrer une spontanéité touchante. La finesse d’écriture des dialogues révèle toute la fragilité du système judiciaire, condamné à naviguer avec prudence entre présomption d’innocence et protection des victimes, surtout quand il s’agit de mineurs maltraités. Loin de se complaire dans un discours manichéen, nos deux réalisateurs-scénaristes, dont l’une est aussi professionnelle de santé au contact des victimes d’abus sexuels, n’ont d’autre ambition que d’alerter sur la nécessité de développer des procédures judiciaires adaptées non seulement aux mineurs, touchés par ce type de violence mais aussi à la personne, bien souvent la mère, qui les accompagne. Car, en plus de la violence du système, elle doit supporter la souffrance de l’enfant. Une double peine parfaitement décrite dans cette fiction engagée aux allures de documentaire qui touchera droit au cœur tous les citoyens épris de justice et de justesse. à Voir à Lire
