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Rencontre

De Blaise Harrison avec Thomas Daloz, Salvatore Ferro, Léo Couilfort, Nicolas Marcant, Néa Lueders, Emma Josserand, Johana Untersinger, Thomas Jansson, Emma Daloz, Liam Gras
Drame - France - 2019 - 1h38

Les Particules

Pays de Gex, frontière franco-suisse. P.A. et sa bande vivent leur dernière année au lycée. À 100 mètres sous leurs pieds, le LHC, l’accélérateur de particules le plus puissant du monde, provoque des collisions de protons pour recréer les conditions d’énergie du Big Bang, et détecter des particules inconnues à ce jour. Tandis que l’hiver s’installe et que P.A. voit le monde changer autour de lui, il commence à observer des phénomènes étranges, des modifications dans l’environnement, de façon imperceptible d’abord, puis c’est tout son monde qui semble basculer...

Rencontre avec Blaise Harrison, réalisateur, dans le cadre de La Quinzaine en actions, proposée par La Quinzaine des Réalisateurs, le lundi 27 novembre à 14h.

Dans ce film en apesanteur, à l’image élégante, l’adolescence est une étrangeté, un univers inquiétant, à la limite du fantastique. Il dort beaucoup, a le regard fuyant ou, à l’inverse, scrutateur, marmonne des trucs bizarres d’une voix hyper traînante. Est-il retardé ? Autiste ? On s’interroge un bon moment avant de commencer à comprendre. En fait, P.A. — il se fait ainsi appeler sans doute pour qu’on oublie son vrai prénom, Pierre-André — est tout simplement un adolescent, mais qui, sous l’œil original de Blaise Harrison, devient une sorte d’extraterrestre. Aussitôt qu’il apparaît, ce lycéen nous intrigue par son opacité et son profil de chanteur de rock (un petit air de Richard Ashcroft, du groupe The Verve). Il nous fait aussi un peu rire, tant il paraît totalement à côté de ses pompes. Il vit à la frontière franco-suisse, dans le pays de Gex, entre le lac de Genève et les montagnes du Haut-Jura. Une région où se trouve un ­laboratoire de recherche nucléaire, le LHC, l’accélérateur de particules le plus puissant du monde, qui récrée les conditions d’énergie du big bang. P.A. le visite avec ses camarades de lycée, il tourne autour, l’observe, touche la terre qui se trouve dans ses parages. Comme si ce lieu produisait des ondes que lui seul pouvait détecter. Film d’hiver, de nuit et de feu, Les Particules baigne dans une atmosphère d’inquiétude engourdie, à la lisière du fantastique. On voit P.A. dans le bus des matins blafards l’amenant au lycée, on le voit se morfondre en classe, répéter avec son groupe de rock bruitiste, gober avec ses potes un champignon hallucinogène ou faire la rencontre d’une fille dans une fête. Des épisodes de teen movie aperçus mille fois ailleurs, mais qui ont ici une tonalité particulière, due au filmage élégant en apesanteur, au rythme ralenti, aux cadrages singuliers, qui excluent du champ la plupart des adultes, parents ou profs. Blaise Harrison, qui signe ici son premier film de fiction après plusieurs documentaires remarqués (Armand 15 ans l’été, L’Harmonie), sait créer un monde de soi, un lent trip éveillé mixant angoisse et phénomènes surnaturels, en mettant à profit les forêts et les massifs environnants. L’hébété P.A. cacherait-il un superpouvoir ? Dans une scène de collision nocturne avec un animal sauvage, il semble doué de prémonition. A d’autres moments, il semble aussi perdre pied face à une réalité de moins en moins tangible, où tout menace de lui échapper. C’est cette incertitude bien entretenue, malgré quelques redondances, qui fait le prix de ce passage initiatique, conçu comme un voyage des confins. Celui d’un adolescent qui quitte sa léthargie d’alligator pour s’élever vers l’amour. Télérama

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