/ Autre regard fait son cinéma

De Marcel Gisler avec Max Hubacher, Aaron Altaras, Jessy Moravec, Jürg Plüss, Doro Müggler
Drame - Suisse - 2018 - VOST - 01h59

Mario

Pour la première fois de sa vie Mario, un jeune footballeur, tombe amoureux de Léon, nouvel attaquant venu d’Allemagne. Mais dans l’équipe, des rumeurs commencent à circuler sur leur relation et Mario voit sa carrière compromise pour intégrer un club de première division.

Le réalisateur Marcel Gisler porte à l’écran, avec une lucidité forte de ses clichés, la question de l’homophobie dans le football. Clichés que l’on voudrait surannés mais qui trouvent leur pertinence dans la réalité de leur persistance et de leur virulence. Du vestiaire au terrain, en passant par les instances décisionnaires des clubs : être gay est plus qu’un tabou, c’est une condamnation. Au regard des coming out dans le football, tous se sont faits après départ à la retraite. Mario est un drame humain, instructif et percutant. Deux joueurs trouvent leur alchimie sur le terrain comme dans la vie jusqu’à ce que le reste du monde s’en mêle… Léon amène son partenaire à découvrir son orientation sexuelle. Léon (Aaron Altaras) intègre le Berner Sport Club Young Boys (BSC YB) pour le propulser à la tête du tournoi de seconde division. Son ambition et son talent ne font aucun doute, il est destiné à intégrer un club de première division. Mais les rivalités sont fortes, il s’attire les foudres de ses coéquipiers, seul le capitaine de l’équipe, Mario (Max Hubacher), tempère et respecte le nouveau venu. Très vite se dessine sur le terrain la complicité des deux joueurs. Leur jeu de passe est repéré par la direction, qui décide de le consolider en les installant ensemble. La colocation est le moyen pour Mario de se libérer de son père. Un patriarche qui rêvait d’être footballeur. Il a fait de son fils l’athlète type en l’entraînant dès son plus jeune âge. Léon, lui, semble sans attache familiale, sûr de lui, il se repose davantage sur ses lauriers. Il vit hors du terrain comme un jeune homme ordinaire, boit une bière au dîner et sort en soirée. Dans l’intimité de leur appartement, ils s’apportent ce qui leur manquait, plus d’entraînements pour Léon et plus de moments de détente pour Mario. Mais surtout, Léon amène son partenaire à découvrir son orientation sexuelle. La rumeur d’une relation entre les deux attaquants s’installe dans le club. Elle précipite le couple dans une tourmente qu’ils prendront chacun à bras-le-corps, mais de manière différente. Les premières images nous invitent dans le vestiaire du BSC YB. Elles mettent en exergue la virilité des corps des footballeurs, tatoués, musclés et de leur démarche, le pas lourd et la tape franche sur l’épaule du collègue. Le machisme triomphant est sonore, scandé par un rap assourdissant qui laisse entendre mots vulgaires et interjections des joueurs. Il y a de la douceur dans les images et beaucoup de poésie. Le réalisateur prend le parti, réussi, de faire des va-et-vient esthétiques entre l’espace où se déroulent les actions relatives au foot et le huis clos de l’appartement, où seul Mario et Léon évoluent. Il y a une façon de filmer les corps, une lumière plus agressive et toujours ce rap dans l’enceinte du football, tandis qu’à la maison les mises au point caméra flirtent avec la technique du fondu d’images pour capter leur regard désirant. Il y a de la douceur dans ces images et beaucoup de poésie. La sensation que l’amitié puis l’amour naissent s’en dégage avec force et raison. Ces va-et-vient rendent d’autant plus détestable la violence qui s’exerce contre ces deux hommes passionnés par un sport qu’ils ne peuvent exercer qu’en étant autres qu’eux-mêmes. Sous la pression de leur agent, du club, et surtout des sponsors, il n’y a que deux issues possibles à leur histoire : vivre leur vie d’homme ou leur vie de footballeur professionnel. Les deux ne sont pas conciliables. L'Humanité

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