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Plein Air au Bel Air

De Bruno Podalydès avec Denis Podalydès, Bruno Podalydès, Sandrine Kiberlain, Luàna Bajrami, Vanessa Paradis, Michel Vuillermoz
Comédie - France - 2020 - 1h32

Les 2 Alfred

Alexandre, chômeur déclassé, a deux mois pour prouver à sa femme qu'il peut s'occuper de ses deux jeunes enfants et être autonome financièrement. Problème: The Box, la start-up très friendly qui veut l'embaucher à l'essai a pour dogme : « Pas d'enfant! », et Séverine, sa future supérieure, est une « tueuse » au caractère éruptif. Pour obtenir ce poste, Alexandre doit donc mentir... La rencontre avec Arcimboldo, « entrepreneur de lui-même » et roi des petits boulots sur applis, aidera-t-elle cet homme vaillant et déboussolé à surmonter tous ces défis ?

Projection le 23 juillet dans le cadre du Festival Plein Air au Bel Air. PASS SANITAIRE DEMANDE.

Ouverture du site et de la billetterie à 20h15. tarif plein : 8.50€ / Tarif réduit : 7€  (CEZAM, demandeurs d'emploi, CCAS, étudiants, invalides, Pass'temps) / 5.50€ (ABC, - 18 ans) / 3 € Carte culture

Concert de Solaris Great Confusion à 20h45

Projection du film à 22h (séance à 21h45)

Pré-achat de billets possible (cliquer sur "Réserver")

Un trio de quinquas se débat avec le monde du travail ultralibéral… Les frères Podalydès dynamitent l’esprit start-up à coup d’humour féroce. Vers quels satellites communs les auteurs orientent-ils leurs antennes ? Leurs capteurs d’air du temps disposent-ils des mêmes alarmes ? À quelques mois d’écart, trois comédies françaises ont gratté, chacune à sa façon, le vernis craquelé de nos folies contemporaines : Effacer l’historique, du tandem Gustave Kervern-Benoît Delépine, Adieu les cons, d’Albert Dupontel, et maintenant Les 2 Alfred, de Bruno Podalydès. Trois ans après sa Bécassine inventive et candide, le cinéaste revient connecté comme jamais, les doigts dans la prise de l’époque. Comédie tendre sur un monde ultralibéral qui ne l’est pas du tout, Les 2 Alfred confronte en effet un trio de mousquetaires quinquas aux absurdités de la start-up nation et de l’ubérisation tous azimuts. Bonne nouvelle, on retrouve tout ce que l’on aime dans l’œuvre de l’aîné des « Poda » : une poésie prophétique et consolatrice, une part d’enfance radieuse, naïve mais futée, des pas de côté drolatiques, un plaisir absolu du jeu et cette science du gag, tantôt récurrent, tantôt furtif, qui rend son intelligence au (sou)rire. Chômeur longue durée et papa poule en solo — sa femme a mis les voiles en sous-marin —, Alexandre (Denis Podalydès) doit se remettre à flot s’il veut voir sa chérie rentrer au bercail. Ça tombe bien, il a rendez-vous pour un job de « reacting process » (« Ne me demandez pas ce que ça veut dire ! ») dans une grosse boîte baptisée The Box. Table de ping-pong, chaises longues, potager… l’endroit évoque une cour de récré, une bulle infantile où l’on se gave de bonbecs entre un « one to one » et un « operating test ». Irrésistible, l’entretien d’embauche tient du dialogue de sourds entre un rejeton de M. Hulot et d’Hibernatus et un jeune coq numérisé jusqu’à l’os. Sommé d’énumérer ses qualités, Alexandre se tire une balle dans le pied — « Honnêteté, gentillesse, indulgence » —, puis ajoute in extremis, comme par instinct de survie : « Et le goût du délire. J’aime bien, de temps en temps, partir en sucette. » Bim, le voilà engagé ! Problème : The Box interdit à ses employés d’avoir… des enfants. Le réalisme n’intéresse guère l’auteur Podalydès, dont les héros se laissent dériver au gré des événements, emportés par une libido indécise (Adieu Berthe), une rivière facétieuse (Comme un ­avion) ou, ici, l’énergie du désespoir. Pour retravailler, Alexandre se découvre prêt à tout, même à nier l’existence de ses marmots. Un mensonge intenable sans l’aide providentielle d’un ami tout neuf, Arcimboldo, surnommé ainsi « because le nez en aubergine ». Interprété par Bruno Podalydès, qui s’octroie pour une fois un rôle de premier plan à égalité avec son cadet, cet « entrepreneur de lui-même » nage dans la vie moderne comme un poisson dans l’eau, cumulant mille boulots dingos qui emmènent le film à la lisière de la dystopie. Quand il n’est pas nounou, gardien d’entrepôt ou chauffeur de VTC, Arcimboldo recharge des drones livreurs échoués sur les trottoirs parisiens — les trottinettes, c’est déjà hier — ou touche 15 euros de l’heure pour défiler à des manifs à la place de ses clients. « Avec les gaz et les lacrymos qui pleuvent, les gens sous-traitent de plus en plus. » La troisième mousquetaire a d’abord des airs de Milady. « Chief prospect officer » chez The Box, Séverine (Sandrine Kiberlain, parfaite comme toute la distribution) est une tueuse. Autoritaire, cassante, elle incarne l’œil de Moscou qui surveille Alexandre et l’oblige à planquer les jouets des mouflets dans le congélateur. Mais elle aussi, au fond, mène sa barque comme elle peut dans ce jeu de dupes soumis à la loi du marché, l’âgisme et la tyrannie technologique. Le cinéaste s’en donne à cœur joie, opposant Kiberlain à une autre dame de fer, de tôle en l’occurrence, sous la forme d’une voiture autonome obstinément rétive à ses ordres. Passionné par les objets, Podalydès parsème son film de montres connectées (« Je voudrais lire l’heure, mais elle ne me reconnaît pas »), de vapoteuse XXL parfum gigot d’agneau-fenouil, de batailles d’engins volants façon « Game of Drones ». Le pompon revenant au robot baladeur du patron, qui anime ses réunions nocturnes en peignoir depuis Londres tout en déambulant virtuellement parmi son équipe de supposés nullipares. Machines partout, humanité nulle part, pointe Les 2 Alfred. S’il s’en inquiète, il le fait sans appuyer, avec douceur et fantaisie — il doit d’ailleurs son titre aux singes en peluche du bébé d’Alexandre. La révolte, et donc l’espoir, naîtra in fine du côté de la jeunesse, d’une stagiaire horripilée par la soumission des adultes : « Tous unis, vous ne risquez rien. » On n’ira pas jusqu’à y voir un programme politique, quoique, mais cette conclusion fraternelle confirme ce que l’on savait : si le cinéma de Bruno Podalydès était un bateau, ce serait moins un kayak qu’un Optimist. Télérama

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