Plein Air au Bel Air

De Quentin Dupieux avec Léa Seydoux, Louis Garrel, Vincent Lindon, Raphaël Quenard, Manuel Guillot, Françoise Gazio, Isabelle Huppert
Comédie - France - 2024 - VF - 1h20

Le Deuxième acte

Florence veut présenter David, l'homme dont elle est follement amoureuse, à son père Guillaume. Mais David n'est pas attiré par Florence et souhaite s'en débarrasser en la jetant dans les bras de son ami Willy. Les quatre personnages se retrouvent dans un restaurant au milieu de nulle part.

Concert : Simon and the tasty shades. Simon Burkhalter est auteur-compositeur-interprète suisse vivant à Mulhouse. Il écrit et se produit seul et en collaboration avec différents groupes et artistes en Suisse et en France. Dans son oeuvre musical, il explore une variété de styles. 

Repas : Rösti et sa garniture. réservation impérative en cliquant ici

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NB : Le film initialement prévu, Le procès du chien, a dû être déprogrammé.

ncComment concilier le système D et le star-système ? Ce défi, Quentin Dupieux fait en sorte de le relever à chacun de ses films. C’est un homme-orchestre, on le sait, qui se charge d’à peu près tout dans son cinéma (scénario, image, réalisation, montage), sauf de l’interprétation. Le cinéaste a donc besoin des acteurs, surtout des célébrités, qui lui permettent de financer ses films, tournés très vite, avec une économie de moyens. Est-ce à dire qu’il profite de leur talent par cynisme ? Non, l’hurluberlu barbu les admire et sait ce qu’il leur doit. Mais on devine que cette passion est conflictuelle, teintée d’agacement. Le Deuxième Acte, présenté en ouverture du 77ᵉ Festival de Cannes, surjoue cartes sur table ce tiraillement, à travers l’histoire d’un tournage. Un tournage spécial, car, bien évidemment, nous voilà une fois encore transportés en Absurdie. Au pays du non-sens. Soit quatre acteurs de profession, qui incarnent chacun un personnage. Le premier qui apparaît est David (Louis Garrel), un tombeur poursuivi par une jeune femme, Florence (Léa Seydoux), folle amoureuse de lui. Il aimerait s’en défaire en la poussant dans les bras de Willy (Raphaël Quenard), un bon pote à lui, avec lequel il échange longuement, en marchant sur une route. De son côté, Florence tient absolument à présenter David à son père (Vincent Lindon). Les quatre se retrouvent un moment, dans un restoroute, au milieu de nulle part. Curieuse intrigue, qui semble bien faible, à nous, spectateurs, mais aussi aux acteurs – l’un parle de « daube » à son partenaire de jeu. Mais cette médiocrité est troublée par le fait qu’assez vite on ne sait plus très bien si les répliques des acteurs renvoient à une répétition, à la vraie prise ou à des conversations hors de leur rôle. Film dans le film, strates de réalité multiples, confusion entre réel et fiction : on reconnaît la griffe Dupieux et son usage de la mise en abyme, source de vertige. L’excentrique s’amuse cette fois avec le statut des quatre stars en question, leur degré de célébrité, leur « image », qu’il caricature ou déjoue. Au-delà, il raille l’égocentrisme démesuré, la compétition et l’entre-soi, l’obsession de séduire et la docilité des comédiens. La satire est à la fois féroce et tendre. Souvent percutante dans l’humour, car connectée aux débats qui agitent la société actuelle. En vrac, et pour ne pas trop divulguer, citons juste quelques-uns des thèmes sur lesquels les effets hilarants s’appuient : le genre et les orientations sexuelles, le petit rail de coke sniffé en catimini, la liberté d’expression brimée, le harcèlement, l’intelligence artificielle, le chaos annoncé avec le dérèglement climatique, Paul Thomas Anderson… Le Deuxième Acte se focalise uniquement sur la parole des acteurs, faisant le vide autour de ces derniers. Il prolonge la mise à nu de Yannick, n’emploie qu’un seul décor (le restoroute) mais cette fois nous entraîne à l’extérieur, dans une campagne que Dupieux a le chic de rendre floue, ne filmant pour ainsi dire que le ciel, bas et lourd ! Toujours inventive et originale avec trois fois rien, sa mise en scène crée dans la plupart des séquences quelque chose qui attire immanquablement l’œil et le retient. À l’exemple de ce tour de force inaugural, long échange entre David et Willy filmé dans un travelling qui semble durer aussi longtemps que celui de Week-end, de Godard (neuf minutes !). Le film est une comédie loufoque mais au fond gris, sinistre. Celui qui fait le plus rire ici est aussi celui qui émeut. Dans l’ombre des quatre célébrités, il est la fausse cinquième roue du carrosse. Il s’appelle Manuel Guillot, c’est un inconnu ou presque, qui joue le patron du restoroute, tétanisé par l’angoisse de bien faire. À travers lui se joue l’opposition entre les « vrais gens » et les privilégiés hors-sol. On pourra éventuellement juger ce ressort un brin facile. Sauf à considérer que le manque de reconnaissance et l’estime de soi broyée sont en effet redoublés par le pouvoir actuel des images. Télérama

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