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Plein Air au Bel Air

De Paul Thomas Anderson avec Alana Haim, Cooper Hoffman, Sean Penn, Tom Waits, Bradley Cooper
Comédie - Etats-Unis - 2021 - VOST - 2h14

Licorice Pizza

1973, dans la région de Los Angeles. Alana Kane et Gary Valentine font connaissance le jour de la photo de classe au lycée du garçon. Alana n’est plus lycéenne, mais tente de trouver sa voie tout en travaillant comme assistante du photographe. Gary, lui, a déjà une expérience d’acteur, ce qu’il s’empresse de dire à la jeune fille pour l’impressionner. Amusée et intriguée par son assurance hors normes, elle accepte de l’accompagner à New York pour une émission de télévision. Mais rien ne se passe comme prévu…

Avant la projection, concert de Samuel Barlow ( Rock) à 20h30.

Repas: Pâtes au citron et légumes rôtis.

Nul ne sait jamais à quoi s’attendre avec Paul Thomas Anderson, star parmi les cinéastes américains, auréolé d’une réputation de génie, inventant un style, sinon un monde, à chaque nouveau film. Après le Londres des années 1950 et la relation sadomasochiste d’un couturier et de sa muse (Phantom Thread, 2017), retour en Californie où l’homme est né et a tourné plusieurs de ses films, et d’abord ceux qui ont établi sa réputation, Boogie Nights (1997) et Magnolia (1999). Nous voici dans une banlieue ensoleillée de Los Angeles en 1973, sur les pas d’un lycéen de 15 ans, âge qui exclut la stricte autobiographie, puisque Paul Thomas Anderson est né, lui, en 1970. Gary (joué par Cooper Hoffman, fils du regretté Philip Seymour Hoffman) offre un profil surprenant de héros adolescent : sans éclat particulier, grassouillet, légèrement boutonneux, il paraît cependant ivre de lui-même et agit en adulte entreprenant et volontaire. Après avoir décroché des petits rôles pour la télévision, il se prétend comédien. Le jour de la photo de classe au lycée, il jette son dévolu sur la modeste assistante du photographe chargée de coiffer les élèves avant le déclic. Alana (la musicienne Alana Haim, d’une présence rare) a déjà 25 ans et une piètre image d’elle-même. Elle repousse les avances de son prétendant intempestif, se juge non seulement trop vieille pour lui, mais indigne d’une « future star », qui l’oublierait vite. Il insiste, déclare un amour éternel. Croient-ils, l’un et l’autre, à ce que Gary affirme ? À ce qu’Alana lui oppose ? Élasticité moelleuse des scènes, liquidité du temps (jours, mois, saisons) qui s’écoule à partir de la rencontre : Paul Thomas Anderson semble accorder sa mise en scène aux matelas à eau qui occuperont une place de taille à l’image. Car Gary, en panne d’auditions mais pas de projets pour rebondir, se lance bientôt dans la promotion et la vente de ces lits révolutionnaires. Alana devient son bras droit, même si leur relation (ses avances à lui, ses refus à elle) stagne. Leur travail les fait arpenter une Californie encore tout empreinte de l’esprit hippie, où chacun semble contribuer par un grain de déraison plus ou moins flagrant à une féerie un peu fêlée. Il faudra les effets concrets du premier choc pétrolier (pénurie d’essence au pays des grosses voitures) pour que la réalité se rappelle au bon souvenir de tous, et encore… Cette drôle Amérique d’autrefois, peinte avec une nostalgie amusée, abrite des spécimens mémorables. Comme le riche producteur sous substance (Bradley Cooper) qui se fait livrer un monumental lit à eau et dont on apprend qu’il est le petit ami de Barbra Streisand, icône de l’époque. La folie polymorphe de ce client grandit d’une séquence à l’autre, jusqu’à susciter l’effroi. De là découlera aussi un spectaculaire morceau de bravoure : Alana au volant du camion de livraison en panne sèche, redescendant en marche arrière une colline pleine de virages, dans l’obscurité. Gary a l’assurance, mais Alana possède le vrai courage, la force réelle. Quand les deux finissent par se brouiller, et avancent chacun de son côté, la question de leur différence d’âge revient sous un jour nouveau. Le garçon qui se prenait pour un adulte n’en était, au fond, qu’à la toute-puissance illusoire de l’enfance, et le voilà rattrapé par les doutes de l’adolescence. Alana, soucieuse d’exercer des responsabilités de son âge auprès d’un aspirant sénateur, découvre, elle, les coulisses pathétiques d’une campagne électorale et l’envers du monde sérieux : de quoi avoir envie de reprendre une bouffée de jeunesse… Ainsi Paul Thomas Anderson, longtemps considéré comme un héritier de Robert Altman, par son cynisme et sa causticité, réussit-il sa conversion à la douceur, et signe la plus insolite, la plus inattendue des comédies romantiques. Télérama

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