Logo Cinéma Bel Air
Abonnement à la newsletter
Sortie nationale

de Robert Eggers avec Willem Dafoe, Robert Pattinson Fantastique Horreur Thriller - Etats-Unis/Canada - 2019 - VOST - 1h49

The lighthouse

Dans les années 1890, deux gardiens de phare viennent relever l’équipe précédente sur un îlot éloigné des terres. Ils doivent y rester quatre semaines mais la tempête empêchera le bateau de venir les chercher. Le plus vieux des deux cache un secret que son assistant voudrait connaître.

Diffusion au Kinepolis salle Ciné K à partir du 18 décembre

Puissant appel de phare. Le duo Dafoe-Pattinson irradie dans le deuxième film, à l’image très travaillée, de l’Américain Robert Eggers. The Lighthouse commence par nous frapper d’emblée par sa saisissante photographie : cadre carré (format 1:19), noir et blanc tranchant, reproduisant la texture et les contrastes des pellicules orthochromatiques des années 20. Pour obtenir un tel résultat, l’Américain Robert Eggers (dont c’est le second long métrage, après le remarqué The Witch en 2015), a tourné en 35 mm, avec des lentilles d’avant-guerre et des filtres spécialement fabriqués pour l’occasion. Goémon Un travail si appliqué dans la reproduction d’une image ancienne peut faire craindre l’exercice de style nostalgique, mais le film vaut heureusement plus que son indéniable somptuosité plastique. Le talent du chef opérateur contribue à faire exister un lieu, quasiment de manière tactile, par la minéralité même de la pellicule : une île isolée au milieu d’une mer démontée, des roches anguleuses battues par les vagues, un monde humide jusqu’à l’écœurement jonché de goémon et de fientes de mouettes. C’est dans ce bout de terre perdue que, au début du XXe siècle, débarquent le vieux loup de mer Thomas Wake (Willem Dafoe) et le jeune Ephraim Winslow (Robert Pattinson) pour en garder le lugubre phare. Le plus âgé se montre vite excessivement autoritaire, ne réservant à l’autre que les tâches les plus ingrates, en lui interdisant formellement de grimper en haut de la tour, près de la lumière incandescente où il semble s’abandonner à de drôles de métamorphoses. Que raconte The Lighthouse ? L’intérêt du film est qu’on n’est jamais très sûr de vraiment le savoir. C’est l’histoire d’une rivalité masculine tordue, puisant librement dans tout l’imaginaire de la littérature marine, de la mythologie grecque à Herman Melville, jusqu’à déboucher sur un fantastique à la Lovecraft, qui n’est peut-être rien d’autre que la description d’un cas de folie… Mais le récit repose peut-être surtout sur ses deux formidables acteurs, par le fait même de les réunir seuls dans un lieu isolé pour leur demander de déployer une palette de jeu qui va du silence bourru à de colériques monologues, de beuveries déchaînées à de très inquiétants délires. Eggers avoue qu’il ne les a pas ménagés, notamment en les soumettant au froid et aux intempéries du désolé et volcanique cap Forchu, à l’extrémité sud de la Nouvelle-Ecosse. Cette réalité physique et météorologique du tournage est précieuse, elle marque les corps et ancre le film dans une matérialité qui l’empêche de n’être que la vision capricieuse d’un talentueux et cultivé démiurge. Certes, les excès qui font la force The Lighthouse risquent à tout moment de devenir ses défauts, on peut les trouver fatigants à la longue, parfois trop théâtraux, flirtant dangereusement avec un symbolisme facile. Mais le film l’emporte finalement par sa foi quasi primitive dans le cinéma, comme machine à enregistrer du vent et des vagues, à pousser les corps à ébullition, à brasser des cauchemars. Libération

Prochainement