Les inclassables

De Avery CROUNSE
Horreur - Etats-Unis - 1983 - VOST - 1h26

LES YEUX DE FEU

1750. Un groupe de pionniers, dirigés par un révérend idéaliste, sont chassés de leur village, et partent s'installer dans une autre région inexplorée de l'Amérique du Nord. Ils s'y établissent, inconscients des épouvantables secrets qu'abritent les bois environnants. Une mystérieuse petite fille connait les menaces de la forêt et le destin horrible qui attend ceux qui se risqueront dans les bois...

Autodidacte passionné et passionnant, Eric Peretti, programmateur du LUFF de Lausanne et des Hallucinations Collectives de Lyon, présente le film et poursuit la discussion à l’issue de la projection.

Première réalisation (sur trois) du photographe Avery Crounse, Les Yeux de Feu a du surprendre les quelques amateurs de cinéma d’horreur qui se sont aventurés dans les salles obscures pour assister à ses projections (qui n’ont pas du être nombreuses, le petit budget n’ayant eu droit à l’époque qu’à une sortie très limitée deux ans après la fin de la post-production). Dans un paysage de séries B américaines largement dominées par les tueurs de slashers et les monstres divers, Les Yeux de Feu se distingue par son appartenance à ce sous-genre qui a été désigné rétrospectivement sous l’appellation folk horror, dont l’origine remonterait à un article sur le long métrage La Nuit des Maléfices 3 de Piers Haggard. L’histoire se déroule en 1750. Dans un petit village, le nouveau pasteur, Will Smythe, est soupçonné d’avoir une relation avec deux femmes, sa protégée Leah, une adolescente mutique que tout le monde prend pour une folle, et l’adultère Eloise. Sur le point d’être pendu, Smythe est sauvé lorsque la corde se rompt mystérieusement, première preuve des capacités de Leah (dont la mère a été brûlée pour sorcellerie). Avec ses rares fidèles, Smythe s’enfuit pour s’enfoncer profondément dans une région inexplorée. Le voyage ne sera pas de tout repos puisque les colons vont devoir échapper aux flèches des indiens Shawnee et c’est grâce à la magie de Leah qu’ils ne compteront qu’une seule victime… Finalement rejoints par le mari de Eloise, un trappeur qui délaisse depuis longtemps sa femme et sa fille, le groupe trouve enfin un camp abandonné, un lieu que même les natifs évitent. Mais leurs ennuis ne sont pas terminés car cette terre est maudite…et c’est par le regard de Leah que seront d’abord dévoilés les esprits qui hantent la forêt. Avery Crounse prend d’abord son temps pour décrire les relations qui unissent les personnages principaux. Certains sont mieux développés que d’autres et l’interprétation est parfois un peu trop théâtrale mais ce premier acte prépare bien à l’étrangeté de ce qui va suivre…La représentation du mal ancré dans ce sol ensanglanté par la violence des conflits entre les indiens et les pèlerins venus les déposséder de leurs territoires passe par des effets qui n’ont pas tous supporté le poids des ans (comme les couleurs saturées des images qui annoncent l’arrivée des fantômes) mais Avery Crounse a composé minutieusement de très beaux plans, à l’atmosphère troublante et saisissante. Les arbres ornés de plumes, les visages des esprits prisonniers des troncs noueux, la présence même de Leah (que l’on peut comparer à une fée d’un conte bien sombre) sont autant d’éléments à la puissance visuelle évocatrice qui font la force du film. Sanctuary

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