De Kaku Arakawa avec Hayao Miyazaki, Toshio Suzuki, Yuhei Sakuragi, Yukinori Nakamura, Nobuo Kawakami, Atsushi Okui, Michiyo Yasuda
Documentaire - Japon - 2016 - VOST - 01h10

Never-Ending Man: Hayao Miyazaki

Le réalisateur a suivi pendant deux ans le Studio Ghibli et Hayao Miyazaki après l’arrêt de leur activité, avec une complicité et une delicatesse qui lui ont permis de montrer le maître de l’animation japonaise tel qu’on ne l’a jamais vu...

Rencontre avec Canal BD Tribulles le lundi 22 avril à 19h

Le documentaire «Never-Ending Man» de Kaku Arakawa montre la fougue intacte du septuagénaire japonais, de retour à l’animation après l’annonce surprise de son départ en 2013. Des tables à dessin plongées dans la pénombre artificielle d’un contre-jour, l’obsédant tic-tac d’une horloge qui égrène les secondes dans le vide. Lugubres, les premières images du studio Ghibli renvoyées par le documentaire Never-Ending Man sont celles d’une Belle au bois dormant figée dans un sommeil éternel, pétrifié depuis la retraite de Hayao Miyazaki en 2013. Accoudé au comptoir de sa cuisine, le septuagénaire dit en regardant la neige tomber : «Je veux créer quelque chose d’extraordinaire. Mais j’ignore si j’en suis capable.» Pas vraiment le genre de propos qu’on attend d’un homme doublement retraité, qui expliquait seize mois plus tôt que, cette fois, on ne l’y reprendrait plus. Le cinéaste japonais n’a pas posé son tablier blanc d’artisan et parle de ses projets au présent. En laissant des documentaristes filmer un quotidien borduré (si on pénètre son domicile, c’est une maison vidée d’effets personnels ou de sa famille), Miyazaki orchestre son retour. Par la bande, d’abord : un simple court métrage, et en 3D. Un pas de côté censé lui permettre d’approcher les aventures d’une chenille qu’il n’arrive pas à saisir en dessin. Devant une technologie qu’il ne maîtrise pas, Miyazaki répond par un enthousiasme quasi enfantin. Le cinéaste présente un visage qu’on ne lui connaissait pas à l’égard de ses nouvelles équipes : prévenant, plein de modestie et de douceur. Le ton martial d’autrefois laisse place à des «que penses-tu de», des «continue comme ça», des «non, c’est moi qui te remercie». Et puis, à mesure que le projet se concrétise, le naturel revient dans un galop furieux. Un story-board détaillé «pour aider» ces gens «qui ne savent pas faire de film». Les mots qui se durcissent à leur égard, l’incompréhension aussi. «Le mouvement n’est pas neutre. Il y a une intention, c’est ça qui active les muscles», explique-t-il froidement. La brutalité qu’on lui connaît, il la réserve à une équipe de passage venue faire une démonstration d’animations réalisées avec une intelligence artificielle : «Faites des trucs horribles si vous voulez, mais ne comptez pas sur moi. C’est une insulte envers la vie.». Malgré ses images brut de décoffrage qui tranchent avec le très apprêté Kingdom of Dreams and Madness qui documentait la réalisation du crépusculaire Le vent se lève, ce Never-Ending Man raconte la légende officielle d’un vieux monsieur ayant besoin de s’agiter pour tenir à distance la camarde qui emporte avec régularité ses anciens camarades. L’animatrice Makiko Futaki, puis la coloriste Michiyo Yasuda. On sait qu’Isao Takahata rejoindra cette liste funeste quelques mois après le tournage. Le producteur et troisième larron de Ghibli, Toshio Suzuki, s’amuse de voir à nouveau le maître siphonner aux jeunes l’énergie qui lui manque. Image d’un Miyazaki en yokai, voleur de force vitale, d’autant plus plaisante qu’elle était suggérée plus tôt par le réalisateur du documentaire, Kaku Arakawa, lorsqu’il superposait des images du monstre noir de Chihiro au discours d’un Miyazaki contrit en parlant de la façon dont il avait «dévoré tout crus» ses successeurs. Comme s’il avait fallu convoquer les caméras afin d’enregistrer le cheminement qui l’a conduit hors de sa retraite pour faire oublier la très officielle conférence de presse au cours de laquelle il tirait sa révérence, ce Never-Ending Man dessine comment un maître se trouve tiraillé entre un corps qui lui dit d’arrêter et un esprit qui ne peut fonctionner que dans le mouvement. «Je veux continuer à faire les choses à ma façon», disait-il au moment d’arrêter. Le come-back aura lieu en animation traditionnelle. Il faut vite remettre en place une équipe pour accrocher les JO de Tokyo en 2020. «Imagine, si tu meurs juste après les story-boards…» lance Suzuki. «Je suis préparé. Je préfère mourir comme ça, avec une raison de vivre plutôt qu’en ne faisant rien.». Libération

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