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De Hinde Boujemaa avec Hend Sabry, Lofti Abdelli, Jamel Sassi, lkbal Harbaoui, Belhassen Harbaoui, Hakim Boumassoudi
Drame - Tunisie/Belgique/France - 2019 - VOST - 1h30

Noura rêve

5 jours, c’est le temps qu’il reste avant que le divorce entre Noura et Jamel, un détenu récidiviste, ne soit prononcé. Noura qui rêve de liberté pourra alors vivre pleinement avec son amant Lassad. Mais Jamel est relâché plus tôt que prévu, et la loi tunisienne punit sévèrement l’adultère : Noura va alors devoir jongler entre son travail, ses enfants, son mari et son amant, et défier la justice...

Dans Noura rêve, drame tunisien où la matière intime sert d’écrin à la critique sociétale, deux scènes structurantes confrontent l’héroïne aux agents d’un incessant contrôle moral. Dans la première, une juriste, qui accompagne Noura dans ses démarches de divorce, lui intime de penser davantage au bien-être de ses enfants, instillant le poison de la culpabilité dans son cœur de mère. Dans la seconde, un escadron de policiers à la patte bien graissée transforme une déposition pour cambriolage en une inquisition des mœurs qui ne dit pas son nom. Subtil dans ses dosages malgré d’évidentes inflexions démonstratives (la cinéaste Hinde Boujemaa vise à dénoncer l’injustice de la loi sur l’adultère en Tunisie, infraction passible de cinq ans de prison), Noura rêve trouve d’habiles manières de signifier les assauts symboliques menés par les hommes dans l’intimité de sa lumineuse héroïne (Hend Sabri, star dans le monde arabe). On voudrait évidemment voir triompher cette femme amoureuse, modeste employée de blanchisserie que le film découvre sous un jour radieux, à l’ombre de sa passion secrète avec un garagiste. L’absence de son escroc multirécidiviste de mari, emprisonné pour un énième larcin, fait office de sauf-conduit provisoire aux deux amants en attendant l’aboutissement de la procédure de divorce enclenchée dans son dos. Mais c’était négliger l’ombre portée sur leurs projets par le titre du film, où s’annonce la déconvenue sur l’air railleur de «tu rêves, ma grande». Le mari est libéré plus tôt : le rêve se déchire. Aussitôt, Hinde Boujemaa enserre ses personnages dans des jeux de surcadrages où s’incarne spatialement l’emprisonnement de Noura, ramenée dans le giron du conjoint légal alors que celui-ci s’échine à forcer le mystère de sa soudaine froideur. Noura rêve s’inscrit ainsi dans la veine de ce cinéma tunisien où se documentent les mutations d’une société post-printemps arabe qui tarde à défaire les femmes d’un ordre oppressant. Saisi dans des décors et lumières soignés, le Tunis populaire s’y voit paré d’habits de velours où une certaine joliesse fait son lit (ainsi cette cour intérieure sertie de céramiques murales où s’alanguit Noura), quitte à détonner parfois avec la violence sociale présentée. Si la nature abjecte et impensable de la vengeance du mari sur son rival constitue l’acmé dramatique du récit, le film paraît n’assumer qu’à moitié cette outrance et se dérober un peu rapidement à ce qui aurait pu constituer son nœud d’ambiguïté le plus fécond. Libération

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