De Christian Petzold avec Paula Beer, Barbara Auer, Matthias Brandt, Enno Trebs, Philip Froissant, Victoire Laly, Marcel Heupermann, Christian Koerner, Hendrik Heutmann, Christoph Glaubacker, Sascha Eichenauer, Yee Him Wong, Mehmet Kucak
Drame - Allemagne - 2025 - VOST - 1h26
Miroirs No. 3
Lors d'un week-end à la campagne, Laura, étudiante à Berlin, survit miraculeusement à un accident de voiture. Physiquement épargnée mais profondément secouée, elle est recueillie chez Betty, qui a été témoin de l'accident et s’occupe d’elle avec affection. Peu à peu, le mari et le fils de Betty surmontent leur réticence, et une quiétude quasi familiale s’installe. Mais bientôt, ils ne peuvent plus ignorer leur passé, et Laura doit affronter sa propre vie.
La lumière d’été qui rayonnait dans Le Ciel rouge (2023), on la retrouve dans ce onzième film de Christian Petzold. Tout y semble agréable, limpide et clair. Et pourtant, on nage en plein drame. Laura (Paula Beer, magnétique et naturelle à la fois) est une jeune femme en formation musicale à Berlin, entraperçue brièvement sur un pont, pensive, regardant vers le vide (voudrait-elle s’y jeter ?). Elle part pour un week-end à la campagne avec son petit ami. Là-bas, ils ont un accident de voiture. L’ami meurt, tandis que Laura en réchappe miraculeusement. Physiquement ébranlée, elle est recueillie par une habitante du coin, Betty, témoin de l’accident. Une fois sur place, les secouristes veulent emmener Laura à l’hôpital, mais celle-ci décline : elle préfère rester chez son hôte, qui va prendre soin d’elle, avec toute l’affection d’une mère. L’accidentée se sent si dorlotée qu’elle reste dans la maison, profitant du jardin et de la nature environnante. Les deux femmes sont seules, comme sur une île. Les jours passent, une curieuse quiétude s’installe. Jusqu’au moment où la visite inattendue du mari et du fils de Betty, des garagistes qui habitent non loin de là, vient perturber l’harmonie… Une succession de scènes conçues comme des tableaux Avec son titre étrange qui ne renvoie pas à un nom de parfum mais à un morceau composé par Maurice Ravel, Miroirs no 3 déconcerte en toute simplicité. C’est le joli paradoxe de ce conte saugrenu, en apparence mineur comparé aux autres films du réalisateur allemand, mais qui reste à l’esprit longtemps après sa découverte. Le fond est grave — on comprend peu à peu que la vie de Betty s’est elle aussi effondrée par le passé, dans des proportions plus grandes. Et la forme surprend par ses ellipses, ses symboles, la transparence de ses images. Nulle psychologie ici, mais une succession de scènes conçues comme des tableaux, sources de métaphores, avec des éléments manquants comme dans un rébus. Il y a quelque chose de ludique dans le mystère entretenu autour de ce qui est passé sous silence, des motivations de chacun, des effets de miroirs. On apprécie la manière de Petzold de déjouer les pièges de l’émotion. Un soupçon de burlesque jaillit même par endroits, l’intrigue réservant chute, lapsus, fou rire et explosion intempestive. Une réconciliation avec la vie se dessine peu à peu et, à travers elle, une possible renaissance. L’épreuve du deuil favorise ici des changements de rôles au sein de cette étrange famille, décomposée puis recomposée. Le tout sans grandiloquence, avec un soin pour les petits gestes, le jardinage, le bricolage — quelques bons outils et de chouettes fétiches aident ici à réparer le malheur. Grâce à son cabriolet rouge, comme dans Le Mépris de Godard, son garage et sa maison qui semblent sortis d’une peinture d’Edward Hopper ou d’un film hollywoodien des années 1950, quelques chansons chaloupées (The Night de Frankie Valli & The Four Seasons), sa tarte aux prunes et ses boulettes de Königsberg, Miroirs no 3 finit par nous combler tout à fait. Télérama
