Festival Télérama, Rencontre
De Richard Linklater avec Guillaume Marbeck, Zoey Deutch, Aubry Dullin, Adrien Rouyard, Antoine Besson
Biopic - France - 2025 - VF - 1h45
Nouvelle Vague
Ceci est l’histoire de Godard tournant « À bout de souffle », racontée dans le style et l’esprit de Godard tournant « À bout de souffle ».
Présentation du film par les Ambassadeurs du cinéma le jeudi 22 janvier à 20h
Ils jubilent et nous aussi. En 1959, Jean-Luc Godard se lance dans l’aventure de son premier film, À bout de souffle, qui sortira sur les écrans en mars 1960. Il est entouré de ses amis des Cahiers du cinéma, déjà passés de critiques à réalisateurs, comme François Truffaut et Claude Chabrol. Ces garçons dans le vent sont en train de faire naître un mouvement mythique dans l’histoire du cinéma français, la Nouvelle Vague, et ils s’amusent ! « Entrons au Panthéon ! », lance Godard. La gloire approche mais, d’ores et déjà, il y a la joie. Elle est vibrante et communicative tout au long de cette reconstitution qui, dès ses premières images en noir et blanc, nous fait entrer dans la griserie d’une époque où la création était en ébullition. L’héritage de la Nouvelle Vague n’est pourtant pas léger. Godard, mort en 2022 à 91 ans, était depuis longtemps devenu un monument. Le renouveau dont À bout de souffle est resté l’emblème a été sacralisé par des générations d’admirateurs, d’artistes et d’historiens du septième art. Un juste reflet de ces lettres de noblesse est donné par l’inscription à l’écran du nom de tous ceux qu’on retrouve incarnés dans Nouvelle Vague, des figures de proue de cette déferlante aux compagnons de route à l’arrière-plan. Une manière de souligner la démarche sérieuse de ce film s’emparant d’un riche passé. Mais il s’agit d’en retrouver le cœur battant, sans didactisme. Essentielle, la distribution illustre cette priorité donnée à la vitalité vraie, plus juste que les ressemblances trafiquées aux effets musée Grévin. Voici un Godard avec ses lunettes et son timbre distinctif, mais aussi une dégaine très convaincante, interprété par Guillaume Marbeck. Un Truffaut élégant, fin et secret, campé par Adrien Rouyard. Un Chabrol souriant, croqué par Antoine Besson. Un Jean-Paul Belmondo rieur et blagueur réenvisagé par Aubry Dullin, qui fait parfaitement passer la jeunesse frondeuse du pari incertain mais excitant qu’était À bout de souffle. Et puis, Jean Seberg, dont l’Américaine Zoey Deutch retrouve le mystère et l’évidence, nous donnant à comprendre quel miracle fut sa compatriote. Ils sont réunis dans ce film qu’on regarde comme un album de famille, parce qu’il déborde d’affection et célèbre fraternellement l’amitié fertile qui soude cette bande à part. L’obsession du cinéma est omniprésente et aussi dynamique qu’un sport collectif qui consiste à se lancer des idées, à rebondir sur des références et à marquer des buts avec des citations. Mais, quand le tournage d’À bout de souffle commence, les règles du jeu changent : au lieu des enchaînements et du brio, Godard cherche la rupture. L’équipe en perd son latin. Le débutant ne semble pas savoir faire du cinéma, parce qu’il veut justement miser sur autre chose que du savoir-faire. Nouvelle Vague décrit alors très justement comment, dans un mélange d’apparente errance et de n’importe quoi, va s’inventer la modernité cinématographique. Aux commandes de ce film français, l’Américain Richard Linklater se révèle l’homme de la situation. Réalisateur caméléon, il est aussi doué pour les comédies d’auteur (Before Midnight, 2013) que pour les films d’animation (Apollo 10 1/2, 2022), et toujours tenté par les expériences cinématographiques singulières, comme Boyhood (2014), réalisé au fil d’une douzaine d’années. Nouvelle Vague est un ovni à sa façon. Une bulle où se rejoue le passé (superbement mis en lumière par le chef-opérateur David Chambille), avec la spontanéité d’un instantané au présent sur un jeune homme de cinéma et ses complices, tous entièrement tournés vers l’avenir. Une histoire dont la magie nous revient avec liberté et légèreté, élégance et intelligence, passionnément. Télérama
